Chapitre 4
Médias et communication
Lecture : 20 minQuiz de 12 questions
# Médias et communication
## Objectifs et prérequis
Ce chapitre vise à approfondir la maîtrise des structures grammaticales latines essentielles à l’analyse des discours politiques et historiques, tout en développant la capacité à identifier, traduire et produire des propositions subordonnées circonstancielles (temporelles, hypothétiques, concessives) et à conjuguer correctement les verbes déponents et semi-déponents. Il s’inscrit dans la continuité de l’étude du subjonctif actif et prépare à l’analyse critique de textes authentiques de Cicéron, Salluste, César et Tacite.
Prérequis : maîtrise de la conjugaison des verbes réguliers (1ᵉʳ, 2ᵉ, 3ᵉ et 4ᵉ conjugaisons), du participe présent et parfait, du subjonctif présent et imparfait, des propositions subordonnées complétives et relatives, ainsi que du vocabulaire de base du discours politique (ordo, senatus, populus, libertas, pax, bellum).
## Introduction
Le chapitre « Médias et communication » ne traite pas des médias modernes, mais de la puissance de la parole dans l’Antiquité romaine comme instrument de pouvoir, de persuasion et de construction de l’identité civique. Les Romains considéraient l’oratoire comme un art fondamental de la vie publique : convaincre le sénat, mobiliser le peuple, justifier une guerre ou défendre un accusé passait par la maîtrise du langage. Ce chapitre explore donc, à travers l’étude de textes authentiques, comment la grammaire latine — notamment la conjugaison déponente, les subordonnées circonstancielles et le subjonctif — sert à exprimer la nuance, la condition, le temps et la concession dans des discours politiques et historiques. Chaque leçon articule réflexion grammaticale et analyse de corpus pour montrer que la langue n’est pas un outil neutre, mais un vecteur de pensée et d’influence.
## I. La conjugaison déponente et semi-déponente
Les verbes déponents ont une forme passive mais un sens actif. Ils sont fréquents dans le discours latin, notamment pour exprimer des actions liées à la pensée, à la parole ou à l’état moral. Les semi-déponents n’ont que quelques formes déponents (généralement au parfait) ; le reste suit la conjugaison active.
### Définition et caractéristiques
> Un verbe déponent est un verbe qui, bien que conjugué à la voix passive, exprime une action active.
> Un verbe semi-déponent présente une déponence uniquement au parfait et au plus-que-parfait ; les autres temps sont actifs.
Les déponents les plus courants : *loqui* (parler), *sequi* (suivre), *vereri* (craindre), *adii* (approcher), *orti* (naître), *gredi* (marcher), *patior* (souffrir).
Les semi-déponents : *audeo* (oser), *gaudeo* (se réjouir), *soleo* (avoir l’habitude), *fido* (faire confiance).
### Conjugaison du présent de l’indicatif
| Verbe (infinitif) | 1ᵉʳ pers. sing. | 2ᵉ pers. sing. | 3ᵉ pers. sing. | 1ᵉʳ pers. plur. | 2ᵉ pers. plur. | 3ᵉ pers. plur. |
|-------------------|-----------------|----------------|----------------|-----------------|----------------|----------------|
| loqui | loquor | loqueris | loquitur | loquimur | loquimini | loquuntur |
| sequi | sequor | sequeris | sequitur | sequimur | sequimini | sequuntur |
| vereri | veror | vereris | veretur | verimur | verimini | veruntur |
| audeo (semi-) | audeo | audes | audet | audemus | audetis | audent |
| gaudeo (semi-) | gaudeo | gaudes | gaudet | gaudemus | gaudetis | gaudent |
### Exemples avec traduction
- *Cicero in senatu loquitur de libertate.* → Cicéron parle au sénat de la liberté.
- *Sallustius hostes sequitur per montes.* → Salluste poursuit les ennemis à travers les montagnes.
- *Cives verentur ne bellum exsurgat.* → Les citoyens craignent que la guerre ne surgisse.
- *Audemus dicere veritatem.* → Nous osons dire la vérité.
- *Populus gaudet pacem restitutam.* → Le peuple se réjouit de la paix rétablie.
