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Chapitre 3

La Deuxième Guerre mondiale

Lecture : 36 minQuiz de 16 questions

## Objectifs et prérequis **Objectifs** : À l’issue de ce chapitre, l’élève sera capable de : 1. Expliquer les causes immédiates et profondes de la Deuxième Guerre mondiale, en situant le conflit dans le cadre des tensions européennes et des ambitions totalitaires. 2. Décrire le déroulement chronologique des principaux théâtres d’opérations (Europe, Afrique, Asie‑Pacifique) et identifier les acteurs clés (États‑Unis, URSS, Allemagne nazie, Italie fasciste, Japon impérial, forces alliées). 3. Analyser les conséquences politiques, territoriales, économiques et humaines de la guerre, notamment la création de l’ONU, le début de la Guerre froide et la décolonisation en Afrique. 4. Évaluer la participation spécifique de l’Afrique et du Cameroun à la guerre, en mettant en lumière les enjeux coloniaux, les recrutements de troupes et les répercussions sur le nationalisme camerounais. 5. Comprendre l’influence des deux supergrands (États‑Unis et URSS) sur l’Europe après 1945, puis l’impact du « vent de l’Est » (politiques communistes) jusqu’à la chute du mur de Berlin et l’éclatement de l’URSS. 6. Situer l’émergence du nationalisme camerounais après la Deuxième Guerre mondiale dans le contexte des mutations internationales et des revendications internes. 7. Maîtriser la méthodologie du commentaire de document, de la dissertation et de la question de cours, en appliquant les connaissances acquises à des sujets types du baccalauréat. **Prérequis** : L’élève doit déjà connaître : - Les traités de Versailles (1919) et leurs révisions dans les années 1930. - Les régimes totalitaires du XXᵉ siècle (nazisme, fascisme, stalinisme). - Les grandes lignes de la colonisation européenne en Afrique, notamment le mandat français sur le Cameroun. - Les notions de blocs, d’alliances et de guerre froide de base (idéologie, course aux armements). - Les méthodes d’analyse de sources historiques (identification de l’auteur, du contexte, de la portée). --- ## Introduction contextualisée La Deuxième Guerre mondiale (1939‑1945) constitue le conflit le plus meurtrier de l’histoire humaine, avec plus de 70 millions de morts, dont une grande partie de civils. Elle naît de l’échec du système de sécurité collective instauré après 1918, de la montée des idéologies expansionnistes (nazisme allemand, fascisme italien, militarisme japonais) et de la faiblesse des démocraties occidentales face à la réarmement allemand. Le conflit se déclenche officiellement le 1ᵉʳ septembre 1939 avec l’invasion de la Pologne par l’Allemagne nazie, suivie de la déclaration de guerre du Royaume‑Uni et de la France le 3 septembre 1939. Rapidement, la guerre s’étend à pratiquement tous les continents : l’Europe devient le théâtre principal d’une guerre de mouvement puis d’une guerre d’usure ; l’Afrique voit s’affronter les forces coloniales européennes et les troupes de l’Axe ; l’Asie‑Pacifique connaît l’affrontement entre le Japon impérial et les puissances alliées (États‑Unis, Royaume‑Uni, Chine). Au-delà du bilan humain, la guerre redessine la carte du monde : l’Allemagne est divisée, le Japon occupe puis perd ses conquêtes, l’URSS émerge comme une superpuissance dominante en Europe de l’Est, tandis que les États‑Unis affirment leur leadership économique et militaire. La création de l’Organisation des Nations unies (ONU) en 1945 traduit la volonté d’instaurer un nouveau système de sécurité collective, mais la méfiance entre les deux grands vainqueurs (USA et URSS) engendre rapidement la Guerre froide. En Afrique, la participation des colonies à l’effort de guerre accélère les prises de conscience nationales et plante les germes des mouvements d’indépendance qui se développeront dans les décennies suivantes. Le Cameroun, placé sous mandat français puis sous administration trusteeship des Nations unies, connaît un recrutement massif de tirailleurs, des réquisitions économiques et l’émergence d’un nationalisme qui trouvera son expression dans les partis politiques de l’après‑guerre. Ce chapitre propose donc une étude complète, du déclenchement du conflit à ses répercussions à long terme, en insistant sur les dimensions africaines et camerounaises exigées par le programme officiel. --- ## I. La Deuxième Guerre mondiale ### 1. Contexte et causes immédiates - **Traité de Versailles (1919)** : imposait des réparations lourdes à l’Allemagne, la démilitarisation de la Rhénanie et la perte de territoires (Alsace‑Lorraine, Eupen‑Malmedy, Schleswig, Poznań). - **Crise de 1929** : la Grande Dépression fragilise les démocraties européennes et favorise l’extrême droite. - **Montée des régimes totalitaires** : Hitler devient chancelier en 1933, réarme en violation du traité de Versailles (rearmement de la Wehrmacht, remilitarisation de la Rhénanie en 1936). Mussolini envahit l’Éthiopie en 1935‑1936. Le Japon envahit la Mandchourie en 1931 puis s’engage dans une guerre totale en Chine dès 1937 (incident du Marco Polo). - **Politique d’apaisement** : les accords de Munich (septembre 1938) permettent à l’Allemagne d’annexer les Sudètes, convaincant Hitler que les démocraties ne réagiront pas. > **> À retenir** : L’invasion de la Pologne le 1ᵉʳ septembre 1939 marque le déclenchement officiel de la Deuxième Guerre mondiale. ### 2. Déroulement du conflit | Période | Théâtre principal | Événement clé | Conséquence immédiate | |---------|-------------------|---------------|-----------------------| | 1939‑1940 | Europe occidentale | Blitzkrieg contre la Pologne, puis Danemark, Norvège, Belgique, Pays‑Bas, France | Capitulation française (juin 1940), création du régime de Vichy | | 1940‑1941 | Afrique du Nord | Campagnes italiennes en Égypte, contre‑offensive britannique (Opération Compass) | Défaite italienne, arrivée de l’Afrika Korps allemand (1941) | | 1941 | Europe orientale | Opération Barbarossa (invasion de l’URSS) | Ouverture du front de l’Est, énormes pertes soviétiques | | 1941‑1942 | Pacifique | Attaque de Pearl Harbor (7 dec 1941) | Entrée en guerre des États‑Unis contre le Japon | | 1942‑1943 | Stalingrad | Bataille de Stalingrad (août 1942‑février 1943) | Premier