Se connecterS'abonner

Chapitre 7

Thème 2 – Protection de l’environnement et des ressources naturelles (partie 3/3)

Lecture : 18 minQuiz de 10 questions

## Objectifs et prérequis **À la fin de ce chapitre, l’élève sera capable de :** - Décrire le cadre législatif et réglementaire des activités forestières au Cameroun (inventaire, aménagement, exploitation). - Expliquer les principes d’inventaire forestier, les méthodes de relevé et les outils utilisés sur le terrain. - Présenter les étapes d’élaboration d’un plan d’aménagement forestier et les bonnes pratiques d’exploitation durable. - Identifier les catégories de faune protégée, les règles de classement et les modalités d’exploitation autorisée. - Reconnaître les principales infractions à la législation forestière et faunistique, les compétences des autorités chargées de la répression et la procédure pénale applicable. - Appliquer les notions de prévention, de contrôle et de sanction dans des situations professionnelles réalistes (chantier forestier, poste de contrôle, bureau d’études). **Prérequis :** - Connaissances de base en géographie du Cameroun (zones végétatives, parcs nationaux). - Notions de droit environnemental introduites en première (principe de précaution, pollueur‑payeur). - Maîtrise du vocabulaire technique de base (écosystème, biodiversité, coupe rase, quota). --- ## Introduction contextualisée Le Cameroun dispose d’un patrimoine forestier estimé à environ 22 millions d’hectares, représentant près de 45 % de son territoire. Ces forêts fournissent du bois d’œuvre, du bois de chauffage, des produits non ligneux et jouent un rôle crucial dans la régulation du climat et la préservation de la biodiversité. Parallèlement, la faune sauvage, notamment les grands mammifères (éléphants, gorilles, buffles) et les espèces aviaires, constitue une ressource touristique et culturelle majeure. Face à la pression démographique, à l’exploitation illégale et aux changements climatiques, l’État camerounais a mis en place un arsenal législatif (loi n° 94/01 du 20 janvier 1994 portant régime forestier, loi n° 94/03 du 24 août 1994 relative à la protection de la faune, décret n° 2005/089 du 15 mars 2005 fixant les modalités d’exploitation forestière) visant à concilier développement économique et préservation des ressources naturelles. Ce chapitre détaille les trois leçons du programme officiel qui structurent cette approche : l’inventaire, l’aménagement et l’exploitation forestière ; le régime de la faune ; enfin, les infractions, les compétences répressives et la procédure applicable. --- ## I. Leçon 20 – Activités forestières : inventaire, aménagement et exploitation ### A. Définitions et cadre législatif > **Forêt** : formation végétale dominante d’arbres couvrant au moins 0,5 ha avec une couverture canopy supérieure à 10 %. > **Inventaire forestier** : opération systématique de mesure, de description et de classement des peuplements forestiers afin d’obtenir des données sur le volume, l’essence, l’âge et l’état sanitaire. > **Aménagement forestier** : processus de planification qui définit les objectifs de gestion (production, conservation, protection) et les prescriptions d’exploitation sur une unité de gestion donnée, généralement sur une période de 20 à 30 ans. > **Exploitation forestière** : ensemble des opérations de coupe, de débardage, de transport et de première transformation du bois réalisées dans le respect du plan d’aménagement. Le cadre juridique repose sur la **loi n° 94/01** qui institue le **régime forestier** basé sur la principe de **gestion durable**. Elle crée le **Fonds Forestier National (FFN)** destiné à financer les opérations d’inventaire et d’aménagement. Les **permits de coupe** sont délivrés par le **Ministère des Forêts et de la Faune (MINFOF)** après validation