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Chapitre 6

Projets topographique (partie 1/2)

Lecture : 26 minQuiz de 10 questions

## Objectifs et prérequis **Objectifs** : à la fin de ce chapitre l’élève sera capable de - concevoir et mener un projet topographique simple de la préparation du terrain à la remise du rapport final ; - réaliser un relevé de terrain avec un théodolite, un niveau automatique ou une station totale et consigner les observations dans un carnet de terrain ; - traiter les observations brutes (réduction des angles, calcul des coordonnées polar‑cartésiennes) et ajuster le réseau par une méthode de répartition de l’erreur de fermeture ; - dessiner un plan topographique à l’échelle choisie, représenter les courbes de niveau, les cotations et les symboles normalisés ; - calculer la superficie d’une parcelle par la méthode des coordonnées et estimer un volume de remblai ou de déblai par la méthode des trapèzes ; - rédiger un rapport de projet structuré (objet, méthodologie, résultats, annexes) conforme aux attentes du monde professionnel camerounais ; - appliquer les règles de sécurité et d’hygiène propres aux travaux de topographie sur chantier et en bureau. **Prérequis** : maîtriser les notions de base suivantes, acquises en classe de Première ou en cours de tronc commun : - lecture et utilisation d’une carte topographique (échelle, courbes de niveau, légende) ; - principes du nivellement géométrique (visée, lecture de la mire, calcul de dénivelé) ; - fonctionnement d’un théodolite ou d’une station totale (axes horizontal et vertical, lecture des cercles) ; - notions de coordonnées cartésiennes (X,Y) et polaires (distance, azimut, angle vertical) ; - unités du Système International (mètre, degré, gon, mètre carré, mètre cube) ; - règles de base de sécurité sur chantier (port du casque, chaussures de sécurité, signalisation). --- ## Introduction contextualisée Au Cameroun, la topographie constitue une étape incontournable de la réalisation d’infrastructures routières, de lotissements urbains, de périmètres irrigués ou de projets miniers. Un projet topographique bien conduit permet de disposer d’une représentation fidèle du terrain, indispensable pour le dimensionnement des ouvrages, le calcul des terrassements et la prévention des conflits fonciers. Dans les zones rurales du Nord‑Ouest ou du Littoral, les techniciens topographes sont souvent appelés à intervenir sur des parcelles agricoles de quelques hectares afin d’établir les limites de propriété, de préparer un plan de plantation ou de déterminer le volume de terre à déplacer pour la construction d’un petit barrage. Ce chapitre propose donc une approche par compétences qui guide l’élève, pas à pas, de la préparation du terrain à la livrable finale, en s’appuyant sur des situations réelles rencontrées dans les entreprises de géométre‑topographe ou les services techniques des collectivités territoriales camerounaises. --- ## I. Leçon 20: Projet complet simple (1) ### 20.1 Définition et étapes d’un projet topographique simple Un projet topographique simple désigne une opération de relevé et de représentation d’une superficie limitée (généralement inférieure à 5 ha) comportant un nombre restreint de points caractéristiques (bornes, ouvrages, points de détail). Les étapes classiques sont : 1. **Reconnaissance du terrain** : visite préliminaire pour identifier les points de contrôle, les obstacles et les accès. 2. **Implantation du réseau de mesure** : choix d’un polygonal fermé ou d’une triangulation, pose de jalons ou de piquets. 3. **Relevé des observations** : mesure des angles horizontaux, des angles verticaux et des distances (ou des différences de niveau). 4. **Traitement des observations brutes** : réduction des angles, calcul des coordonnées polar‑cartésiennes. 5. **Vérification de la fermeture** : contrôle de l’erreur linéaire et angulaire du polygonal. 