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Chapitre 17

Communication verbale, communication non verbale

Lecture : 37 minQuiz de 12 questions

# Chapitre : Communication verbale, communication non verbale ## Introduction La communication est une activité fondamentale de l'être humain. Dès la naissance, l'enfant entre en relation avec son entourage par des cris, des regards, des gestes, avant même de maîtriser le langage articulé. Dans la vie sociale, professionnelle, scolaire ou familiale, nous ne cessons de communiquer : nous parlons, nous écrivons, nous faisons des gestes, nous adoptons des postures, nous choisissons des vêtements, nous aménageons notre espace. Or, toutes ces actions ne transmettent pas des messages de la même manière. Certaines passent par la parole ou l'écriture — c'est la communication verbale —, d'autres passent par le corps, les signes, les signaux — c'est la communication non verbale. Comprendre la distinction entre ces deux modes de communication, mais aussi leur complémentarité, est essentiel pour analyser les échanges humains, que ce soit dans un texte littéraire, un discours politique, une conversation quotidienne ou une situation d'enseignement. Ce chapitre propose d'étudier successivement la définition générale de la communication, puis les caractéristiques de la communication verbale et de la communication non verbale, et enfin la question cruciale de l'interprétation des signes selon le contexte culturel. ## I. Définition de la communication ### 1.1. Qu'est-ce que communiquer ? Le terme « communication » vient du latin *communicare*, qui signifie « mettre en commun », « partager ». Communiquer, c'est donc fondamentalement l'action de transmettre une information, une idée, un sentiment, une intention, d'un émetteur à un récepteur, par le moyen d'un canal, dans un contexte donné. La communication n'est pas un simple transfert d'information : c'est un processus dynamique et interactif qui implique au moins deux partenaires et qui vise à établir une relation, à produire un effet, à susciter une réponse. > **À RETENIR** : La communication est l'action de transmettre une information, une idée ou un sentiment d'un émetteur à un récepteur, par un canal, dans un contexte donné. Elle implique un partage et une mise en commun de significations. ### 1.2. Le schéma de la communication Pour analyser une situation de communication, on peut s'appuyer sur le schéma classique proposé par le linguiste Roman Jakobson. Ce schéma identifie six éléments constitutifs de toute communication : - **L'émetteur** (ou destinateur) : celui qui produit et émet le message. Par exemple, un enseignant qui explique une leçon, un journaliste qui présente le journal télévisé, une mère qui appelle son enfant. - **Le récepteur** (ou destinataire) : celui à qui le message est destiné et qui le reçoit. Par exemple, les élèves qui écoutent le cours, les téléspectateurs, l'enfant qui entend l'appel de sa mère. - **Le message** : le contenu de l'information transmise, ce qui est dit, écrit ou montré. Par exemple, la règle de grammaire énoncée par l'enseignant, les nouvelles du jour, l'ordre de venir manger. - **Le canal** : le support physique ou technique par lequel le message circule. Il peut s'agir de la voix (ondes sonores), du papier (pour l'écrit), de l'écran (pour un message numérique), de la fibre optique (pour un appel téléphonique), etc. Par exemple, la voix de l'enseignant qui porte dans la salle de classe, le cahier sur lequel l'élève écrit, le téléphone portable qui transmet un SMS. - **Le code** : le système de signes utilisé pour formuler le message. Il peut s'agir de la langue française, de l'anglais, d'une langue camerounaise comme l'ewondo ou le duala, mais aussi du code de la route, des signes mathématiques, de la langue des signes, etc. L'émetteur et le récepteur doivent partager le même code pour que la communication réussisse. - **Le contexte** (ou référent) : la situation, l'environnement dans lequel se déroule la communication, ainsi que l'ensemble des réalités auxquelles le message renvoie. Par exemple, la salle de classe, le moment de la journée, les connaissances préalables des élèves, le sujet de la leçon. > **À RETENIR** : Le schéma de la communication de Jakobson comprend six éléments : l'émetteur, le récepteur, le message, le canal, le code et le contexte. Toute communication met en jeu ces six éléments, et une perturbation de l'un d'eux peut entraîner un échec de la communication. ### 1.3. Les conditions de la réussite de la communication Pour qu'une communication soit réussie, plusieurs conditions doivent être réunies : - L'émetteur et le récepteur doivent partager un même code. Si un Camerounais francophone s'adresse en français à un touriste chinois qui ne parle que le mandarin, la communication verbale échouera, sauf si un interprète intervient. - Le canal doit être fonctionnel. Un téléphone déchargé, un micro en panne, un brouillard épais qui empêche de voir les gestes de l'interlocuteur sont autant d'obstacles à la communication. - Le message doit être clair et adapté au récepteur. Un professeur de philosophie qui utilise un vocabulaire trop technique devant des élèves de Seconde risque de ne pas être compris. - Le récepteur doit être disponible et attentif. Un élève qui dort en classe, un auditeur distrait, un lecteur pressé ne reçoivent pas correctement le message. - Le contexte doit être pris en compte. Parler fort dans une bibliothèque, faire une plaisanterie lors d'un enterrement, donner un ordre sur un ton léger dans une cérémonie officielle : autant de situations où le non-respect du contexte perturbe la communication. ### 1.4. Communication et information : une distinction nécessaire Il convient de distinguer la communication de la simple information. L'information est le contenu