d’un **plan d’aménagement agréé**. ### B. Inventaire forestier #### 1. Méthodes de relevé - **Inventaire complet (ou recensement)** : mesure de tous les arbres d’un diamètre supérieur à un seuil (souvent 10 cm) sur une unité de superficie donnée. Adapté aux petites superficies ou aux zones à enjeu élevé. - **Inventaire par échantillonnage** : utilisation de **parcelles permanentes** ou **transects** selon un schéma aléatoire stratifié. La formule de l’estimateur du volume total est : \[ \hat{V}= \frac{A}{n}\sum_{i=1}^{n} v_i \] où \(A\) est la superficie totale de la stratum, \(n\) le nombre de parcelles échantillonnées et \(v_i\) le volume mesuré dans la parcelle \(i\). > **Exemple chiffré** : Dans une stratum de 500 ha, on établit 25 parcelles de 0,1 ha chacune (soit 2,5 ha échantillonnés). Les volumes mesurés (en m³/ha) sont : 120, 135, 110, 128, 140, … (moyenne = 126 m³/ha). Le volume total estimé est : \[ \hat{V}= \frac{500}{25}\times (25 \times 126)= 20 \times 3150 = 63\,000\ \text{m}^3 \] #### 2. Outils et équipements - **Relascope** ou **dendromètre** pour le diamètre à hauteur de poitrine (DBH). - **Clinometer** ou **hygromètre** pour la hauteur totale. - **GPS** de précision sub‑métrique pour la géoréférencement des parcelles. - **Tablette terrain** avec application de saisie (ex. OpenDataKit) pour éviter les erreurs de transcription. #### 3. Traitement des données Les données brutes sont saisies dans un tableur, puis exportées vers un SIG (QGIS, ArcGIS) pour produire des cartes de densité, de répartition des essences et de potentiel productif. Un **rapport d’inventaire** doit contenir : - Méthodologie (type d’échantillonnage, taille des parcelles). - Résultats statistiques (moyenne, écart type, intervalles de confiance à 95 %). - Cartographie des peuplements. - Recommandations d’aménagement (seuils de coupe, rotations). ### C. Aménagement et exploitation #### 1. Étapes d’élaboration d’un plan d’aménagement 1. **Diagnostic** : analyse des résultats d’inventaire, des contraintes (pentes, cours d’eau, zones protégées) et des attentes des parties prenantes (communautés, exploitants, ONG). 2. **Définition des objectifs** : production de bois d’œuvre (m³/ha/an), conservation de la biodiversité, protection des sols, développement de produits non ligneux. 3. **Zonage** : découpage de l’unité de gestion en **zones de production**, **zones de conservation**, **zones de protection** (riveraines, pentes > 30 %). 4. **Prescriptions sylvicoles** : type de coupe (clairière, progressive, sélective), intensité (volume prélevé/ha), durée de rotation, traitements de entretien (débroussaillement, éclaircissage). 5. **Plan de suivi et de contrôle** : indicateurs de mise en œuvre (volume réellement coupé, respect des délais), audits internes et externes, mécanisme de révision périodique (tous les 5 ans). > **Règle d’or** : la coupe annuelle admissible (CAA) ne doit jamais dépasser l’accroissement moyen annuel (AMA) du peuplement, sous peine de dégradation du capital forestier. #### 2. Exploitation durable – bonnes pratiques - **Orientation des abattages** : respecter l’angle de chute pour minimiser les dommages aux arbres résiduels (angle < 45° par rapport à la pente). - **Débardage à faible impact** : utilisation de **tracteurs forestiers à faible pression au sol** ou de **câbles aériens** dans les zones sensibles. - **Gestion des résidus** : laisser au moins 30 % du volume de branches et de feuilles sur le sol pour limiter l’érosion et favoriser la matière organique. - **Suivi post‑coupé** : relevé de la régénération naturelle ou plantation d’essences locales après 12‑24 mois. #### 3. Tableau récapitulatif des étapes clés | Étape | Action principale | Responsable | Délai typique | |-------|-------------------|-------------|---------------| | Inventaire | Mesure