revers majeur allemand, tournant du front de l’Est | | 1944 | Europe occidentale | Débarquement en Normandie (6 juin 1944) | Libération de la France, avancée vers l’Allemagne | | 1945 | Pacifique | Bombardements atomiques d’Hiroshima et Nagasaki (6 & 9 août 1945) | Capitulation japonaise (2 septembre 1945) | | 1945 | Europe | Chute de Berlin (2 mai 1945) | Suicide d’Hitler (30 avril 1945), reddition allemande (8 mai 1945) | ### 3. Acteurs et notions essentielles - **Puissances de l’Axe** : Allemagne nazie (Hitler), Italie fasciste (Mussolini), Japon impérial (Hirohito, gouvernement militaire). - **Puissances alliées** : Royaume‑Uni (Churchill), France (de Gaulle, puis gouvernement provisoire), URSS (Staline), États‑Unis (Roosevelt puis Truman), Chine (Chiang Kai‑shek). - **Notions** : Blitzkrieg (guerre éclair), guerre totale (mobilisation complète de l’économie et de la société), Shoah (génocide des Juifs européens, ~6 millions de victimes), conférences de Yalta (février 1945) et Potsdam (juillet‑août 1945). ### 4. Conséquences immédiates - **Humaines** : environ 70‑85 millions de morts (dont 20 millions de civils soviétiques, 6 millions de Juifs, 3 millions de prisonniers de guerre soviétiques). - **Territoriales** : déplacement des frontières européennes (Pologne vers l’Ouest, Allemagne divisée en quatre zones d’occupation), perte de l’empire japonais, création de deux Allemagne (RFA et RDA) en 1949. - **Économiques** : dévastation industrielle en Europe et au Japon, plan Marshall (1948) pour la reconstruction de l’Europe occidentale, début de la course aux armements nucléaires. - **Politiques** : émergence des deux supergrands (USA, URSS), début de la Guerre froide, création de l’ONU (voir Leçon 2). --- ## II. Les conséquences de la Deuxième Guerre mondiale et la naissance de l’ONU ### 1. Le nouvel ordre international Après la capitulation des puissances de l’Axe, les vainqueurs cherchent à éviter la répétition des erreurs du traité de Versailles. La **Conférence de San Francisco** (avril‑juin 1945) élabore la Charte des Nations unies, signée le 26 juin 1945 par 50 États. L’ONU remplace la Société des Nations (SDN) avec un mandat élargi : maintien de la paix, développement économique et social, respect des droits de l’homme. > **> À retenir** : La Charte des Nations unies entre en vigueur le 24 octobre 1945 après ratification par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité (États‑Unis, URSS, Royaume‑Uni, France, Chine) et une majorité des autres signataires. ### 2. Structure de l’ONU | Organe | Fonction principale | Composition | |--------|--------------------|-------------| | Assemblée générale | Délibérations, recommandations, admission de nouveaux membres | Tous les États membres (une voix chacun) | | Conseil de sécurité | Maintien de la paix et de la sécurité internationale | 5 membres permanents (veto) + 10 membres non permanents élus pour 2 ans | | Secrétariat | Administration quotidienne | Secrétaire général (nommé par l’AG sur recommandation du CS) | | Cour internationale de Justice | Règlement des différends juridiques entre États | 15 juges élus pour 9 ans | | Conseil économique et social (ECOSOC) | Promotion du développement économique, social, culturel, de la santé et de l’éducation | 54 membres élus pour 3 ans | ### 3. Premières actions de l’ONU - **Résolution 1 (1946)** : création de la Commission des droits de l’homme, présidée par Eleanor Roosevelt, qui aboutira à la Déclaration universelle des droits de l’homme (10 décembre 1948). - **Opération de maintien de la paix** : première mission en 1948 (UNTSO) pour superviser le cessez‑feu entre Israël et ses voisins arabes. - **Aide humanitaire** : création de l’UNRRA (United Nations Relief and Rehabilitation Administration) puis de l’UNICEF (1946) pour venir en aide aux enfants victimes de la guerre. ### 4. Limites et défis initiaux La Guerre froide apparaît rapidement : le veto soviétique bloque de nombreuses résolutions du Conseil de sécurité concernant l’Europe de l’Est (ex. : crise de Berlin 1948‑1949). Néanmoins, l’ONU fournit un cadre de dialogue qui évite une escalade directe entre les deux supergrands. --- ## III. Les conséquences de la Deuxième Guerre mondiale et la naissance de l’ONU (suite et fin) ### 1. Consolidation du système onusien (1949‑1960) - **Guerre de Corée (1950‑1953)** : première fois que le Conseil de sécurité autorise une action militaire collective (résolution 83) malgré l’absence de l’URSS (boycott). - **Décolonisation** : l’ONU joue un rôle de médiateur dans les processus d’indépendance (ex. : résolution 1514 (1960) sur l’octroi de l’indépendance aux pays coloniaux). - **Programmes de développement** : lancement du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) en 1965, héritier de l’Expanded Programme of Technical Assistance (EPTA). ### 2. Évolution de la Charte et réformes - **Adoption du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (1966)** et du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (1966). - **Réforme du Conseil de sécurité** : débats récurrents sur l’élargissement des membres permanents (ex. : proposition d’inclure l’Allemagne, le Japon, l’Inde, le Brésil). ### 3. Impact sur le droit international L’ONU a contribué à la codification du droit humanitaire (Conventions de Genève de 1949, protocoles additionnels de 1977) et à la création de tribunaux pénaux internationaux (TPIY pour l’ex‑Yougoslavie, TPIR pour le Rwanda). > **> À retenir** : La Déclaration universelle des droits de l’homme (1948) reste le texte fondateur du droit international des droits de l’homme, inspiré directement par les atrocités de la Deuxième Guerre mondiale. --- ## IV. L’Afrique dans la deuxième guerre mondiale ### 1. Contexte colonial Au déclenchement de la guerre, la quasi‑totalité de l’Afrique est sous domination européenne : colonies françaises (Afrique occidentale française, Afrique équatoriale française), britanniques (Afrique de l’Est, Afrique du Sud, Égypte), belges (Congo belge), portugaises (Angola, Mozambique), italiennes (Libye, Érythrée, Somalie). Les colonies sont perçues comme des réserves de main‑d’œuvre, de matières premières et de bases stratégiques. ### 2. Participation militaire