6. **Préparation du tracé** : élaboration du croquis préliminaire qui servira de base au dessin final. > **>** Un polygonal fermé est une suite de stations où la dernière station coïncide avec la première, permettant de contrôler la cohérence des mesures. ### 20.2 Préparation du terrain Avant toute mesure, le technicien effectue : - **Reconnaissance** : repérage des points hauts (sommet de colline, repère existant) et des points bas (fond de vallée) ; repérage des réseaux souterrains (eau, électricité) grâce aux plans de voirie ou aux déclarations de travaux. - **Choix du réseau** : pour une parcelle de forme irrégulière, un polygonal de 5 à 8 côtés est souvent suffisant ; chaque côté doit être inférieur à 30 m pour garantir une bonne précision avec un ruban métrique ou un télémètre laser. - **Implantation des jalons** : utilisation de piquets en bois ou en métal, enfoncés à 30 cm de profondeur, marqués d’un numéro et d’une couleur (rouge pour les points de contrôle, blanc pour les points de détail). > **>** La distance maximale entre deux stations d’un polygonal ne doit pas dépasser 30 m lorsqu’on utilise un ruban métrique de précision ±2 mm, afin de limiter l’erreur de lecture. ### 20.3 Instruments et matériels | Instrument | Fonction principale | Précision typique (Cameroun) | Usage en projet simple | |------------|--------------------|------------------------------|------------------------| | Théodolite optique | Mesure des angles horizontaux et verticaux | ±1″ (0,3 mgon) | Relevé de polygonal | | Niveau automatique | Mesure de différences de niveau | ±2 mm sur 30 m | Nivellement de détail | | Ruban métrique métallique | Mesure de distances directes | ±2 mm | Courtes distances (<30 m) | | Télémètre laser | Mesure de distances sans réflecteur | ±3 mm + 2 ppm·D | Distances moyennes (30‑150 m) | | Station totale (si disponible) | Mesure d’angles et de distances en un seul appareil | ±1″ + ±2 mm + 2 ppm·D | Relevé complet (angles + distances) | | GPS handheld (precision sub‑métrique) | Acquisition de coordonnées géographiques | ±0,5 m | Points de contrôle éloignés | | Carnet de terrain à spirale | Enregistrement des données brutes | – | Trace des observations | | Logiciel de traitement (QGIS, AutoCAD Map 3D, Topcon Magnet) | Calcul des coordonnées, ajustement, dessin | – | Traitement bureautique | > **>** En l’absence de station totale, la combinaison théodolite + télémètre laser permet d’obtenir une précision comparable pour un projet simple. ### 20.4 Procédure de relevé 1. **Installation de l’instrument** : centrer le théodolite sur le jalon à l’aide du trépied et du niveau à bulle ; effectuer la mise en niveau précise (bulle centrale dans les deux axes). 2. **Visée de la cible** : pointer le réticule sur la mire ou le prisme placé sur le jalon suivant ; verrouiller le mouvement horizontal et lire l’angle horizontal (Hz) sur le cercle inférieur ; lire l’angle vertical (V) sur le cercle supérieur. 3. **Mesure de la distance** : si un télémètre laser est utilisé, viser le prisme et lire la distance (D) ; sinon, tendre le ruban métrique entre les deux jalons et noter la mesure. 4. **Enregistrement** : dans le carnet de terrain, inscrire la station de départ, la station d’arrivée, Hz, V, D (ou différence de niveau Δh si nivellement) ; répéter pour chaque côté du polygonal. 5. **Contrôle de doublon** : reprendre chaque mesure en sens inverse (de la station d’arrivée vers la station de départ) pour détecter les erreurs de lecture ou de pointage. > **>** La différence entre la mesure directe et la mesure inverse ne doit pas dépasser 2 mgon pour les angles et 5 mm pour les distances, sous peine de reprendre la station. ### 20.5 Traitement des observations brutes #### 20.5.1 Réduction des angles - Corriger l’erreur d’index du théodolite (si connue) : Hz_corr = Hz_obs + C_index. - Appliquer la correction de la réfraction et de la courbure terrestre pour les angles verticaux lorsqu’on travaille au-delà de 200 m (négligeable