Chapitre 2
Thème 1 : Moyens de règlement et sûretés (partie 2/2)
Lecture : 19 minQuiz de 10 questions
## Objectifs et prérequis
**À la fin de ce cours, l’élève sera capable de :**
- Définir précisément la notion de sûreté et distinguer ses différents types (réelles, personnelles, privilèges).
- Expliquer les conditions de formation (contrat, inscription, tradition) et les modalités de constitution des principales sûretés utilisées au Cameroun (hypothèque, nantissement, cautionnement, privilège de vendeur, privilège de salaire).
- Analyser les effets des sûretés sur le débiteur, le créancier et les tiers (opposabilité, rang, droit de suite, droit de préférence).
- Décrire les causes d’extinction des sûretés (paiement, novation, renonciation, prescription, perte de la chose).
- Mettre en œuvre, dans un contexte professionnel camerounais, les démarches pratiques de constitution, de suivi et de mainlevée d’une sûreté (rédaction d’acte, formalités au registre foncier ou au registre du commerce, avis de saisie).
- Identifier les erreurs fréquentes et appliquer les règles de sécurité juridique liées aux sûretés.
**Prérequis :**
- Notions de droit des obligations (contrat, responsabilité, exécution forcée).
- Connaissance du régime général des privilèges et hypothèques tel que prévu par le Code civil camerounais (articles 2085 à 2122).
- Maîtrise du vocabulaire de base du droit commercial (créancier, débiteur, tiers, acte authentique, acte sous seing privé).
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## Introduction contextualisée
Dans le cadre du thème « Moyens de règlement et sûretés », la deuxième partie s’attache aux sûretés, instruments essentiels qui permettent au créancier de se prémunir contre le risque d’insolvabilité du débiteur. Au Cameroun, où les activités commerciales, agricoles et artisanales sont souvent financées par des crédits bancaires ou des avances de fournisseurs, la maîtrise des sûretés constitue un levier de sécurisation des transactions et un facteur de confiance pour les investisseurs.
Les entreprises, qu’elles soient de taille modeste (atelier de menuiserie à Yaoundé, exploitation de cacao dans la région du Sud) ou de grande envergure (sociétés minières dans l’Est, industries agroalimentaires du Littoral), recourent régulièrement à l’hypothèque sur un immeuble, au nantissement de stocks ou de créances, ou encore au cautionnement personnel d’un associé. Comprendre la définition, la typologie, la formation, les effets et les modalités d’extinction de ces mécanismes permet à l’élève de préparer son entrée dans la vie professionnelle avec des compétences directement applicables en comptabilité, en gestion de crédit ou en service juridique d’une entreprise.
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## I. Définition et typologie des sûretés
### 1. Définition juridique
> **Une sûreté est un droit réel ou personnel accordé au créancier sur un bien du débiteur ou sur la personne d’un tiers, destiné à garantir l’exécution d’une obligation.**
Cette définition, tirée de l’article 2085 du Code civil camerounais, souligne deux caractères essentiels :
- **Accessoire** : la sûreté dépend de l’obligation principale ; elle disparaît si l’obligation s’éteint.
- **Réalité ou personalité** : elle peut porter sur un bien (sûreté réelle) ou sur une personne (sûreté personnelle).
### 2. Typologie selon le droit camerounais
| Catégorie | Sous‑type | Exemple concret au Cameroun | Base légale |
|-----------|-----------|-----------------------------|-------------|
| **Sûretés réelles** | Hypothèque | Hypothèque sur un immeuble appartenant à une plantation de bananes dans le Sud‑Ouest pour garantir un prêt bancaire de 150 000 000 FCFA. | Arts. 2092‑2105 |
| | Nantissement | Nantissement du stock de matières premières (coton) d’une usine textile à Douala pour garantir un crédit fournisseur. | Arts. 2106‑2115 |
| | Privilege | Privilege de vendeur sur le matériel agricole vendu à crédit à un petit exploitant du Nord. | Arts. 2116‑2122 |
| **Sûretés personnelles** | Cautionnement simple | Caution d’un associé d’une SARL de construction pour un emprunt bancaire de 80 000 000 FCFA. | Arts. 2015‑2024 |
| | Caution solidaire | Caution solidaire d’un dirigeant d’une société de transport pour le paiement des salaires. | Arts. 2025‑2034 |
| | Garantie autonome (lettre de crédit) | Lettre de crédit émise par une banque camerounaise au profit d’un exportateur de cacao. | Réglementation UEMOA/BCEAO, pratique bancaire |
> **À retenir** : la sûreté réelle confère un droit de suite et un droit de préférence sur le bien grevé ; la sûreté personnelle ne donne qu’un droit de recours contre la caution.