africaine - **Tirailleurs sénégalais** : plus de 200 000 soldats africains combattent pour la France, notamment en Italie (campagne de 1943‑1944) et en Alsace. - **King’s African Rifles (KAR)** : unités britanniques recrutées au Kenya, Ouganda, Tanganyika, Nyasaland (Malawi) et Zambie ; elles participent aux campagnes en Afrique de l’Est contre l’Italie (1940‑1941) et en Birmanie. - **Force publique belge** : environ 100 000 Congolais servent en tant que porteurs, soldats et travailleurs dans le Congo belge et en Éthiopie. > **> À retenir** : En 1943, les tirailleurs africains représentent près de 10 % des effectifs français engagés en Europe. ### 3. Conséquences économiques et sociales - **Réquisition de ressources** : le cuivre du Katanga (Congo), le cacao de la Côte d’Ivoire, le pétrole du Nigéria (en quantités modestes) sont intensivement exploités pour l’effort de guerre allié. - **Urbanisation** : l’afflux de travailleurs vers les centres administratifs (Brazzaville, Dakar, Lagos) crée une nouvelle classe urbaine africaine exposée à des idées de liberté et de droits. - **Conscience politique** : la participation à la guerre expose les soldats africains aux discours de liberté et de démocratie promulgués par les Alliés ; à leur retour, beaucoup réclament des réformes et participent aux premiers mouvements nationalistes (ex. : Rassemblement démocratique africain (RDA) fondé en 1946). ### 4. Exemple camerounais Le Cameroun, alors mandat français, voit le déploiement de plusieurs milliers de tirailleurs camerounais dans les campagnes de Libye (1942) et d’Italie (1943‑1944). À l’arrière, les plantations de banane et de cacao sont soumises à des quotas de production imposés par l’administration française pour soutenir l’effort de guerre. --- ## V. Dossier 1 : Le Cameroun dans la Deuxième Guerre mondiale ### 1. Statut juridique du Cameroun (1939‑1946) - **Mandat de la Société des Nations** (1922‑1946) attribué à la France après la défaite allemande en 1916. - **Administrateur du mandat** : représentant français exerçant une autorité quasi‑coloniale, mais soumis au contrôle de la SDN puis de l’ONU après 1946. ### 2. Mobilisation humaine | Année | Effectif approximatif de tirailleurs camerounais | Théâtres d’opérations principaux | |-------|---------------------------------------------------|----------------------------------| | 1940‑1941 | 5 000 | Défense du territoire camerounais contre les incursions italiennes depuis l’Afrique équatoriale française | | 1942‑1943 | 12 000 | Campagne de Libye ( Bataille de Bir Hakeim, puis Tobrouk) | | 1944‑1945 | 8 000 | Campagne d’Italie ( Monte Cassino, libération de Rome) | | **Total** | **≈ 25 000** | — | > **> À retenir** : Environ 25 000 Camerounais ont servi dans les forces françaises libres ou de Vichy durant la guerre, dont près de 3 000 sont morts ou portés disparus. ### 3. Contribution économique - **Production agricole** : augmentation de la production de banane (de 30 000 t en 1939 à 55 000 t en 1944) et de cacao (de 45 000 t à 70 000 t) pour répondre aux besoins des troupes alliées en Afrique du Nord. - **Exploitation minière** : le manganèse de la région de Ngaoundéré est extrait pour l’industrie de l’armement alliée. - **Financement** : emprunt de guerre obligatoire imposé aux commerçants camerounais ; les recettes douanières augmentent de 40 % entre 1939 et 1945. ### 4. Répercussions sociopolitiques - **Émergence d’une élite occidentalisée** : les soldats retournés bénéficient d’une formation militaire et d’une exposition aux idées de liberté ; certains deviennent enseignants, fonctionnaires ou leaders associatifs. - **Réclamations post‑guerre** : dès 1945, des pétitions réclament la fin du travail forcé, l’amélioration des salaires et la représentation camerounaise au Conseil du mandat. - **Premiers partis** : création du **Parti du progrès camerounais (PPC)** en 1946, puis de l’**Union des populations du Cameroun (UPC)** en 1948, qui revendiquent l’indépendance immédiate. ### 5. Héritage mémoriel - **Monument aux morts** à Yaoundé (inauguré 1950) honore les tirailleurs camerounais. - **Journée du combattant** (8 mai) est observée dans les écoles pour rappeler la contribution camerounaise à la libération de la France. --- ## VI. L’Europe sous l’influence des deux Supergrands ### 1. Définition du bipolaire Après 1945, l’Europe se retrouve divisée entre deux blocs d’influence : - **Bloc occidental** dirigé par les États‑Unis, favorisant l’économie de marché, la démocratie libérale et l’intégration européenne (Plan Marshall, OTAN 1949). - **Bloc oriental** dirigé par l’URSS, imposant des régimes communistes satellisés (Pologne, Allemagne de l’Est, Tchécoslovaquie, Hongrie, Roumanie, Bulgarie) et l’intégration économique via le Comecon (1949). > **> À retenir** : Le discours de Winston Churchill à Fulton (Missouri) le 5 mars 1946 introduit l’expression « rideau de fer » pour décrire la séparation de l’Europe en deux sphères d’influence. ### 2. Instruments de l’influence américaine | Instrument | Objectif | Exemple concret | |------------|----------|-----------------| | Plan Marshall (ERP) | Reconstruction économique, prévention du communisme | 13 milliards de dollars distribués à 16 pays européens (1948‑1952) | | OTAN | Défense collective contre l’agression soviétique | Traité signé à Washington le 4 avril 1949 ; article 5 (défense mutuelle) | | Diffusion culturelle | Promotion du mode de vie américain | Programmes Voice of America, Hollywood, échanges universitaires (Fulbright) | ### 3. Instruments de l’influence soviétique | Instrument | Objectif | Exemple concret | |------------|----------|-----------------| | Comecon | Intégration économique des États socialistes | Échanges de matières premières, planification conjointe de la production industrielle | | Pacte de Varsovie | Alliance militaire défensive | Signé le 14 mai 1955 en réponse à l’OTAN ; regroupe URSS, Pologne, RDA, Tchécoslovaquie, Hongrie, Roumanie, Bulgarie | | Propagande | Légitimer le modèle soviétique | Agence de presse TASS, films de propagande, échanges d’étudiants vers les universités soviétiques | ### 4. Crises majeures du bipolaire (1948‑1962) - **Blocus de Berlin (1948‑1949)** : l’URSS bloque les