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Chapitre 9

INSTALLER LA VOIX SUR IP

Lecture : 10 minQuiz de 10 questions

## Objectifs et prérequis **Objectifs** : À la fin de ce chapitre, l’élève sera capable de : - expliquer le principe de fonctionnement de la voix sur IP (VoIP) et ses avantages par rapport à la téléphonie traditionnelle ; - identifier les matériels nécessaires à l’installation d’un système VoIP (terminaux, serveurs, équipements de commutation) ; - concevoir un plan d’adressage IP adapté à un réseau voix, en respectant les règles de sous‑réseau et de qualité de service (QoS) ; - mettre en œuvre une petite architecture VoIP en atelier, en suivant les procédures de configuration et de test. **Prérequis** : maîtriser les bases du protocole IP (adressage IPv4, masque de sous‑réseau, passerelle), connaître les équipements de réseau (switch, routeur, point d’accès) et avoir suivi les chapitres sur le câblage structuré et la sécurité des réseaux. > La voix sur IP consiste à transporter la voix sous forme de paquets numériques sur un réseau utilisant le protocole IP. ## Introduction contextualisée Au Cameroun, la convergence voix‑données s’accélère dans les entreprises, les administrations et les établissements d’enseignement. La téléphonie traditionnelle (PSTN) laisse progressivement place à des solutions VoIP moins coûteuses, plus flexibles et intégrées aux services de données. Cette évolution répond aux exigences du Plan stratégique « Vision 2035 » qui encourage la modernisation des infrastructures de télécommunication. Ainsi, les techniciens en installation des réseaux et télécommunications doivent savoir déployer, configurer et maintenir des systèmes VoIP adaptés aux contraintes locales (bandwidth limité, alimentation électrique intermittente, normes de sécurité). ## I. Principes de la voix sur IP ### 1. Fonctionnement de base La VoIP transforme le signal analogique de la voix en flux numérique grâce à un codec (ex. : G.711, G.729). Ce flux est encapsulé dans des paquets UDP/RTP, puis transmis via IP. À la réception, le processus inverse (désencapsulation, décodage) restitue la voix. > Le protocole RTP (Real‑time Transport Protocol) assure le transport en temps réel des médias, tandis que RTCP fournit des rapports de qualité (perte, jitter, délai). ### 2. Signalling et protocoles de contrôle L’établissement, la maintenance et la libération des appels sont gérés par des protocoles de signalisation : SIP (Session Initiation Protocol) est le plus répandu ; H.323 et MGCP sont également rencontrés. SIP utilise des messages texte similaires à HTTP pour négocier les paramètres du média (codec, adresse IP, port). > Un serveur SIP (ou proxy) agit comme intermédiaire pour localiser les utilisateurs et établir la session. ### 3. Qualité de service (QoS) La voix est sensible au délai (< 150 ms aller‑simple), au jitter (< 30 ms) et à la perte de paquets (< 1 %). Pour garantir ces paramètres, on applique : - le marquage DiffServ (DSCP EF) pour prioriser le trafic voix ; - la mise en file d’attente prioritaire (priority queuing) sur les switches/routeurs ; - le dimensionnement de la bande passante (voir § III). > La règle « 10 % de la bande passante totale réservée à la voix » est souvent utilisée en première approximation. ## II. Matériels nécessaires à la VoIP ### 1. Terminaux - **Téléphone IP** : appareil possédant un commutateur Ethernet, un codec intégré et un client SIP. - **Softphone** : application logicielle installée sur un PC ou un smartphone (ex. : Zoiper, Linphone). - **Adaptateur