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Chapitre 2

Réalisation des dallages, des chapes, des perrons et des seuils

Lecture : 10 minQuiz de 10 questions

## Objectifs et prérequis **Objectifs** : À la fin de cette leçon, l’élève sera capable de : - préparer un terrain plein en vue de la réalisation d’un dallage ; - choisir et mettre en œuvre le lit de pose adapté au type de dalle (béton, pierre naturelle, carrelage) ; - poser les éléments de revêtement en respectant les joints, les pentes et les niveaux requis ; - réaliser le jointoiement et les finitions conformément aux normes de sécurité et d’hygiène du chantier camerounais ; - contrôler la planéité et l’adhérence du dallage à l’aide d’outils de métrologie simples (niveau à bulle, règle de maçon, cordeau). **Prérequis** : - connaissances de base en lecture de plans (cotes, échelles, symboles) ; - maîtrise des notions de maçonnerie générale (mortier, béton, armature légère) ; - savoir utiliser les outils de traçage (cordeau, niveau, équerre) et de mesure (mètre ruban, pied à coulisse) ; - notions de sécurité sur chantier (port des EPI, signalisation, manutention des charges). --- ### Introduction contextualisée Dans les travaux publics et le bâtiment au Cameroun, le dallage sur terrain plein constitue une solution courante pour les sols de circulation intérieure (couloirs, halls, ateliers) et extérieure (terrasses, allées de jardin, accès aux bâtiments). Il permet d’obtenir une surface plane, résistante à l’usure et facile d’entretien, tout en s’adaptant aux contraintes climatiques (forte pluviométrie, variations thermiques). La réalisation d’un dallage suit une séquence logique : préparation du terrain, mise en place du lit de pose, pose des éléments de revêtement, jointoiement et contrôle final. Chaque étape doit respecter les règles de mise en œuvre du **Cahier des Clauses Techniques Particulières (CCTP)** camerounais et les normes de sécurité (arrêté n° 001/MINTP du 12 janvier 2018 relatif à la prévention des risques sur les chantiers). --- ## I. Réalisation d’un dallage sur terrain plein ### 1. Préparation du terrain - **Déblai et remblai** : enlever la couche végétale et les matières organiques sur une profondeur minimale de 20 cm ; compenser les déficits par un remblai de grave compactée (granulométrie 0/20 mm) afin d’obtenir une plateforme stable. - **Nivellement** : établir une pente de drainage de 1 % à 2 % vers les points d’évacuation (caniveaux, regards) à l’aide d’un niveau laser ou d’un niveau à bulle associé à un cordeau. - **Compactage** : passer une plaque vibrante ou un rouleau léger en plusieurs passes jusqu’à atteindre un indice de compactage ≥ 95 % du Proctor. > *Un sol mal compacté entraîne des affaissements différentiels et des fissures du dallage.* ### 2. Mise en place du lit de pose Le lit de pose dépend du matériau de revêtement : | Type de revêtement | Épaisseur du lit de pose | Composition recommandée | |--------------------|--------------------------|--------------------------| | Dalles béton préfabriquées (20 × 20 cm) | 3 à 5 cm | Mortier maigre (1 ciment : 3 sable) | | Pierres naturelles (granite, basalte) | 4 à 6 cm | Mortier de pose (1 ciment : 2,5 sable : 0,5 chaux) | | Carrelage céramique | 1,5 à 2 cm | Colle adhésive C2 (norme EN 12004) | - **Application** : répartir le mortier à l’aide d’une truelle crantée (pas de 10 mm pour le mortier maigre, 6 mm pour la colle). - **Égalisation** : tirer une règle de maçon afin d’obtenir une épaisseur uniforme ; vérifier le niveau à chaque 2 m linéaire. > *Le lit de pose doit être légèrement humide avant la pose afin d’éviter l’absorption rapide d’eau du mortier qui réduirait l’adhérence.* ### 3. Pose des éléments de revêtement - **Traitement des joints** : prévoir un joint de dilatation de 5 mm tous les 6 m linéaires (ou aux changements de matériau) ; remplir provisoirement avec une bande de polystyrène expansé. - **Pose** : 1. Appliquer une fine couche de mortier sur le dessous de la dalle (ou déposer un point de colle pour le carrelage). 2. Positionner la dalle en exerçant une légère pression et en faisant un léger mouvement de va‑et‑vient pour chasser l’air. 3. Vérifier l’alignement avec un cordeau tendu et le niveau à bulle ; ajuster par tapotement à l’aide d’un maillet en caoutchouc. - **Contrôle de planarité** : après chaque rangée, passer une règle de 2 m ; l’écart admissible ne doit pas dépasser 3 mm. > *Un joint trop étroit provoque la contrainte thermique et le soulèvement des dalles lors des variations de température.* ### 4. Jointoiement et finitions - **Préparation du jointoiement** : mortier de jointoiement (1 ciment : 3 sable : 0,2 chaux) ou jointoiement prêt à l’emploi pour carrelage (type C2). - **Application** : remplir les joints à l’aide d’une taloche en caoutchouc, puis lisser avec une éponge humide après 15 min de prise. - **Nettoyage** : éliminer les laitance avec une solution légèrement acide (vinaigre dilué à 5 %) puis rincer abondamment. - **Protection** : appliquer un hydrofuge de surface (silane/siloxane) si le dallage est exposé à l’eau de pluie, conformément au DTU 52.1. > *Le jointoiement doit être réalisé à une température comprise entre 5 °C et 30 °C pour garantir une bonne prise.* ### 5. Exemple chiffré entièrement résolu **Situation** : Réalisation d’un dallage en dalles béton préfabriquées de 20 × 20 cm sur une surface de 30 m² (5 m × 6 m) dans un atelier de menuiserie à Yaoundé. 1. **Surface à couvrir** : 30 m². 2. **Nombre de dalles** : chaque dalle couvre 0,04 m² → 30 / 0,04 = 750 dalles. 3. **Épaisseur du lit de pose** : 4 cm de mortier maigre. - Volume de mortier nécessaire = surface × épaisseur = 30 m² × 0,04 m = **1,2 m³**. 