transmis, tandis que la communication est le processus global qui inclut l'émission, la transmission, la réception et l'interprétation de cette information. La communication suppose un échange, une interaction, une réponse possible du récepteur. L'information, elle, peut être unidirectionnelle : un panneau de signalisation « Stop » informe les conducteurs qu'ils doivent s'arrêter, mais il n'y a pas de dialogue avec le panneau. En revanche, lorsque deux amis discutent au marché de Mokolo à Yaoundé, il y a communication : chacun parle, écoute, réagit, ajuste son discours en fonction des réactions de l'autre. ### 1.5. Les différentes formes de communication On distingue généralement plusieurs formes de communication : - **La communication intrapersonnelle** : c'est le dialogue intérieur, la réflexion, la pensée que l'on adresse à soi-même. Lorsqu'un élève se répète mentalement sa leçon avant un devoir, il pratique une communication intrapersonnelle. - **La communication interpersonnelle** : c'est l'échange entre deux personnes. Une conversation entre un médecin et son patient à l'hôpital de Douala, un entretien entre un employeur et un candidat à l'embauche, un dialogue entre deux amis sont des communications interpersonnelles. - **La communication de groupe** : c'est l'échange au sein d'un groupe restreint. Une réunion de famille, une séance de travail d'une association de parents d'élèves, un débat en classe sont des communications de groupe. - **La communication de masse** : c'est la diffusion d'un message à un très large public, généralement par les médias. Une émission de radio, un journal télévisé, un article de presse en ligne, une campagne d'affichage publicitaire relèvent de la communication de masse. ### 1.6. Communication verbale et non verbale : une distinction fondamentale Parmi toutes les formes de communication, une distinction majeure s'impose : celle entre la communication verbale et la communication non verbale. La communication verbale utilise le langage articulé, c'est-à-dire les mots, qu'ils soient prononcés (parole) ou écrits. La communication non verbale, elle, utilise tous les autres moyens d'expression : les gestes, les mimiques, les postures, les signes, les signaux, les objets, l'espace, le temps. Cette distinction ne signifie pas que les deux modes sont séparés dans la pratique : bien au contraire, dans la plupart des échanges humains, le verbal et le non-verbal se combinent et se complètent. Un orateur ne se contente pas de parler : il regarde son auditoire, il fait des gestes, il module sa voix, il se déplace. Un enseignant n'écrit pas seulement au tableau : il montre, il mime, il hausse le ton, il sourit, il fronce les sourcils. L'analyse de la communication doit donc prendre en compte ces deux dimensions. > **À RETENIR** : La communication verbale utilise les mots (parlés ou écrits) ; la communication non verbale utilise tous les autres signes : gestes, mimiques, postures, signaux, objets. Dans la pratique, les deux modes sont presque toujours combinés. ## II. La communication verbale et la communication non verbale ### 2.1. La communication verbale #### 2.1.1. Définition et caractéristiques La communication verbale est la communication qui s'appuie sur le langage articulé, c'est-à-dire sur un système de signes linguistiques organisés selon des règles grammaticales. Elle se réalise sous deux formes principales : la forme orale (la parole) et la forme écrite (l'écriture). > **À RETENIR** : La communication verbale est l'échange d'informations par le moyen du langage, c'est-à-dire par les mots. Elle se manifeste sous deux formes : la parole (communication orale) et l'écrit (communication écrite). La communication verbale présente plusieurs caractéristiques essentielles : - Elle est **spécifiquement humaine** : seul l'être humain possède un langage articulé capable d'exprimer des idées abstraites, des nuances, des hypothèses, des sentiments complexes. Les animaux communiquent par des signaux, mais ils ne disposent pas d'un langage aussi élaboré. - Elle est **arbitraire** : le lien entre le mot et la chose qu'il désigne est conventionnel. Il n'y a aucune raison naturelle pour que l'objet « table » s'appelle *table* en français, *table* en anglais, *mesa* en espagnol ou *tebul* en douala. C'est une convention sociale, acceptée par les locuteurs d'une même langue. - Elle est **linéaire** : les mots se succèdent dans le temps (à l'oral) ou dans l'espace (à l'écrit). On ne peut pas prononcer deux mots simultanément, ni écrire deux mots au même endroit. - Elle est **régie par des règles** : la grammaire, la syntaxe, la conjugaison, le vocabulaire organisent la production des énoncés. Un locuteur qui dit « Hier, je vais au marché » commet une erreur de conjugaison qui peut gêner la compréhension. - Elle est **réflexive** : le langage peut parler de lui-même. On peut dire « Le mot "arbre" est un nom masculin » : le langage décrit alors le langage. C'est ce qu'on appelle la fonction métalinguistique. #### 2.1.2. La communication orale (la parole) La communication orale est la forme la plus naturelle et la plus ancienne de la communication verbale. Elle se caractérise par : - **L'usage de la voix** : la parole est produite par l'appareil phonatoire (larynx, cordes vocales, cavités buccale et nasale). La voix porte des informations au-delà des mots eux-mêmes : le ton, l'intonation, le débit, le volume, les pauses. Ces éléments, appelés **paraverbaux**, accompagnent la parole et en modifient le sens. Par exemple, la phrase « Tu as fini ton devoir » peut être une simple question, un reproche ou une constatation admirative selon l'intonation employée. - **La présence immédiate des interlocuteurs** : dans la communication orale directe, l'émetteur et le récepteur sont en présence l'un de l'autre (ou en