ATA** : permet de connecter un téléphone analogique traditionnel à un réseau IP. ### 2. Équipements de serveur et de gestion - **Serveur SIP / PBX IP** (ex. : Asterisk, FreeSWITCH, 3CX) : assure la signalisation, la gestion des comptes utilisateurs, la messagerie vocale et les fonctionnalités avancées (transfert, conférence). - **Serveur de médias** (optionnel) : pour le transcodage, l’enregistrement ou les conférences multipartites. - **Serveur DHCP** : attribue automatiquement les adresses IP aux terminaux. - **Serveur NTP** : synchronise l’horodatage indispensable aux journaux d’appels et à la sécurité. ### 3. Équipements de commutation et de routage - **Switch PoE (Power over Ethernet)** : alimente les téléphones IP via le même câble Ethernet, simplifiant l’installation. - **Routeur avec QoS** : applique les politiques de priorisation et assure le NAT/PAT si nécessaire. - **Pare‑feu** : filtre les flux SIP (ports 5060/5061 UDP/TCP) et RTP (plage de ports définie, ex. : 10000‑20000). ### 4. Câblage et alimentation - Câblage structuré catégorie 5e ou 6 (UTP) pour supporter jusqu’à 1 Gbps. - Onduleur (UPS) pour garantir la continuité de service lors de coupures d’électricité, surtout dans les zones rurales où le réseau électrique est instable. > Un switch PoE de 24 ports délivrant jusqu’à 30 W par port suffit généralement pour alimenter 24 téléphones IP de classe 3. ## III. Plan d’adressage IP pour la VoIP ### 1. Sélection du schéma d’adressage On réserve un bloc d’adresses privées dédié à la voix, séparé du bloc données, afin de faciliter le filtrage QoS et la gestion des adresses. Exemple fréquent au Cameroun : | Usage | Bloc d’adresses | Masque | Nombre d’hôtes | |----------------|----------------------|----------|----------------| | Voix (VLAN 10) | 10.0.10.0 | /24 | 254 | | Données (VLAN 20) | 10.0.20.0 | /24 | 254 | | Gestion | 10.0.0.0 | /24 | 254 | ### 2. Calcul de la bande passante nécessaire La formule de base pour un appel voix utilisant le codec G.711 (64 kbps) est : \[ B = N \times (64 \text{ kbps} + \text{overhead}) \] où l’overhead comprend les en-têtes IP (20 octets), UDP (8 octets) et RTP (12 octets) ≈ 40 octets = 320 bits ≈ 0,32 kbps. Ainsi, chaque appel consomme environ **64,3 kbps**. **Exemple chiffré** : une petite entreprise de 30 postes téléphoniques, avec un facteur de simultanéité de 0,4 (seulement 40 % des postes actifs en même temps). \[ N_{\text{sim}} = 30 \times 0,4 = 12 \text{ appels simultanés} \] \[ B_{\text{voix}} = 12 \times 64,3 \text{ kbps} \approx 772 \text{ kbps} \approx 0,8 \text{ Mbps} \] On ajoute une marge de 20 % pour le trafic de signalisation et les variations : \[ B_{\text{total}} = 0,8 \times 1,2 \approx 1 \text{ Mbps} \] > Le lien WAN vers le fournisseur d’accès doit donc prévoir au moins **1 Mbps** réservé exclusivement à la voix, en plus du trafic données. ### 3. Attribution des adresses aux équipements - **Serveur SIP** : adresse statique, ex. : 10.0.10.10/24. - **Téléphones IP** : adresses dynamiques via DHCP (plage 10.0.10.50‑10.0.10.150). - **Switch PoE** : adresse de gestion, ex. : 10.0.10.20/24. - **Routeur** : interface voix vers le LAN : 10.0.10.1/24 (passerelle par défaut des terminaux). ### 4. Mise en œuvre du VLAN et de la QoS 1. Créer le VLAN 10 sur le switch core et attribuer les ports des téléphones IP. 2. Activer le protocole LLDP-MED ou CDP pour que les téléphones découvrent le VLAN voix et les paramètres QoS. 3. Configurer le switch pour marquer les trames voix avec DSCP EF (0b101110). 