DBH, hauteur, essence sur parcelles | Équipes terrain MINFOF/ONF | 3‑6 mois | | Analyse | Calcul volumes, cartographie SIG | Bureau d’études | 1‑2 mois | | Plan d’aménagement | Définition objectifs, zonage, prescriptions | Comité local + MINFOF | 4‑6 mois | | Approbation | Validation du plan par le Ministre | MINFOF | 1 mois | | Exploitation | Coupe, débardage, transport selon cahier des charges | Entreprise forestière | Selon volume annuel | | Contrôle | Vérification conformité, relevé post‑coupé | Contrôle forestier | Continu, rapport annuel | --- ## II. Leçon 21 – Le régime de la faune : protection, classification et exploitation ### A. Protection de la faune > **Faune protégée** : ensemble des espèces animales soumises à un régime d’interdiction de chasse, de capture ou de détention, sauf autorisation spéciale. > **Zone protégée** : territoire délimité où toute forme d’exploitation est restreinte ou interdite (parcs nationaux, réserves de faune, sanctuaires). Le cadre juridique repose sur la **loi n° 94/03 du 24 août 1994** relative à la protection de la faune et ses textes d’application (décret n° 2005/120 du 30 juin 2005 fixant les listes d’espèces protégées). Cette loi institue trois catégories : 1. **Espèces intégralement protégées** (ex. gorille de l’Ouest, éléphant de savane, pangolin géant). Toute forme de chasse, de capture ou de commerce est interdite. 2. **Espèces partiellement protégées** (ex. certaines antilopes, oiseaux migrateurs). Autorisation de chasse sous quota et période définie. 3. **Espèces non protégées** (espèces communes, nuisibles) pouvant être chassées librement sous réserve du respect des armes et des périodes. Les **parcs nationaux** (ex. Parc National de Waza, Parc National de la Boumba‑Bek) sont gérés par le **Service de la Conservation de la Faune (SCF)** sous la tutelle du MINFOF. Ils bénéficient d’un **statut d’intangibilité** : aucune activité extractive n’y est autorisée, sauf recherche scientifique avec permis. ### B. Classification de la faune La classification se base sur deux critères principaux : | Critère | Description | Exemple | |---------|-------------|---------| | Statut de protection | Intégrale, partiellement protégée, non protégée | Gorille (intégrale), Buffle (partiellement protégé) | | Groupe taxonomique | Mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons | Crocodile du Nil (reptile) | Un **tableau de classification** simplifié utilisé en formation technique : | Groupe | Espèce représentative | Statut | Zone de répartition principale | |--------|----------------------|--------|--------------------------------| | Mammifères | Gorille de l’Ouest | Intégrale | Sud‑Est (forêts denses) | | Mammifères | Éléphant de savane | Intégrale | Nord (savanes) | | Mammifères | Buffle d’Afrique | Partiellement protégé | Nord‑Est (zones humides) | | Oiseaux | Aigle pêcheur | Partiellement protégé | Régions lacustres | | Reptiles | Crocodile du Nil | Non protégé (régulé) | Fleuves Sanaga, Benue | | Amphibiens | Grenouille toro | Non protégé | Zones marécageuses | ### C. Exploitation de la faune L’exploitation légale de la faune se fait principalement à travers : 1. **La chasse sportive** : pratiquée dans les **zones de chasse contrôlée (ZCC)** sous délivrance de **permis de chasse** par le MINFOF. Le prélèvement est soumis à un **quota annuel** fixé par arrêté ministériel (ex. 500 éléphants autorisés en 2023 dans le Nord). 2. **La capture vivante** : destinée aux **parcs zoologiques**, aux **programmes de réintroduction** ou à la **recherche**. Nécessite un **permis de capture** et le respect des **normes du CITES** (Convention sur le commerce international des espèces de flore et de faune sauvages menacées d’extinction). 