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Chapitre 4

La dissertation philosophique

Lecture : 42 minQuiz de 12 questions

# CHAPITRE : LA DISSERTATION PHILOSOPHIQUE ## Introduction au chapitre La dissertation philosophique constitue l'une des épreuves majeures de l'enseignement de la philosophie au Cameroun, particulièrement en classe de Première dans les séries techniques (C, D, E, TI). Ce chapitre s'inscrit dans le programme officiel du MINESEC comme un préalable méthodologique indispensable à toute réflexion philosophique. Avant même d'aborder les grandes questions de la philosophie — la conscience, la liberté, la raison, la culture —, il est nécessaire de maîtriser l'outil qui permettra d'en traiter : la dissertation. La dissertation philosophique n'est pas un exercice de récitation de connaissances apprises par cœur. Elle est une démarche réflexive qui vise à examiner une question, à en dégager les enjeux, à confronter des positions opposées et à parvenir à une réponse argumentée. Comme l'écrivait le philosophe français Émile Chartier, dit Alain (1868-1951), dans ses *Propos sur la philosophie* : « La philosophie n'est pas un savoir, c'est une méthode de penser. » Cette méthode, c'est précisément celle de la dissertation. Pour les élèves des séries techniques, cet apprentissage revêt une importance particulière : il développe l'esprit critique, la rigueur de l'argumentation et la capacité à organiser une pensée complexe — compétences essentielles dans toute carrière professionnelle, qu'elle soit scientifique, technologique ou managériale. Un futur ingénieur, un futur technicien supérieur ou un futur gestionnaire aura constamment besoin de présenter des idées de manière claire, structurée et convaincante. Ce chapitre se déroulera en six grandes sections correspondant exactement aux points du programme officiel : les généralités sur la dissertation philosophique, l'introduction, la thèse, l'antithèse, la synthèse et l'élaboration de la conclusion, et enfin les règles pour le choix et l'utilisation des citations. Chaque section sera illustrée par des exemples concrets, empruntés aussi bien à l'histoire de la philosophie qu'à des situations de la vie quotidienne camerounaise et africaine. --- ## I. Généralités sur la dissertation philosophique ### 1. Définition et nature de la dissertation philosophique La dissertation philosophique est un exercice écrit qui consiste à traiter de manière organisée, argumentée et personnelle une question philosophique posée par un sujet. Elle se distingue du commentaire de texte (qui analyse un texte donné) et de l'exposé oral (qui présente des connaissances) par son caractère problématisé : elle ne se contente pas de réciter des savoirs, elle construit une réflexion. > **À RETENIR** : La dissertation philosophique est un exercice de réflexion argumentée qui vise à répondre à une question philosophique en examinant plusieurs positions possibles, en les confrontant et en parvenant à une réponse nuancée et justifiée. Elle n'est ni une récitation de cours, ni une simple expression d'opinion personnelle, mais une démarche rationnelle et structurée. Le mot « dissertation » vient du latin *dissertare* qui signifie « discuter », « examiner en détail ». Cette étymologie est fondamentale : dissertare, c'est discuter avec soi-même, examiner une question sous tous ses angles avant de conclure. La dissertation est donc un dialogue intérieur rendu visible par l'écriture. ### 2. Les objectifs de la dissertation philosophique La dissertation philosophique poursuit plusieurs objectifs complémentaires : **Premièrement**, elle vise à développer la capacité d'analyse. L'élève doit être capable de décomposer un sujet en ses éléments constitutifs, d'en repérer les termes clés, les présupposés et les enjeux. Par exemple, face au sujet « La technique est-elle un progrès pour l'humanité ? », il faut analyser les notions de « technique », de « progrès » et d'« humanité » avant de pouvoir réfléchir. **Deuxièmement**, elle développe l'esprit critique. La dissertation oblige à ne pas se contenter des évidences, à examiner les arguments pour et contre une position, à peser le pour et le contre. Le philosophe allemand Emmanuel Kant (1724-1804) définissait les Lumières comme la sortie de l'homme de sa minorité, c'est-à-dire de son incapacité à se servir de son propre entendement sans la direction d'autrui. La dissertation est précisément un exercice de majorité intellectuelle : on apprend à penser par soi-même. **Troisièmement**, elle entraîne à la rigueur logique. Une bonne dissertation suit un raisonnement cohérent, où chaque étape découle de la précédente. Cette rigueur est particulièrement importante pour les élèves des séries techniques qui seront amenés à résoudre des problèmes complexes dans leur vie professionnelle. **Quatrièmement**, elle cultive l'art de la communication écrite. Savoir organiser ses idées, les exprimer clairement, les articuler entre elles est une compétence universelle, utile dans tous les domaines. ### 3. Les types de sujets de dissertation On distingue généralement trois types de sujets de dissertation philosophique : **a) Le sujet-question** : il pose directement une question. Exemples : « La liberté consiste-t-elle à faire ce que l'on veut ? », « La science peut-elle tout expliquer ? », « Le travail est-il une contrainte ou une libération ? ». Ce type de sujet demande une réponse argumentée qui examine les différentes réponses possibles. **b) Le sujet-notion** : il propose une notion ou une expression à expliquer et à discuter. Exemples : « La conscience », « Le devoir », « La technique et ses limites ». Ce type de sujet demande de construire une réflexion autour de la notion proposée, en montrant ses différentes dimensions et ses problèmes. **c) Le sujet-citation** : il présente une citation d'un philosophe accompagnée d'une question. Exemples : « "L'homme est condamné à être libre" (Jean-Paul Sartre). Qu'en pensez-vous ? », « "Le travail est le meilleur remède à la misère" (Albert Camus). Discutez cette affirmation. » Ce type de sujet demande d'abord d'expliquer la citation, puis d'en discuter la validité. ### 4. Les étapes de la dissertation La dissertation philosophique se déroule en plusieurs étapes qui correspondent à autant de moments de la réflexion : **Première étape : l'analyse du sujet.** Avant toute chose, il faut lire attentivement le sujet, repérer les termes importants, les définir, identifier la question posée. Cette étape est cruciale : un sujet mal compris conduit inévitablement à une dissertation hors-sujet. Il est recommandé de souligner les mots-clés et de se demander ce que chaque terme signifie précisément. **Deuxième étape : la problématisation.