### Exercice 1 : Conjuguez à l’indicatif présent
1. (loqui) → Je parle : _loquor_
2. (sequi) → Tu suis : _sequeris_
3. (vereri) → Il/Elle craint : _veretur_
4. (audeo) → Nous osons : _audemus_
5. (gaudeo) → Ils/elles se réjouissent : _gaudent_
### Exercice 2 : Traduisez
1. *Legati ad Caesarem veniunt ut pacem petant.* → Les légats viennent auprès de César pour demander la paix.
2. *Milites verentur ne hostes urbem obsideant.* → Les soldats craignent que les ennemis ne assiègent la ville.
3. *Orator in foro loquitur ut civis consilium capiant.* → L’orateur parle au forum afin que les citoyens prennent une décision.
## II. La puissance de la parole (étude de quelques discours : Cicéron, Salluste,…)
Ce titre introduit l’analyse de textes authentiques pour montrer comment la grammaire sert la rhétorique. On examine ici des extraits des *Catilinaires* de Cicéron et de la *Conjuration de Catilina* de Salluste.
### Extrait de Cicéron, *Première Catilinaire* (vers 5-6)
> *Quo usque tandem abutere, Catilina, patientia nostra? Quamdiu etiam furor iste tuus nos eludet? Quem ad finem sese effrenata iactabit audacia?*
> Jusque à quand abuserez-vous, Catilina, de notre patience ? Jusqu’à quand cette folie vous échappera-t-elle ? Jusqu’à quel point votre audace débridée se précipitera-t-elle ?
**Analyse grammaticale** :
- *abutere* (2ᵉ pers. plur. prés. ind. de *abuti*, déponent) : tu abuses
- *patientia nostra* (ablatif de cause) : de notre patience
- *furor iste tuus* (nom sujet) : cette folie de toi
- *nos eludet* (futur simple de *eludere*) : vous échappera
- *sese effrenata iactabit* (futur simple de *iactare*, avec complément réfléchi *sese*) : votre audace débridée se précipitera
- *Quo usque tandem… ? Quemdiu… ? Quem ad finem… ?* : trois questions rhétoriques en chaîne, typique de l’anaphore pour intensifier l’accusation.
### Extrait de Salluste, *Conjuration de Catilina*, chap. 20
> *Catilina, cum multa adhuc agere haberet, cum senatus de eo sententiam ferret, cum omnes bonos metuerent, se in exilium contulit.*
> Catilina, alors qu’il avait encore beaucoup à faire, alors que le sénat délibérait sur son cas, alors que tous les honnêtes gens avaient peur, se retira en exil.
**Analyse grammaticale** :
- *cum* + subjonctif = proposition temporelle : chaque *cum* introduit une circonstance de temps simultanée.
- *agere haberet* (plus-que-parfait du subjonctif de *ago*) : avait encore à faire
- *sententiam ferret* (imparfait du subjonctif de *fero*) : délibérait
- *metuerent* (imparfait du subjonctif de *metuo*) : avaient peur
- *se contulit* (parfait de *conferre*, déponent au sens actif) : se retira
> La conjonction *cum* suivie du subjonctif exprime une circonstance de temps, de cause ou de concession selon le contexte. Ici, elle marque le temps simultané.
### Exercice 3 : Traduisez et analysez
1. *Cicero in senatu clamat: “Hostis intra portas est!”* → Cicéron crie au sénat : « L’ennemi est à l’intérieur des portes ! »
- *clamat* : 3ᵉ pers. sing. prés. ind. de *clamare* (actif)
- *Hostis intra portas est* : proposition déclarative, *est* = 3ᵉ pers. sing. prés. ind. de *esse*
2. *Sallustius narrat: “Catilina, cum multos adhuc seduceret, tamen in urbe remansit.”* → Salluste raconte : « Catilina, alors qu’il séduisait encore beaucoup de gens, néanmoins resta en ville. »
- *cum... seduceret* : proposition temporelle (subjonctif imparfait)
- *tamen* : adverbe de concession
- *remansit* : parfait de *manere* (actif)
## III. Les propositions subordonnées circonstancielles : la temporelle, l’hypothétique et la concessive
Cette leçon introduit les trois types de subordonnées circonstancielles étudiées dans ce chapitre : temporelle (quand ?), hypothétique (si ?), concessive (bien que ?). On examine leurs marqueurs, leurs temps verbaux et leurs fonctions.