relation par téléphone, visioconférence). Ils peuvent échanger des regards, observer les réactions de l'autre, s'interrompre, se reprendre. - **La possibilité de rétroaction immédiate** : le récepteur peut réagir instantanément, poser des questions, demander des éclaircissements, exprimer son accord ou son désaccord. L'émetteur peut alors ajuster son discours en conséquence. - **Le caractère éphémère** : la parole s'évanouit dès qu'elle est prononcée. On ne peut pas la « relire » comme un texte écrit. C'est pourquoi la mémoire joue un rôle crucial dans la communication orale. - **L'importance des éléments non verbaux** : à l'oral, la communication ne se réduit pas aux mots. Les gestes, les mimiques, la posture, le regard accompagnent et complètent la parole. Un enseignant qui dit « C'est très bien » avec un visage fermé et un ton froid contredit son message verbal par son comportement non verbal. Exemples de communication orale dans le contexte camerounais : - Un chef traditionnel bamiléké qui harangue sa communauté lors d'une cérémonie de deuil ou de célébration. - Un professeur qui fait son cours en classe, interrogeant les élèves, corrigeant leurs réponses. - Une vendeuse du marché de Mokolo qui interpelle les passants pour vanter ses marchandises : « Madame, venez voir, j'ai du poisson frais ! » - Un appel téléphonique entre un étudiant de l'Université de Yaoundé I et ses parents restés au village. #### 2.1.3. La communication écrite La communication écrite est la forme de communication verbale qui utilise l'écriture. Elle se caractérise par : - **L'absence de l'émetteur** : le scripteur n'est pas présent au moment de la lecture. Il ne peut pas voir les réactions de son lecteur, ni répondre à ses questions immédiatement. - **La permanence du message** : l'écrit est durable. Un texte peut être conservé, relu, consulté des années après sa rédaction. Les manuscrits anciens, les archives, les livres témoignent de cette permanence. - **La possibilité de planification** : le scripteur peut réfléchir, corriger, réorganiser son texte avant de le livrer au lecteur. Il peut le réécrire plusieurs fois, le faire relire, l'améliorer. - **L'usage de signes graphiques** : l'écrit utilise des lettres, des signes de ponctuation, des espaces, des paragraphes, des titres. Ces signes remplacent les éléments paraverbaux de l'oral : la ponctuation indique les pauses, les intonations, les nuances affectives. - **La nécessité d'un apprentissage** : contrairement à la parole, qui s'acquiert naturellement par immersion dans une communauté linguistique, l'écriture exige un apprentissage systématique. C'est l'école qui enseigne la lecture et l'écriture. Exemples de communication écrite dans le contexte camerounais : - Un élève qui rédige une dissertation de français pour son examen du Baccalauréat. - Un journaliste du quotidien *Cameroon Tribune* qui rédige un article sur l'actualité politique. - Un étudiant qui envoie un courriel à son professeur pour demander un rendez-vous. - Un fonctionnaire qui rédige une note de service pour informer ses collègues d'une réunion. - Un jeune Camerounais qui échange des messages WhatsApp avec ses amis. #### 2.1.4. Les fonctions du langage selon Jakobson Le linguiste Roman Jakobson a identifié six fonctions du langage, chacune étant liée à un élément du schéma de la communication : - **La fonction expressive** (ou émotive) : centrée sur l'émetteur, elle exprime ses sentiments, ses émotions, ses opinions. Exemple : « Quelle joie de te revoir ! », « Je suis fatigué de ce voyage. » - **La fonction conative** (ou impressive) : centrée sur le récepteur, elle vise à agir sur lui, à le convaincre, à lui donner un ordre, à le faire réagir. Exemple : « Ferme la porte ! », « Achetez nos produits, ils sont de qualité ! » - **La fonction référentielle** (ou dénotative) : centrée sur le contexte, elle transmet une information objective sur le monde. Exemple : « Le Cameroun est situé en Afrique centrale. », « Il pleut à Douala. » - **La fonction phatique** : centrée sur le canal, elle vise à établir, maintenir ou vérifier le contact entre les interlocuteurs. Exemple : « Allô, tu m'entends ? », « Vous me suivez ? », « Bon, comme je disais... » - **La fonction métalinguistique** : centrée sur le code, elle sert à parler de la langue elle-même. Exemple : « Le mot "école" est un nom féminin. », « Que signifie "mboko" en argot camerounais ? » - **La fonction poétique** : centrée sur le message lui-même, elle met l'accent sur la forme, la beauté, l'esthétique du discours. Exemple : un poème de René Philombé, une chanson de Bikutsi, un proverbe béti. > **À RETENIR** : Le langage remplit six fonctions selon Jakobson : expressive (l'émetteur), conative (le récepteur), référentielle (le contexte), phatique (le canal), métalinguistique (le code) et poétique (le message). Un même énoncé peut cumuler plusieurs fonctions, mais l'une d'elles domine généralement. ### 2.2. La communication non verbale #### 2.2.1. Définition et domaines La communication non verbale est l'ensemble des moyens de communication qui n'utilisent pas les mots. Elle comprend les signes, les signaux, les gestes, les mimiques, les postures, les regards, les distances entre les personnes, les objets, les couleurs, les sons non linguistiques, etc. La communication non verbale est souvent involontaire et inconsciente : nous communiquons sans le vouloir par notre attitude, notre façon de nous tenir, notre regard. > **À RETENIR** : La communication non verbale est l'ensemble des échanges d'informations qui ne passent pas par les mots : gestes, mimiques, postures, regards, distances, objets, couleurs, signaux. Elle est souvent involontaire et complète ou contredit le message verbal. La communication non verbale se manifeste dans plusieurs domaines : - **La kinésique** (ou