3. **La collecte de produits non ligneux** : miel, larves comestibles, peaux (dans le cadre du **commerce réglementé** sous CITES). > **Principe de précaution** : toute activité d’exploitation doit être précédée d’une **étude d’impact sur la faune (EIF)** qui évalue les effets potentiels sur les populations cibles et leurs habitats. #### Procédure d’obtention d’un permis de chasse 1. **Demande** auprès du service départemental du MINFOF (formulaire Cerfa‑FAUNE‑01). 2. **Pièces jointes** : copie de la carte d’identité, attestation de port d’arme, reçu de paiement de la redevance (variable selon l’espèce). 3. **Instruction** : vérification du quota disponible, consultation du plan de gestion de la ZCC. 4. **Décision** : délivrance ou refus motivé (ex. quota épuisé, espèce protégée). 5. **Suivi** : déclaration de prélèvement dans les 48 h suivant la chasse, transmission au service de suivi de la faune. --- ## III. Leçon 22 – Infractions à la réglementation : incriminations, compétences et procédure répressive ### A. Types d’infractions | Catégorie | Exemple d’infraction | Texte de loi | Peine prévue | |-----------|----------------------|--------------|--------------| | **Infraction forestière** | Coupe illégale sans permis, dépassement de la CAA | Art. 72 Loi 94/01 | Amende de 500 000 à 5 000 000 F CFA, emprisonnement 6 mois‑2 ans, confiscation du matériel | | **Infraction faunistique** | Chasse d’espèce intégralement protégée, trafic d’ivoire | Art. 45 Loi 94/03 | Amende de 1 000 000 à 10 000 000 F CFA, emprisonnement 2‑5 ans, confiscation des trophées | | **Infraction liée à l’environnement** | Déchargement de déchets dangereux dans une zone protégée | Art. 120 Code de l’environnement | Amende de 2 000 000 à 20 000 000 F CFA, travaux d’intérêt général, interdiction d’exercer pendant 5 ans | | **Infraction douanière** | Faux déclaration CITES pour exportation de bois précieux | Art. 215 Code des douanes | Amende égale à la valeur de la marchandise, peine de prison 1‑3 ans | > **Note** : les peines sont susceptibles d’être aggravées en cas de récidive ou de bande organisée. ### B. Compétences des autorités - **Ministère des Forêts et de la Faune (MINFOF)** : compétence principale pour les infractions forestières et faunistiques. Il dispose de **brigades de contrôle forestier (BCF)** et de **unités spéciales de lutte contre le braconnage (USLB)**. - **Ministère de la Justice** : chargé de la poursuite pénale après transmission du procès‑verbal par les agents assermentés. - **Tribunaux de grande instance** : juridiction de droit commun pour les délits et crimes environnementaux. - **Autorités douanières** : compétence pour les infractions liées au commerce illégal de spécimens CITES (export/import). - **Collectivités territoriales** (mairies, communautés rurales) : peuvent constater les infractions de faible gravité (ex. coupe de bois de chauffage non autorisée) et établir des **procès‑verbaux de transaction** pouvant être soumis au procureur. ### C. Procédure répressive 1. **Constatation** : l’agent assermenté (garde forestier, agent de la faune, officier de police judiciaire) dresse un **procès‑verbal (PV)** décrivant les faits, les preuves (photos, prélèvements, témoignages) et cite les articles de loi violés. 2. **Transmission** : le PV est transmis au **procureur de la République** compétent dans les 48 h suivant la constatation. 3. **Enquête préliminaire** : le procureur peut ordonner une enquête complémentaire (auditions, expertises forestières ou faunistiques). 4. **Décision de poursuite** : selon la gravité, le procureur peut : - **Classer sans suite** (infraction mineure, preuve insuffisante). - **Proposer une mesure alternative** (stage de sensibilisation, travail d’intérêt général). - **Engager des poursuites** (convocation devant le tribunal). 