### Proposition subordonnée temporelle
> Une proposition subordonnée temporelle indique le moment de l’action principale par rapport à celle de la subordonnée. Elle est introduite par *cum*, *postquam*, *ubi*, *antequam*, *dum*, *donec*, *quoad*, *priusquam*.
| Conjonction | Sens | Temps du verbe subordonné | Exemple | Traduction |
|-------------|------|----------------------------|---------|------------|
| *cum* | quand / alors que | indicatif (fait accompli) ou subjonctif (circonstance simultanée, répétée, ou hypothétique) | *Cum veni, vidi, vici.* | Quand je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu. |
| *postquam* | après que | indicatif (parfait ou plus-que-parfait) | *Postquam Caesar venit, bellum cessavit.* | Après que César fut venu, la guerre cessa. |
| *ubi* | où / quand | indicatif (fait accompli) | *Ubi hostes venerunt, portae clausae sunt.* | Quand les ennemis sont venus, les portes étaient fermées. |
| *antequam* | avant que | subjonctif (action non encore réalisée) | *Antequam venias, praepara omnia.* | Avant que tu ne viennes, prépare tout. |
| *dum* | tant que / tandis que | indicatif (action en cours) ou subjonctif (attente, crainte) | *Dux dum pugnat, milites sequuntur.* | Le chef, tandis qu’il combat, les soldats le suivent. |
| *donec* | jusqu’à ce que | indicatif (action accomplie) ou subjonctif (attente) | *Miles donec hostem vidit, tacuit.* | Le soldat, jusqu’à ce qu’il voie l’ennemi, se tut. |
| *priusquam* | avant que | subjonctif | *Priusquam senatus congregatus est, orator exivit.* | Avant que le sénat ne se soit rassemblé, l’orateur est sorti. |
> La conjonction *cum* au subjonctif exprime une circonstance de temps simultanée, répétée ou hypothétique ; à l’indicatif, elle exprime un fait accompli antérieur ou contemporain.
### Proposition subordonnée hypothétique
> Une proposition subordonnée hypothétique exprime une condition sous laquelle l’action principale se réalise ou ne se réalise pas. Elle est introduite par *si*, *ni*, *nisi*, *si non*.
| Type | Structure | Exemple | Traduction |
|------|-----------|---------|------------|
| Réelle (condition possible) | *si* + indicatif (présent/futur) → indicatif (présent/futur/impératif) | *Si pluit, domus manet sicca.* | S’il pleut, la maison reste sèche. |
| Irréelle du présent | *si* + imparfait du subjonctif → conditionnel présent | *Si essem consul, pacem ferrent.* | Si j’étais consul, ils apporteraient la paix. |
| Irréelle du passé | *si* + plus-que-parfait du subjonctif → conditionnel passé | *Si fecissem hoc, laudatus essem.* | Si j’avais fait cela, j’aurais été loué. |
| Négative | *nisi* / *si non* = sauf si | *Nisi venias, non ibimus.* | Si tu ne viens pas, nous n’irons pas. |
> Le conditionnel latin se forme avec l’infinitif + les terminaisons de *velle* (-am, -as, -at, -amus, -atis, -ant) pour le présent ; le parfait + *fuissem*, *fuisses*, etc. pour le passé.