kinésique) : c'est l'étude des gestes et des mouvements du corps. Elle s'intéresse à la gestuelle, aux mimiques, aux postures, aux regards. Le terme vient du grec *kinesis* qui signifie « mouvement ». - **La proxémique** : c'est l'étude de l'usage de l'espace dans la communication. Elle s'intéresse aux distances que les individus établissent entre eux, à la disposition des corps dans l'espace. Le terme a été proposé par l'anthropologue américain Edward T. Hall. - **La chronémique** : c'est l'étude de l'usage du temps dans la communication. Elle s'intéresse à la ponctualité, aux durées, aux rythmes des échanges. - **La paralangue** (ou paraverbal) : ce sont les caractéristiques vocales qui accompagnent la parole sans être des mots : le ton, l'intonation, le débit, le volume, les pauses, les soupirs, les rires, les pleurs. - **Les signes et signaux** : ce sont des éléments conventionnels qui transmettent une information sans passer par le langage : les panneaux de signalisation, les feux tricolores, les sirènes, les cloches, les sifflets, les drapeaux, les codes vestimentaires, les emblèmes, les logos. - **Les objets et les artefacts** : les objets que nous portons ou utilisons communiquent des informations sur nous : les vêtements, les bijoux, la coiffure, les tatouages, les accessoires (montre, sac, téléphone). #### 2.2.2. La kinésique ou gestuelle La kinésique est l'étude systématique des gestes et des mouvements corporels en tant que moyens de communication. Elle distingue plusieurs types de gestes : - **Les gestes emblèmes** (ou symboles) : ce sont des gestes qui ont une signification verbale précise et qui peuvent remplacer la parole. Par exemple, hocher la tête pour dire « oui », secouer la tête pour dire « non », lever la main pour demander la parole, faire signe de la main pour saluer, mettre l'index devant la bouche pour demander le silence, lever le pouce pour signifier « tout va bien » ou « c'est bon ». - **Les gestes illustrateurs** : ce sont des gestes qui accompagnent la parole et qui illustrent, renforcent ou complètent le discours. Par exemple, un enseignant qui montre du doigt le tableau en disant « Regardez ce schéma », un orateur qui lève les bras pour indiquer une augmentation, un conteur qui mime la taille d'un animal en écartant les mains. - **Les gestes régulateurs** : ce sont des gestes qui organisent l'échange, qui gèrent les tours de parole. Par exemple, hocher la tête pour indiquer que l'on écoute et que l'autre peut continuer, lever la main pour demander la parole, détourner le regard pour signifier que l'on a fini de parler. - **Les gestes adaptateurs** : ce sont des gestes qui expriment des états internes, souvent inconscients : se ronger les ongles (anxiété), se frotter les mains (impatience), croiser les bras (défense), se toucher les cheveux (nervosité), taper du pied (agacement). Les **mimiques** (ou expressions du visage) sont une composante essentielle de la kinésique. Le visage est la partie du corps la plus expressive : il peut exprimer la joie, la tristesse, la colère, la peur, la surprise, le dégoût, la méfiance, l'étonnement, l'approbation, la désapprobation. Le sourire, le froncement des sourcils, l'élévation des sourcils, le plissement des yeux, l'ouverture de la bouche sont autant de signaux non verbaux qui accompagnent ou remplacent la parole. Les **postures** sont également significatives : se tenir droit peut indiquer l'assurance ou la fierté ; s'affaler sur sa chaise peut indiquer le découragement ou le manque de respect ; se pencher vers son interlocuteur indique l'intérêt ; se reculer indique la méfiance ou le rejet. Le **regard** est un canal de communication très puissant : regarder quelqu'un dans les yeux peut exprimer l'intérêt, la sincérité, le défi ou l'amour ; détourner le regard peut exprimer la timidité, la honte, le mensonge ou le manque de respect. Dans certaines cultures, le regard direct est perçu comme une impolitesse, tandis que dans d'autres, c'est une marque de franchise. Exemples de gestes dans le contexte camerounais : - Au Cameroun, saluer une personne âgée en baissant légèrement la tête ou en fléchissant le buste est une marque de respect. - Dans les marchés, les vendeuses utilisent des gestes amples pour attirer l'attention des clients : elles montrent leurs marchandises, les touchent, les tendent vers le passant. - Lors des funérailles, les gestes de condoléances sont codifiés : serrer la main des proches du défunt, poser la main sur l'épaule, baisser la tête. - Un élève qui lève le doigt en classe demande la parole ; un élève qui baisse la tête évite d'être interrogé. #### 2.2.3. Les signes et les signaux Les signes et les signaux sont des éléments conventionnels qui transmettent une information sans passer par le langage articulé. On peut les classer en plusieurs catégories : - **Les signes naturels** : ce sont des phénomènes naturels qui sont interprétés comme des signaux. La fumée est le signe du feu, les nuages noirs sont le signe de la pluie, le chant du coq est le signe du matin. Ces signes ne sont pas émis intentionnellement par un émetteur, mais ils sont interprétés par un récepteur. - **Les signes artificiels** (ou conventionnels) : ce sont des signes créés délibérément par les humains pour communiquer. On distingue : - Les **signes iconiques** : ils ressemblent à ce qu'ils représentent. Par exemple, le pictogramme d'une silhouette humaine sur une porte indique les toilettes ; le dessin d'une cigarette barrée indique l'interdiction de fumer. - Les **signes symboliques** : ils n'ont aucun rapport de ressemblance avec ce qu'ils représentent, mais une convention sociale leur attribue une signification. Par exemple, le drapeau national représente la nation ; la colombe blanche symbolise la paix ; le rouge peut signifier le danger ou l'interdiction. - Les **signaux** : ce sont des signes qui déclenchent une réaction immédiate. Le feu rouge signale l'arrêt obligatoire ; la sirène d'une ambulance signale qu'il faut céder le passage ; le sifflet de l'arbitre signale une faute ; la cloche de l'école signale la fin des cours ; le klaxon d'une voiture signale la présence du véhicule. Exemples de signes et signaux dans le contexte camerounais : - Les feux tricolores aux carrefours de Douala et de Yaoundé régulent la circulation. - Le sifflet du commissaire de match lors d'un derby entre le Canon de Yaoundé et l'Union de Douala. - Les panneaux de signalisation routière sur la route Yaoundé-Douala. - Le drapeau camerounais (vert, rouge, jaune avec l'étoile) hissé lors des cérémonies officielles du 20 mai. - Les tam-tams qui, dans certaines communautés traditionnelles, transmettent des messages à distance. - Les couleurs du pagne porté lors d'une cérémonie : le blanc pour la joie, le noir pour le deuil dans certaines régions. #### 2.2.4. La proxémique : l'usage de l'espace La proxémique, concept développé par Edward T. Hall, étudie la manière dont les individus utilisent et perçoivent l'espace dans leurs interactions. Hall a identifié quatre distances de communication : - **La distance intime** (de 0 à 45 cm environ) : réservée aux relations très proches (amoureux, parents et enfants, amis intimes). C'est la distance du chuchotement, du contact corporel, des confidences. - **La distance personnelle** (de 45 cm à 1,20 m environ) : c'est la distance des conversations entre amis, entre collègues, entre connaissances. On peut se toucher, se serrer la main, se parler à voix normale. - **La distance sociale** (de 1,20 m à 3,60 m environ) : c'est la distance des relations formelles, professionnelles, des échanges avec des inconnus. On ne se touche pas, on parle plus fort. - **La distance publique** (au-delà de 3,60 m) : c'est la distance des discours publics, des conférences, des spectacles. L'orateur s'adresse à un groupe, non à des individus particuliers. La proxémique varie considérablement selon les cultures. Dans certaines cultures, les gens se tiennent très près les uns des autres lorsqu'ils parlent ; dans d'autres, ils maintiennent une plus grande distance. Au Cameroun, les normes proxémiques varient selon les régions et les contextes : dans les marchés, les gens se touchent, se bousculent, se serrent ; dans les administrations, une certaine distance est maintenue entre l'agent et l'usager. #### 2.2.5. La chronémique : l'usage du temps La chronémique étudie la manière dont le temps est perçu et utilisé dans la communication. La ponctualité, les délais, les durées, les rythmes sont des éléments de communication non verbale. Être en retard à un rendez-vous peut signifier le manque de respect, l'indifférence ou, au contraire, l'importance que l'on accorde à d'autres priorités. Dans certaines cultures, le temps est perçu de manière linéaire (le temps est une ressource qu'on ne peut pas gaspiller) ; dans d'autres, il est perçu de manière cyclique (le temps revient, il n'est pas urgent). Au Cameroun, la notion de « temps » est souvent flexible : on parle parfois de « l'heure camerounaise » pour désigner une certaine tolérance aux retards dans les rendez-vous informels, même si les rendez-vous officiels et professionnels exigent la ponctualité. #### 2.2.6. Les fonctions de la communication non verbale La communication non verbale remplit plusieurs fonctions essentielles : - **La fonction de complément** : le non-verbal complète le verbal en ajoutant des informations supplémentaires. Un enseignant qui dit « Le Cameroun se trouve en Afrique centrale » tout en montrant la carte sur le mur complète son message verbal par un geste. - **La fonction de renforcement** : le non-verbal renforce le message verbal en l'accentuant. Un orateur qui martèle la table en disant « Il faut agir ! » renforce son propos par le geste. - **La fonction de substitution** : le non-verbal peut remplacer le verbal. Un hochement de tête peut remplacer « oui » ; un geste de la main peut remplacer « au revoir » ; un haussement d'épaules peut remplacer « je ne sais pas ». - **La fonction de contradiction** : le non-verbal peut contredire le verbal. Quelqu'un qui dit « Je suis très content » avec un visage fermé et un ton monotone contredit son message verbal. Dans ce cas, on a tendance à croire le non-verbal plutôt que le verbal, car il est plus difficile à contrôler consciemment. - **La fonction de régulation** : le non-verbal organise l'échange. Les hochements de tête, les regards, les gestes de la main indiquent qui doit parler, qui doit continuer, qui doit s'arrêter. - **La fonction d'expression des émotions** : le non-verbal exprime les émotions de manière souvent plus directe et plus authentique que le verbal. La joie, la tristesse, la colère, la peur se lisent sur le visage et dans le corps avant même d'être exprimées par des mots. > **À RETENIR** : La communication non verbale remplit six fonctions : compléter, renforcer, remplacer, contredire, réguler et exprimer les émotions. Elle est souvent plus spontanée et plus difficile à contrôler que la communication verbale. #### 2.2.7. Communication verbale et non verbale : complémentarité et interaction Dans la pratique, la communication verbale et la communication non verbale ne sont pas des systèmes séparés : ils interagissent constamment. Lorsqu'une personne parle, elle accompagne ses paroles de gestes, de mimiques, d'intonations. Lorsqu'elle écrit, elle choisit une mise en page, une police de caractères, des couleurs qui ont une dimension non verbale. L'analyse d'une situation de communication doit donc prendre en compte les deux dimensions. Prenons l'exemple d'un enseignant qui fait son cours en classe. Sa communication verbale comprend le contenu de la