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Chapitre 8

Minéraux non métalliques (partie 5/5)

Lecture : 11 minQuiz de 10 questions

## Objectifs et prérequis **À la fin de ce chapitre, l’élève sera capable de :** - rappeler les principales familles de minéraux non métalliques exploités au Cameroun et leurs caractéristiques essentielles ; - mettre en œuvre les procédés d’échantillonnage, d’analyse et d’interprétation des résultats conformément aux normes MINESEC/IGE ; - proposer des actions de remédiation (lavage, broyage, classification, ajout d’additifs) pour corriger les écarts de qualité détectés ; - appliquer les règles de sécurité et d’hygiène spécifiques aux ateliers de traitement des minéraux non métalliques. **Prérequis :** - connaissances de base en chimie générale (solubilité, pH, réactions d’oxydo‑réduction) ; - notions de mécanique des fluides et de granulométrie ; - maîtrise des unités du Système international (kg, m³, °C, % masse) ; - familiarité avec les équipements de laboratoire (balances, tamis, four à perte au feu). --- ## Introduction contextualisée Les minéraux non métalliques (calcaires, argiles, sables, phosphates, gypse, etc.) constituent la matière première de nombreuses industries camerounaises : construction, céramique, engrais, papier et produits chimiques. Leur qualité varie selon le gisement, le mode d’extrait et les traitements subis. Une bonne maîtrise de l’évaluation et de la remédiation permet d’assurer la conformité aux cahiers des charges, de limiter les rebuts et de garantir la sécurité des travailleurs. Ce chapitre s’inscrit dans la logique de l’approche par compétences : l’élève doit non seulement connaître les faits, mais aussi savoir les mettre en pratique dans des situations professionnelles réalistes (chantier de carrière, laboratoire de contrôle qualité, atelier de préparation). --- ## I. Révision générale ### 1. Rappel des familles de minéraux non métalliques > **Famille** : groupe de minéraux partageant une composition chimique similaire et des usages industriels proches. | Famille | Exemple camerounais | Composition principale | Utilisation typique | |---------|--------------------|------------------------|---------------------| | Carbonates | Calcaire de Ngaoundéré | CaCO₃ | Ciment, chaux, agrégats | | Silicates | Argile de Bertoua | Al₂Si₂O₅(OH)₄ | Céramique, briques, réfractaires | | Sulfates | Gypse de Maroua | CaSO₄·2H₂O | Plâtre, panneaux de plâtre | | Phosphates | Phosphorite de Lomie | Ca₅(PO₄)₃F | Engrais phosphatés | | Halures | Sel du Lac Tchad | NaCl | Industrie chimique, déglaçage | ### 2. Propriétés physiques et chimiques essentielles - **Densité apparente (ρ)** : masse volumique mesurée en kg m⁻³ ; influence le dosage dans les bétons. - **Granulométrie** : répartition des tailles de particules, exprimée en pourcentage passant un tamis donné (ex. : 80 % < 0,063 mm). - **Perte au feu (PAF)** : perte de masse après chauffage à 1000 °C pendant 1 h, due à la déshydratation ou à la décarbonatation ; unité : % masse. - **pH** : mesure de l’acidité/basicité d’une suspension aqueuse (souvent entre 6 et 9 pour les argiles). - **Capacité d’échange cationique (CEC)** : pour les argiles, exprimée en meq 100 g⁻¹, indique la capacité à retenir des nutriments. > **Règle de métier** : la PAF d’un calcaire destiné à la production de chaux doit être inférieure à 5 % masse ; au‑delà, le matériau est considéré comme trop impur. ### 3. Utilisations industrielles au Cameroun - **Construction** : calcaires et sables comme agrégats ; argiles pour briques et tuiles. - **Agriculture** : phosphorites traitées pour engrais NPK. - **Industrie chimique** : gypse pour plâtre ; sel pour chloration. - **Environnement** : argiles utilisées comme barrières d’étanchéité dans les décharges. --- ## II. Évaluation ### 1. Méthodes d’échantillonnage > **Principe** : obtenir un échantillon représentatif du lot ou du flux de matière. - **Échantillonnage ponctuel** : prélèvement à un point donné (ex. : benne de camion). - **Échantillonnage composé** : mélange de plusieurs ponctuels pour réduire la variabilité. - **Échantillonnage continu** : utilisation d’un coupe‑flux sur un convoyeur (adapté aux carrières de grande capacité). **Procédure type (MINESEC/IGE)** : 1. Nettoyer les outils (pelle, seau) pour éviter la contamination. 