Chapitre 18
L'Afrique sous l'emprise du néocolonialisme
Lecture : 5 minQuiz de 8 questions
## Introduction
Entre la fin des années 1950 et le milieu des années 1970, la quasi-totalité des colonies africaines accèdent à l'indépendance politique. Mais cette souveraineté formelle ne met pas fin, dans bien des cas, à la domination économique, politique et culturelle des anciennes puissances coloniales, ni à l'ingérence des grandes puissances de la guerre froide. C'est ce que Kwame Nkrumah théorise dès 1965 sous le nom de **néocolonialisme**, dans son ouvrage *Le néo-colonialisme, dernier stade de l'impérialisme* : un État peut être juridiquement indépendant tout en restant, dans les faits, soumis à des logiques de dépendance héritées de la colonisation.
## I. Un tableau des indépendances africaines
| Pays | Métropole | Date de l'indépendance | Premier dirigeant |
|---|---|---|---|
| Ghana | Royaume-Uni | 6 mars 1957 | Kwame Nkrumah |
| Guinée | France | 2 octobre 1958 | Ahmed Sékou Touré |
| Congo belge (Zaïre / RDC) | Belgique | 30 juin 1960 | J. Kasa-Vubu / P. Lumumba |
| Congo Brazzaville | France | 15 août 1960 | Fulbert Youlou |
| Algérie | France | 5 juillet 1962 | Ahmed Ben Bella |
| Kenya | Royaume-Uni | 12 décembre 1963 | Jomo Kenyatta |
| Guinée Équatoriale | Espagne | 12 octobre 1968 | Francisco Macías Nguema |
| Angola | Portugal | 11 novembre 1975 | Agostinho Neto |
L'année 1960, dite « année de l'Afrique », voit à elle seule dix-sept pays africains accéder à l'indépendance, principalement dans les anciens empires français et belge.
## II. Les instruments du néocolonialisme
Même après l'indépendance, plusieurs dispositifs permettent aux anciennes puissances coloniales de conserver une influence déterminante :
- des **accords de coopération** (militaire, économique, monétaire) signés dès l'indépendance, qui maintiennent souvent des bases militaires étrangères et des liens de dépendance ;
- la **Francophonie**, institution créée en 1970, qui promeut la langue et la culture françaises tout en prolongeant l'influence politique de la France dans ses anciennes colonies ;
- le **Commonwealth**, organisation regroupant les anciennes colonies britanniques ;
- le **Club de Paris**, regroupement des créanciers publics qui négocie et conditionne le rééchelonnement des dettes des États africains ;
- le **Club de Londres**, équivalent pour les créanciers privés et bancaires ;
- le **Club de Rome**, groupe de réflexion qui influence les orientations économiques imposées aux pays en développement, notamment via le Fonds monétaire international et la Banque mondiale.
## III. Les manifestations du néocolonialisme
Le néocolonialisme se traduit concrètement par :
- des **coups d'État** et des **assassinats politiques** (comme celui de Patrice Lumumba en 1961) visant les dirigeants jugés trop indépendants, souvent tolérés voire encouragés par les anciennes puissances dans le contexte de la guerre froide ;
- des **régimes autoritaires** maintenus au pouvoir tant qu'ils garantissent l'accès aux matières premières et l'alignement diplomatique ;
- des **modèles politiques importés** (partis uniques, constitutions calquées sur des modèles étrangers, sans adaptation aux réalités locales) ;
- des **guerres civiles** alimentées par les rivalités de la guerre froide, comme en Angola ;
- les « **éléphants blancs** », grands projets d'infrastructure prestigieux mais surdimensionnés et peu rentables, financés par l'endettement extérieur ;
- des **monnaies importées**, à l'image du franc CFA, arrimé au Trésor français, symbole d'une dépendance monétaire persistante ;
- des **programmes économiques imposés**, notamment les plans d'ajustement structurel du FMI et de la Banque mondiale dans les années 1980 ;
- l'**acculturation** par les mass médias (presse, radio, télévision), qui diffusent des modèles culturels occidentaux au détriment des cultures africaines.
## IV. La réaction des Africains face au néocolonialisme
Face à cette domination persistante, plusieurs formes de résistance se développent :
- le **panafricanisme**, qui aboutit à la création de l'**Organisation de l'unité africaine (OUA)** à Addis-Abeba le 25 mai 1963 ;
- des tentatives d'**autodétermination** menées par certains dirigeants : **Sékou Touré**, qui rompt radicalement avec la France dès 1958 ; **Kwame Nkrumah**, théoricien du néocolonialisme et promoteur des « États-Unis d'Afrique » ; **Gamal Abdel Nasser**, en Égypte, qui nationalise le canal de Suez en 1956 et défend le non-alignement ; **Thomas Sankara**, au Burkina Faso, qui mène de 1983 à 1987 une révolution anti-impérialiste (refus du remboursement de la dette, renommage du pays), avant d'être assassiné en 1987 ; **Mouammar Kadhafi**, en Libye, financier de nombreux projets panafricains et artisan de la création de l'Union africaine en 2002 ;
- des **regroupements sous-régionaux**, comme la CEDEAO (1975) ou l'UDEAC, destinés à renforcer la coopération économique régionale et à réduire la dépendance à l'égard des anciennes métropoles ;
- la **coopération sud-sud**, incarnée par le **mouvement des non-alignés**, né à la conférence de Bandung (1955) et structuré au sommet de Belgrade (1961), qui rassemble les pays du tiers-monde autour d'une solidarité alternative aux blocs de la guerre froide.
## Conclusion
L'indépendance politique des États africains, acquise entre 1957 et le milieu des années 1970, ne s'accompagne pas toujours d'une véritable souveraineté économique et culturelle. Le néocolonialisme, par ses instruments financiers, ses ingérences politiques et son emprise culturelle, prolonge une forme de domination sous des formes renouvelées. Face à cette situation, le panafricanisme et la solidarité sud-sud constituent les principales réponses africaines, dont l'efficacité reste toutefois limitée par les rivalités entre États et les pressions extérieures persistantes.
> Le néocolonialisme, concept théorisé par Kwame Nkrumah, désigne la domination économique, politique et culturelle exercée par les anciennes puissances coloniales sur des États africains pourtant formellement indépendants.
> L'Organisation de l'unité africaine (OUA), fondée à Addis-Abeba le 25 mai 1963, incarne l'idéal panafricaniste de solidarité et d'unité entre les États africains.
> Un « éléphant blanc » désigne un grand projet d'infrastructure prestigieux mais surdimensionné et peu rentable, financé par l'endettement extérieur et symbole du gaspillage néocolonial.
> Le franc CFA, monnaie commune héritée de la période coloniale et arrimée au Trésor français, illustre la persistance d'une dépendance monétaire néocoloniale.
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