leçon, les explications, les questions, les corrections. Sa communication non verbale comprend sa posture (debout ou assis), ses déplacements dans la salle, ses gestes (montrer le tableau, désigner un élève), ses mimiques (sourire, froncement de sourcils), son regard (balayer la classe, fixer un élève), sa voix (ton, volume, débit), ses vêtements, sa façon de gérer l'espace et le temps. Un bon enseignant maîtrise les deux dimensions : il sait parler clairement, mais il sait aussi utiliser son corps, sa voix et l'espace pour capter l'attention, maintenir la discipline, encourager les élèves. De même, un élève qui passe un oral d'examen communique verbalement par ses réponses, mais aussi non verbalement par sa posture (droit ou affalé), son regard (franc ou fuyant), ses gestes (calmes ou nerveux), sa voix (assurée ou tremblante). Le jury évalue les deux dimensions, même si la grille d'évaluation privilégie le contenu verbal. ## III. L'interprétation selon le contexte culturel ### 3.1. La relativité culturelle des signes non verbaux La communication non verbale n'est pas universelle : les gestes, les mimiques, les postures, les distances, les usages du temps varient considérablement selon les cultures. Un même geste peut avoir des significations différentes, voire opposées, selon le contexte culturel dans lequel il est produit. Cette relativité culturelle est un enjeu majeur de la communication interculturelle : dans un monde globalisé, où les échanges entre personnes de cultures différentes sont de plus en plus fréquents, il est essentiel de savoir que nos gestes ne sont pas compris de la même manière partout. > **À RETENIR** : Les signes non verbaux ne sont pas universels : leur signification varie selon les cultures. Un même geste peut avoir des sens différents, voire opposés, selon le contexte culturel. Il faut donc être prudent dans l'interprétation des gestes et des signaux. ### 3.2. L'exemple du hochement de tête L'exemple le plus frappant de cette relativité culturelle est celui du hochement de tête. En France, au Cameroun, dans la plupart des pays d'Afrique et d'Europe, hocher la tête de haut en bas signifie « oui », tandis que secouer la tête de gauche à droite signifie « non ». Ce geste semble si naturel qu'on pourrait le croire universel. Or, il n'en est rien. > **À RETENIR** : Hocher la tête n'a pas la même signification partout dans le monde. Dans certaines cultures, ce geste signifie « oui » ; dans d'autres, il signifie « non » ou « je ne comprends pas ». L'interprétation dépend du contexte culturel. #### 3.2.1. Le hochement de tête en Indonésie En Indonésie, le hochement de tête a une signification particulière. Les Indonésiens hochent la tête non seulement pour dire « oui », mais aussi pour montrer qu'ils écoutent, qu'ils comprennent, qu'ils sont d'accord, ou simplement pour être polis. Le hochement de tête est un signe d'écoute active et de respect. Cependant, dans certaines régions d'Indonésie, notamment à Java, le hochement de tête peut aussi signifier « oui, je t'entends » sans impliquer un accord réel. Un touriste qui demande son chemin à un Indonésien peut recevoir un hochement de tête accompagné d'un sourire, mais cela ne signifie pas nécessairement que l'Indonésien a compris la question ou qu'il connaît le chemin : il hoche la tête pour être agréable, pour ne pas décevoir, pour éviter de dire « non » qui serait perçu comme impoli. Cette attitude, parfois appelée « le oui indonésien », est une source fréquente de malentendus pour les étrangers. #### 3.2.2. Le hochement de tête en Malaisie En Malaisie, le hochement de tête est également utilisé de manière particulière. Les Malaisiens hochent la tête pour signifier « oui », mais ils utilisent aussi un mouvement de tête plus lent et plus ample pour indiquer qu'ils écoutent ou qu'ils comprennent. Dans la culture malaise, il est impoli de dire « non » directement à une personne, surtout si elle est plus âgée ou de statut supérieur. On préfère hocher la tête, sourire, ou détourner la conversation plutôt que de refuser explicitement. Un étranger qui pose une question à un Malaisien et reçoit un hochement de tête accompagné d'un sourire ne doit pas conclure trop vite que sa demande est acceptée : il se peut que le Malaisien évite simplement de dire « non ». #### 3.2.3. Le hochement de tête aux Philippines Aux Philippines, le hochement de tête a une signification encore différente. Les Philippins hochent la tête pour dire « oui », mais ils utilisent aussi un mouvement de tête particulier : ils lèvent le menton et les sourcils en même temps pour dire « oui » ou pour saluer. Ce geste, appelé *ngiwi* dans certaines régions, est un signe de reconnaissance et de salutation. De plus, dans la culture philippine, le hochement de tête peut signifier « je comprends » ou « je suis d'accord » dans des contextes où un Occidental dirait simplement « oui ». Les Philippins attachent une grande importance à l'harmonie sociale (*pakikisama*) et évitent les confrontations directes : le hochement de tête est souvent utilisé pour maintenir cette harmonie, même lorsque la réponse réelle est négative. #### 3.2.4. Le hochement de tête au Sri Lanka Au Sri Lanka, le hochement de tête est particulièrement déroutant pour les étrangers. En effet, les Sri Lankais utilisent un mouvement de tête latéral, un balancement de la tête d'un côté à l'autre, qui ressemble à notre « non » occidental, mais qui signifie en réalité « oui » ou « je suis d'accord ». Ce mouvement, parfois appelé le « hochement sri-lankais », est un balancement doux et continu de la tête, souvent accompagné d'un sourire. Un touriste qui demande à un Sri Lankais « Est-ce que ce bus va à Kandy ? » et qui reçoit ce balancement latéral pourrait croire que la réponse est « non », alors qu'elle est « oui ». À l'inverse, les Sri Lankais