2. Prélever environ 1 kg de matériau tous les 10 m³ de flux. 3. Mélanger les prélèvements dans un seau propre, puis réduire par concassage et tamisage à ~200 g pour l’analyse. ### 2. Analyses de laboratoire | Analyse | Objectif | Méthode courante | Unité de résultat | |---------|----------|------------------|-------------------| | Granulométrie | Déterminer la répartition des tailles | Tamisage série (mesh 4 mm → 0,063 mm) | % passant chaque maille | | Densité apparente | Évaluer la compacité | Pycnomètre ou méthode du récipient connu | kg m⁻³ | | Perte au feu (PAF) | Quantifier les composés volatils | Chauffage à 1000 °C 1 h dans four à atmosphère neutre | % masse | | pH de suspension | Mesurer l’acidité/basicité | Électrode pH dans suspension 1:2,5 (solide/eau) | – | | Teneur en SiO₂, Al₂O₃, CaO, etc. | Composition chimique | Fluorescence X (XRF) ou titration | % masse | | CEC (pour argiles) | Capacité d’échange | Méthode de l’acétate d’ammonium | meq 100 g⁻¹ | > **Formule de la perte au feu** : > \[ > \text{PAF (\%)} = \frac{m_{\text{avant}} - m_{\text{après}}}{m_{\text{avant}}} \times 100 > \] > où \(m_{\text{avant}}\) et \(m_{\text{après}}\) sont les masses en grammes. ### 3. Interprétation des résultats et conformité aux normes - **Normes camerounaises** (ex. : NC 001‑2020 pour les calcaires de construction) fixent des seuils maximaux de PAF, de teneur en MgO et de granulométrie. - Un résultat hors tolérance déclenche une **non‑conformité** ; le lot doit être soit retraité, soit rejeté. - Le **bulletin d’analyse** doit mentionner : référence de l’échantillon, date, méthode, résultat, incertitude (± 0,5 % pour la PAF généralement). > **Point de contrôle** : si la PAF d’un calcaire dépasse 5 % masse, vérifier la présence de matière organique ou de sulfates pouvant entraîner une décomposition supplémentaire à haute température. --- ## III. Remédiation ### 1. Traitements de base - **Lavage** : élimination des particules fines et des solubles (sels, argiles) par agitation dans de l’eau suivie de décantation. - **Broyage** : réduction de la taille des particules pour améliorer la réactivité (ex. : broyage à boulets jusqu’à D₅₀ < 0,075 mm). - **Classification** : séparation par taille (tamisage ou hydrocyclone) pour obtenir des fractions conformes au cahier des charges. > **Procédé de lavage typique** : > 1. Charger 500 kg de matériau dans une cuve de 2 m³. > 2. Ajouter 1 m³ d’eau, agiter 30 min à 150 tr/min. > 3. Laisser décanter 20 min, évacuer la surnageante chargée en particules < 0,063 mm. > 4. Récupérer le sédiment, le égoutter et le sécher à 105 °C jusqu’à poids constant. ### 2. Corrections de qualité - **Ajout d’additifs** : chaux vive (CaO) pour augmenter la basicité d’une argile acide ; sulfate de sodium pour réduire la teneur en argile gonflante. - **Stabilisation** : incorporation de ciment Portland (5‑10 % masse) dans les sables destinés aux couches de fondation pour améliorer la résistance à la compression. - **Réhydratation contrôlée** : pour le gypse, ajouter de l’eau sous vide afin d’obtenir la forme dihydratée optimale pour le plâtre. > **Exemple de correction** : un lot d’argile présente une CEC de 12 meq 100 g⁻¹, inférieure au minimum requis de 15 meq 100 g⁻¹ pour