** Il s'agit de transformer le sujet en problème philosophique. Un problème philosophique surgit lorsqu'on perçoit une tension, une difficulté, une contradiction entre différentes réponses possibles. Par exemple, le sujet « La liberté consiste-t-elle à faire ce que l'on veut ? » pose problème parce que, d'un côté, la liberté semble être l'absence de contraintes, mais d'un autre côté, faire ce que l'on veut peut être source d'aliénation (par exemple, l'addiction à la drogue est un choix apparent qui nous rend en réalité esclaves). **Troisième étape : la recherche des idées.** On note toutes les idées, exemples, références philosophiques qui viennent à l'esprit en relation avec le sujet. Cette étape est celle du brainstorming : on ne juge pas encore la qualité des idées, on les accumule. **Quatrième étape : l'élaboration du plan.** On organise les idées trouvées en trois grandes parties : la thèse (première réponse), l'antithèse (réponse opposée), la synthèse (dépassement de l'opposition). Chaque partie est elle-même structurée en sous-parties. **Cinquième étape : la rédaction.** On rédige l'introduction, le développement et la conclusion en suivant le plan établi, en veillant à la clarté de l'expression et à la correction de la langue. ### 5. Les critères d'évaluation Au Cameroun, comme dans la plupart des systèmes éducatifs francophones, la dissertation philosophique est évaluée selon plusieurs critères : - La compréhension du sujet et la pertinence de la problématique ; - La qualité de l'argumentation et la cohérence du raisonnement ; - La maîtrise des notions et des références philosophiques ; - La structure et l'organisation du devoir ; - La qualité de l'expression écrite (orthographe, syntaxe, vocabulaire) ; - L'originalité de la réflexion personnelle. > **À RETENIR** : La dissertation philosophique est un exercice codifié qui obéit à des règles précises. Elle comporte obligatoirement trois parties : une introduction, un développement en deux ou trois moments (thèse, antithèse, synthèse), et une conclusion. Chaque partie remplit une fonction spécifique dans la démarche de la réflexion. ### 6. Les erreurs à éviter Certaines erreurs sont fréquentes chez les élèves de Première et doivent être signalées d'emblée : **Le hors-sujet** : traiter un autre sujet que celui qui est posé, par exemple en récitant un cours appris sans lien avec la question posée. **La récitation** : reproduire des connaissances sans les articuler à la question posée. La dissertation n'est pas un exercice de mémoire mais de réflexion. **L'absence de problématique** : se contenter de répondre par oui ou par non sans montrer la complexité du problème. **Le plan artificiel** : plaquer un plan thèse-antithèse-synthèse sans lien réel avec le sujet. Le plan doit découler de l'analyse du sujet, pas d'un modèle préfabriqué. **Le manque d'exemples** : rester dans l'abstrait sans illustrer ses arguments par des exemples concrets. **L'absence de transitions** : passer d'une partie à l'autre sans montrer le lien logique qui les unit. **La conclusion-résumé** : se contenter de résumer ce qui a été dit sans apporter d'ouverture ou de réponse définitive. --- ## II. L'introduction ### 1. Le rôle de l'introduction L'introduction est la première partie de la dissertation, celle qui se trouve en tête du devoir. Elle joue un rôle capital car c'est elle qui donne au correcteur la première impression, celle qui détermine si le devoir sera lu avec intérêt ou avec méfiance. Une bonne introduction doit remplir plusieurs fonctions : **Premièrement**, elle doit amener le sujet, c'est-à-dire le situer dans un contexte plus large qui en montre l'intérêt et l'importance. Il s'agit d'éveiller la curiosité du lecteur et de montrer que la question posée n'est pas arbitraire mais répond à une préoccupation réelle. **Deuxièmement**, elle doit énoncer clairement le sujet et en analyser les termes. Il faut montrer que l'on a compris la question posée, que l'on en saisit les enjeux et les difficultés. **Troisièmement**, elle doit formuler la problématique, c'est-à-dire la question précise à laquelle la dissertation va tenter de répondre. La problématique n'est pas la simple répétition du sujet : c'est la reformulation du sujet en termes de problème philosophique. **Quatrièmement**, elle doit annoncer le plan, c'est-à-dire indiquer les grandes étapes de la réflexion qui va suivre. Cette annonce permet au lecteur de suivre le fil du raisonnement. ### 2. La structure de l'introduction L'introduction de la dissertation philosophique suit traditionnellement un mouvement en trois temps, parfois appelé « entonnoir » car il va du général au particulier : **Premier temps : l'amorce ou l'entrée en matière.** Il s'agit de partir d'un constat, d'un exemple, d'une observation ou d'une citation qui introduit le sujet de manière naturelle. L'amorce peut être : - Un constat tiré de l'expérience quotidienne : « Dans nos sociétés camerounaises contemporaines, la question de la tradition et de la modernité se pose avec une acuité particulière... » - Une référence à un événement d'actualité : « Les débats récents sur l'intelligence artificielle et ses applications dans l'industrie relancent la question du rôle de la technique dans nos vies... » - Une citation d'un philosophe ou d'un écrivain : « "L'homme est né libre, et partout il est dans les fers", écrivait Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) au début du *Contrat social*. Cette affirmation paradoxale... » - Une référence historique ou culturelle : « Depuis l'Antiquité grecque, les philosophes s'interrogent sur ce qui distingue l'homme de l'animal... » L'amorce doit être brève (deux à trois phrases maximum) et doit conduire naturellement au sujet. Il faut éviter les amorces trop générales (« Depuis la nuit des temps, l'homme se pose des questions... ») qui sont vides de sens, et les amorces hors-sujet qui n'ont aucun rapport avec la question posée. **Deuxième temps : l'énoncé et l'analyse du sujet.** Après l'amorce, on énonce le sujet tel qu'il est posé, puis on en analyse les termes. Cette analyse consiste à définir les notions clés et à montrer les difficultés qu'elles soulèvent. Par exemple, pour le sujet « La liberté consiste-t-elle à faire ce que l'on veut ? », on définira la liberté (absence de contraintes ? pouvoir de choisir ?) et l'expression « faire ce que l'on veut » (satisfaire ses désirs ? suivre sa volonté ?). **Troisième temps : la problématique et l'annonce du plan.