5. **Jugement** : le tribunal examine les preuves, entend la défense et rend un jugement. En cas de condamnation, il prononce la peine (amende, emprisonnement, confiscation) et peut ordonner la **réparation du préjudice écologique** (reboisement, réhabilitation d’habitat). 6. **Voies de recours** : appel devant la cour d’appel, puis pourvoi en cassation si un moyen de droit est soulevé. > **Délai de prescription** : 3 ans pour les délits forestiers/faunistiques, 10 ans pour les crimes (ex. trafic organisé d’ivoire). --- ## Synthèse du chapitre - **Inventaire forestier** : méthode d’échantillonnage, calcul du volume total, outils (relascope, GPS, tablette). - **Aménagement forestier** : diagnostic, objectifs, zonage, prescriptions sylvicoles, suivi, respect de la CAA ≤ AMA. - **Exploitation durable** : orientation des abattages, débardage à faible impact, gestion des résidus, suivi de régénération. - **Faune protégée** : trois catégories (intégrale, partiellement protégée, non protégée), zones protégées, procédés de permis de chasse et de capture. - **Classification** : croisement statut de protection / groupe taxonomique, tableau de référence. - **Exploitation de la faune** : chasse sportive (ZCC, quotas), capture vivante (CITES), produits non ligneux, étude d’impact préalable. - **Infractions** : forestières (coupe illégale, dépassement CAA), faunistiques (chasse espèces protégées, trafic), environnementales, douanières. - **Compétences** : MINFOF (BCF, USLB), Justice, tribunaux, douanes, collectivités. - **Procédure répressive** : constatation (PV), transmission au procureur, enquête, décision de poursuite, jugement, recours, prescription. --- ## Glossaire | Terme | Définition | |-------|------------| | **Aménagement forestier** | Processus de planification qui définit les objectifs de gestion et les prescriptions d’exploitation sur une unité forestière donnée. | | **Inventaire forestier** | Opération de mesure et de description des peuplements afin d’obtenir des données sur le volume, l’essence, l’âge et l’état sanitaire. | | **Coupe annuelle admissible (CAA)** | Volume de bois pouvant être prélevé chaque année sans compromettre le renouvellement du peuplement. | | **Accroissement moyen annuel (AMA)** | Accroissement de volume du peuplement sur une année, exprimé en m³/ha/an. | | **Zone de chasse contrôlée (ZCC)** | Territoire où la chasse est réglementée par des quotas et des périodes définies par l’administration. | | **Espèce intégralement protégée** | Espèce dont la chasse, la capture, la détention et le commerce sont totalement interdits. | | **Permis de coupe** | Autorisation délivrée par le MINFOF permettant l’exploitation forestière dans le respect d’un plan d’aménagement agréé. | | **Étude d’impact sur la faune (EIF)** | Analyse préalable visant à évaluer les effets d’un projet sur les populations fauniques et leurs habitats. | | **CITES** | Convention sur le commerce international des espèces de flore et de faune sauvages menacées d’extinction. | | **Procès‑verbal (PV)** | Document rédigé par un agent assermenté constatant une infraction et servant de base aux poursuites pénales. | | **Quota de chasse** | Nombre maximal d’individus d’une espèce pouvant être prélevés légalement durant une période donnée. | | **Régénération naturelle** | Renouvellement d’un peuplement forestier par la pousse de semences provenant des arbres présents sur le site. | | **Débardage à faible impact** | Technique de transport du bois qui minimise la compaction du sol et les dommages aux peuplements résiduels. | | **Unité spéciale de lutte contre le braconnage (USLB)** | Équipe dédiée du MINFOF chargée de prévenir et réprimer les infractions graves liées à la faune. | | **Prescription sylvicole** | Mesure technique (type de coupe, intensité, traitement) prescrite dans un plan d’aménagement pour atteindre les objectifs de gestion. | --- ## Exercices