pour un projet simple). #### 20.5.2 Passage du polar au cartésien À partir d’une station connue (X₀, Y₀, Z₀) : ``` ΔX = D · cos(V) · sin(Hz) ΔY = D · cos(V) · cos(Hz) ΔZ = D · sin(V) (positif si le viseur est dirigé vers le haut) X₁ = X₀ + ΔX Y₁ = Y₀ + ΔY Z₁ = Z₀ + ΔZ ``` > **>** Les angles doivent être exprimés en radians pour les fonctions trigonométriques ; on convertit degrés → radians par rad = deg × π/180. #### 20.5.3 Calcul des coordonnées successives On répète le calcul pour chaque côté du polygonal, en utilisant les coordonnées de la station précédente comme origine. ### 20.6 Exemple chiffré : polygonal fermé de 5 points **Contexte** : relevé d’une parcelle agricole de 1,2 ha située près de Bafoussam. Les points de contrôle sont P1 (coordonnées connues : X=1000,00 m, Y=2500,00 m, Z=580,00 m) et P5 qui doit coïncider avec P1 après fermeture. | Station | Hz (deg) | V (deg) | D (m) | |---------|----------|---------|-------| | P1 → P2 | 45,00 | 2,50 | 28,30 | | P2 → P3 | 135,00 | -1,20 | 31,10 | | P3 → P4 | 225,00 | 0,80 | 27,60 | | P4 → P5 | 315,00 | -0,40 | 29,40 | | P5 → P1 | 45,00 | 2,50 | 28,30 (mesure de contrôle) | **Étape 1 – Conversion en radians** (exemple pour la première ligne) : Hz₁ = 45° × π/180 = 0,7854 rad ; V₁ = 2,50° × π/180 = 0,0436 rad. **Étape 2 – Calcul des increments** : ``` ΔX₁ = 28,30 · cos(0,0436) · sin(0,7854) = 28,30 · 0,9990 · 0,7071 ≈ 20,00 m ΔY₁ = 28,30 · cos(0,0436) · cos(0,7854) = 28,30 · 0,9990 · 0,7071 ≈ 20,00 m ΔZ₁ = 28,30 · sin(0,0436) = 28,30 · 0,0436 ≈ 1,23 m ``` **Étape 3 – Coordonnées de P2** : X₂ = 1000,00 + 20,00 = 1020,00 m Y₂ = 2500,00 + 20,00 = 2520,00 m Z₂ = 580,00 + 1,23 = 581,23 m On répète le même calcul pour les côtés suivants. Après le cinquième côté, on obtient : - X₅ ≈ 1000,02 m - Y₅ ≈ 2500,01 m - Z₅ ≈ 580,05 m **Étape 4 – Erreur de fermeture** : ``` eX = X₅ – X₁ = +0,02 m eY = Y₅ – Y₁ = +0,01 m eZ = Z₅ – Z₁ = +0,05 m ``` L’erreur linéaire plane = √(eX² + eY²) ≈ 0,022 m (2,2 cm) ; l’erreur en hauteur = 0,05 m (5 cm). Ces valeurs sont compatibles avec la précision d’un théodolite optique (±1″) et d’un ruban métrique (±2 mm) pour un polygonal de 5 côtés de ~30 m chacun. > **>** Une erreur de fermeture inférieure à 1 cm sur 100 m de périmètre est généralement considérée comme acceptable pour un projet topographique simple de classe B (précision 1/5000). ### 20.7 Normes et sécurité sur le terrain - **Équipement de protection individuelle (EPI)** : casque de sécurité, gants anti‑coupure, chaussures de sécurité avec embout acier, vêtement haute visibilité. - **Signalisation** : panneaux « Travaux en cours » et cônes de signalisation aux abords du polygonal lorsqu’il traverse une voie de circulation. - **Distance de sécurité avec les lignes électriques** : respecter au moins 5 m de distance horizontale pour les lignes basse tension et 10 m pour les lignes moyenne tension, conformément au décret n° 2005/312 du MINTP. - **Vérification du matériel** : contrôler le niveau à bulle du théodolite avant chaque station ; vérifier l’étalonnage du télémètre laser selon les indications du fabricant (vérification hebdomadaire). - **Gestion des données** : consigner immédiatement les observations dans le carnet de terrain ; réaliser une copie numérique le même jour pour éviter les pertes. > **>** Toute mesure effectuée sans EPI adapté constitue une faute professionnelle pouvant entraîner un retrait de chantier par l’inspecteur du travail. --- ## II. Leçon 21: Projet complet simple (2) ### 21.1 Ajustement du réseau (répartition de l’erreur de fermeture) Lorsque l’erreur de fermeture n’est pas nulle, on répartit l’erreur de façon proportionnelle aux longueurs des côtés (méthode de la répartition de l’erreur, aussi appelée méthode de la règle des trois). Pour chaque côté i de longueur Lᵢ, on calcule la correction : ``` Cx_i = (eX · Lᵢ) / ΣL Cy_i = (eY · Lᵢ) / ΣL Cz_i = (eZ · Lᵢ) / ΣL ``` où ΣL est le périmètre total du polygonal. On ajoute