4. Sur le routeur, appliquer une policy‑map qui priorise le trafic DSCP EF dans une file d’attente à faible latence (LLQ). > La commande Cisco : `class-map match-any VOIP`, `match dscp ef`, puis `policy-map QOS`, `class VOIP`, `priority percent 30`. ## Synthèse du chapitre - La VoIP transporte la voix sous forme de paquets IP en utilisant des codecs (G.711, G.729) et les protocoles RTP/RTCP pour le média, SIP pour la signalisation. - La qualité de service dépend du contrôle du délai, du jitter et de la perte ; elle est assurée par le marquage DSCP, les files d’attente prioritaires et un dimensionnement adapté de la bande passante. - Les matériels essentiels sont les terminaux IP (téléphones, softphones, ATA), un serveur SIP/PBX, des switches PoE, un routeur avec QoS et un pare‑feu configuré pour les ports SIP (5060/5061) et RTP (plage définie). - Le plan d’adressage IP sépare voix et données (ex. : 10.0.10.0/24 pour la voix), facilite le filtrage QoS et permet un dimensionnement précis : chaque appel G.711 consomme ≈ 64,3 kbps, avec un facteur de simultanéité typique de 0,3‑0,5. - La mise en pratique implique la création d’un VLAN voix, l’attribution d’adresses statiques aux serveurs et dynamiques aux terminaux via DHCP, ainsi que la configuration de la QoS sur les équipements de commutation et de routage. ## Glossaire - **Codec** : algorithme qui encode et décode le signal voix en flux numérique (ex. : G.711, G.729). - **SIP** : Session Initiation Protocol, protocole de signalisation pour établir, modifier et terminer des sessions multimédia. - **RTP** : Real‑time Transport Protocol, transporte les données multimédia en temps réel. - **RTCP** : RTP Control Protocol, fournit des rapports de qualité (perte, jitter, délai). - **QoS** : Qualité de Service, ensemble de mécanismes pour prioriser certains flux réseau. - **DSCP** : Differentiated Services Code Point, champ d’en-tête IP utilisé pour le marquage de priorité. - **PoE** : Power over Ethernet, technologie qui fournit l’alimentation électrique via le câble Ethernet. - **VLAN** : Virtual Local Area Network, segmentation logique d’un réseau physique. - **PBX IP** : Private Branch Exchange à protocole IP, standard téléphonique interne basé sur VoIP. - **Softphone** : application logicielle qui transforme un ordinateur ou un smartphone en téléphone IP. - **ATA** : Analog Telephone Adapter, adaptateur permettant de connecter un téléphone analogique à un réseau IP. - **LLDP-MED** : Link Layer Discovery Protocol – Media Endpoint Discovery, protocole de découverte des capacités des terminaux VoIP. ## Exercices d'application corrigés ### Exercice 1 – Dimensionnement de la bande passante voix **Énoncé** : Un bureau de 20 postes téléphoniques utilise le codec G.729 (8 kbps) avec un facteur de simultanéité de 0,35. Calculer la bande passante voix nécessaire, en ajoutant une marge de 25 % pour le signalling. **Corrigé** : - Bande passante brute par appel : 8 kbps. - Overhead IP/UDP/RTP ≈ 0,32 kbps (comme précédemment). - Total par appel ≈ 8,32 kbps. - Appels simultanés : 20 × 0,35 = 7 appels. - Bande passante voix : 7 × 8,32 ≈ 58,24 kbps. - Marge signalling : 58,24 × 1,25 ≈ 72,8 kbps ≈ 0,073 Mbps. **Réponse** : environ **0,08 Mbps** (80 kbps) réservé à la voix. ### Exercice 2 – Configuration d’un switch PoE pour la VoIP **Énoncé** : Sur un switch Cisco Catalyst 2960‑X, attribuer le VLAN 10 aux ports Fa0/1 à Fa0/24, activer le QoS pour marquer le trafic voix avec DSCP EF, et activer l’alimentation PoE sur ces mêmes ports. **Corrigé** : ``` conf t vlan 10 name VOIP exit interface range fa0/1 - 24 switchport