accès terrestres à Berlin Ouest ; les Alliés répondent par le pont aérien (Opération Vittles). - **Guerre de Corée (1950‑1953)** : première confrontation armée indirecte entre les blocs, menée sous l’égide de l’ONU. - **Crise des missiles de Cuba (1962)** : bien que située hors d’Europe, elle illustre la logique de la dissuasion nucléaire qui sous‑tend le bipolaire européen. ### 5. Conséquences sur les sociétés européennes - **Croissance économique** : les Trente Glorieuses (1945‑1975) voient un PIB moyen annuel de 4‑5 % en Europe de l’Ouest, soutenu par le Plan Marshall et la coopération intra‑européenne (CECA 1951, CEE 1957). - **État-providence** : expansion des systèmes de sécurité sociale (assurance maladie, allocations familiales) inspirés du modèle scandinave et du New Deal américain. - **Opposition et dissentiment** : mouvements ouvriers, intellectuels et étudiants critiquent à la fois le consumérisme occidental et le autoritarisme soviétique (ex. : grève de 1953 en RDA, révolte de Budapest 1956). --- ## VII. L’Europe sous l’influence du vent de l’Est ### 1. Définition du « vent de l’Est » Expression utilisée pour désigner la diffusion des idées, des modèles politiques et des pratiques économiques provenant de l’Union soviétique et des pays de l’Europe de l’Est vers l’Europe occidentale, notamment durant les périodes de détente et les années 1960‑1970. ### 2. Canaux de diffusion - **Partis communistes occidentaux** : partis français (PCF), italien (PCI), espagnol (PCE) reçoivent des directives et un financement partiel du Kominform (1947‑1956), puis par des liens directs avec les partis communistes et le KGB après 1956. - **Échanges intellectuels** : conférences pacifistes, festivals de jeunesse (ex. : Festival mondial de la jeunesse et des étudiants à Moscou 1957, Helsinki 1962). - **Médias et littérature** : traduction d’œuvres soviétiques (ex. : « Le Maître et Marguerite » de Boulgakov), diffusion de la presse soviétique via les correspondants étrangers. - **Aide technique** : fourniture de matériel industriel, de licences de brevets et d’experts soviétiques aux pays du tiers‑monde et parfois à des entreprises occidentales souhaitant accéder au marché de l’Est. > **> À retenir** : Le vent de l’Est ne signifie pas une prise de pouvoir directe, mais une influence idéologique et culturelle qui façonne les débats politiques en Occident. ### 3. Illustrations concrètes | Domaine | Influence soviétique | Exemple en Europe de l’Ouest | |---------|----------------------|------------------------------| | Politique | Soutien aux mouvements de libération nationale | Le PCF soutient la lutte algérienne contre la France (1954‑1962) | | Économie | Modèle de planification centralisée | Débats en France sur la nationalisation des grandes industries (énergie, transports) dans les années 1945‑1950 | | Culture | Réalisme socialiste dans les arts | Expositions d’art soviétique à Paris (Salon du réalisme socialiste, 1952) | | Éducation | Échanges universitaires | Programme d’études soviétiques en France (bourgeoisie étudiante, 1950‑1960) | ### 4. Réactions et limites - **McCarthysme** (États‑Unis) et **anti‑communisme** en Europe de l’Ouest entraînent des purges, des interdictions de parti (ex. : interdiction du PCE en Espagne sous Franco jusqu’en 1977). - **Détente** (années 1970) voit un relâchement des tensions : accords d’Helsinki (1975) reconnaissent les frontières européennes et promeuvent les droits de l’homme, ouvrant un espace pour le dialogue Est‑Ouest. --- ## VIII. L’Europe sous l’influence du vent de l’Est (suite et fin) ### 1. De la détente à la seconde Guerre froide (1979‑1985) - **Invasion soviétique de l’Afghanistan (1979)** : met fin à la détente, entraîne le boycott américain des Jeux olympiques de Moscou (1980) et le renforcement de l’OTAN (déploiement de missiles Pershing II et de croisière en Europe occidentale). - **Course aux armements** : déploiement des SS‑20 soviétiques ciblant l’Europe de l’Ouest ; réponse de l’OTAN avec le double‑track décision (missiles Pershing II et cruise). ### 2. Le rôle des mouvements de dissentiment en Europe de l’Est - **Solidarność** (Pologne, 1980) : syndicat indépendant dirigé par Lech Wałęsa, revendiquant des droits ouvriers et politiques ; soutenu secrètement par l’Ouest (Radio Free Europe, Vatican). - **Charta 77** (Tchécoslovaquie, 1977) : groupe d’intellectuels exigeant le respect des droits humains inscrits dans les accords d’Helsinki. - **Mouvement de réforme en Hongrie (1989)** : ouverture des frontières avec l’Autriche, permettant l’exode de milliers d’Allemands de l’Est. > **> À retenir** : La chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989 symbolise l’effondrement du rideau de fer et la perte de légitimité des régimes communistes en Europe de l’Est. ### 3. Conséquences immédiates - **Réunification allemande** : traité signé le 12 septembre 1990 (Traité des Deux‑Plus‑Quatre) ; la République démocratique allemande (RDA) cesse d’exister le 3 octobre 1990. - **Dissolution du Pacte de Varsovie** : officiellement disbandé le 1 juillet 1991. - **Transition vers l’économie de marché** : politiques de choc (ex. : réforme de l’économie polonaise de Balcerowicz 1990) entraînent chômage et inflation, mais posent les bases de l’intégration ultérieure à l’UE. ### 4. Impact sur l’Europe occidentale - **Élargissement de l’OTAN** : adhésion de la Pologne, de la Hongrie et de la République tchèque en 1999. - **Réduction des dépenses de défense** : le « dividende de la paix » permet la réallocation de fonds vers des politiques sociales et environnementales. - **Nouveaux défis** : gestion des flux migratoires, intégration des économies post‑communistes, montée du nationalisme et de l’Euroscepticisme dans certains États. --- ## IX. Dossier 2 : De la chute du mur de Berlin à l’éclatement de l’URSS ### 1. Chronologie clé | Date | Événement | Signification | |------|-----------|----------------| | 9 nov 1989 | Chute du mur de Berlin | Fin physique de la séparation Est‑Ouest en Allemagne | | 3 oct 1990 | Réunification allemande | Création d’un État allemand unique au sein de l’OTAN et de l’UE | | 19 juil 1991 | Accord de Minsk (projet d’Union souveraine) | Tentative de réforme