ensuite Cx_i, Cy_i, Cz_i aux increments ΔX, ΔY, ΔZ de chaque côté pour obtenir des coordonnées ajustées. > **>** La somme des corrections sur tous les côtés doit exactement annuler l’erreur de fermeture initiale (∑Cx_i = eX, etc.). ### 21.2 Dessin du plan topographique 1. **Choix de l’échelle** : pour une parcelle de 1,2 ha, une échelle 1:200 ou 1:500 est couramment utilisée. L’échelle doit permettre de représenter les détails (bornes, ouvrages) sans surcharger le plan. 2. **Report des points** : sur un papier à calque ou dans un logiciel de DAO, on reporte les coordonnées ajustées (X,Y) en appliquant le facteur d’échelle (ex. : à 1:200, 1 m sur le terrain = 5 mm sur le papier). 3. **Tracé des limites** : relier les points successifs par des traits continus épais (0,35 mm) représentant les limites de propriété. 4. **Courbes de niveau** : si un nivellement détaillé a été réalisé, on interpolera les points de même cote entre les stations et on tracera les courbes à l’intervalle choisi (ex. : 0,5 m). 5. **Cotations et légende** : indiquer les cotes absolues (Z) près de chaque point caractéristique, ajouter une légende avec les symboles normalisés (borne, arbre, ruisseau, bâtiment) conformément à la NF P 03-001 ou au guide camerounais de représentation topographique. 6. **Nord et échelle graphique** : dessiner une flèche nord orientée vers le haut du tracé ; placer une échelle graphique (ex. : 0‑50‑100 m) en bas à droite. > **>** Le tracé doit respecter la règle de lisibilité : aucune courbe de niveau ne doit couper une borne ou un symbole de détail sans être clairement différenciée par un type de ligne (trait plein pour les limites, tirets pour les courbes). ### 21.3 Calcul des superficies et des volumes #### 21.3.1 Superficie par la méthode des coordonnées (méthode du déterminant) Pour un polygonal fermé dont les sommets sont (Xᵢ, Yᵢ) dans l’ordre trigonométrique positif : ``` A = ½ | Σ (Xᵢ·Yᵢ₊₁ – Xᵢ₊₁·Yᵢ) | ``` où l’indice i+1 revient à 1 après le dernier sommet. **Exemple** (continuons le polygonal de la leçon 20 avec les coordonnées ajustées approximatives) : | Sommet | X (m) | Y (m) | |--------|-------|-------| | P1 | 1000,00 | 2500,00 | | P2 | 1020,00 | 2520,00 | | P3 | 1008,00 | 2550,00 | | P4 | 985,00 | 2535,00 | | P5 | 1000,02 | 2500,01 | Calcul : ``` Σ(Xᵢ·Yᵢ₊₁) = 1000·2520 + 1020·2550 + 1008·2535 + 985·2500,01 + 1000,02·2500 = 2 520 000 + 2 601 000 + 2 556 480 + 2 462 509,85 + 2 500 050 = 12 640 039,85 Σ(Xᵢ₊₁·Yᵢ) = 1020·2500 + 1008·2520 + 985·2550 + 1000,02·2535 + 1000·2500,01 = 2 550 000 + 2 540 160 + 2 511 750 + 2 535 050,7 + 2 500 010 = 12 636 970,7 A = ½ |12 640 039,85 – 12 636 970,7| = ½ × 3 069,15 ≈ 1 534,6 m² ``` La superficie obtenue (≈ 1 535 m²) correspond à la parcelle mesurée ; on peut la convertir en hectares (0,1535 ha). > **>** La méthode des coordonnées donne la superficie algébrique ; prendre la valeur absolue garantit une superficie positive indépendamment de l’ordre de saisie des points. #### 21.3.2 Volume de remblai/déblai par la méthode des trapèzes Supposons que l’on souhaite créer une plateforme horizontale à la cote Z₀ = 585,00 m sur la parcelle. On connaît les cotes naturelles Zᵢ aux sommets (déjà calculées). Le volume V entre la surface naturelle et la plateforme est approximé par : ``` V = Σ ( (Zᵢ + Zᵢ₊₁)/2 · Aᵢ ) ``` où Aᵢ est l’aire du trapèze formé par le côté i et sa projection horizontale (on peut utiliser la même méthode des coordonnées pour chaque petite bande). Pour simplifier, on utilise la formule du volume d’un prisme à base polygonale : ``` V = A_moyenne · (Z₀ – Z_moyenne) ``` avec A_moyenne = superficie du polygonal (1 534,6 m²) et Z_moyenne = moyenne des cotes naturelles : ``` Z_moyenne = (581,23 + 582,10 + 580,45 + 581,80 + 580,05)/5 ≈ 581,13 m ``` Donc : ``` V = 1 534,6 m² × (585,00 – 581,13) m = 1 534,6 × 3,87 ≈ 5 940 m³ ``` Ce volume représente la quantité de terre à apporter (remblai) pour atteindre la plateforme souhaitée. > **>** La méthode des trapèzes est valable lorsque le terrain présente une pente modérée (<15 %) ; pour des pentes fortes, on privilégiera la méthode des triangulations irrégulières (TIN) dans un SIG. ### 21.4 Élaboration du rapport de projet Le rapport doit contenir les parties suivantes : 1. **Page de garde** : titre du projet, nom du technicien, établissement, date, numéro de lot ou de parcelle. 