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Chapitre 4

01 déc-05 déc 2025

Lecture : 12 minQuiz de 12 questions

# 01 déc-05 déc 2025 ## Objectifs et prérequis Ce chapitre vise à permettre à l’élève de Première de comprendre les enjeux linguistiques, culturels et environnementaux liés aux langues nationales du Cameroun, en articulant l’étude des langues avec la préservation de l’environnement. Il s’agit de développer une conscience citoyenne et écologique à travers l’usage des langues nationales, en lien avec les réalités locales et africaines. L’élève doit être capable d’analyser des textes, de produire des écrits argumentatifs ou descriptifs, et de participer à des échanges oraux structurés en utilisant un registre adapté. Les prérequis incluent la maîtrise de l’orthographe et de la grammaire de base du français, une connaissance élémentaire des principales langues nationales camerounaises (comme le fang, le douala, l’ewondo, le fulfulde, le bamileke), ainsi que des notions de géographie et d’écologie acquises au collège. ## Introduction Du 1er au 5 décembre 2025, les cours portent sur l’introduction générale au chapitre « Langues nationales et environnement ». Cette séquence vise à poser les jalons conceptuels : qu’est-ce qu’une langue nationale ? Quel lien existe-t-il entre la langue, l’identité culturelle et la relation à l’environnement ? Le Cameroun, avec plus de 250 langues parlées, offre un cadre unique pour étudier cette interdépendance. Les langues nationales ne sont pas seulement des outils de communication ; elles portent des savoirs écologiques traditionnels, des noms de plantes, des pratiques agricoles durables, et des représentations du monde naturel. Leur préservation est donc étroitement liée à celle de la biodiversité et des écosystèmes locaux. Cette introduction prépare l’élève à comprendre que la perte d’une langue peut entraîner l’effacement de connaissances environnementales précieuses, notamment dans les communautés rurales et autochtones. ## I. 15 déc-19 déc 2025 : Les langues nationales comme vecteurs de savoirs environnementaux ### Contexte Cette leçon s’inscrit dans la continuité de l’introduction du chapitre. Elle vise à montrer concrètement comment les langues nationales camerounaises encapsulent des connaissances environnementales transmises oralement depuis des générations. Contrairement aux savoirs scientifiques formalisés, ces savoirs sont souvent pratiques, locaux et adaptés aux écosystèmes spécifiques (forêt équatoriale, savane, zone côtière, montagne). Ils concernent l’agriculture, la médecine traditionnelle, la prévision météorologique, la gestion des ressources en eau et la préservation de la faune. L’objectif est de faire prendre conscience à l’élève que la langue n’est pas neutre : elle façonne la perception du monde et influence les comportements envers la nature. ### Définitions > Une langue nationale est une langue parlée par une communauté significative au sein d’un État, reconnue pour sa valeur culturelle et sociale, même si elle n’a pas toujours un statut officiel au niveau national. > Un savoir écologique traditionnel (SET) désigne l’ensemble des connaissances, pratiques et représentations relatives à l’environnement, acquises par l’expérience directe et transmises oralement au sein d’une communauté culturelle. ### Faits, dates et noms exacts - Au Cameroun, plus de 250 langues nationales sont recensées par l’Institut des Sciences Humaines (ISH) du Ministère de la Recherche Scientifique et de l’Innovation. - Le fang (parlé principalement dans les régions du Sud, de l’Est et du Centre) possède plus de 200 termes spécifiques pour désigner les variétés de manioc selon leur toxicité, leur temps de maturation et leur usage alimentaire ou médicinal. - En région de l’Ouest, les locuteurs du bamileke utilisent des termes précis pour distinguer les types de sols selon leur capacité de rétention d’eau, leur fertilité et leur adaptation à certaines cultures (comme le macabo ou le taro). - Le fulfulde, parlé dans les régions du Nord, de l’Adamaoua et de l’Est, contient un vocabulaire riche lié à la transhumance pastorale, incluant des termes pour les étapes de croissance de l’herbe, les signes de sécheresse imminente et les points d’eau saisonniers. - En 2018, une étude menée par l’Université de Yaoundé I a documenté plus de 150 noms de plantes médicinales en ewondo, associés à des traitements du paludisme, des infections cutanées et des troubles digestifs. ### Causes et conséquences La perte de locuteurs jeunes dans