### Proposition subordonnée concessive
> Une proposition subordonnée concessive exprime une opposition ou une réserve : l’action principale se réalise malgré la circonstance exprimée. Elle est introduite par *quamvis*, *etsi*, *etsi non*, *licet*, *etsi quamvis*, *quamquam*.
| Conjonction | Sens | Temps du verbe subordonné | Exemple | Traduction |
|-------------|------|----------------------------|---------|------------|
| *quamvis* | bien que | subjonctif (présent ou parfait) | *Quamvis pauci sint, fortiter pugnant.* | Bien qu’ils soient peu nombreux, ils combattent vaillamment. |
| *etsi* | même si | subjonctif | *Etsi timuerimus, tamen pugnabimus.* | Même si nous avons peur, néanmoins nous combattrons. |
| *licet* | bien que | subjonctif | *Licet nox veniat, iterumus.* | Bien que la nuit vienne, nous poursuivons la route. |
| *quamquam* | bien que | indicatif (fait établi) | *Quamquam hostes multi sunt, nos non timemus.* | Bien que les ennemis soient nombreux, nous n’avons pas peur. |
> *Quamquam* prend l’indicatif car elle présente une circonstance admise comme vraie ; les autres prennent le subjonctif car elles expriment une hypothèse ou une concession non réalisée.
### Exercice 4 : Complétez avec la bonne forme verbale
1. *Si tu ______ (venire) demain, nous partirons.* → *venias* (subjonctif présent après *si* pour condition réelle au futur)
2. *Bien qu’ils ______ (esse) fatigués, ils continuèrent.* → *essent* (subjonctif imparfait après *quamvis*)
3. *Après que le général ______ (venire), la paix fut rétablie.* → *vēnerat* (plus-que-parfait de l’indicatif après *postquam*)
4. *Même si nous ______ (metuere) la mort, nous ne céderons pas.* → *metueremus* (subjonctif plus-que-parfait après *etsi*)
5. *Avant que tu ______ (discedere), écoute-moi.* → *discedas* (subjonctif présent après *antequam*)
### Exercice 5 : Traduisez
1. *Si Cicero vivet, rem publicam servabit.* → Si Cicéron vit, il sauvera la République.
2. *Quamvis hostes urbem obsideant, civitas non capit.* → Bien que les ennemis assiègent la ville, la cité ne se rend pas.
3. *Postquam Senatus decretum fecit, exercitus discessit.* → Après que le sénat ait pris une décision, l’armée se retira.
4. *Licet nox obscura sit, iterumus per silvam.* → Bien que la nuit soit sombre, nous poursuivons notre route à travers la forêt.
5. *Dum Caesar loquitur, senatus attentus est.* → Tant que César parle, le sénat est attentif.
## IV. Les propositions subordonnées circonstancielles : la temporelle, l’hypothétique et la concessive (suite)
Cette leçon approfondit l’usage des subordonnées circonstancielles dans des textes complexes, en mettant l’accent sur les combinaisons, les nuances de temps et les emplois littéraires ou rhétoriques.
### Combinaisons et emplois avancés
- *Cum* peut introduire une proposition de temps, de cause ou de concession selon le contexte et le verbe :
- *Cum veni, vidi, vici.* (temps : quand je suis venu…)
- *Cum ita sit, taceamus.* (cause : puisque c’est ainsi, taisons-nous)
- *Cum ita sit, tamen perseveramus.* (concession : bien que ce soit ainsi, néanmoins nous persévérons)
- *Dum* avec subjonctif exprime souvent l’attente ou la crainte :
- *Dux dum hostem exspectaret, tacuit.* → Le chef, tandis qu’il attendait l’ennemi, se tut.
- *Donec* avec subjonctif indique une attente jusqu’à une action future :
- *Miles donec signum vidisset, tacuit.* → Le soldat, jusqu’à ce qu’il eût vu le signal, se tut.
- *Priusquam* et *antequam* sont souvent interchangeables, mais *priusquam* insiste davantage sur l’antériorité.
- Dans les périodes complexes, les subordonnées peuvent s’emboîter :
> *Si Cicero, cum senatus congregatus esset, veritatem dixisset, populous eum laudavisset.*
> Si Cicéron, alors que le sénat était rassemblé, avait dit la vérité, le peuple l’aurait loué.
Ici : *cum* + plus-que-parfait du subjonctif (circonstance passée), *si* + plus-que-parfait du subjonctif (condition irréelle du passé), conditionnel passé dans la principale.
### Exemple tiré de Tacite, *Annales*, I, 1
> *Augustus mortuus est, cum omnes bonos metuerent, nisi Tiberius imperium suscepisset.*
> Auguste mourut, alors que tous les honnêtes gens avaient peur, sauf si Tibère avait pris le pouvoir.