2. **Objet du projet** : bref rappel du besoin (ex. : délimitation de parcelle pour obtention du titre foncier). 3. **Méthodologie** : description du réseau de mesure, des instruments utilisés, des procédés de relevé et de traitement, références aux normes (ex. : NF P 03-001, arrêté ministériel du 12/03/2018 relatif aux travaux de topographie). 4. **Résultats** : tableau des coordonnées brutes et ajustées, erreur de fermeture, superficie calculée, volume de remblai/déblai, courbes de niveau (si réalisées). 5. **Annexes** : carnet de terrain numérisé, feuilles de calcul, plan final (format PDF ou DWG), photographies du terrain. 6. **Conclusion** : conformité aux attentes du maître d’ouvrage, recommandations éventuelles (ex. : vérification bornage par un géomètre-expert). > **>** Le rapport doit être rédigé en français clair, avec des unités Système International, et ne doit pas dépasser 15 pages (annexes comprises) pour un projet simple. ### 21.5 Exemple complet : poursuite du polygonal de la leçon 20 Après ajustement (erreurs eX=+0,02 m, eY=+0,01 m, eZ=+0,05 m, ΣL≈145 m) : - Corrections par mètre : Cx = 0,02/145 ≈ 0,000138 m/m ; Cy = 0,000069 m/m ; Cz = 0,000345 m/m. - On applique ces corrections à chaque côté ; les coordonnées finales deviennent (arrondies au centimètre) : | Point | X (m) | Y (m) | Z (m) | |-------|-------|-------|-------| | P1 | 1000,00 | 2500,00 | 580,00 | | P2 | 1020,02 | 2520,01 | 581,24 | | P3 | 1008,02 | 2550,01 | 580,46 | | P4 | 985,02 | 2535,01 | 581,81 | | P5 | 1000,04 | 2500,02 | 580,06 | Le tracé du plan à l’échelle 1:200 donne un polygonal de 7,67 cm de côté moyen, facilement reportable sur un papier à calque. La superficie calculée avec les coordonnées ajustées est de 1 535,2 m² (différence négligeable). Le volume de remblai pour atteindre la cote 585,00 m est de 5 945 m³ (arrondi au m³). Le rapport final, de 12 pages, comprend : - Page de garde (projet « Délimitation parcelle agricole – Village de Bamendjou ») - Objectif, méthodologie (théodolite + télémètre laser, répartition de l’erreur) - Tableau des observations brutes et ajustées - Calcul de superficie et de volume - Plan final (courbes de niveau à 0,5 m, légende, échelle graphique, flèche nord) - Annexes (carnet de terrain, feuilles de calcul Excel, photos du terrain). ### 21.6 Normes de présentation du plan - **Format papier** : A2 (420 mm × 590 mm) pour une échelle 1:200 ; A3 si l’échelle est 1:500. - **Marges** : 20 mm tout autour pour permettre le reliage ou le classement. - **Échelle graphique** : barre subdivisée en unités de 10 m, clairement légendée. - **Flèche nord** : orientée vers le haut du tracé, dessinée avec un trait plein de 0,5 mm d’épaisseur. - **Lignes de coupe** : traits fins (0,18 mm) pour les courbes de niveau, traits moyens (0,25 mm) pour les limites de propriété, traits épais (0,35 mm) pour les ouvrages (murs, bâtiments). - **Symboles** : conformes au recueil de symboles topographiques du MINTP (borne = petit carré rempli, arbre = petit cercle avec tronc, ruisseau = ligne bleue discontinue). > **>** Le non‑respect de l’échelle graphique ou de la flèche nord entraîne un refus du plan par le service du cadastre lors de la demande de titre foncier. ### 21.7 Sécurité et hygiène en bureau - **Posture** : siège réglable, écran à hauteur des yeux, avant-bras soutenus par le bureau, éviter les torsions du tronc. - **Éclairage** : lumière naturelle complétée par une lampe de bureau à température de couleur 4000‑5000 K, évitant les reflets sur l’écran. - **Pauses** : 5 minutes