** On formule alors la question précise qui guidera la réflexion, puis on annonce les grandes étapes de la réponse. Par exemple : « Nous nous demanderons donc si la liberté se réduit à l'absence de contraintes, ou si elle suppose au contraire une maîtrise de soi et de ses désirs. Dans un premier temps, nous examinerons la conception de la liberté comme absence d'obstacles ; dans un second temps, nous montrerons les limites de cette conception ; dans un troisième temps, nous tenterons de dépasser cette opposition en montrant que la véritable liberté est une conquête de la raison. » ### 3. Les qualités d'une bonne introduction Une bonne introduction doit être : **Claire** : le lecteur doit comprendre immédiatement de quoi il s'agit et où va la réflexion. **Pertinente** : elle doit être en lien direct avec le sujet, sans digressions inutiles. **Problématisée** : elle doit montrer que le sujet pose un véritable problème, qu'il n'y a pas de réponse évidente. **Progressive** : elle doit aller du général au particulier, de l'amorce à la problématique. **Brève** : elle ne doit pas dépasser une page (environ 15 à 20 lignes pour une copie de Première). ### 4. Exemple d'introduction rédigée Prenons le sujet : « Le travail est-il une aliénation ou une libération pour l'homme ? » **Amorce** : « Dans les sociétés africaines contemporaines, la question du travail est au cœur des préoccupations : le chômage des jeunes, la précarité de l'emploi, mais aussi la fierté du travail bien fait et la réussite professionnelle sont des réalités quotidiennes. Le travail occupe une place centrale dans nos vies, mais quelle est sa véritable signification ? » **Analyse du sujet** : « Le sujet nous invite à interroger la nature du travail. Le terme "travail" désigne à la fois l'activité par laquelle l'homme transforme la nature et produit des biens, et la condition sociale qui lui est associée. Le mot "aliénation" vient du latin *alienus* qui signifie "étranger" : il désigne le processus par lequel l'homme devient étranger à lui-même, à son activité et à ses produits. Le mot "libération" désigne au contraire le processus par lequel l'homme s'affranchit des contraintes et accède à une plus grande autonomie. Le travail est-il ce qui nous rend étrangers à nous-mêmes, ou ce qui nous permet de nous réaliser ? » **Problématique et annonce du plan** : « Nous nous demanderons donc si le travail est fondamentalement une aliénation pour l'homme, ou s'il peut être un moyen de libération. Dans un premier temps, nous examinerons la thèse selon laquelle le travail est une aliénation ; dans un second temps, nous montrerons que le travail peut être libérateur ; dans un troisième temps, nous tenterons de dépasser cette opposition en distinguant le travail aliéné du travail émancipateur. » > **À RETENIR** : L'introduction de la dissertation philosophique suit un mouvement en trois temps : l'amorce (qui part d'un constat ou d'une référence pour introduire le sujet), l'analyse du sujet (qui définit les termes et montre les enjeux), et la problématique avec l'annonce du plan (qui formule la question précise et indique les étapes de la réponse). Une introduction ne doit jamais dépasser une page et doit être entièrement rédigée, sans abréviations ni plan détaillé. --- ## III. La thèse ### 1. Définition de la thèse Dans la dissertation philosophique, la thèse désigne la première grande partie du développement, celle qui expose une première réponse au problème posé. Le mot « thèse » vient du grec *thesis* qui signifie « action de poser », « position ». La thèse est donc une position que l'on prend, une affirmation que l'on soutient. > **À RETENIR** : La thèse est la première partie du développement de la dissertation. Elle consiste à défendre une position, une réponse possible à la question posée, en s'appuyant sur des arguments et des exemples. Elle correspond au moment où l'on prend parti, où l'on affirme quelque chose de positif. Il ne faut pas confondre la thèse au sens de la dissertation (la première partie du développement) avec la thèse au sens philosophique (la position défendue par un philosophe). Dans la dissertation, la première partie expose une thèse (au sens de position) qui sera ensuite discutée dans la deuxième partie (l'antithèse) avant d'être dépassée dans la troisième (la synthèse). ### 2. Le rôle de la thèse La thèse joue un rôle essentiel dans la démarche de la dissertation. Elle représente le premier moment de la réflexion, celui où l'on prend au sérieux une première réponse au problème posé. Cette première réponse est généralement celle qui vient spontanément à l'esprit, celle qui correspond au sens commun ou à une position philosophique classique. Prenons l'exemple du sujet « La liberté consiste-t-elle à faire ce que l'on veut ? ». La première réponse qui vient à l'esprit est : oui, être libre, c'est faire ce que l'on veut, c'est-à-dire agir sans contraintes, suivre ses désirs, ses envies, ses caprices. Cette réponse correspond à une conception négative de la liberté : la liberté est l'absence d'obstacles, l'absence de contraintes extérieures. C'est cette position qu'il faudra défendre dans la première partie, en lui trouvant des arguments solides. La thèse n'est donc pas une simple opinion personnelle : c'est une position argumentée, appuyée sur des raisons et des exemples. Même si l'on pense que cette position est insuffisante (puisqu'on la dépassera dans la synthèse), il faut la défendre avec sérieux et conviction. C'est ce que les philosophes appellent le principe de charité : on doit présenter la position adverse de la manière la plus forte possible avant de la critiquer. ### 3. Les références philosophiques pour la thèse Chaque thèse peut s'appuyer sur des références philosophiques qui l'ont défendue dans l'histoire de la philosophie. Ces références donnent de la profondeur et de la crédibilité à l'argumentation. Prenons quelques exemples de thèses classiques et de leurs références : **Pour le sujet sur la liberté** : la thèse selon laquelle la liberté est l'absence de contraintes peut s'appuyer sur la pensée de Thomas Hobbes (1588-1679). Dans le *Léviathan*, ce philosophe anglais définit la liberté comme « l'absence d'opposition » : un homme est libre lorsqu'aucun obstacle extérieur ne l'empêche de faire ce qu'il a la volonté de faire. Cette conception est également présente chez John Locke (1632-1704) qui distingue la liberté de la volonté et la liberté d'action. **Pour le sujet sur le travail** : la thèse selon laquelle le travail est une aliénation peut s'appuyer sur la pensée de Karl Marx (1818-1883). Dans les *Manuscrits de 1844*, Marx développe le concept d'« aliénation » (du latin *alienus*, étranger) : dans le travail salarié capitaliste, l'ouvrier