la fabrication de briques réfractaires. On ajoute de la bentonite pure (CEC ≈ 80 meq 100 g⁻¹). Soit \(x\) la fraction massique de bentonite ajoutée. Alors : > \[ > (1-x)\times12 + x\times80 = 15 > \] > \[ > 12 + 68x = 15 \;\Rightarrow\; x = \frac{3}{68} \approx 0,044 \;(4,4\% \text{ masse}) > \] > Ainsi, pour 1 kg d’argile, il faut ajouter environ **44 g de bentonite** pour obtenir une CEC d’environ 15 meq 100 g⁻¹. ### 3. Gestion des déchets et sécurité - **Déchets de lavage** : eaux chargées en fines et en solides suspendus doivent être traitées dans un bassin de décantation avant rejet ou réutilisation. - **Poussières** : porter un masque filtrant (FFP2) et utiliser des systèmes d’aspiration localisée lors du broyage ou du tamisage. - **Manutention des produits chimiques** (chaux vive, bentonite) : gants nitrile, lunettes de protection, éviter le contact avec la peau (risque de brûlures alcalines). - **Stockage** : séparer les matières acides (sulfates) des matières basiques (chaux) pour prévenir les réactions exothermiques inattendues. > **Consigne de sécurité** : en cas de projection de chaux vive sur la peau, rincer abondamment à l’eau pendant au moins 15 min et consulter un médecin. --- ## Synthèse du chapitre - Les minéraux non métalliques sont classés par familles (carbonates, silicates, sulfates, phosphates, halures) avec des usages spécifiques au Cameroun. - Les propriétés clés à contrôler : densité apparente, granulométrie, perte au feu, pH, CEC. - L’échantillonnage doit être représentatif ; les analyses suivent des protocoles normalisés (tamisage, pycnomètre, four à perte au feu, XRF). - La perte au feu se calcule par \(\frac{m_{\text{avant}}-m_{\text{après}}}{m_{\text{avant}}}\times100\). - Les actions de remédiation comprennent lavage, broyage, classification, ajout d’additifs (chaux, bentonite, ciment) et stabilisation. - La sécurité impose le port d’EPI, la gestion des poussières et des eaux de lavage, ainsi que le stockage séparé des produits incompatibles. - Tout résultat hors norme déclenche une procédure de retraitement ou de rejet selon les normes MINESEC/IGE. --- ## Glossaire - **Granulométrie** : répartition des tailles de particules d’un matériau solide. - **Perte au feu (PAF)** : pourcentage de masse perdu lors d’un chauffage à haute température, lié à la déshydratation ou à la décarbonatation. - **CEC (Capacité d’échange cationique)** : quantité d’ions échangeables qu’un solide peut retenir, exprimée en meq 100 g⁻¹. - **pycnomètre** : dispositif permettant de mesurer la densité apparente d’une poudre ou d’un granulé. - **Bentonite** : argile riche en montmorillonite, utilisée pour augmenter la CEC ou la viscosité des boues. - **Chaux vive (CaO)** : oxyde de calcium obtenu par calcination du calcaire, utilisé comme correcteur de basicité. - **Hydrocyclone** : appareil de séparation par centrifugation utilisé pour classer les particules en suspension dans un liquide. - **XRF (Fluorescence X)** : technique d’analyse élémentaire non destructive basée sur l’émission de rayons X secondaires. --- ## Exercices d'application corrigés ### Exercice 1 – Calcul de la perte au feu Un échantillon de calcaire de 2,350 g est chauffé à 1000 °C pendant 1 h. Après refroidissement, sa masse est de 2,210 g. **Corrigé** : \[ \text{PAF} = \frac{2,350 - 2,210}{2,350}\times100 = \frac{0,140}{2,350}\times100 = 6,0\% \] La perte au feu est de **6,0 % masse**, ce qui dépasse la limite de 5 % masse pour un calcaire destiné à la chaux. Le lot doit être considéré comme non conforme et soumis à un lavage pour éliminer les matières volatiles (matière organique, sulfates). ### Exercice 2 – Ajustement de la CEC d’une argile Une argile de carrière présente une CEC de 10,5 meq 100 g⁻¹. Le cahier des charges exige une CEC minimale