certaines langues nationales (comme le bakweri ou le mofu) résulte de l’urbanisation, de la scolarisation en français ou en anglais exclusivement, et de la stigmatisation perçue liée à l’usage des langues locales en milieu scolaire ou professionnel. Cette érosion linguistique entraîne un risque réel de disparition des SET associés. Par exemple, l’abandon du terme fang *mvét* (désignant une liane utilisée dans des rituels de protection des récoltes) peut conduire à l’oubli de ses propriétés insecticides naturelles, poussant les communautés vers des pesticides chimiques coûteux et polluants. À l’inverse, la valorisation des langues nationales dans l’éducation peut renforcer la résilience écologique des communautés : au Sénégal, l’introduction du wolof dans les programmes scolaires a permis une meilleure appropriation des techniques de agroforesterie locales. ### Exemples concrets - Dans un village bassa du Littoral, les anciens utilisent le terme *ndolo* pour désigner une période de repos des terres agricoles après trois saisons de culture, permettant la régénération naturelle du sol. Ce concept, absent du français administratif, guide pourtant des pratiques de rotation des cultures observées sur le terrain. - Chez les mbororo du Nord, le verbe *yayyude* en fulfulde signifie « observer attentivement le comportement des bovins pour prévoir la pluie » ; cette pratique, basée sur l’écoute des sons émis par les animaux, est corroborée par des études sur la sensibilité du bétail aux variations de pression atmosphérique. - En région de l’Est, les femmes bakaka utilisent le terme *sango* pour désigner un arbre dont l’écorce, broyée et mélangée à de l’eau, sert à teindre les tissus tout en repoussant les insectes ; cette connaissance est transmise exclusivement en langue bakaka. ### Vocabulaire à retenir - Langue nationale - Savoir écologique traditionnel (SET) - Transmission orale - Biodiversité linguistique - Écosystème local - Résilience culturelle ### Exemple de sujet type examen avec plan **Sujet** : Dans quelle mesure les langues nationales camerounaises contribuent-elles à la préservation de l’environnement ? Illustrer votre réponse par deux exemples concrets issus de différentes régions du pays. **Plan** : I. Les langues nationales comme réservoirs de savoirs environnementaux  A. Définition et caractéristiques des SET  B. Exemple 1 : Le vocabulaire fang lié aux variétés de manioc et à leur gestion écologique  C. Exemple 2 : Les termes fulfulde liés à la transhumance et à la prévision des saisons sèches II. Menaces sur ces savoirs et voies de préservation  A. Causes de l’érosion linguistique (urbanisation, scolarisation monolingue)  B. Conséquences : perte de pratiques agricoles durables et de connaissances médicinales  C. Solutions : intégration des langues nationales à l’école, documentation orale, soutien aux initiatives communautaires ## II. 08 déc-12 déc 2025 : L’environnement – Défis et réponses locales ### Contexte Cette leçon aborde l’environnement sous l’angle des défis actuels auxquels le Cameroun fait face, en mettant l’accent sur les réponses locales, souvent exprimées et organisées à travers les langues nationales. Il s’agit de montrer que la protection de l’environnement ne repose pas uniquement sur des politiques nationales ou des interventions étrangères, mais aussi sur des initiatives communautaires ancrées dans les réalités culturelles et linguistiques. Les élèves étudieront comment les langues nationales servent à mobiliser, sensibiliser et agir en faveur de l’environnement, notamment dans les zones rurales où l’accès à l’information en français ou en anglais est limité. ### Définitions > La dégradation de l’environnement désigne l’altération négative des écosystèmes due à des activités humaines telles que la déforestation, la pollution, l’exploitation minière non réglementée ou l’agriculture intensive. > Une initiative locale environnementale est une action menée par une communauté, souvent spontanée ou organisée autour de structures traditionnelles (chefferie, groupement de femmes, association de jeunes), visant à protéger ou restaurer un élément de l’environnement proche. ### Faits, dates et noms exacts - Selon le Rapport national sur l’état de l’environnement du Cameroun (2023), publié par le Ministère de l’Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement Durable (MINEPDED), le taux annuel de déforestation est estimé à 0,6 %, principalement dû à l’agriculture itinérante sur brûlis, à l’exploitation forestière illégale et à l’expansion