est aliéné à plusieurs niveaux — il est aliéné au produit de son travail (ce qu'il produit ne lui appartient pas), aliéné à son activité (son travail ne lui procure aucune satisfaction), aliéné à son essence (il ne se réalise pas dans son travail mais seulement dans ses fonctions animales : manger, boire, dormir), et aliéné aux autres hommes (il est en concurrence avec ses semblables). **Pour le sujet sur la conscience** : la thèse selon laquelle la conscience est ce qui distingue l'homme de l'animal peut s'appuyer sur la pensée de René Descartes (1596-1650). Dans le *Discours de la méthode*, Descartes affirme que la pensée (la conscience) est l'essence de l'homme : « Je pense, donc je suis » (*cogito ergo sum*). L'animal, selon Descartes, est une « machine » sans conscience, alors que l'homme est un être pensant. **Pour le sujet sur la technique** : la thèse selon laquelle la technique est un progrès pour l'humanité peut s'appuyer sur la pensée d'Auguste Comte (1798-1857) et sur le positivisme. Pour Comte, le développement des sciences et des techniques est le moteur du progrès de l'humanité : l'humanité passe par trois états (théologique, métaphysique, positif) et c'est dans l'état positif, celui de la science et de la technique, qu'elle atteint sa maturité. ### 4. La structure de la thèse La thèse, comme chaque partie du développement, doit être structurée. Elle comprend généralement deux ou trois sous-parties, chacune développant un argument. Prenons l'exemple du sujet « Le travail est-il une aliénation ou une libération pour l'homme ? ». La première partie (la thèse) pourrait défendre la position selon laquelle le travail est une aliénation. Elle pourrait se structurer ainsi : **Première sous-partie : le travail comme contrainte physique et psychologique.** Le travail est d'abord une activité pénible, qui fatigue le corps et l'esprit. L'étymologie du mot « travail » est révélatrice : il vient du latin *tripalium*, qui désignait un instrument de torture à trois pieux. Le travail est donc originellement une souffrance, une peine. Dans la Genèse, le travail est présenté comme une punition divine : « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front » (Genèse 3, 19). Cette conception du travail comme peine se retrouve dans de nombreuses cultures africaines, où le travail est souvent associé à la pénibilité et à la contrainte. **Deuxième sous-partie : le travail comme aliénation économique et sociale.** Au-delà de la pénibilité physique, le travail peut être une aliénation au sens marxiste du terme. Dans le système capitaliste, l'ouvrier ne possède pas les moyens de production (les machines, les usines) et doit vendre sa force de travail à celui qui les possède. Le produit de son travail ne lui appartient pas : il est confisqué par le capitaliste qui en tire un profit. L'ouvrier devient ainsi étranger à son propre travail, à ses produits, à lui-même. Cette aliénation est particulièrement visible dans les usines de transformation du cacao au Cameroun : les producteurs de cacao, qui travaillent la terre, ne maîtrisent ni les prix ni la transformation de leur production, qui échappent aux circuits internationaux. **Troisième sous-partie : le travail comme déshumanisation.** Lorsque le travail est aliéné, il déshumanise l'homme. Au lieu de lui permettre de se réaliser, il le réduit à l'état de chose, de marchandise. Marx parle de « travail abstrait » pour désigner ce travail qui ne laisse aucune trace de la personnalité de celui qui l'accomplit. Dans les chaînes de montage, l'ouvrier répète les mêmes gestes mécaniques sans comprendre le sens de son activité : il devient une simple extension de la machine. Cette déshumanisation est également visible dans certaines formes de travail précaire au Cameroun, où des jeunes travaillent dans des conditions dangereuses sans protection sociale ni reconnaissance de leur dignité. ### 5. Les transitions Chaque partie de la dissertation doit se terminer par une transition qui annonce la partie suivante. La transition est une ou deux phrases qui montrent le lien logique entre ce qui vient d'être dit et ce qui va suivre. Elle joue le rôle de charnière entre les parties. Par exemple, à la fin de la thèse sur le travail comme aliénation, on pourrait écrire : « Le travail semble donc bien être une aliénation pour l'homme : il est pénible, il l'éloigne de lui-même et de ses produits. Mais cette conception est-elle suffisante ? Ne peut-on pas considérer que le travail est aussi, et peut-être même d'abord, une activité libératrice ? C'est ce que nous allons examiner dans un second temps. » > **À RETENIR** : La thèse est la première partie du développement. Elle défend une position (généralement celle du sens commun ou d'une conception classique) en s'appuyant sur des arguments structurés et des références philosophiques. Chaque sous-partie développe un argument distinct, et la partie se termine par une transition vers l'antithèse. --- ## IV. L'antithèse ### 1. Définition de l'antithèse L'antithèse est la deuxième partie du développement de la dissertation. Elle consiste à examiner la position opposée à celle qui a été défendue dans la thèse, à en montrer les limites et à proposer une autre réponse au problème posé. > **À RETENIR** : L'antithèse est la deuxième partie du développement de la dissertation. Elle présente la position opposée à la thèse, en montrant les insuffisances de la première réponse et en proposant une autre conception. Elle correspond au moment de la contradiction, de la discussion critique. Le mot « antithèse » vient du grec *antithesis* qui signifie « opposition », « position contraire ». L'antithèse est donc littéralement la position contraire à la thèse. Mais il faut bien comprendre que l'antithèse n'est pas simplement le contraire de la thèse : elle est une position qui s'oppose à la thèse tout en ayant sa propre cohérence et ses propres arguments. ### 2. Le rôle de l'antithèse L'antithèse joue un rôle crucial dans la démarche dialectique de la dissertation. Elle permet de : **Premièrement**, montrer que la thèse n'est pas suffisante, qu'elle comporte des limites, des contradictions, des impensés. La thèse, aussi solide soit-elle, ne peut pas tout expliquer : il y a des aspects du problème qu'elle ne prend pas en compte. **Deuxièmement**, explorer une autre dimension du problème. Si la thèse a défendu une conception, l'antithèse en défend une autre, qui peut être complémentaire ou opposée. **Troisièmement**, préparer la synthèse. L'antithèse n'est pas un simple jeu de contradiction : elle est un moment nécessaire de la réflexion qui permettra, dans la synthèse, de dépasser