mode access switchport access vlan 10 spanning-tree portfast mls qos trust dscp auto qos voip trust power inline auto exit end write memory ``` Le switch marquera désormais les trames voix provenant des téléphones avec DSCP EF et fournira l’alimentation PoE. ## Erreurs fréquentes et règles de sécurité | # | Erreur fréquente | Conséquence | Règle de prévention / bonne pratique | |---|------------------|-------------|--------------------------------------| | 1 | Oublier de séparer le VLAN voix du VLAN données | Le trafic voix partage la même file d’attente que les données, provoquant jitter et pertes | Toujours créer un VLAN dédié à la voix et appliquer la QoS uniquement sur ce VLAN | | 2 | Utiliser un codec à haut débit (G.711) sur un lien WAN limité sans compression | Saturation du lien, dégradation de tous les services | Évaluer le débit disponible et choisir un codec adapté (ex. : G.729 pour les liens restreints) | | 3 | Négliger la mise à jour du firmware des téléphones IP | Vulnérabilités exploitées (ex. : attaques par débordement de tampon) | Appliquer régulièrement les correctifs fournis par le fabricant et vérifier les journaux d’événements | | 4 | Configurer le pare‑feu en autorisant tout le trafic UDP vers le serveur SIP | Exposition à des attaques de type SIP‑scanning ou déni de service | Limiter les règles au strict nécessaire : autoriser uniquement les plages de ports SIP (5060/5061) et RTP définies, activer la détection d’intrusion | | 5 | Omettre l’onduleur pour les équipements critiques | Coupure de service lors de micro‑coupures électriques, perte d’appels d’urgence | Installer un UPS adapté (autonomie ≥ 15 min) pour le serveur PBX, les switches PoE et le routeur | | 6 | Ne pas documenter le plan d’adressage et les VLAN | Difficulté de dépannage, conflits d’adresses lors d’extensions | Maintenir un schéma à jour (tableau d’adressage, VLAN, masque) et le consulter avant toute modification | --- *Fin du cours.*

Quiz du chapitre

10 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Quelle est la définition de la voix sur IP (VoIP) ?
  2. 2. Quel équipement est indispensable pour alimenter les téléphones IP via le câble réseau lors d'une installation VoIP ?
  3. 3. Quel est le rôle principal d'un trunk SIP dans une architecture VoIP ?
  4. 4. Dans un réseau VoIP utilisant le sous‑réseau 192.168.10.0/24, combien d'adresses IP sont utilisables pour les hôtes (téléphones, serveurs) ?
  5. 5. Un serveur DHCP réserve les adresses de 192.168.20.50 à 192.168.20.100 pour les téléphones IP. Combien de téléphones peuvent recevoir une adresse distincte au maximum ?
  6. 6. Pour garantir la qualité de service VoIP, on marque les paquets voix avec le code DSCP EF (Expedited Forwarding). Quelle valeur décimale correspond à ce code ?
  7. 7. Un switch supporte 4096 VLAN. Si chaque VLAN voix doit être associé à un VLAN données distinct, quel est le nombre maximal de VLAN voix que l'on peut créer ?
  8. 8. Lors de la configuration d'un pare‑feu, le port UDP 5060 utilisé par le protocole SIP est bloqué. Quelle est la conséquence la plus directe sur le système VoIP ?
  9. 9. Un appel VoIP utilisant le codec G.711 (64 kbps) entraîne une overhead supplémentaire de 20 kbps due aux en‑têtes IP/UDP/RTP. Quelle bande passante minimale en kbps faut‑il prévoir pour supporter 30 appels simultanés ?
  10. 10. Une entreprise dispose du bloc d'adresses 10.0.0.0/16 réservé à la voix. Elle attribue un sous‑réseau /24 à un site voix. Combien d'adresses IP restent disponibles dans le bloc /16 après cette attribution ?