des zones urbaines. - Dans la région de l’Est, près de 70 % des communautés villageoises déclarent utiliser exclusivement leur langue nationale pour discuter des questions liées à la forêt, à la chasse et à la collecte de produits forestiers non ligneux (PFNL). - En 2022, une initiative menée par des femmes bakaka dans la région de l’Est a permis de reboiser 15 hectares de terres dégradées autour du fleuve Dja, en utilisant des espèces locales comme l’iroko et le moabi, sélectionnées sur la base de critères connus en langue bakaka (résistance à la sécheresse, valeur médicinale, importance culturelle). - Dans le département du Moungo (Littoral), les jeunes du groupement « Njanga na mboa » utilisent le douala pour réaliser des sketches de sensibilisation sur les dangers du plastique dans les rivières, diffusés lors des marchés hebdomadaires et des cérémonies coutumières. - Le Parc national de la Lobéké, situé dans la région de l’Est, collabore depuis 2020 avec des guides pygmées baka qui utilisent leur langue pour identifier les pistes d’animaux, les points d’eau saisonniers et les signes de présence de braconniers, contribuant ainsi à la surveillance écologique du parc. ### Causes et conséquences La dégradation de l’environnement au Cameroun résulte de plusieurs facteurs interconnectés : la pression démographique, la pauvreté rurale qui pousse à l’exploitation non durable des ressources, l’insuffisance de suivi des concessions forestières et minières, et l’accès limité à l’éducation environnementale dans les langues locales. Lorsque les communautés ne comprennent pas les campagnes de sensibilisation menées uniquement en français ou en anglais, leur adhésion aux mesures de protection reste faible. À l’inverse, lorsque les messages sont traduits ou reformulés dans les langues nationales, l’engagement augmente : dans un village bassa du Littoral, après la diffusion d’un message en douala sur l’interdiction de jeter des sachets plastiques dans le fleuve Wouri, le taux de conformité est passé de 30 % à 75 % en trois mois. ### Exemples concrets - Chez les beti du Centre, l’expression *mvoh a minka* (« prendre soin de la terre ») en ewondo est utilisée lors des réunions de village pour rappeler l’interdiction de cultiver trop près des sources d’eau, une pratique qui a permis la préservation de plusieurs points de captage dans la région de Mefou-et-Afamba. - Dans la région du Nord-Ouest, les communautés kom utilisent le terme *nguvu* en langue kom pour désigner un système traditionnel de gestion des bassins versants basé sur des interdictions saisonnières de coupe d’arbres près des ruisseaux ; ce système, encore actif dans certains villages, a inspiré des projets de gestion communautaire de l’eau soutenus par des ONG. - Dans le département du Mayo-Kebbi Est (Adamaoua), les éleveurs mbororo utilisent le fulfulde pour convenir collectivement des zones de pâturage à laisser en repos (« *horti* ») pendant la saison sèche, évitant ainsi la surpâturage et la dégradation des sols. ### Vocabulaire à retenir - Dégradation de l’environnement - Initiative locale environnementale - Produits forestiers non ligneux (PFNL) - Gestion communautaire des ressources - Sensibilisation linguistique - Résilience écologique ### Exemple de sujet type examen avec plan **Sujet** : Expliquez comment l’usage des langues nationales peut renforcer l’efficacité des actions de protection de l’environnement au Cameroun. Appuyez votre réponse sur deux exemples d’initiatives locales. **Plan** : I. Les limites des campagnes de sensibilisation en langues officielles seules  A. Barrière linguistique et faible appropriation des messages  B. Exemple : faible impact des affiches en français dans certains villages reculés II. Les avantages de l’usage des langues nationales dans l’action environnementale  A. Meilleure compréhension et appropriation culturelle  B. Exemple 1 : Utilisation du douala dans des sketches de sensibilisation contre la pollution plastique à Douala  C. Exemple 2 : Mobilisation en ewondo pour la protection des sources d’eau dans la région du Centre III. Vers une intégration systématique des langues nationales dans les politiques environnementales  A. Documentation des termes écologiques en langues nationales  B. Formation des relais communautaires bilingues  C. Soutien aux médias locaux et aux conteurs traditionnels ## Synthèse du chapitre - Les langues nationales du Cameroun sont des vecteurs essentiels de savoirs écologiques traditionnels, notamment en agriculture, médecine traditionnelle