d'application corrigés ### Exercice 1 – Calcul de la coupe annuelle admissible **Situation** : Une unité de gestion forestière de 1 200 ha présente un accroissement moyen annuel (AMA) de 2,8 m³/ha/an déterminé par les dernières mesures d’inventaire. Le gestionnaire souhaite prélever un volume de bois d’œuvre de 3 200 m³/an. **Question** : Le prélèvement prévu respecte‑t‑il la règle de la coupe annuelle admissible ? Justifiez votre réponse et, le cas échéant, proposez le volume maximal autorisé. **Corrigé** : - AMA total = 1 200 ha × 2,8 m³/ha/an = **3 360 m³/an**. - La CAA ne doit pas dépasser l’AMA. - Volume prévu = 3 200 m³/an < 3 360 m³/an → **respect de la règle**. - Volume maximal autorisé = AMA = **3 360 m³/an**. > **À retenir** : La coupe annuelle admissible est égale à l’accroissement moyen annuel du peuplement ; tout prélèvement supérieur entraîne une dégradation du capital forestier. ### Exercice 2 – Rédaction d’un procès‑verbal d’infraction faunistique **Situation** : Lors d’une patrouille dans la réserve de faune du Campo‑Ma’an, un garde forestier surprend deux individus en train de découper les défenses d’un éléphant abattu la veille. Les individus possèdent une arme de calibre 12 mm non déclarée et un véhicule 4× sans immatriculation visible. **Question** : Rédigez le procès‑verbal (en vous limitant aux éléments essentiels : identité de l’auteur, faits constatés, preuves, articles de loi violés, qualification de l’infraction). **Corrigé** : ``` PROCÈS‑VERBAL N° 2025‑FA‑00124 Constaté le 14/03/2025 à 09h15 dans la réserve de faune du Campo‑Ma’an (département de l’Est, coordonnées GPS : 3°45’12’’N, 13°20’05’’E). Agent rédacteur : Monsieur Jean‑Baptiste NKOLO, garde forestier assermenté, matricule : F‑2021‑087. Identité des mis en cause : 1. Monsieur Armand TCHUENGA, né le 02/07/1990 à Yaoundé, CIN : 123456789. 2. Monsieur Samuel MBIDA, né le 15/11/1988 à Bertoua, CIN : 987654321. Faits constatés : - Présence d’un éléphant (Loxodonta africana) abattu, défenses sectionnées et déposées au sol. - Les deux individus étaient en possession d’une arme à feu de calibre 12 mm, non déclarée auprès des autorités. - Véhicule 4× de marque Toyota Hilux, immatriculation illisible, utilisé pour le transport des défenses. - Odeur de poudre et traces de pas menant du lieu de l’abattage au véhicule. Preuves recueillies : - Photographies n° 001‑005 montrant l’éléphant, les défenses, les armes et le véhicule. - Prélèvements de poils et de sang sur les défenses (échantillons placés en sachets scellés, référence : E‑FA‑2025‑001). - Déclarations verbales des mis en cause (enregistrées sur dispositif audio, référence : A‑FA‑2025‑001). Articles de loi violés : - Loi n° 94/03 du 24/08/1994, art. 45 : chasse d’espèce intégralement protégée (éléphant) sans autorisation. - Loi n° 94/01 du 20/01/1994, art. 72 : détention d’arme non autorisée dans une zone protégée. - Code pénal camerounais, art. 277‑1 : trafic d’espèces protégées (ivoire). Qualification de l’infraction : Chasse et trafic d’espèce intégralement protégée (éléphant) avec détention d’arme illégale, constituant un délit puni d’un emprisonnement de 2 à 5 ans et d’une amende de 1 000 000 à 10 000 000 F CFA, ainsi que la confiscation des défenses, de l’arme et du véhicule. Fait à Yaoundé, le 15/03/2025. Signature de l’agent rédacteur : ___________________ ``` > **À retenir** : Un procès‑verbal doit contenir l’identité de l’auteur, la description précise des faits, les preuves matérielles, les textes de loi infringés et la qualification juridique de l’infraction. --- ## Erreurs fréquentes et règles de sécurité | N° | Erreur fréquente | Conséquence | Règle de bonne pratique / sécurité | |----|------------------|-------------|------------------------------------| | 1 | **Confondre CAA et AMA** et