l'opposition entre la thèse et l'antithèse. Reprenons l'exemple du sujet « Le travail est-il une aliénation ou une libération pour l'homme ? ». Après avoir défendu dans la thèse l'idée que le travail est une aliénation, l'antithèse va défendre la position inverse : le travail est une libération. Cette position peut s'appuyer sur plusieurs arguments. ### 3. Les références philosophiques pour l'antithèse L'antithèse peut s'appuyer sur des philosophes qui ont défendu la position opposée à celle de la thèse. Dans l'histoire de la philosophie, chaque grande thèse a généralement rencontré une antithèse. **Pour le sujet sur le travail** : la thèse selon laquelle le travail est une libération peut s'appuyer sur la pensée de Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831). Dans la *Phénoménologie de l'esprit*, Hegel développe la célèbre dialectique du maître et de l'esclave : c'est l'esclave qui travaille qui accède à la conscience de soi, tandis que le maître qui ne travaille pas reste dépendant de l'esclave. Le travail est donc, pour Hegel, une activité formatrice qui permet à l'homme de s'élever au-dessus de la nature et de prendre conscience de sa liberté. En transformant la nature par le travail, l'homme transforme aussi lui-même : il développe ses capacités, sa maîtrise, sa conscience. Cette conception du travail comme libération est également défendue par Friedrich Engels (1820-1895) qui, dans son texte « Le rôle du travail dans la transformation du singe en homme », montre que le travail est ce qui a permis à l'humanité de se constituer comme telle. C'est par le travail que l'homme s'est libéré de la nature, qu'il a développé sa main, son cerveau, son langage, sa vie sociale. **Pour le sujet sur la liberté** : la thèse selon laquelle la liberté est l'absence de contraintes peut être contredite par l'antithèse selon laquelle la liberté est la maîtrise de soi. Cette position est défendue par plusieurs philosophes : - Platon (428-348 av. J.-C.) : dans la *République*, il montre que l'homme libre est celui qui est gouverné par sa raison, et non par ses désirs. L'homme qui suit ses désirs est en réalité esclave de ses passions. - Épictète (50-130 ap. J.-C.) : ce philosophe stoïcien, qui était lui-même un ancien esclave, distingue ce qui dépend de nous (nos jugements, nos volontés) et ce qui ne dépend pas de nous (les événements extérieurs). La liberté consiste à ne s'attacher qu'à ce qui dépend de nous. - Spinoza (1632-1677) : dans l'*Éthique*, il montre que l'homme est libre lorsqu'il comprend les causes qui le déterminent. La liberté n'est pas l'absence de détermination mais la compréhension de la nécessité. **Pour le sujet sur la technique** : la thèse selon laquelle la technique est un progrès peut être contredite par l'antithèse selon laquelle la technique est une menace. Cette position est défendue par : - Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) : dans le *Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes*, il montre que le développement des techniques (l'agriculture, la métallurgie) a corrompu l'humanité, créant l'inégalité et la propriété privée. - Martin Heidegger (1889-1976) : dans *La Question de la technique*, il montre que la technique moderne n'est pas un simple outil neutre mais une manière de penser qui réduit la nature à un « fonds disponible » (*Bestand*), une ressource à exploiter. La technique moderne est une « mise en demeure » qui transforme l'homme lui-même en ressource. ### 4. La structure de l'antithèse Comme la thèse, l'antithèse est structurée en deux ou trois sous-parties. Reprenons l'exemple du sujet sur le travail : **Première sous-partie : le travail comme activité de transformation de la nature.** Le travail est d'abord une activité spécifiquement humaine par laquelle l'homme transforme la nature et la rend habitable. Contrairement à l'animal qui s'adapte passivement à son environnement, l'homme adapte son environnement à ses besoins. Cette activité de transformation est source de satisfaction : l'homme reconnaît dans son œuvre le produit de son activité, il s'y objective. Un artisan camerounais qui fabrique un objet (un panier, une sculpture, un meuble) éprouve une fierté légitime : il voit le résultat concret de son travail. **Deuxième sous-partie : le travail comme moyen de libération de la nécessité.** Le travail permet à l'homme de satisfaire ses besoins fondamentaux (se nourrir, se loger, se vêtir) et de s'affranchir de la dépendance immédiate à la nature. Grâce au travail, l'homme ne vit plus dans la peur de la famine ou des intempéries : il produit des biens qui lui assurent une sécurité. Le travail est donc un facteur d'autonomie et d'indépendance. Dans le contexte camerounais, le travail agricole, l'artisanat, le commerce sont des moyens pour les individus et les familles de subvenir à leurs besoins et de gagner leur indépendance économique. **Troisième sous-partie : le travail comme réalisation de soi.** Pour Hegel, le travail est une activité formatrice (*Bildung*) qui permet à l'homme de se réaliser. En transformant la matière, l'homme développe ses capacités, sa patience, sa discipline, sa créativité. Le travail est une école de l'humanité : c'est en travaillant que l'homme apprend à maîtriser ses impulsions, à coopérer avec les autres, à s'inscrire dans un projet. Le travail n'est donc pas seulement une contrainte : il est aussi une source d'épanouissement personnel et social. ### 5. La transition vers la synthèse À la fin de l'antithèse, il faut opérer une transition vers la synthèse. Cette transition doit montrer que ni la thèse ni l'antithèse ne sont entièrement satisfaisantes, et qu'il faut dépasser leur opposition. Par exemple : « Le travail apparaît donc à la fois comme une aliénation et comme une libération. Mais cette opposition est-elle définitive ? Ne peut-on pas penser que le travail n'est pas aliénant ou libérateur en soi, mais qu'il dépend des conditions dans lesquelles il s'exerce ? C'est ce que nous allons examiner dans un troisième temps. » > **À RETENIR** : L'antithèse est la deuxième partie du développement. Elle présente la position opposée à la thèse, en montrant les limites de la première réponse et en proposant une autre conception. Elle s'appuie sur des arguments structurés et des références philosophiques. Elle se termine par une transition qui annonce la synthèse. --- ## V. La synthèse et l'élaboration de la conclusion ### 1. La synthèse : définition et rôle La synthèse est la troisième partie du développement de la dissertation. Elle vise à dépasser l'opposition entre la thèse et l'antithèse en trouvant un point de vue plus élevé qui intègre les apports des deux positions tout en montrant leurs limites respectives. > **À RETENIR** : La synthèse est la troisième partie du développement. Elle ne se contente pas de résumer la thèse et l'antithèse : elle les dépasse en montrant que leur opposition repose sur une question mal posée, ou en distinguant des niveaux d'analyse différents, ou en proposant une conception plus nuancée qui intègre les apports des deux positions. Le mot « synthèse » vient du grec *synthesis* qui signifie « composition », « réunion ». La synthèse est donc l'opération par laquelle on réunit des éléments opposés en une unité supérieure. C'est le moment de la réflexion où l'on montre que la vérité n'est ni d'un côté ni de l'autre, mais qu'elle se trouve dans un dépassement de l'opposition. ### 2. Les différentes formes de synthèse Il existe plusieurs manières de construire une synthèse. En voici les principales : **a) La synthèse par distinction de niveaux.