**Analyse** :
- *Augustus mortuus est* : parfait indicatif (fait accompli)
- *cum omnes bonos metuerent* : *cum* + imparfait du subjonctif → circonstance de temps simultanée (alors que…)
- *nisi Tiberius imperium suscepisset* : *nisi* + plus-que-parfait du subjonctif → condition négative irréelle du passé (sauf si… n’avait pas pris)
- Sous-entendu : Auguste est mort ; les bons avaient peur ; mais Tibère a pris le pouvoir, donc la crainte a cessé.
### Exercice 6 : Analysez la subordonnée
1. *Postquam Caesar in Galliam venisset, bellum coeptum est.*
- *Postquam* + plus-que-parfait du subjonctif → action antérieure à la principale (après que César fût venu…)
2. *Si sis sapiens, tacebis.*
- *Si* + présent du subjonctif → condition réelle au futur (si tu es sage…)
3. *Quamvis pauci sint, fortiter pugnant.*
- *Quamvis* + présent du subjonctif → concession (bien qu’ils soient peu…)
4. *Dum hostes appropinquant, muros munimus.*
- *Dum* + indicatif présent → temps simultané (tant que les ennemis approchent…)
5. *Priusquam senatus decretum fecit, orator exiit.*
- *Priusquam* + parfait du subjonctif → action non encore réalisée au moment de la principale (avant que le sénat n’eût pris…)
### Exercice 7 : Traduisez
1. *Si Cicero non fuisset consul, Catilina victoriam reportasset.*
→ Si Cicéron n’avait pas été consul, Catilina aurait remporté la victoire.
2. *Quamvis nox obscura sit, iterumus per montes.*
→ Bien que la nuit soit sombre, nous poursuivons notre route à travers les montagnes.
3. *Postquam legati abierunt, senatus decretum fecit.*
→ Après que les légats furent partis, le sénat prit une décision.
4. *Dux dum pugnavit, milites non desierunt sequi.*
→ Le chef, tandis qu’il combattait, les soldats n’ont pas cessé de le suivre.
5. *Nisi venias cras, non ibimus ad forum.*
→ Si tu ne viens pas demain, nous n’irons pas au forum.
## V. Développement d'un corpus sur "Quelques discours : Cicéron, Salluste,…"
Cette leçon consiste en l’analyse approfondie d’un corpus de textes authentiques extraits des œuvres de Cicéron et Salluste, en mettant en lumière les procédés grammaticaux et rhétoriques utilisés pour construire la persuasion.
### Corpus 1 : Cicéron, *Première Catilinaire*, vers 1-4
> *Quo usque tandem abutere, Catilina, patientia nostra? Quamdiu etiam furor iste tuus nos eludet? Quem ad finem sese effrenata iactabit audacia? Nihilne te nocturnum praesidium Palati, nihil urbis vigiliae, nihil timor populi, nihil concursus bonorum omnium, nihil hic munitissimus habendi senatus locus, nihil horum moveret?*
> Jusque à quand abuserez-vous, Catilina, de notre patience ? Jusqu’à quand cette folie vous échappera-t-elle ? Jusqu’à quel point votre audace débridée se précipitera-t-elle ? Rien ne vous arrête-t-il donc ? Ni la garde nocturne du Palatin, ni la veille de la ville, ni la crainte du peuple, ni l’assemblée de tous les honnêtes gens, ni ce lieu du sénat si fortement gardé, ni rien de tout cela ne vous émeut ?