de 14,0 meq 100 g⁻¹ pour la fabrication de tuiles réfractaires. On dispose de bentonite pure (CEC = 80 meq 100 g⁻¹). Quelle masse de bentonite ajouter à 1 kg d’argile pour atteindre la CEC requise ? **Corrigé** : Soit \(x\) la masse (en kg) de bentonite ajoutée. La masse totale devient \(1 + x\) kg. \[ \frac{(1\;\text{kg})\times10,5 + x\times80}{1 + x} = 14,0 \] \[ 10,5 + 80x = 14,0 + 14,0x \] \[ 80x - 14,0x = 14,0 - 10,5 \] \[ 66x = 3,5 \;\Rightarrow\; x = \frac{3,5}{66} \approx 0,053\;\text{kg} = 53\;\text{g} \] Il faut ajouter **≈ 53 g de bentonite** à 1 kg d’argile pour obtenir une CEC d’environ 14 meq 100 g⁻¹. --- ## Erreurs fréquentes et règles de sécurité | Situation | Erreur fréquente | Conséquence | Règle de prévention / bonne pratique | |-----------|------------------|-------------|--------------------------------------| | Échantillonnage sur un convoyeur | Prélever uniquement le matériau qui tombe sur le côté | Échantillon biaisé (trop de gros ou de trop fins) | Utiliser un coupe‑flux centré ou prélever plusieurs points transversaux et mélanger. | | Mesure de la PAF | Ouvrir le four avant la fin du cycle de refroidissement | Réabsorption d’humidité → mesure sous‑estimée | Laisser le échantillon refroidir dans le four fermé à température ambiante avant pesée. | | Lavage d’argile | Utiliser de l’eau dure (riche en calcium) | Précipitation de carbonate qui augmente la masse apparente | Employer de l’eau déminéralisée ou ajouter un agent chélateur (EDTA) si nécessaire. | | Ajout de chaux vive | Verser la chaux vive directement sur la peau | Brûlure alcaline sévère | Toujours ajouter la chaux vive à l’eau (never water to lime) et porter gants, lunettes, masque. | | Stockage de gypse et de sulfates | Mélanger les deux dans le même silo | Réaction exothermique pouvant dégager de la chaleur et des gaz | Séparer les stocks par des cloisons physiques et vérifier l’étiquetage. | | Broyage à boulets | Surcharger le broyeur au-delà de 80 % de son volume | Surchauffe, usure prématurée, risque d’explosion de poussière | Respecter le taux de charge recommandé, installer un système de surveillance de température et d’extraction de poussières. | --- *Fin du cours.*

Quiz du chapitre

10 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Quelle est la définition d'un minéral non métallique ?
  2. 2. Quel minéral non métallique est principalement utilisé comme source de carbonate de calcium dans l'industrie du ciment ?
  3. 3. Quelle est la formule chimique du talc, minéral non métallique fréquemment utilisé comme charge dans les plastiques ?
  4. 4. Un échantillon de minerai de 500 kg contient 25 kg de minéral utile. Quelle est la teneur (grade) du minerai en pourcentage ?
  5. 5. Lors d'un procédé de concentration, le concentrat obtenu pèse 80 kg et contient 60 kg du minéral recherché. Si le minerai d'alimentation contenait initialement 100 kg du même minéral, quel est le taux de récupération ?
  6. 6. Une carrière extrait 2000 tonnes de calcaire dont la teneur en CaCO3 est de 95 %. Quelle est la masse pure de CaCO3 obtenue ?
  7. 7. Pourquoi le feldspath est-il ajouté comme matière première dans la fabrication des céramiques ?
  8. 8. Quel procédé de séparation physique est le plus adapté pour récupérer le mica d'un sable contenant également du quartz et du feldspath, sachant que le mica présente une forme lamellaire et une faible densité ?
  9. 9. Un minerai de 1000 tonnes présente une teneur de 1,2 % en minéral utile. Après traitement, on obtient un concentrat de 20 tonnes contenant 35 % du même minéral. Quel est le taux de récupération approximatif et la teneur du résidu ?
  10. 10. Quel procédé de traitement d'un minéral non métallique génère généralement la plus grande quantité de poussières dangereuses pour la santé ?