** On montre que la thèse et l'antithèse ne se contredisent pas vraiment parce qu'elles parlent de choses différentes ou qu'elles se situent à des niveaux différents. Par exemple, pour le sujet sur le travail, on peut distinguer le travail aliéné (le travail dans des conditions d'exploitation) et le travail émancipateur (le travail dans des conditions de liberté). La thèse décrivait le travail aliéné, l'antithèse décrivait le travail émancipateur : en réalité, ce ne sont pas deux conceptions opposées du travail mais deux formes différentes de travail. **b) La synthèse par dépassement (Aufhebung).** On montre que la thèse et l'antithèse contiennent chacune une part de vérité, mais qu'elles sont partielles et doivent être dépassées dans une conception plus complète. C'est le mouvement de la dialectique hégélienne : la thèse (affirmation), l'antithèse (négation), la synthèse (négation de la négation). La synthèse ne supprime pas la thèse et l'antithèse : elle les conserve en les dépassant (*Aufhebung* signifie à la fois « supprimer » et « conserver »). **c) La synthèse par reformulation du problème.** On montre que le problème tel qu'il était posé était mal posé, et qu'il faut le reformuler. Par exemple, pour le sujet « La liberté consiste-t-elle à faire ce que l'on veut ? », la synthèse peut montrer que la question n'est pas de savoir si la liberté est l'absence de contraintes ou la maîtrise de soi, mais de savoir ce que signifie « vouloir » : qu'est-ce qu'une volonté libre ? La liberté ne se définit pas par rapport à la contrainte mais par rapport à la volonté. ### 3. L'élaboration de la conclusion La conclusion est la dernière partie de la dissertation. Elle se distingue de la synthèse (qui est la troisième partie du développement) : la conclusion est un moment séparé qui vient clore la réflexion. > **À RETENIR** : La conclusion de la dissertation philosophique remplit deux fonctions : elle fait le bilan de la réflexion (elle rappelle la problématique, les étapes du raisonnement et la réponse apportée) et elle ouvre la réflexion (elle élargit la perspective, pose une nouvelle question, ouvre sur un autre problème). Elle ne doit jamais introduire d'arguments nouveaux ni se contenter de résumer mécaniquement le devoir. ### 4. La structure de la conclusion La conclusion comprend traditionnellement deux moments : **Premier moment : le bilan.** On rappelle brièvement la problématique de départ, les grandes étapes de la réflexion et la réponse à laquelle on est parvenu. Ce bilan doit être synthétique : il ne s'agit pas de répéter tout ce qui a été dit, mais de dégager l'essentiel. Par exemple : « Nous nous étions demandé si le travail était une aliénation ou une libération pour l'homme. Nous avons d'abord montré que le travail pouvait être une aliénation, lorsqu'il est pénible, exploité et déshumanisant. Nous avons ensuite montré qu'il pouvait être une libération, lorsqu'il permet à l'homme de transformer la nature, de satisfaire ses besoins et de se réaliser. Nous avons enfin montré que cette opposition pouvait être dépassée : le travail n'est ni aliénant ni libérateur en soi ; tout dépend des conditions dans lesquelles il s'exerce. Un travail librement choisi, dans des conditions dignes, peut être une source d'épanouissement ; un travail subi, exploité, dans des conditions indignes, est une aliénation. » **Deuxième moment : l'ouverture.** On élargit la réflexion en posant une nouvelle question, en montrant les implications de la réponse apportée, ou en reliant le problème traité à d'autres problèmes philosophiques. L'ouverture doit être brève (deux ou trois phrases) et pertinente : elle ne doit pas être artificielle ou hors-sujet. Par exemple : « Cette réflexion sur le travail nous conduit à une question plus large : celle de la justice sociale. Si le travail peut être libérateur ou aliénant selon ses conditions, alors la question de l'organisation juste du travail devient centrale. Comment organiser le travail pour qu'il soit réellement émancipateur pour tous ? Cette question, qui est au cœur des débats contemporains sur le travail décent et l'économie solidaire, reste ouverte. » ### 5. Exemple complet de synthèse et de conclusion Reprenons le sujet « Le travail est-il une aliénation ou une libération pour l'homme ? » et rédigeons la synthèse et la conclusion. **Synthèse** : « L'opposition entre le travail comme aliénation et le travail comme libération semble donc pouvoir être dépassée. En réalité, le travail n'est ni aliénant ni libérateur en soi : tout dépend des conditions dans lesquelles il s'exerce. Lorsque le travail est subi, exploité, déshumanisant, il est une aliénation : c'est ce que Marx a montré en analysant le travail salarié dans le capitalisme. Lorsque le travail est librement choisi, créateur, reconnu, il est une libération : c'est ce que Hegel a montré en analysant le travail de l'esclave qui accède à la conscience de soi. La distinction décisive n'est donc pas entre le travail et le non-travail, mais entre le travail aliéné et le travail émancipateur. Cette distinction a des implications pratiques importantes : elle invite à transformer les conditions du travail pour qu'il devienne réellement émancipateur. » **Conclusion** : « Nous nous étions demandé si le travail était une aliénation ou une libération pour l'homme. L'analyse a montré que cette alternative était trop simple : le travail peut être à la fois aliénant et libérateur, selon les conditions dans lesquelles il s'exerce. Le travail aliéné est celui qui écrase l'homme, qui le réduit à l'état de chose ; le travail émancipateur est celui qui permet à l'homme de développer ses capacités et de se réaliser. La question n'est donc pas