qui ont appris le « oui » occidental (hochement vertical) l'utilisent parfois, mais le geste naturel reste le balancement latéral. Cette différence est une source classique de malentendus dans les échanges entre Sri Lankais et étrangers. #### 3.2.5. Le hochement de tête au Cameroun et dans d'autres cultures Au Cameroun, comme dans la plupart des pays d'Afrique subsaharienne, le hochement de tête vertical signifie « oui » et le mouvement latéral signifie « non ». Cependant, il existe des nuances : dans certaines communautés, un hochement de tête lent et appuyé peut signifier « oui, j'ai compris » ou « oui, je suis d'accord », tandis qu'un hochement rapide peut signifier « oui, j'ai entendu » sans implication d'accord. De plus, dans les conversations, les Camerounais utilisent fréquemment le hochement de tête pour montrer qu'ils écoutent, qu'ils suivent le raisonnement de l'interlocuteur, même s'ils ne sont pas d'accord. Ce hochement d'écoute est un régulateur de la conversation : il encourage l'orateur à continuer. D'autres exemples de gestes dont la signification varie selon les cultures : - **Le signe « OK »** (pouce et index formant un cercle) : dans le monde occidental, il signifie « tout va bien », « d'accord ». Au Japon, il peut signifier « l'argent » (pièce de monnaie). Dans certains pays du Moyen-Orient, il est perçu comme une insulte grave. Au Brésil, il est également considéré comme obscène. - **Le pouce levé** : dans la plupart des cultures, il signifie « tout va bien », « bravo », « d'accord ». Mais dans certains pays du Moyen-Orient et d'Afrique de l'Ouest, il est considéré comme une insulte. - **Le geste de la main pour appeler quelqu'un** : en Occident, on appelle quelqu'un en levant la main et en repliant les doigts vers soi. Dans certaines cultures asiatiques, ce geste est réservé aux animaux ; pour appeler une personne, on tend la main vers le bas et on agite les doigts. - **Le regard direct** : dans les cultures occidentales, regarder son interlocuteur dans les yeux est une marque de sincérité et de respect. Dans certaines cultures asiatiques et africaines, baisser les yeux devant une personne âgée ou de statut supérieur est une marque de respect ; le regard direct peut être perçu comme un défi ou une impolitesse. - **La distance entre les interlocuteurs** : dans les cultures latines et arabes, les gens se tiennent près les uns des autres ; dans les cultures nordiques et asiatiques, ils maintiennent une plus grande distance. - **Le sourire** : dans la plupart des cultures, le sourire est un signe de bienveillance. Mais dans certaines cultures, sourire dans une situation grave (comme un enterrement) peut être perçu comme un manque de respect. Au Japon, le sourire peut servir à masquer la gêne ou la tristesse. ### 3.3. Les causes de la variation culturelle Pourquoi les gestes et les signes non verbaux varient-ils selon les cultures ? Plusieurs facteurs expliquent cette variation : - **L'histoire et la tradition** : chaque culture a développé, au fil de son histoire, des codes de communication spécifiques, transmis de génération en génération. Ces codes sont appris dès l'enfance, souvent de manière implicite, par l'observation et l'imitation. - **Les valeurs culturelles** : les gestes reflètent les valeurs d'une société. Dans les cultures où l'harmonie sociale est primordiale (comme au Japon, en Indonésie, aux Philippines), les gestes d'évitement du conflit sont fréquents : on hoche la tête pour ne pas déplaire, on sourit pour masquer son désaccord. Dans les cultures où l'affirmation de soi est valorisée (comme aux États-Unis), les gestes sont plus directs et plus expressifs. - **La religion et les croyances** : les pratiques religieuses influencent les comportements non verbaux. Par exemple, dans les cultures musulmanes, le contact physique entre hommes et femmes non apparentés est limité ; dans les cultures hindoues, la main gauche est considérée comme impure et ne doit pas être utilisée pour donner ou recevoir. - **L'environnement géographique et social** : les conditions de vie influencent les comportements non verbaux. Dans les régions densément peuplées, les distances interpersonnelles sont plus réduites ; dans les régions où l'espace est abondant, les distances sont plus grandes. ### 3.4. Les conséquences des malentendus culturels Les différences culturelles dans la communication non verbale peuvent entraîner des malentendus, des conflits, des échecs de communication. Un touriste qui hoche la tête en signe d'accord au Sri Lanka pourrait être surpris de recevoir un balancement latéral en réponse ; un homme d'affaires occidental qui regarde son interlocuteur japonais droit dans les yeux pourrait être perçu comme agressif ; un enseignant français qui appelle un élève camerounais du doigt (index replié) pourrait être perçu comme impoli. Dans le contexte camerounais, la diversité culturelle du pays (plus de 250 groupes ethniques) implique une grande variété de codes non verbaux. Un geste qui est poli dans une région peut être impoli dans une autre. Par exemple, dans certaines communautés du Nord-Cameroun, montrer la plante de ses pieds à quelqu'un est une marque de mépris ; dans d'autres régions, ce geste n'a aucune signification particulière. De même, la manière de saluer varie considérablement : dans certaines cultures, on serre la main ; dans d'autres, on s'incline ; dans d'autres encore, on touche son cœur ou son front. > **À RETENIR** : Les malentendus culturels dans la communication non verbale sont fréquents et peuvent avoir des conséquences graves : échec d'une négociation, offense involontaire, conflit interpersonnel. Il est essentiel de connaître les codes culturels de son interlocuteur et de rester humble face à l'ambiguïté des signes. ### 3.5. L'interprétation des signes : une compétence à