**Analyse grammaticale et rhétorique** :
- *abutere* : déponent, 2ᵉ pers. plur. prés. ind. → tu abuses
- *patientia nostra* : ablatif de cause → de notre patience
- *furor iste tuus* : nom sujet de *eludet* → cette folie de toi
- *nos eludet* : futur simple de *eludere* → vous échappera
- *sese effrenata iactabit* : *iactare* au futur simple avec complément réfléchi *sese* → votre audace débridée se précipitera
- *Nihilne… moveret ?* : question rhétorique en anaphore (*nihil… nihil… nihil…*) avec verbe au subjonctif imparfait (*moveret*) → exprime une irréalité : « Rien ne vous émeut-il donc ? » (sous-entendu : non, rien ne vous émeut)
- *concursus bonorum omnium* : génitif du complément → l’assemblée de tous les honnêtes gens
- *munitissimus* : superlatif de *munitus* → le plus fortement gardé
> L’anaphore de *nihil* intensifie l’accusation ; le subjonctif imparfait dans la question rhétorique exprime l’incrédulité du locuteur : il ne croit pas que quelque chose puisse arrêter Catilina.
### Corpus 2 : Salluste, *Conjuration de Catilina*, chap. 27
> *Catilina, cum multa adhuc agere haberet, cum senatus de eo sententiam ferret, cum omnes bonos metuerent, se in exilium contulit. Sed non longō interfectus est, quia in via a militibus intercepted est.*
> Catilina, alors qu’il avait encore beaucoup à faire, alors que le sénat délibérait sur son cas, alors que tous les honnêtes gens avaient peur, se retira en exil. Mais il ne fut pas longtemps après tué, car il fut intercepté sur la route par des soldats.
**Analyse grammaticale** :
- Trois propositions temporelles introduites par *cum* + imparfait du subjonctif :
- *cum multa adhuc agere haberet* → alors qu’il avait encore beaucoup à faire
- *cum senatus de eo sententiam ferret* → alors que le sénat délibérait sur son cas
- *cum omnes bonos metuerent* → alors que tous les honnêtes gens avaient peur
- *se contulit* : parfait de *conferre*, déponent au sens actif → se retira
- *Sed non longō interfectus est* : *longō* = ablatif de temps → pas longtemps après ; *interfectus est* = parfait passif de *interficere* → fut tué
- *quia in via a militibus interceptus est* : *quia* + parfait passif → car il fut intercepté sur la route par des soldats
> L’enchaînement de *cum* + subjonctif crée un effet de simultanéité dramatique : toutes ces circonstances coexistent au moment où Catilina agit. La phrase principale (*se contulit*) est brève, contrastant avec la longueur des circonstances, pour souligner l’acte soudain malgré le contexte tendu.
### Exercice 8 : Traduisez et identifiez les subordonnées
1. *Cicero in senatu clamat: “Hostis intra portas est! Si non cito agimus, urbs peribit!”*
→ Cicéron crie au sénat : « L’ennemi est à l’intérieur des portes ! Si nous n’agissons pas vite, la ville périra ! »
- *Si non cito agimus* : *si* + présent de l’indicatif → condition réelle au futur
- *urbs peribit* : futur simple de *perire* → la ville périra
2. *Sallustius narrat: “Catilina, cum multos adhuc seduceret, tamen in urbe remansit. Quamvis timuerat, non cessavit machinari.”*
→ Salluste raconte : « Catilina, alors qu’il séduisait encore beaucoup de gens, néanmoins resta en ville. Bien qu’il eût eu peur, il ne cessa pas de comploter. »
- *cum... seduceret* : *cum* + imparfait du subjonctif → circonstance de temps simultanée
- *tamen* : adverbe de concession
- *Quamvis timuerat* : *quamvis* + plus-que-parfait du subjonctif → bien qu’il eût eu peur
- *non cessavit machinari* : il ne cessa pas de comploter
### Exercice 9 : Complétez le tableau
| Texte | Auteur | Type de subordonnée | Conjonction | Temps verbal | Fonction |
|-------|--------|---------------------|-------------|--------------|----------|
| *Quo usque tandem abutere… ?* | Cicéron | Interrogative rhétorique | — | Présent ind. (*abutere*) | Accusation, pression |
| *cum senatus de eo sententiam ferret* | Salluste | Temporelle | *cum* | Imparfait subjonctif | Circonstance simultanée |
| *Si non cito agimus, urbs peribit* | Cicéron | Hypothétique | *si* | Présent ind. | Condition réelle au futur |
| *Quamvis timuerat, non cessavit* | Salluste | Concessive | *quamvis* | Plus-que-parfait subjonctif | Opposition malgré la peur |
| *se in exilium contulit* | Salluste | Principale | — | Parfait ind. (déponent) | Action principale |
## VI. Les propositions subordonnées circonstancielles
Cette leçon fait un bilan transversal des trois types étudiés, en insistant sur les pièges fréquents et les emplois littéraires.