de savoir si le travail est bon ou mauvais en soi, mais de savoir comment organiser le travail pour qu'il soit réellement au service de l'homme. Cette réflexion ouvre sur une question plus large : celle de la place du travail dans une vie humaine accomplie. Le travail est-il la seule activité qui donne un sens à la vie, ou y a-t-il d'autres activités (le loisir, la contemplation, les relations humaines) qui sont tout aussi importantes ? » ### 6. Les erreurs à éviter dans la conclusion **La conclusion-résumé** : se contenter de répéter ce qui a été dit sans apporter de réponse claire. **La conclusion-ouverture artificielle** : terminer par une question ou une remarque qui n'a aucun lien avec le sujet traité. **La conclusion qui introduit du nouveau** : apporter des arguments ou des exemples nouveaux dans la conclusion, alors que celle-ci doit seulement faire le bilan et ouvrir. **La conclusion trop longue** : la conclusion doit être brève (environ une demi-page) et ne pas répéter tout le développement. > **À RETENIR** : La synthèse est la troisième partie du développement : elle dépasse l'opposition entre la thèse et l'antithèse en trouvant un point de vue plus élevé. La conclusion est le moment final de la dissertation : elle fait le bilan de la réflexion et ouvre sur une question plus large. Ni la synthèse ni la conclusion ne doivent introduire d'arguments nouveaux. --- ## VI. Règles pour le choix et l'utilisation des citations ### 1. Le rôle des citations dans la dissertation Les citations jouent un rôle important dans la dissertation philosophique. Elles permettent de : **Premièrement**, appuyer ses arguments par l'autorité d'un philosophe. Lorsqu'on défend une position, il est utile de montrer que cette position a été défendue par des penseurs reconnus. La citation donne de la crédibilité à l'argumentation. **Deuxièmement**, montrer sa culture philosophique. Une dissertation qui cite correctement les philosophes montre que l'élève connaît l'histoire de la philosophie et sait s'y référer à bon escient. **Troisièmement**, enrichir la réflexion. Une citation bien choisie peut apporter un éclairage nouveau, une formulation plus précise, une idée qu'on n'aurait pas trouvée soi-même. Mais il faut être vigilant : la citation n'est pas une fin en soi. Elle est un moyen au service de l'argumentation. Une dissertation qui ne serait qu'une accumulation de citations sans réflexion personnelle ne serait pas une bonne dissertation. > **À RETENIR** : Les citations sont des outils au service de l'argumentation. Elles appuient les arguments, montrent la culture philosophique et enrichissent la réflexion. Mais elles ne remplacent jamais la réflexion personnelle : une citation doit toujours être expliquée, commentée et intégrée au raisonnement. ### 2. Les règles pour le choix des citations Le choix des citations obéit à plusieurs règles : **Règle n°1 : La citation doit être pertinente.** Elle doit être en lien direct avec l'argument que l'on développe. Une citation hors-sujet, même si elle est belle ou célèbre, n'a pas sa place dans la dissertation. Par exemple, si l'on traite du sujet « La liberté consiste-t-elle à faire ce que l'on veut ? », on peut citer Jean-Paul Sartre (1905-1980) : « L'homme est condamné à être libre » (*L'Existentialisme est un humanisme*, 1946). Cette citation est pertinente car elle exprime une conception de la liberté qui peut être discutée dans la dissertation. **Règle n°2 : La citation doit être exacte.** Il faut citer avec précision, sans déformer la pensée de l'auteur. Une citation inexacte ou tronquée est une faute grave, car elle trahit la pensée du philosophe. Il est donc important d'apprendre les citations par cœur, en vérifiant leur exactitude dans les textes originaux. **Règle n°3 : La citation doit être attribuée.** Il faut toujours indiquer l'auteur de la citation et, si possible, l'œuvre dont elle est tirée. Par exemple : « Comme l'écrit Descartes dans le *Discours de la méthode* : "Je pense, donc je suis." » Cette attribution permet au lecteur de vérifier la citation et montre la rigueur de l'élève. **Règle n°4 : La citation doit être expliquée.** Une citation n'est pas une simple décoration : elle doit être expliquée, commentée, intégrée au raisonnement. Il ne suffit pas de citer Descartes pour prouver que la conscience est l'essence de l'homme : il faut expliquer ce que Descartes veut dire par « je pense », pourquoi il en fait le fondement de la certitude, et comment cette idée éclaire le problème posé. **Règle n°5 : La citation doit être utilisée avec modération.** Une dissertation ne doit pas être surchargée de citations. On recommande généralement d'utiliser entre trois et cinq citations pour une dissertation complète. Trop de citations donnent l'impression que l'élève ne pense pas par lui-même ; trop peu de citations donnent l'impression que l'élève ne connaît pas la philosophie. ### 3. Les règles pour l'utilisation des citations Au-delà du choix, l'utilisation des citations obéit à des règles précises : **Règle n°1 : La citation doit être introduite.** On ne doit jamais citer brutalement, sans préparation. Il faut introduire la citation par une phrase qui la situe et en annonce l'intérêt. Par exemple : « Comme le montre le philosophe existentialiste Jean-Paul Sartre dans *L'Existentialisme est un humanisme*, la liberté est le fondement même de l'existence humaine : "L'homme est condamné à être libre." » **Règle n°2 : La citation doit être mise en valeur.** Dans une copie manuscrite, on met la citation entre guillemets (« ... ») et on indique l'auteur et l'œuvre. Si la citation est longue (plus de trois lignes), on peut la mettre en retrait et sur une ligne séparée. **Règle n°3 : La citation doit être commentée.** Après avoir cité, il faut commenter : expliquer ce que la citation signifie, montrer comment elle éclaire le problème, la discuter éventuellement. Une citation non commentée est une citation morte : elle n'apporte rien à la réflexion. **Règle n°4 : La citation doit être intégrée au raisonnement.