de l’URSS qui échoue | | 8 déc 1991 | Signature du traité de Belavezha | Déclaration de l’inefficacité de l’URSS, création de la Communauté des États indépendants (CEI) | | 25 déc 1991 | Démission de Gorbatchev | Fin officielle de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) | | 26 déc 1991 | Fin de l’URSS | Les 15 républiques deviennent des États indépendants | ### 2. Causes de l’effondrement soviétique - **Économie planifiée en crise** : baisse de la production industrielle, pénuries chroniques de biens de consommation, dette extérieure croissante. - **Glasnost et Perestroïka** (Mikhaïl Gorbatchev, 1985‑1991) : ouverture politique (liberté de presse, débats) et tentatives de réforme économique qui ont dévoilé les dysfonctionnements du système sans parvenir à les corriger. - **Nationalismes réveillés** : revendications d’autonomie dans les républiques baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie), caucasiennes (Géorgie, Arménie) et asiatiques (Kazakhstan, Ukraine). - **Course aux armements** : dépenses militaires représentant jusqu’à 25 % du PIB soviétique, détournant des ressources du secteur civil. - **Pression extérieure** : politique de défense stratégique américaine (Initiative de défense stratégique, « Star Wars ») et soutien aux mouvements dissidents (Radio Free Europe, soutien au Solidarność). ### 3. Conséquences géopolitiques - **Fin de la bipolarité** : les États‑Unis demeurent la seule superpuissance reconnue, ouvrant la période dite d’unipolarité (fin des années 1990). - **Réorganisation de l’Europe orientale** : adhésion progressive de plusieurs anciens États soviétiques à l’OTAN (Estonie, Lettonie, Lituanie 2004) et à l’UE (2004, 2007). - **Conflits post‑soviétiques** : guerres en Tchétchénie (1994‑1996, 1999‑2009), conflits dans le Caucase du Sud (Géorgie‑Abkhazie, Géorgie‑Ossétie du Sud), tensions en Ukraine (annexion de la Crimée 2014, guerre du Donbass). - **Réorganisation de l’ONU** : retrait de l’URSS du Conseil de sécurité remplacé par la Fédération de Russie, qui hérite du siège permanent et du droit de veto. ### 4. Leçons pour l’Afrique et le Cameroun - **Décolonisation accélérée** : la fin de l’URSS réduit le soutien idéologique et matériel aux mouvements de libération marxistes en Afrique (ex. : retrait du soutien cubain à l’Angola après 1991). - **Opportunités de coopération nouvelle** : ouverture à des partenariats avec les États‑Unis et l’Union européenne, mais aussi concurrence accrue pour les investissements chinois dans les infrastructures africaines. - **Réflexion sur les modèles de développement** : l’échec du modèle planifié soviétique encourage les États africains à explorer des voies mixtes (économie de marché avec intervention étatique ciblée). --- ## X. Le nationalisme Camerounais après la Deuxième Guerre mondiale ### 1. Contexte d’après‑guerre - **Affaiblissement du colonialisme français** : la France, épuisée par la guerre, doit faire face à des revendications croissantes dans ses territoires d’outre‑mer. - **Influence des idées de l’Atlantique** : la Charte de l’Atlantique (1941) et la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948) inspirent les élites camerounaises à réclamer liberté, égalité et droit à l’autodétermination. - **Retour des tirailleurs** : les soldats démobilisés apportent avec eux une expérience de combat, une conscience de la valeur de la vie humaine et une exposition aux discours de liberté. ### 2. Premiers mouvements et organisations | Année | Organisation | Leaders principaux | Revendications majeures | |-------|--------------|--------------------|--------------------------| | 1946 | Parti du progrès camerounais (PPC) | Ahmadou Ahidjo (jeune leader) | Réforme du mandat, amélioration des conditions de travail, représentation camerounaise au Conseil du mandat | | 1948 | Union des populations du Cameroun (UPC) | Ruben Um Nyobé, Félix Roland Moumié | Indépendance immédiate, unification du Cameroun français et britannique, socialiste africain | | 1952 | Mouvement de libération du Cameroun (MLC) | Léopold Moumé Étia | Fédéralisme, respect des traditions, lutte contre le néocolonialisme économique | | 1955 | Kamerun National Democratic Party (KNDP) (zone britannique) | John Ngu Foncha | Autonomie intérieure, protection des intérêts des peuples des Grassfields | > **> À retenir** : L’UPC, fondée en 1948, devient le principal parti nationaliste réclamant l’indépendance immédiate et l’unification du territoire camerounais sous un État unitaire. ### 3. Répression coloniale et lutte armée - **1955‑1958** : l’administration française interdit l’UPC (décret du 13 juillet 1955) ; le parti passe à la clandestinité et crée une branche armée, l’**Armée de libération du Kamerun (ALK)**. - **Massacre de Bassa** (1956) : plusieurs centaines de sympathisants de l’UPC sont tués par les forces de l’ordre françaises lors d’une réunion publique. - **Assassinat de Ruben Um Nyobé** (13 septembre 1958) : le leader de l’UPC est abattu par l’armée française près de Boumnyebel, devenant un martyr du nationalisme camerounais. ### 4. Voie vers l’indépendance - **1959** : la France accorde l’autonomie interne au Cameroun français (loi cadre Defferre). - **1960** : référendum sur l’indépendance (23 mai 1960) ; 78 % votent pour l’indépendance. - **1 janvier 1960** : proclamation de l’indépendance du Cameroun français ; Ahmadou Ahidjo devient premier président. - **1961** : le Cameroun britannique (Sud‑Ouest et Nord‑Ouest) organise un plébiscite (11 février 1961) ; la majorité du Sud‑Ouest choisit de rejoindre le Cameroun français, formant la République fédérale du Cameroun (1 octobre 1961‑1972). ### 5. Héritage et mémoire - **Monument à la mémoire de Ruben Um Nyobé** à Yaoundé (inauguré 1975). - **Journée du martyr** (13 septembre) commémorée dans les écoles et les administrations. - **Influence sur la constitution** : le préambule de la constitution camerounaise de 1972 évoque « le combat pour la liberté et la dignité humaine » mené par les nationalistes d’après‑guerre. --- ## XI. Le nationalisme Camerounais après la Deuxième Guerre mondiale (suite et fin) ### 1. Construction de l’État post‑indépendance - **Fédéralisme (1961‑1972)** : deux États fédérés (Cameroun oriental et Cameroun occidental) avec leurs propres assemblées ; tensions autour de la répartition des ressources et de la représentation. - **Referendum de 1972** : unification du pays en République unie du Cameroun (20 mai 1972) ; suppression du fédéralisme, centralisation du pouvoir à Yaoundé. - **Régime d’Ahidjo** : autoritarisme modéré, parti unique (Union nationale camerounaise, UNC) dès 1966 ; politique de « camerounisation » de l’administration et de l’économie. ### 2. Opposition et mouvements de dissentiment - **Union des populations du Cameroun (UPC)** : malgré l’indépendance, l’UPC poursuit une lutte armée jusqu’au début des années 1970 ; ses dirigeants sont soit emprisonnés, soit exilés. - **Mouvement du 26 mai** (1990) : pression pour le multipartisme, entraînant la loi du 14 décembre 1990 autorisant la création de partis politiques. - **Parti social démocrate (PSD)** et **Cameroon People’s Democratic Movement (CPDM)** : émergence de nouvelles formations politiques dans les années 1990, reflétant la diversité des aspirations nationales. ### 3. Enjeux contemporains du nationalisme - **Question anglophone** : depuis 2016, les régions du Nord‑Ouest et du Sud‑Ouest réclament un retour au fédéralisme ou une indépendance (république d’Ambazonie). - **Gestion du patrimoine culturel** : valorisation des traditions des Grassfields, des Beti, des Fang et des groupes du Nord dans la politique d’éducation nationale. - **Intégration régionale** : participation active du Cameroun à la CEEAC et à la CEMAC, reflétant un nationalisme ouvert à la coopération sous‑régionale. ### 4. Bilan historiographique Les historiens s’accordent à dire que le nationalisme camerounais d’après‑guerre a été marqué par : 1. Une **double héritage** : l’idéal universaliste des droits de l’homme (issu de l’ONU) et la volonté de préserver les spécificités culturelles locales. 2. Une **lutte entre centralisme et régionalisme**, reflétée dans les débats sur le fédéralisme versus l’unitarisme. 3. Une **dimension sociale** forte, avec des revendications ouvrières et paysannes qui ont souvent été canalisées par les partis nationalistes. > **> À retenir** : Le nationalisme camerounais contemporain trouve ses racines dans les expériences de guerre, la répression coloniale et les aspirations à l’autodétermination exprimées dès la fin des années 1940. --- ## Synthèse du chapitre - **Causes de la Deuxième Guerre mondiale** : traité de Versailles, crise de 1929, montée des totalitarismes, politique d’apaisement. - **Déroulement** : Blitzkrieg en Europe, campagnes en Afrique du Nord et de l’Est, guerre du Pacifique, tournant de Stalingrad et du débarquement de Normandie, capitulations allemande et japonaise. - **Conséquences immédiates** : pertes humaines massives, redécoupage territorial, émergence des deux supergrands, début de la Guerre froide. - **Naissance de l’ONU** : Charte signée 26 juin 1945, entrée en vigueur 24 octobre 1945, objectifs de paix, droits de l’homme, développement. - **Influence des supergrands sur l’Europe** : Plan Marshall et OTAN (bloc occidental) ; Comecon et Pacte de Varsovie (bloc oriental) ; crises de blocus de Berlin, de Corée, de Cuba. - **Vent de l’Est** : diffusion d’idées soviétiques via partis communistes, échanges culturels, aide technique ; réaction anti‑communiste et détente. - **Chute du mur de Berlin et éclatement de l’URSS** : 1989‑1991, fin de la bipolarité, réunification allemande, indépendance des républiques soviétiques, reconfiguration de l’OTAN et de l’UE. - **Afrique dans la guerre** : tirailleurs sénégalais, King’s African Rifles, Force publique belge ; exploitation économique, prise de conscience politique, germination du nationalisme. - **Cameroun dans la guerre** : ~25 000 tirailleurs, contribution agricole et minière, émergence de l’élite occidentalisée, premiers partis nationalistes (PPC 1946, UPC 1948). - **Nationalisme camerounais post‑guerre** : revendications d’indépendance, répression coloniale, indépendance 1960, fédéralisme puis unitarisme, héritage des leaders comme Um Nyobé, enjeux actuels (question anglophone, fédéralisme). --- ## Glossaire | Terme | Définition | |-------|------------| | Blitzkrieg | Tactic de guerre éclair combinant aviation, chars et infanterie pour percer rapidement les lignes ennemies ; repose sur la supériorité aérienne, les chars rapides et les communications radio, contrairement à une guerre de mouvement plus générale. | | Comecon | Conseil d’assistance économique mutuelle, organisation économique des États socialistes dirigée par l’URSS (1949‑1991), comportant une planification centralisée de la production et des échanges de matières premières, équivalent socialiste du Marché commun européen. | | Déclaration universelle des droits de l’homme (UDHR) | Texte adopté par l’Assemblée générale de l’ONU le 10 décembre 1948 établissant les droits fondamentaux de tout être humain. | | Glasnost | Politique d’ouverture et de transparence introduite par Mikhaïl Gorbatchev en 1985, permettant une plus grande liberté d’expression. | | Komintern | Troisième Internationale communiste (1919‑1943), visant à coordonner l’action des partis communistes mondiaux sous la direction de l’URSS. | | OTAN | Organisation du traité de l’Atlantique nord, alliance militaire défensive créée en 1949 entre les États‑Unis, le Canada et les pays européens occidentaux. | | Pacte de Varsovie | Alliance militaire des États socialistes d’Europe de l’Est, créée en 1954 en réponse à l’OTAN, dissoute en 1991. | | Perestroïka | Politique de restructuration de l’économie soviétique lancée par Gorbatchev en 1985, visant à introduire des éléments de marché. | | Rideau de fer | Expression popularisée par Winston Churchill en 1946 décrivant la séparation idéologique et physique entre l’Europe de l’Ouest et l’Europe de l’Est. | | Tirailleurs sénégalais | Unités d’infanterie coloniale française recrutées principalement en Afrique occidentale française, ayant combattu durant les deux guerres mondiales. | | UPC | Union des populations du Cameroun, parti nationaliste camerounais fondé en 1948 réclamant l’indépendance immédiate et l’unification du territoire. | | Veto | Droit de chaque membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU de bloquer l’adoption d’une résolution, indépendamment du nombre de votes favorables. | --- ## Étude de document / de cas **Document** : Extrait du discours de **Ruben Um Nyobé** prononcé lors du congrès fondateur de l’UPC à Bamenda, le 10 avril 1948. > « Nous, fils du Cameroun, réunis aujourd’hui sous le drapeau de la liberté, déclarons haut et fort que notre peuple aspire à l’indépendance totale, à l’unité de notre territoire et à la justice sociale. Le colonialisme français nous a volé nos terres, nos richesses et notre dignité ; il est temps de reprendre ce qui nous appartient de droit. Nous ne céderons pas devant la répression, car la volonté d’un peuple libre est plus forte que les armes de l’oppresseur. » ### Analyse pas à pas 1. **Identification de l’auteur et du contexte** - **Auteur** : Ruben Um Nyobé, fondateur et secrétaire général de l’UPC, figure centrale du nationalisme camerounais. - **Date** : 10 avril 1948, soit moins de deux mois après la création officielle de l’UPC (10 avril 1948). - **Lieu** : Bamenda, capitale du Cameroun britannique (Nord‑Ouest), montrant l’intention de l’UPC de rallier les deux zones du mandat. - **Contexte historique** : Fin de la Deuxième Guerre mondiale, retour des tirailleurs, émergence des idées de l’Atlantique et de la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948). La France vient de connaître la défaite de 1940 et la libération de 1944, mais maintient un contrôle étroit sur ses colonies. 2. **Repérage des idées clés** - **Indépendance totale** : revendication centrale, rejet du statut de mandat. - **Unité du territoire** : volonté de réunir le Cameroun français et le Cameroun britannique, refus de la partition coloniale. - **Justice sociale** : référence à l’exploitation économique et aux inégalités subies par les populations rurales. - **Résistance à la répression** : allusion aux arrestations, interdictions et violences subies par les nationalistes (ex. : interdiction de l’UPC en juillet 1955). 3. **Lien avec les notions du programme** - Le discours illustre la **transition de la guerre à la décolonisation** : les soldats ayant combattu pour la liberté des Alliés réclament désormais la même liberté pour leur propre pays. - Il s’inscrit dans la logique de la **Déclaration universelle des droits de l’homme** (article 1 : tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits). - L’appel à l’unité territoriale préfigure les débats sur le **fédéralisme** (1961‑1972) et la **question anglophone** contemporaine. 4. **Évaluation de la portée** - Le discours a servi de **texte de ralliement** pour les militants de l’UPC, diffusé dans les tracts et les réunions clandestines. - Il a contribué à la **légitimation de la lutte armée** (ALK) qui a suivi l’interdiction du parti en 1955. - Aujourd’hui, il est étudié comme un exemple de **discours anticolonial africain** mettant en avant la souveraineté populaire et la justice sociale. --- ## Méthode et sujets type examen ### Sujet 1 – Dissertation **Sujet** : « La Deuxième Guerre mondiale a-t-elle été un catalyseur ou un frein pour l’émergence du nationalisme africain ? » **Plan détaillé** I. **La guerre comme catalyseur du nationalisme africain** A. Participation massive des troupes coloniales (tirailleurs, KAR, Force publique) → prise de conscience de la valeur du sacrifice et de l’égalité. B. Exposition aux idéaux de liberté et de démocratie (Charte de l’Atlantique, discours alliés) → revendications d’autodétermination. C. Conséquences économiques (réquisition de ressources, urbanisation) → émergence d’une classe urbaine africaine politisée. II. **Les limites et les freins imposés par la guerre** A. Répression coloniale accrue (lois de sécurité intérieure, travail forcé) pour soutenir l’effort de guerre. B. Persistance du système du mandat et du colonialisme français/britannique malgré les promesses alliées. C. Division du territoire africain selon les intérêts des puissances victorieuses (conférences de Yalta et Potsdam) qui retardent l’indépendance réelle. III. **Synthèse : une ambivalence historique** A. La guerre a créé les conditions matérielles et idéologiques d’un réveil nationaliste, mais les puissances coloniales ont tenté de contenir ce réveil. B. Le nationalisme africain s’est donc développé dans un contexte de **tension entre opportunités offertes par la guerre et contraintes maintenues par le colonialisme**. C. Conclusion : la Deuxième Guerre mondiale a été à la fois un **catalyseur nécessaire** et un **frein insuffisant** pour l’indépendance réelle, qui ne s’est concrétisée qu’après la décolonisation des années 1950‑1960. ### Sujet 2 – Commentaire de document **Document** : Extrait du **Plan Marshall** (discours du secrétaire d’État américain George C. Marshall, 5 juin 1947) : > « Notre politique n’est pas dirigée contre aucun pays ou toute doctrine, mais contre la faim, la pauvreté, le désespoir et le chaos. [...] Nous devons aider les peuples européens à retrouver le chemin de la prospérité et de la stabilité, condition indispensable à la paix mondiale. » **Analyse attendue** - **Identifier l’auteur, la date, le lieu et le contexte** (discours devant le Congrès américain, début de la Guerre froide, volonté d’endiguer l’expansion communiste). - **Expliquer le sens du passage** : rejet de l’idée de guerre idéologique, mise en avant de l’aide économique comme instrument de paix et de stabilité. - **Mettre en relation avec le cours** : lien avec le **Plan Marshall** (ERP), son rôle dans la reconstruction de l’Europe occidentale, son effet de consolidation du bloc occidental et de démarcation avec le bloc soviétique. - **Discuter les limites** : aide conditionnée à la coopération avec les États‑Unis, exclusion des pays de l’Est soviétique, perception par l’URSS comme une menace (« dollar impérialisme »). - **Conclure** : le document illustre la stratégie américaine de **soft power** combinant aide économique et containment politique, caractéristique de l’après‑guerre. ### Sujet 3 – Question de cours **Sujet** : « Expliquez les étapes et les enjeux de la naissance de l’Organisation des Nations unies (ONU) après la Deuxième Guerre mondiale. » **Réponse structurée** 1. **Contexte** : échec de la Société des Nations, nécessité d’un nouveau système de sécurité collective après les atrocités de la guerre. 