de pause toutes les 60 minutes de travail continu sur écran (recommandation du MINSANTE). - **Manipulation des documents** : utiliser des gants fins lors de la manipulation de plans anciens pour éviter les transfert d’huiles. - **Sauvegarde** : enregistrement automatique toutes les 5 minutes sur le disque dur et copie hebdomadaire sur un support externe ou un serveur sécurisé. > **>** Une mauvaise posture prolongée peut provoquer des troubles musculo‑squelettiques (TMS) reconnus comme maladies professionnelles au Cameroun. --- ## Synthèse du chapitre - Un projet topographique simple comprend reconnaissance, implantation d’un réseau polygonal, relevé d’angles et de distances, traitement des observations, ajustement, dessin du plan, calcul de superficie/volume et rédaction du rapport. - Le théodolite (ou station totale) permet de mesurer les angles horizontaux et verticaux avec une précision de l’ordre de la seconde d’arc ; le télémètre laser ou le ruban métrique fournit les distances. - Le passage du polar au cartésien s’effectue par les formules : ΔX = D·cosV·sinHz, ΔY = D·cosV·cosHz, ΔZ = D·sinV. - L’erreur de fermeture d’un polygonal fermé est répartie proportionnellement aux longueurs des côtés (Cx_i = eX·Lᵢ/ΣL, etc.). - La superficie d’un polygonal se calcule par la méthode du déterminant : A = ½| Σ(XᵢYᵢ₊₁ – Xᵢ₊₁Yᵢ) |. - Le volume de remblai/déblai entre une surface naturelle et une plateforme horizontale s’obtient par la méthode des trapèzes ou, de façon simplifiée, V = A·(Z₀ – Zₘoy). - Le plan doit respecter les normes de représentation (échelle, légende, flèche nord, symboles normalisés) et être présenté sur un format adapté (A2/A3 selon l’échelle). - Le rapport de projet comporte page de garde, objet, méthodologie, résultats, annexes et conclusion ; il doit être clair, complet et conforme aux attentes du maître d’ouvrage. - La sécurité sur le terrain impose le port d’EPI, la signalisation, le respect des distances de sécurité avec les lignes électriques et la vérification du matériel avant chaque station. - En bureau, l’ergonomie, l’éclairage, les pauses régulières et la sauvegarde des données sont essentielles pour prévenir les TMS et la perte d’information. --- ## Glossaire | Terme | Définition | |-------|------------| | Polygonal fermé | Suite de stations où la dernière coïncide avec la première, permettant de contrôler la cohérence des mesures. | | Azimut (Hz) | Angle horizontal mesuré depuis le nord géographique vers la ligne de visée, exprimé en degrés ou en gon. | | Angle vertical (V) | Angle formé par la ligne de visée et le plan horizontal, positif vers le zénith. | | Réduction des angles | Correction des observations brutes (erreur d’index, réfraction) pour obtenir les angles vrais. | | Coordonnées polaires | Représentation d’un point par sa distance D, son azimut Hz et son angle vertical V par rapport à une station connue. | | Coordonnées cartésiennes (X,Y,Z) | Position d’un point dans un référentiel orthogonal (est, nord, élévation). | | Erreur de fermeture | Différence entre la coordonnée de départ et celle de retour après parcours d’un polygonal fermé. | | Méthode du déterminant | Formule permettant de calculer la superficie d’un polygonal à partir de ses coordonnées cartésiennes. | | Courbe de niveau | Ligne reliant tous les points d’un même niveau d’altitude sur le terrain. | | Échelle de représentation | Rapport entre une longueur sur le plan et la longueur réelle sur le terrain (ex. 1:200). | | Symboles normalisés | Icônes conventionnelles représentant des éléments du terrain (borne, arbre, bâtiment, ruisseau) selon une norme reconnue. | | Volume de remblai | Quantité de terre à apporter pour porter le terrain à une cote de projet donnée. | | Volume de déblai | Quantité de terre à évacuer pour abaisser le terrain à une cote de projet donnée. | | EPI (Équipement de Protection Individuelle) | Ensemble d’équipements (casque, gants, chaussures, vêtement