développer L'interprétation des signes non verbaux est une compétence complexe qui exige : - **La connaissance des codes culturels** : il faut savoir que les gestes n'ont pas la même signification partout et se renseigner sur les codes de la culture de son interlocuteur. - **La prise en compte du contexte** : un même geste peut avoir des significations différentes selon la situation. Un hochement de tête dans une conversation amicale n'a pas le même sens que dans un entretien d'embauche. - **L'observation de l'ensemble des signaux** : il ne faut pas interpréter un geste isolément, mais le replacer dans l'ensemble des signaux (verbaux et non verbaux) émis par la personne. - **La vérification de l'interprétation** : en cas de doute, il est préférable de demander confirmation plutôt que de supposer. On peut dire : « Ai-je bien compris que... ? » ou « Vous voulez dire que... ? » - **La tolérance à l'ambiguïté** : il faut accepter que certains signes restent ambigus et ne pas chercher à tout interpréter de manière définitive. Dans le cadre scolaire, cette compétence est particulièrement importante. Un enseignant doit savoir interpréter les signes non verbaux de ses élèves : un élève qui baisse la tête peut être timide, fatigué, ou ne pas avoir fait son devoir ; un élève qui sourit peut être content, moqueur, ou nerveux. Un élève doit savoir interpréter les signes non verbaux de son enseignant : un froncement de sourcils peut signifier la désapprobation, la concentration, ou la perplexité. ### 3.6. Communication verbale et non verbale dans les textes et les discours L'analyse de la communication verbale et non verbale est également un outil précieux pour l'étude des textes et des discours. Dans un texte littéraire, les didascalies (dans le théâtre) indiquent les gestes et les mimiques des personnages ; les descriptions physiques et comportementales (dans le roman) renseignent sur la communication non verbale des personnages. Par exemple, dans *Une vie de boy* de Ferdinand Oyono, le narrateur Toundi observe et décrit les comportements non verbaux des colons et des Camerounais : les regards, les postures, les gestes de soumission ou de domination. Ces descriptions sont essentielles pour comprendre les rapports de pouvoir entre les personnages. Dans un discours politique, l'orateur utilise à la fois le verbal (les mots, les arguments) et le non-verbal (les gestes, le ton, le regard, la posture) pour convaincre son auditoire. Un discours prononcé d'une voix monotone, sans gestes, sans regard vers l'auditoire, aura moins d'impact qu'un discours prononcé avec conviction, accompagné de gestes amples et d'un regard qui balaie la salle. Dans la vie quotidienne, l'analyse de la communication non verbale permet de mieux comprendre les relations entre les personnes : un patron qui garde ses distances avec ses employés, un vendeur qui touche le bras de son client pour le convaincre, un enfant qui évite le regard de ses parents après une bêtise. ## Conclusion La communication est un phénomène complexe qui met en jeu de nombreux éléments : l'émetteur, le récepteur, le message, le canal, le code et le contexte. Elle se réalise sous deux formes principales : la communication verbale, qui utilise les mots (parlés ou écrits), et la communication non verbale, qui utilise les gestes, les signes, les signaux, les postures, les regards, les distances et les usages du temps. Ces deux formes sont complémentaires et interagissent constamment dans les échanges humains. L'étude de la communication non verbale révèle que les gestes et les signes ne sont pas universels : leur signification varie selon les cultures. L'exemple du hochement de tête est particulièrement éloquent : ce geste, qui semble naturel et universel, signifie « oui » dans certaines cultures (Cameroun, France, etc.), « non » ou « je ne comprends pas » dans d'autres (Sri Lanka), et peut avoir des significations nuancées en Indonésie, en Malaisie ou aux Philippines. Cette relativité culturelle impose une grande prudence dans l'interprétation des signes et une ouverture à la diversité des codes. Ce chapitre ouvre la voie à l'étude de la linguistique et de l'analyse de discours : après avoir distingué le verbal et le non-verbal, il s'agira d'étudier plus précisément le fonctionnement du langage, les règles de la grammaire, les structures de la phrase, les mécanismes de l'énonciation, les stratégies argumentatives, les registres de langue, les figures de style. La maîtrise de la communication, dans ses dimensions verbale et non verbale, est une compétence fondamentale pour la réussite scolaire, professionnelle et sociale : elle permet de comprendre les autres, de se faire comprendre, de convaincre, de séduire, de négocier, de coopérer. Dans un monde de plus en plus interconnecté, où les échanges entre cultures se multiplient, savoir décoder et utiliser les codes verbaux et non verbaux est une compétence essentielle du citoyen du XXIe siècle.

Quiz du chapitre

12 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Qu'est-ce que la communication ?
  2. 2. La communication verbale se caractérise par :
  3. 3. Dans la phrase « Il a hoché la tête pour dire oui », quel type de communication est utilisé ?
  4. 4. La kinésique (ou gestuelle) étudie :
  5. 5. Dans quelle culture hocher la tête signifie-t-il « non » ?
  6. 6. Un signal d'alarme (sirène) est un exemple de :
  7. 7. Quel énoncé relève de la communication verbale écrite ?
  8. 8. L'interprétation des gestes dépend du contexte culturel. Cela signifie que :
  9. 9. Dans la phrase « Elle a souri pour montrer son accord », le sourire est :
  10. 10. La communication non verbale inclut :
  11. 11. Quel est le principal canal de la communication verbale orale ?
  12. 12. Un panneau de signalisation routière (triangle rouge) est un exemple de :