prélever un volume supérieur à l’AMA. | Surexploitation, appauvrissement du peuplement, risque de sanctions. | Toujours vérifier que **CAA ≤ AMA** avant de fixer le volume de coupe (voir exercice 1). | | 2 | **Omettre de déclarer une arme** lors d’une chasse dans une ZCC. | Infraction au code pénal, confiscation de l’arme, poursuites pénales. | Avant toute sortie de chasse, présenter l’autorisation de port d’arme et vérifier son enregistrement auprès de la préfecture. | | 3 | **Laisser des résidus de coupe (branches, feuilles) brûlés sur place** au lieu de les laisser sur le sol. | Augmentation du risque d’incendie, perte de matière organique, dégradation du sol. | Appliquer la règle des **30 % de résidus laissés sur le sol** pour protéger la fertilité et limiter l’érosion. | | 4 | **Ne pas réaliser d’étude d’impact sur la faune (EIF)** avant un projet d’aménagement près d’une zone protégée. | Sous‑estimation des effets sur les espèces protégées, risque d’annulation du projet et de sanctions. | Faire réaliser une EIF par un bureau d’études agréé et joindre le rapport au dossier de demande de permis. | | 5 | **Utiliser un véhicule non immatriculé** dans une réserve de faune pour transporter du bois ou des trophées. | Infraction douanière et environnementale, saisie du véhicule, poursuites. | Toujours vérifier l’immatriculation et l’autorisation de circulation dans les zones protégées avant d’entrer. | | 6 | **Négliger le port des équipements de protection individuelle (EPI)** (casque, lunettes, bottes de sécurité) lors d’abattage ou de débardage. | Accidents graves (chocs, coupures, perforations). | Le port des EPI est obligatoire sur tout chantier forestier ; vérifier leur état avant chaque utilisation. | --- *Fin du cours.*

Quiz du chapitre

10 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Quel est le terme utilisé pour désigner l'ensemble des opérations visant à connaître la quantité, la qualité et la répartition des peuplements forestiers sur un territoire donné ?
  2. 2. Selon la législation camerounaise, quelle catégorie d'espèces fauniques est totalement protégée et ne peut faire l'objet d'aucune forme d'exploitation ?
  3. 3. Quelle autorité est compétente pour constater et poursuivre les infractions liées à la coupe illégale de bois en forêt classée ?
  4. 4. Dans un inventaire forestier, un échantillon de 20 placettes de 0,04 ha chacune a donné un volume moyen de 150 m³/ha. Quel est le volume total estimé sur une superficie de 500 ha ?
  5. 5. Un exploitant souhaite prélever du bois dans une zone de production forestière où le plan d'aménagement prévoit un rendement soutenable de 2 m³/ha/an. Si il exploite 10 ha pendant une année, quelle quantité maximale de bois peut-il couper sans dépasser le rendement soutenable ?
  6. 6. Dans le régime de la faune, une espèce classée comme « vulnérable » peut être soumise à quel type de mesure de gestion ?
  7. 7. Lors d'un contrôle routier, un agent des eaux et forêts saisit 30 kg de viande de brousse provenant d'une espèce entièrement protégée. Selon la procédure répressive, quelle est la première étape que l'agent doit accomplir ?
  8. 8. Une forêt communautaire est gérée selon un contrat de gestion qui prévoit que 30 % des revenus issus de l'exploitation du bois doivent être réinvestis dans des projets de développement local. Si les revenus annuels s'élèvent à 5 000 000 FCFA, quel montant doit être réinvesti ?
  9. 9. Expliquez pourquoi l'inventaire forestier doit être renouvelé périodiquement, même si le peuplement semble stable, en lien avec les principes d'aménagement durable.
  10. 10. Dans le cadre de la répression des infractions à la réglementation forestière, quel principe juridique garantit que la personne poursuivie puisse contester la légalité de la preuve saisie avant jugement ?