haute visibilité) destinés à protéger le travailleur sur le chantier. | | SIG (Système d’Information Géographique) | Outil informatique permettant de saisir, gérer, analyser et représenter des données géoréférencées. | --- ## Exercices d'application corrigés ### Exercice 1 – Relevé et calcul de coordonnées **Énoncé** : Sur une parcelle située près de Yaoundé, un technicien effectue un relevé polygonal de 4 côtés avec les données suivantes (station de départ connue : X₀=500,00 m, Y₀=1200,00 m, Z₀=420,00 m) : | Station | Hz (deg) | V (deg) | D (m) | |---------|----------|---------|-------| | A → B | 30,00 | 1,20 | 22,50 | | B → C | 120,00 | -0,80 | 18,30 | | C → D | 210,00 | 0,50 | 25,10 | | D → A | 300,00 | -0,40 | 20,70 | 1. Calculer les coordonnées (X,Y,Z) de chaque point A, B, C, D. 2. Déterminer l’erreur de fermeture (eX, eY, eZ). 3. Proposer les corrections par répartition de l’erreur (supposer ΣL = 86,6 m). **Corrigé** 1. Conversion en radians (exemple pour A→B) : Hz=30°×π/180=0,5236 rad ; V=1,20°×π/180=0,02094 rad. ΔX₁ = 22,50·cos(0,02094)·sin(0,5236)=22,50·0,9998·0,5≈11,25 m ΔY₁ = 22,50·cos(0,02094)·cos(0,5236)=22,50·0,9998·0,8660≈19,48 m ΔZ₁ = 22,50·sin(0,02094)=22,50·0,02094≈0,47 m → X_A=500,00 ; Y_A=1200,00 ; Z_A=420,00 → X_B=511,25 ; Y_B=1219,48 ; Z_B=420,47 Répéter pour les autres côtés (calculs détaillés omis pour brièveté) : - B→C : ΔX₂ = -9,15 m ; ΔY₂ = 15,73 m ; ΔZ₂ = -0,25 m → C(502,10 ; 1235,21 ; 420,22) - C→D : ΔX₃ = -12,55 m ; ΔY₃ = -21,70 m ; ΔZ₃ = 0,22 m → D(489,55 ; 1213,51 ; 420,44) - D→A : ΔX₄ = 10,45 m ; ΔY₄ = -13,51 m ; ΔZ₄ = -0,18 m → retour A(500,00 ; 1200,00 ; 420,26) 2. Erreur de fermeture : eX = X_A(retour) – X_A(départ) = 500,00 – 500,00 = 0,00 m (en fait on obtient 0,00 après arrondi) eY = 1200,00 – 1200,00 = 0,00 m eZ = 420,26 – 420,00 = +0,26 m (En pratique, on obtient de petites valeurs dues aux arrondis ; on considérera eX≈0,00 m, eY≈0,00 m, eZ≈+0,26 m.) 3. Corrections par mètre : ΣL = 22,50+18,30+25,10+20,70 = 86,60 m Cx = eX/ΣL ≈ 0 m/m ; Cy = 0 m/m ; Cz = 0,26/86,60 ≈ 0,00300 m/m. On applique Cz à chaque côté : - A→B : ΔZ_corr = 0,47 + 0,00300·22,50 = 0,47 + 0,0675 = 0,5375 m - B→C : ΔZ_corr = -0,25 + 0,00300·18,30 = -0,25 + 0,0549 = -0,1951 m - C→D : ΔZ_corr = 0,22 + 0,00300·25,10 = 0,22 + 0,0753 = 0,2953 m - D→A : ΔZ_corr = -0,18 + 0,00300·20,70 = -0,18 + 0,0621 = -0,1179 m Les nouvelles coordonnées Z deviennent : Z_B=420,00+0,5375=420,54 m ; Z_C=420,54‑0,1951=420,34 m ; Z_D=420,34+0,2953=420,64 m ; retour Z_A=420,64‑0,1179=420,52 m (erreur résiduelle ≈ 0,00 m après ajustement). ### Exercice 2 – Calcul de superficie et de volume **Énoncé** : Un polygonal de 6 côtés présente les coordonnées suivantes (en mètres) après ajustement : | Point | X (m) | Y (m) | |-------|-------|-------| | P1 | 200,00 | 300,00 | | P2 | 230,00 | 310,00 | | P3 | 250,00 | 280,00 | | P4 | 230,00 | 250,00 | | P5 | 200,00 | 240,00 | | P6 | 180,00 | 270,00 | 1. Calculer la superficie du polygonal par la méthode du déterminant. 2. Si l’on veut créer une plateforme à la cote Z₀ = 150,00 m et que les cotes naturelles des points sont respectivement : Z₁=148,5 m, Z₂=149,0 m, Z₃=147,8 m, Z₄=148,2 m, Z₅=148,0 m, Z₆=148,7 m, déterminer le volume de remblai nécessaire (méthode des trapèzes simplifiée : V = A·(Z₀ – Zₘoy)). **Corrigé** 1. Calcul du déterminant : Σ(Xᵢ·Yᵢ₊₁) = 200·310 + 230·280 + 250·250 + 230·240 + 200·270 + 180·300 = 62 000 + 64 400 + 62 500 + 55 200 + 54 000 + 54 000 = 352 100 Σ(Xᵢ₊₁·Yᵢ) = 230·300 + 250·310 + 230·280 + 200·250 + 180·240 + 200·270 = 69 000 + 77 500 + 64 400 + 50 000 + 43 200 + 54 000 = 358 100 A = ½ |352 100 – 358 100| = ½ × 6 000 = 3 000 m² 2. Moyenne des cotes naturelles : Zₘoy = (148,5+149,0+147,8+148,2+148,0+148,7)/6 = 889,2/6 = 148,20 m Volume de remblai : V = A·(Z₀ – Zₘoy) = 3 000 m² × (150,00 – 148,20) m = 3 000 × 1,80 = 5 400 m³ Donc 5 400 m³ de terre doivent être apportés. --- ## Erreurs fréquentes et règles de sécurité | Situation | Erreur fréquente | Conséquence | Règle de prévention / bonne pratique | |-----------|------------------|-------------|--------------------------------------| | 1. Installation du théodolite | Ne pas vérifier le niveau à bulle avant chaque station | Erreur systématique d’orientation des angles (biais de plusieurs dizaines de secondes) | Toujours contrôler la bulle dans les deux axes ; recentrer si nécessaire avant de viser. | | 2. Lecture du cercle horizontal | Confondre les degrés et les gon (ex. lire 400 gon comme 400°) | Erreur d’azimut de ~90°, entraînant un polygonal totalement déformé | Utiliser uniquement l’unité indiquée sur l’instrument ; si doute, convertir clairement (400 gon = 360°). | | 3. Mesure de distance avec ruban | Étirer le ruban ou le laisser fléchir sous son propre poids | Sous‑estimation ou surestimation de la distance (erreur pouvant atteindre plusieurs centimètres) | Tendre le ruban avec une force constante (environ 5 kg) ; utiliser un tendeur si disponible. | | 4. Traitement des données | Oublier de convertir les degrés en radians avant d’appliquer les fonctions trigonométriques | Résultats totalement faux (valeurs de coordonnées hors échelle) | Toujours rappeler : rad = deg × π/180 ; vérifier avec un exemple connu (ex. 90° → π/2 rad). | | 5. Dessin du plan | Oublier d’indiquer la flèche nord ou l’échelle graphique | Le plan est considéré comme non conforme par le service du cadastre | Dessiner systématiquement la flèche nord (vers le haut) et une échelle graphique subdivisée en unités de 10 m ou 20 m selon l’échelle. | | 6. Sécurité sur chantier | S’approcher à moins de 5 m d’une ligne aérienne basse tension sans protection | Risque d’électrocution mortelle | Respecter les distances de sécurité définies par le MINTP (5 m BT, 10 m MT) ; utiliser des isolants si travail obligatoire à proximité. | | 7. Travail en bureau | Rester assis plus de 90 minutes sans pause | Augmentation du risque de troubles musculo‑squelettiques (dos, poignets) | Appliquer la règle 5 minutes de pause toutes les 60 minutes ; ajuster la hauteur du siège et de l’écran. | | 8. Sauvegarde des données | Enregistrer uniquement sur la clé USB sans copie externe | Perte totale des observations en cas de défaillance ou de vol | Effectuer une sauvegarde quotidienne sur le disque dur et une copie hebdomadaire sur un serveur ou un disque dur externe sécurisé. | --- *Fin du cours.*

Quiz du chapitre

10 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Quelle est la définition d'un projet complet simple en topographie ?
  2. 2. Dans un projet complet simple, quel instrument est principalement utilisé pour la mesure précise des angles horizontaux et verticaux ?
  3. 3. Quelle est la première étape à réaliser lors de la mise en œuvre d'un projet complet simple ?
  4. 4. Une parcelle rectangulaire mesure 50 m de longueur et 30 m de largeur. Quelle est son aire en hectares ?
  5. 5. Pour représenter sur une feuille A0 (841 mm × 1189 mm) une zone de 200 m de longueur et 150 m de largeur, quelle échelle approximative convient le mieux ?
  6. 6. Dans un polygone fermé à cinq côtés, la somme théorique des angles intérieurs est de 540°. Si la somme des angles mesurés est de 538°, quelle est l'erreur angulaire de fermeture ?
  7. 7. Une distance en pente de 25,0 m est mesurée avec un angle vertical de +5° (vers le haut). Quelle est la distance horizontale approximative ?
  8. 8. Partant de l'origine (0,0), on effectue deux déplacements : 30 m à un azimut de 45°, puis 40 m à un azimut de 135°. Quelles sont les coordonnées approximatives du point final ?
  9. 9. Dans un projet complet simple où un bâtiment masque la visibilité entre deux points A et B, quelle méthode est la plus appropriée pour déterminer la distance AB sans déplacer le bâtiment ?
  10. 10. Avant de procéder au calcul des coordonnées des points détaillés d'un projet complet simple, quelle opération doit être réalisée en priorité ?