et prévision météorologique. - Chaque langue nationale possède un vocabulaire spécifique lié à l’environnement local, reflétant une adaptation millénaire aux écosystèmes (forêt, savane, zone côtière). - La perte de locuteurs jeunes menace la transmission de ces savoirs, avec des conséquences potentielles sur les pratiques agricoles durables et la gestion des ressources naturelles. - Les initiatives locales environnementales sont souvent plus efficaces lorsqu’elles sont conçues et communiquées dans les langues nationales, grâce à une meilleure compréhension et adhésion communautaire. - L’exploitation forestière illégale, l’agriculture itinérante sur brûlis et l’urbanisation non maîtrisée sont les principales causes de dégradation de l’environnement au Cameroun. - Des communautés comme les baka, les bassa, les mbororo et les kom utilisent leurs langues pour gérer durablement les forêts, les points d’eau et les pâturages. - La valorisation des langues nationales dans l’éducation et les médias locaux peut renforcer la résilience écologique des communautés rurales et autochtones. - La préservation linguistique et la protection de l’environnement sont deux enjeux interconnectés : sauver une langue, c’est aussi sauver un savoir sur la nature. ## Glossaire - Langue nationale : langue parlée par une communauté significative au sein d’un État, reconnue pour sa valeur culturelle et sociale. - Savoir écologique traditionnel (SET) : connaissances, pratiques et représentations relatives à l’environnement, transmises oralement au sein d’une communauté culturelle. - Dégradation de l’environnement : altération négative des écosystèmes due à des activités humaines telles que la déforestation ou la pollution. - Initiative locale environnementale : action menée par une communauté pour protéger ou restaurer un élément de l’environnement proche. - Produits forestiers non ligneux (PFNL) : ressources obtenues de la forêt sans couper d’arbres (fruits, résines, plantes médicinales, etc.). - Gestion communautaire des ressources : approche où les communautés locales prennent collectivement des décisions sur l’utilisation et la protection des ressources naturelles. - Sensibilisation linguistique : processus d’adaptation des messages de sensibilisation à une langue spécifique pour améliorer leur compréhension et leur impact. - Résilience écologique : capacité d’un écosystème ou d’une communauté à résister à des perturbations et à se rétablir après un choc environnemental. - Transmission orale : mode de passage des connaissances d’une génération à l’autre par la parole, sans soutien écrit. - Biodiversité linguistique : variété des langues parlées dans une région donnée, reflet de la diversité culturelle et écologique. - Agroforesterie : système d’utilisation des terres qui intègre arbres et cultures agricoles ou pâturages sur une même parcelle. - Pacte écologique traditionnel : ensemble de règles non écrites, fondées sur la coutume, visant à réguler l’usage des ressources naturelles dans une communauté.

Quiz du chapitre

12 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Quelle est la langue nationale camerounaise la plus parlée dans la région du Littoral ?
  2. 2. Dans quel alphabet est généralement écrite la langue Ewondo ?
  3. 3. Quel est le ton grammatical marquant le pluriel des noms en langue Bassa ?
  4. 4. Parmi les langues nationales suivantes, laquelle est classée comme langue bantoue du groupe A ?
  5. 5. Un élève souhaite traduire la phrase « Les enfants jouent sous l'arbre » en langue Douala. Quelle structure syntaxique doit-il privilégier ?
  6. 6. Dans un texte en langue Fang, on rencontre la forme verbale « Ẹ̀zọ́ ». Quelle est la fonction grammaticale la plus probable de cette forme ?
  7. 7. Un locuteur natif du Boulou dit : « Mvé mɛ̂ ŋgöl ». Quelle est la traduction la plus précise en français ?
  8. 8. Dans la langue Maka, quelle particule est utilisée pour former la négation du verbe au présent simple ?
  9. 9. Un texte en langue Njem présente la séquence suivante : « ŋ̀kàlà m̀bɔ̂ ŋ̀gàn ». Quelle analyse morpho-syntaxique est la plus plausible ?
  10. 10. Dans la langue Bakweri, comment exprime-t-on la possession alienable (ex : mon livre, que je peux perdre) par rapport à l'inaliénable (ex : mon bras) ?
  11. 11. Un élève analyse un proverbe en langue Béti : « Mvét ŋgɔ́ m̀bɛ̂, ŋgɔ́ m̀bɛ̂ mvét ». Quelle figure de style domine ce proverbe ?
  12. 12. Dans la langue Gbaya, quelle est la fonction du suffixe verbal -ì dans la forme « wàsì » dérivée de la racine *was-* ?