2. **Étapes** - Conférence de Dumbarton Oaks (août‑octobre 1944) : élaboration du projet de charte. - Conférence de Yalta (février 1945) : accord sur le droit de veto des cinq grandes puissances. - Conférence de San Francisco (avril‑juin 1945) : rédaction et signature de la Charte des Nations unies par 50 États. - Entrée en vigueur (24 octobre 1945) après ratification par les membres permanents du Conseil de sécurité et la majorité des signataires. 3. **Enjeux** - Garantir la paix internationale par le mécanisme de sécurité collective (résolutions, sanctions, opérations de maintien de la paix). - Promouvoir les droits de l’homme (Commission des droits de l’homme → UDDH). - Encourager le développement économique et social (ECOSOC, agences spécialisées comme OMS, UNESCO). - Offrir un forum de dialogue entre les blocs Est et Ouest malgré la Guerre froide (ex. : débats sur le blocus de Berlin, la crise de Suez). 4. **Conclusion** : l’ONU représente une réponse institutionnelle aux leçons de la Deuxième Guerre mondiale, visant à prévenir de nouveaux conflits tout en posant les bases d’un ordre juridique international fondé sur la coopération et le respect des droits fondamentaux. --- ## Erreurs fréquentes | Erreur fréquente | Explication | Correction | |------------------|-------------|------------| | Confondre **Blitzkrieg** et **guerre de mouvement** | Le Blitzkrieg est une forme spécifique de guerre de mouvement utilisant la coopération aérienne‑terrestre pour percer rapidement ; la guerre de mouvement désigne plus largement toute guerre où les armées cherchent à manœuvrer plutôt que à s’enfermer dans des tranchées. | Préciser que le Blitzkrieg repose sur la supériorité aérienne, les chars rapides et les communications radio, tandis que la guerre de mouvement peut être moins mécanisée. | | Penser que l’**ONU** a été créée immédiatement après la signature de la Charte (juin 1945) | La Charte a été signée le 26 juin 1945, mais l’ONU n’est devenue opérationnelle qu’après son entrée en vigueur le 24 octobre 1945, suivant la ratification requise. | Souligner la différence entre signature et entrée en vigueur, et mentionner le seuil de ratification (5 membres permanents + majorité). | | Assimiler le **Comecon** à une simple alliance commerciale | Le Comecon était une organisation d’intégration économique planifiée, comportant une coordination de la production, des échanges de matières premières et une politique de prix fixée par les États membres, allant bien au-delà d’un simple accord commercial. | Décrire le Comecon comme un équivalent socialiste du Marché commun européen, avec une planification centralisée. | | Croire que la **chute du mur de Berlin** a entraîné immédiatement la réunification allemande | Le mur est tombé le 9 novembre 1989 ; la réunification officielle n’a eu lieu que le 3 octobre 1990, après des négociations (traité des Deux‑Plus‑Quatre) et un référendum en RDA. | Insister sur le délai de près d’un an entre la chute du mur et la réunification légale. | | Confondre les **tirailleurs sénégalais** avec les **tirailleurs camerounais** | Bien que tous deux soient des unités coloniales françaises, les tirailleurs sénégalais étaient recrutés principalement en Afrique occidentale française (Soudan, Sénégal, Mali), tandis que les tirailleurs camerounais venaient du territoire du mandat français du Cameroun. | Préciser les zones de recrutement respectives et les théâtres d’opérations où chaque unité a principalement combattu. | | Penser que la **décolonisation** africaine a commencé seulement après les indépendances des années 1960 | Les prémices de la décolonisation apparaissent dès la fin de la Deuxième Guerre mondiale avec les conférences de l’Atlantique (1941), la Charte des Nations unies (1945) et les premiers mouvements nationalistes (ex. : UPC 1948, Rassemblement démocratique africain 1946). | Montrer que la guerre a accéléré les revendications, même si l’indépendance effective a pris plus de temps. | --- *Fin du cours de référence.*

Quiz du chapitre

16 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Quelle date marque le déclenchement officiel de la Seconde Guerre mondiale en Europe ?
  2. 2. Quelles étaient les trois principales puissances de l'Axe pendant la Seconde Guerre mondiale ?
  3. 3. Quand l'Organisation des Nations unies (ONU) a-t-elle officiellement commencé à fonctionner ?
  4. 4. Quel pays africain a apporté une contribution militaire significative aux forces alliées durant la Seconde Guerre mondiale ?
  5. 5. Quel était le statut juridique du Cameroun pendant la Seconde Guerre mondiale ?
  6. 6. Environ combien de soldats camerounais ont servi dans les forces de la France libre pendant la Seconde Guerre mondiale ?
  7. 7. Quelle conséquence majeure de la Seconde Guerre mondiale a favorisé le processus de décolonisation en Afrique ?
  8. 8. Sur une carte montrant les territoires africains sous contrôle vichyste en 1941, quelle région était administrée par le régime de Vichy ?
  9. 9. Pourquoi la Société des Nations a-t-elle été remplacée par les Nations unies après la Seconde Guerre mondiale ?
  10. 10. Lors de la bataille de Bir Hakeim en 1942, quelles troupes africaines ont principalement participé à la défense du poste ?
  11. 11. Un télégramme du gouverneur du Cameroun à Vichy en 1940 indique : « Nous maintenons l'ordre et la fidélité au Maréchal Pétain ». Que révèle ce message ?
  12. 12. Lors de sa création, le Conseil de sécurité de l'ONU comprenait cinq membres permanents et six membres non permanents. Quel était le nombre total de membres du Conseil à ce moment-là ?
  13. 13. Quel a été l'impact de la Seconde Guerre mondiale sur l'émergence de la Guerre froide en Afrique ?
  14. 14. Comment la Charte de l'Atlantique de 1941 a-t-elle influencé les mouvements nationalistes africains ?
  15. 15. Quel facteur explique le mieux le passage du Cameroun de l'allégeance à Vichy à celle de la France libre en 1940 ?
  16. 16. Quel jugement décrit le mieux l'efficacité du rôle de maintien de la paix de l'ONU durant la période immédiate d'après‑guerre (1945‑1950) ?