Chapitre 19
Le terrorisme et les replis identitaires dans le monde contemporain
Lecture : 4 minQuiz de 8 questions
## Introduction
Depuis la fin du XXe siècle, le monde est confronté à la montée du terrorisme et des replis identitaires, deux phénomènes liés qui menacent la paix, la sécurité et la cohésion des sociétés. Le terrorisme désigne l'usage de la violence et de la peur par des groupes ou des individus pour atteindre des objectifs politiques, religieux ou idéologiques. Le repli identitaire, quant à lui, correspond au refus de l'autre et à l'enfermement d'un groupe (ethnique, religieux, national) sur sa propre identité, souvent perçue comme menacée. En Afrique, et particulièrement dans le bassin du lac Tchad, ce phénomène a pris une ampleur dramatique avec l'action du groupe Boko Haram, qui frappe durement le Nigeria, le Cameroun, le Tchad et le Niger depuis le début des années 2010.
## I. Les objectifs du terrorisme et des replis identitaires
Les groupes terroristes poursuivent des objectifs variés :
- **Objectifs religieux** : imposer une lecture radicale de la religion et rejeter « l'éducation non islamique » (c'est le sens du nom Boko Haram, littéralement « l'éducation occidentale est un péché », fondé au Nigeria en 2002 par Mohammed Yusuf) ;
- **Objectifs politiques** : renverser des gouvernements jugés illégitimes, établir un État islamique ou un califat (proclamé par le groupe État islamique en juin 2014) ;
- **Objectifs identitaires et ethniques** : défendre une communauté perçue comme menacée, exclure ou stigmatiser les autres groupes, discours de haine et repli communautaire ;
- **Objectifs économiques** : contrôler des ressources, des routes commerciales et des zones frontalières pour financer les activités du groupe.
> À retenir : Boko Haram est fondé en 2002 au Nigeria par Mohammed Yusuf ; le groupe multiplie ses attaques transfrontalières dans le bassin du lac Tchad (Nigeria, Cameroun, Tchad, Niger) à partir de 2013.
## II. Les modes opératoires
Les groupes terroristes et les mouvements de repli identitaire utilisent des méthodes violentes et souvent asymétriques :
- **Attentats-suicides** et attaques à l'explosif contre des marchés, des mosquées, des églises et des lieux publics ;
- **Enlèvements et prises d'otages**, à des fins de rançon ou de recrutement forcé : au Cameroun, le premier enlèvement de ressortissants étrangers attribué à Boko Haram survient le 19 février 2013 dans le parc de Waza (sept membres d'une famille française, dont Tanguy Moulin-Fournier) ;
- **Pillages et razzias** de bétail et de récoltes dans les zones rurales de l'Extrême-Nord camerounais ;
- **Recrutement forcé**, y compris d'enfants et d'adolescents, et utilisation d'enfants-kamikazes ;
- **Infiltration transfrontalière**, facilitée par la porosité des frontières et les liens ethniques et linguistiques communs (notamment les populations kanouri et haoussa) entre le Nigeria, le Cameroun, le Tchad et le Niger ;
- **Propagande et communication** via les réseaux sociaux et internet pour recruter, diffuser la terreur et revendiquer les attaques.
> À retenir : au Cameroun, les attaques touchent particulièrement la région de l'Extrême-Nord (Waza, Kolofata, Fotokol, Amchidé) à partir de 2013-2014.
## III. Les conséquences du terrorisme et des replis identitaires
Les conséquences sont multiples et durables :
**Sur le plan humain** : des milliers de morts, des enlèvements, des déplacements massifs de populations (réfugiés et déplacés internes dans l'Extrême-Nord du Cameroun et autour du lac Tchad).
**Sur le plan économique** : fermeture d'axes commerciaux majeurs (comme la route Douala-Maroua-N'Djaména), hausse des prix des denrées, ruine du commerce transfrontalier et de l'élevage.
**Sur le plan sécuritaire** : militarisation des zones frontalières, mise en place d'une coopération régionale avec la création de la Force multinationale mixte (MNJTF) en 2015, regroupant le Nigeria, le Cameroun, le Tchad, le Niger et le Bénin ; intervention décisive de l'armée tchadienne en janvier 2015.
**Sur le plan social** : montée de la méfiance intercommunautaire, stigmatisation de certaines populations, fragilisation du vivre-ensemble et repli des communautés sur leur identité religieuse ou ethnique.
**Sur le plan politique** : renforcement des dispositifs juridiques antiterroristes (au Cameroun, loi du 23 décembre 2014 portant répression des actes de terrorisme), restriction de certaines libertés, mobilisation des États autour de la lutte antiterroriste.
## Conclusion
Le terrorisme et les replis identitaires constituent, depuis le début des années 2010, l'une des principales menaces à la stabilité du Cameroun et de la sous-région d'Afrique centrale et de l'Ouest. Face à Boko Haram, la réponse a nécessité une mobilisation militaire, diplomatique et sociale, à l'échelle nationale et régionale, pour préserver la paix et l'unité nationale, tout en luttant contre les racines profondes du repli identitaire : pauvreté, manque d'éducation et sentiment d'exclusion.
Quiz du chapitre
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