4. **Dosage du mortier maigre** (1 ciment : 3 sable) : - Ciment = 1 / (1+3) × 1,2 m³ = 0,3 m³ → 0,3 m³ × 1440 kg/m³ ≈ **432 kg** de ciment. - Sable = 3 / (1+3) × 1,2 m³ = 0,9 m³ → 0,9 m³ × 1600 kg/m³ ≈ **1440 kg** de sable. 5. **Eau de gâchage** : environ 0,18 m³ (180 L) pour obtenir une consistance plastique. 6. **Temps de mise en œuvre** : pose d’une dalle ≈ 30 s (incl. ajustement) → 750 × 30 s = 22 500 s ≈ **6,25 h** de travail pur, à ajouter aux temps de préparation et de jointoiement. > *Le résultat montre qu’il faut prévoir environ 0,5 m³ de mortier supplémentaire pour les pertes et les joints, portant le total à ~1,7 m³.* --- ## Synthèse du chapitre - **Préparation du terrain** : déblai, remblai de grave, compactage ≥ 95 % Proctor, pente 1‑2 %. - **Lit de pose** : épaisseur et composition adaptés au revêtement (mortier maigre 3‑5 cm pour dalles béton, colle C2 1,5‑2 cm pour carrelage). - **Pose** : joints de dilatation 5 mm tous les 6 m, contrôle de planarité ≤ 3 mm sur règle de 2 m, utilisation de maillet en caoutchouc. - **Jointoiement** : mortier de jointoiement ou colle C2, nettoyage à l’éponge, protection hydrofuge si nécessaire. - **Sécurité** : port des EPI (casque, gants, lunettes, chaussures de sécurité), signalisation du chantier, manutention des charges > 25 kg avec aide mécanique ou binôme. - **Qualité** : respect des niveaux, des pentes de drainage et des temps de prise (5‑30 °C). --- ## Glossaire - **Dallage** : revêtement de sol constitué d’éléments unitaires (dalles, pierres, carreaux) assemblés sur un lit de pose. - **Lit de pose** : couche de mortier ou de colle sur laquelle repose le revêtement, assurant l’adhérence et la compensation des irrégularités du support. - **Joint de dilatation** : espace laissé volontairement entre deux éléments de revêtement pour absorber les variations dimensionnelles dues à la température ou à l’humidité. - **Compactage** : opération mécanique visant à augmenter la densité d’un granulat ou d’un sol en réduisant les vides d’air. - **Proctor** : essai de laboratoire permettant de déterminer la teneur en eau optimale et la densité maximale sèche d’un sol. - **Hydrofuge** : produit qui réduit l’absorption d’eau d’un matériau sans en modifier l’aspect visuel. - **Laitance** : fine couche de particules fines qui se forme à la surface du béton frais lors du gâchage et du flottement. - **Maillet en caoutchouc** : outil utilisé pour tapoter les éléments de revêtement afin d’ajuster leur position sans les endommager. --- ## Exercices d'application corrigés **Exercice 1** Un chantier doit réaliser un dallage en carrelage céramique de 30 × 30 cm sur une surface de 24 m² (4 m × 6 m). Le lit de pose sera une colle C2 d’épaisseur 1,8 cm. 1. Calculer le nombre de carreaux nécessaires. 2. Déterminer le volume de colle nécessaire (en litres). 3. Si la colle est conditionnée en seaux de 25 kg contenant 18 L, combien de seaux faut‑il prévoir, en incluant une marge de 10 % pour les pertes ? **Corrigé** 1. Surface d’un carreau = 0,30 m × 0,30 m = 0,09 m². Nombre = 24 / 0,09 = 266,67 → **267 carreaux** (arrondi au supérieur). 2. Volume de colle = surface × épaisseur = 24 m² × 0,018 m = 0,432 m³ = **432 L**. 3. Volume nécessaire avec marge = 432 L × 1,10 = 475,2 L. Nombre de seaux = 475,2 L / 18 L ≈ 26,4 → **27 seaux** (arrondi au supérieur). **Exercice 2** Lors de la pose d’un dallage en dalles béton de 40 × 40 cm, l’ouvrier constate un écart de 5 mm entre deux dalles consécutives sur une règle de 2 m. - Quel est le pourcentage de défaut de planarité par rapport à la tolérance admise (3 mm) ? - Quelle action corrective doit‑il entreprendre avant de poursuivre la pose ? **Corrigé** Pourcentage de défaut = (5 mm / 3 mm) × 100 ≈ **166,7 %** (dépassement de la tolérance). Action corrective : retirer la dalle fautive, réappliquer un lit de pose neuf, vérifier l’aplomb avec le niveau à bulle, puis reposer la dalle en s’assurant que l’écart ne dépasse pas 3 mm. --- ## Erreurs fréquentes et règles de sécurité | Erreur fréquente | Conséquence | Règle de prévention / bonne pratique | |------------------|-------------|--------------------------------------| | **Oubli du compactage du remblai** | Affaissement différentiel, fissures du dallage | Effectuer au moins deux passages de plaque vibrante et vérifier l’indice de compactage ≥ 95 % Proctor avant toute pose. | | **Joint de dilatation trop étroit ou absent** | Soulèvement ou fissuration sous variation thermique | Respecter un joint de 5 mm tous les 6 m linéaires (ou aux changements de matériau) et le remplir avec un matériau compressible (polystyrène). | | **Application du mortier sur un support sec** | Mauvaise adhérence, décollement prématuré | Humidifier légèrement le lit de pose avant la mise en mortier (brumisation) afin d’éviter l’absorption rapide d’eau. | | **Utilisation d’un maillet métallique pour ajuster les dalles** | Éclatement ou fissure des éléments préfabriqués | Utiliser exclusivement un maillet en caoutchouc ou en bois pour les réglages fins. | | **Pose sous pluie forte ou température < 5 °C** | Prise incomplète du mortier, faiblesse mécanique | Reporter les travaux lorsque la température est comprise entre 5 °C et 30 °C et que le risque de précipitations est nul ; protéger les zones fraîches avec des bâches si nécessaire. | | **Nettoyage à l’eau sous pression immédiatement après jointoiement** | Érosion du joint, perte d’étanchéité | Attendre au moins 24 h avant tout nettoyage à haute pression ; privilégier un nettoyage doux à l’éponge humide. | --- *Fin de la fiche de cours.*