** La citation n'est pas un ornement : elle est un argument parmi d'autres. Elle doit donc être intégrée au fil du raisonnement, en lien avec ce qui précède et ce qui suit. On ne doit pas avoir l'impression que la citation est plaquée artificiellement. ### 4. Les citations essentielles à connaître Voici quelques citations essentielles que les élèves de Première devraient connaître, classées par thèmes : **Sur la conscience et la pensée :** - René Descartes (1596-1650), *Discours de la méthode* (1637) : « Je pense, donc je suis. » (Le *cogito* : la conscience de soi est le fondement de toute certitude.) - Blaise Pascal (1623-1662), *Pensées* (1670) : « L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature ; mais c'est un roseau pensant. » (La pensée fait la grandeur de l'homme.) **Sur la liberté :** - Jean-Jacques Rousseau (1712-1778), *Du contrat social* (1762) : « L'homme est né libre, et partout il est dans les fers. » (La liberté est naturelle mais l'homme vit dans des sociétés qui l'oppriment.) - Jean-Paul Sartre (1905-1980), *L'Existentialisme est un humanisme* (1946) : « L'homme est condamné à être libre. » (La liberté est la condition même de l'existence humaine : l'homme ne peut pas ne pas choisir.) **Sur le travail :** - Karl Marx (1818-1883), *Manuscrits de 1844* : « Le travail est devenu une marchandise. » (Dans le capitalisme, la force de travail est vendue comme une marchandise.) - Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831), *Phénoménologie de l'esprit* (1807) : « Le travail forme » (die Arbeit bildet). (Le travail est une activité formatrice qui permet à l'homme de se réaliser.) **Sur la technique :** - Martin Heidegger (1889-1976), *La Question de la technique* (1954) : « La technique n'est pas la même chose que l'essence de la technique. » (Il faut distinguer la technique comme outil et la technique comme manière de penser.) - Jacques Ellul (1912-1994), *La Technique ou l'Enjeu du siècle* (1954) : « La technique est devenue autonome. » (La technique échappe au contrôle de l'homme.) **Sur la raison et la vérité :** - Platon (428-348 av. J.-C.), *La République* : « Il faut suivre la raison. » (La raison est le guide de la vie bonne.) - Emmanuel Kant (1724-1804), *Qu'est-ce que les Lumières ?* (1784) : « Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! » (La devise des Lumières : ose penser par toi-même.) **Sur la personne et la dignité :** - Emmanuel Kant (1724-1804), *Fondements de la métaphysique des mœurs* (1785) : « Agis de telle sorte que tu traites l'humanité, aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre, toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen. » (Le respect de la dignité humaine est le principe fondamental de la morale.) - Emmanuel Mounier (1905-1950), *Le Personnalisme* (1949) : « La personne est un être spirituel constitué comme tel par sa manière d'exister et d'être au monde. » (La personne ne se réduit pas à l'individu : elle est une réalité spirituelle et relationnelle.) ### 5. Les erreurs à éviter dans l'utilisation des citations **La citation hors-sujet** : citer un philosophe qui ne parle pas du problème traité. **La citation tronquée** : citer une partie d'une phrase qui change le sens de la pensée de l'auteur. **La citation non attribuée** : citer sans indiquer l'auteur, ce qui est une forme de plagiat. **La citation non expliquée** : citer sans commenter, comme si la citation se suffisait à elle-même. **La citation plaquée** : citer artificiellement, sans lien avec le raisonnement. **La citation trop longue** : citer un passage entier alors qu'une phrase suffit. **La citation inexacte** : citer de mémoire en déformant les termes exacts du philosophe. > **À RETENIR** : Pour bien utiliser les citations, il faut respecter cinq règles fondamentales : la citation doit être pertinente (en lien avec le sujet), exacte (fidèle à la pensée de l'auteur), attribuée (avec le nom de l'auteur et l'œuvre), expliquée (commentée et intégrée au raisonnement) et utilisée avec modération (trois à cinq citations par dissertation). --- ## Conclusion du chapitre Nous avons parcouru l'ensemble des points du programme officiel du MINESEC concernant la dissertation philosophique. De la définition générale de l'exercice aux règles précises d'utilisation des citations, en passant par la structure en trois moments (thèse, antithèse, synthèse) et l'élaboration de l'introduction et de la conclusion, nous avons posé les bases méthodologiques indispensables à toute réflexion philosophique. Il faut retenir que la dissertation philosophique n'est pas un exercice artificiel ou purement scolaire : elle est une pratique de la pensée qui développe des compétences essentielles pour la vie. Savoir analyser un problème, confronter des positions, argumenter de manière rigoureuse, nuancer ses affirmations, conclure avec prudence : ces compétences sont utiles dans tous les domaines, qu'il s'agisse de la poursuite d'études supérieures, de la vie professionnelle ou de la participation à la vie citoyenne. Pour les élèves des séries techniques (C, D, E, TI), cette maîtrise de la dissertation philosophique est d'autant plus importante qu'elle complète la formation scientifique et technologique par une formation à la réflexion critique. Un technicien ou un ingénieur qui sait réfléchir, argumenter et communiquer est plus qu'un simple exécutant : c'est un acteur éclairé de la société. La pratique régulière est la clé de la réussite. Comme en mathématiques ou en physique, on n'apprend pas à disserter en lisant simplement un cours : il faut s'entraîner, rédiger des dissertations complètes, les faire corriger, analyser ses erreurs. Chaque dissertation est une occasion de progresser dans la maîtrise de cet exercice exigeant mais profondément formateur. Ce chapitre ouvre la voie aux chapitres suivants du programme de Première, qui aborderont les grandes notions de la philosophie : la conscience, la liberté, la raison, la technique, le travail, la personne, la société. La méthode de la dissertation sera l'outil qui permettra de traiter ces notions de manière rigoureuse et personnelle. Car, comme l'écrivait le philosophe français Henri Bergson (1859-1941) : « La philosophie n'est pas une construction, c'est une méthode de penser. » Et cette méthode, c'est précisément celle que nous venons d'étudier.

Quiz du chapitre

12 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Quelle est la première étape obligatoire avant de rédiger une dissertation philosophique ?
  2. 2. Dans une introduction de dissertation philosophique, que doit-on trouver ?
  3. 3. Que signifie « problématiser » un sujet de dissertation ?
  4. 4. Dans la dissertation, la thèse correspond à :
  5. 5. Quel est le rôle de l'antithèse dans une dissertation ?
  6. 6. La synthèse dans une dissertation philosophique sert à :
  7. 7. Que doit contenir la conclusion d'une dissertation ?
  8. 8. Quelle est la règle essentielle pour choisir une citation dans une dissertation ?
  9. 9. Lorsqu'on utilise une citation, il faut :
  10. 10. Quel philosophe est connu pour sa formule « Je pense, donc je suis » ?
  11. 11. Dans une dissertation, que faut-il faire après avoir présenté l'antithèse ?
  12. 12. Une bonne dissertation philosophique doit être :