### Tableau récapitulatif des subordonnées circonstancielles
| Type | Conjonctions principales | Temps du verbe subordonné | Exemple | Traduction |
|------|--------------------------|----------------------------|---------|------------|
| Temporelle | *cum, postquam, ubi, antequam, dum, donec, priusquam* | Indicatif (fait accompli) ou subjonctif (circonstance, attente, hypothétique) | *Cum veni, vidi, vici.* | Quand je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu. |
| Hypothétique | *si, ni, nisi, si non* | Indicatif (réelle) ou subjonctif (irréelle) | *Si essem consul, pacem ferrent.* | Si j’étais consul, ils apporteraient la paix. |
| Concessive | *quamvis, etsi, licet, quamquam* | Subjonctif (sauf *quamquam* : indicatif) | *Quamvis pauci sint, fortiter pugnant.* | Bien qu’ils soient peu nombreux, ils combattent vaillamment. |
### Pièges fréquents
- Confondre *cum* + indicatif (fait accompli) avec *cum* + subjonctif (circonstance) :
- *Cum veni, vidi.* (Quand je suis venu, j’ai vu → fait accompli)
- *Cum venissem, vidissem.* (Si j’étais venu, j’aurais vu → irréel du passé)
- Oublier que *dum* avec subjonctif exprime l’attente ou la crainte :
- *Dux dum hostem exspectaret, tacuit.* (Le chef, tandis qu’il attendait l’ennemi, se tut)
- Croire que *quamquam* prend toujours le subjonctif : elle prend l’indicatif car elle présente un fait établi.
- Confondre *priusquam* et *postquam* : l’un exprime l’antériorité, l’autre la postériorité.
- Utiliser l’indicatif après *si* pour une irréelle : il faut toujours le subjonctif pour les conditions irréelles du présent ou du passé.
> La conjonction *cum* au subjonctif ne marque jamais un fait accompli, mais toujours une circonstance de temps, de cause ou de concession dépendant du contexte.
> Après *antequam* et *priusquam*, le verbe est toujours au subjonctif, car l’action n’est pas encore réalisée au moment de la principale.
> La concessive *quamvis* exige toujours le subjonctif, même si la circonstance est vraie, car elle exprime une opposition logique, pas une affirmation de fait.
> Dans les questions rhétoriques avec *nihilne… ?*, le verbe est souvent au subjonctif imparfait pour exprimer l’incrédulité ou le doute rhétorique.
> Le verbe *interficere* (tuer) au passif (*interfectus est*) est fréquent dans les récits historiques pour désigner une violence étatique ou militaire.
> L’ablatif absolu (*nom + participe*) est souvent utilisé avec les subordonnées circonstancielles pour ajouter du contexte : *His rebus gestis, senatus decretum fecit.* → Ces choses ayant été faites, le sénat prit une décision.
### Exercice 10 : Corrigez les erreurs
1. *Cum veni, vidi, vici.* → (Correct : fait accompli)
2. *Cum venissem, vidi.* → Erreur : après *cum* au subjonctif, la principale doit aussi être au subjonctif si c’est irréel. Corrigez : *Cum venissem, vidissem.*
3. *Si venias, vidi.* → Erreur : après *si* au présent du subjonctif (condition réelle), la principale doit être au futur ou à l’impératif. Corrigez : *Si venias, videbis.*
4. *Quamquam pauci essent, pugnaverunt.* → Erreur : *quamquam* prend l’indicatif. Corrigez : *Quamquam pauci sunt, pugnaverunt.*
5. *Dux dum pugnavit, milites sequuntur.* → Erreur : *dum* avec indicatif présent exprime une action en cours, mais la principale est au parfait. Corrigez : *Dux dum pugnabat, milites sequuntur.* (ou *Dux dum pugnavit, milites secuti sunt*)
Quiz du chapitre
12 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.