Quiz du chapitre

10 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Quelle est la définition d'un dallage sur terrain plein ?
  2. 2. Quel est le rôle principal de la couche de forme dans un dallage sur terrain plein ?
  3. 3. Parmi les matériaux suivants, lequel n'est généralement pas utilisé pour la réalisation d'un dallage sur terrain plein ?
  4. 4. Un dallage de 12 m de longueur et 8 m de largeur doit avoir une épaisseur de 15 cm. Quel volume de béton (en m³) est nécessaire, en négligeant les pertes ?
  5. 5. Pour assurer un bon écoulement des eaux de pluie, quelle pente minimale doit-on prévoir sur un dallage extérieur ?
  6. 6. Un dallage destiné à supporter le passage de véhicules légers doit avoir une épaisseur minimale de béton armé de :
  7. 7. Dans la séquence de réalisation d'un dallage sur terrain plein, quelle opération intervient immédiatement après le compactage de la couche de forme ?
  8. 8. Lors de la préparation du sol, on constate que la portance du terrain est insuffisante. Quelle mesure corrective est la plus appropriée avant de poursuivre le dallage ?
  9. 9. Un dallage de 20 m x 10 m doit être armé avec des treillis soudés de diamètre 8 mm espacés de 15 cm dans les deux directions. Quelle est la surface totale d'acier (en mm²) par mètre linéaire de treillis dans une direction ?
  10. 10. Dans un contexte de nappe phréatique élevée, quel traitement spécifique doit-on appliquer à la couche de forme pour prévenir les remontées d'humidité dans le dallage ?