### 3. Distinction avec les simples garanties de paiement
Contrairement à une simple clause pénale ou à une déchéance du terme, la sûreté crée un droit réel qui peut être opposé à tous les tiers, y compris les acquéreurs successifs du bien grevé.
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## II. Formation et modalités des sûretés
### 1. Conditions de formation communes
Pour qu’une sûreté soit valide, il faut respecter les trois conditions suivantes :
1. **Capacité** des parties (débiteur, créancier, éventuelle caution).
2. **Consentement** libre et éclairé (pas de violence, erreur ou dol).
3. **Objet licite et déterminé** (bien identifié ou somme d’argent clairement définie).
### 2. Formalités spécifiques selon le type de sûreté
| Sûreté | Acte constitutif | Formalité de publicité | Effet de la publicité |
|--------|------------------|------------------------|-----------------------|
| **Hypothèque** | Acte authentique devant notaire ou acte sous seing privé enregistré | Inscription au registre foncier (service du cadastre) | Opposabilité aux tiers dès l’inscription ; rang déterminé par la date d’inscription |
| **Nantissement** | Acte sous seing privé ou authentique | Dépôt du bordereau de nantissement au greffe du tribunal de commerce (pour les fonds de commerce) ou inscription au registre du mobilier (pour les stocks) | Opposabilité aux tiers après dépôt ; droit de suite sur le bien nanti |
| **Privilege de vendeur** | Facture ou acte de vente comportant la réserve de propriété | Aucun enregistrement requis, mais mention expresse de la réserve de propriété | Opposabilité aux tiers dès la livraison si la réserve est stipulée |
| **Cautionnement** | Acte de caution (sous seing privé ou authentique) | Aucun enregistrement obligatoire, mais recommandé pour la preuve | Opposabilité au créancier dès la signature ; la caution peut être poursuivie directement |
| **Lettre de crédit** | Engagement bancaire irrévocable | Notification au bénéficiaire et présentation des documents conformes | Paiement garanti par la banque émettrice dès conformité des documents |
> **À retenir** : l’inscription au registre foncier ou au registre du commerce confère à la sûreté réelle son caractère opposable aux tiers et fixe son rang parmi les créanciers inscrits.
### 3. Étapes pratiques de constitution d’une hypothèque (exemple d’un prêt agricole)
1. **Négociation du prêt** entre l’agriculteur (débiteur) et la banque (créancier).
2. **Évaluation du bien** (exploitation de 5 ha de manioc) par un expert agréé ; valeur estimée à 120 000 000 FCFA.
3. **Rédaction de l’acte d’hypothèque** devant notaire : description du bien, montant garanti (100 000 000 FCFA), taux d’intérêt, durée.
4. **Signature de l’acte** par les deux parties en présence du notaire.
5. **Demande d’inscription** auprès du service du cadastre du département concerné (ex. : Région du Sud, Département du Mfoundi).
6. **Paiement des frais d’inscription** (environ 0,5 % du montant garanti).
7. **Obtention du bordereau d’inscription** comportant le numéro et la date ; cet acte constitue la preuve de l’opposabilité.
8. **Suivi** : la banque conserve l’acte et surveille le respect des échéances ; en cas de défaut, elle peut poursuivre la procédure de saisie immobilière.
> **À retenir** : l’hypothèque ne confère pas la possession du bien au créancier ; le débiteur demeure propriétaire tant que l’obligation n’est pas exécutée.
### 4. Modalités du nantissement de créances (exemple d’un facteur)
Une société de distribution de boissons à Yaoundé cède à un facteur ses factures clients d’un montant total de 45 000 000 FCFA.
- **Convention de nantissement** signée entre la société (cedant) et le facteur (cautionnaire).
- **Bordereau de nantissement** listant chaque facture (numéro, date, montant, débiteur).
- **Notification** aux débiteurs clients de la cession du droit de paiement au facteur.
- **Enregistrement** du bordereau au registre du commerce (greffe du tribunal de Yaoundé) pour opposabilité aux tiers.
- **Recouvrement** : le facteur perçoit directement les paiements des clients ; en cas de défaut, il peut agir contre les débiteurs cédés.
> **À retenir** : le nantissement de créances transfère le droit de percevoir les sommes dues, mais ne transfère pas la propriété des créances elles‑mêmes ; le cédant reste responsable de la validité des créances cédées.
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## III. Effets, extinction et activités d’intégration
### 1. Effets des sûretés
| Effet | Description | Conséquence pratique |
|-------|-------------|----------------------|
| **Droit de préférence** | Le créancier garanti est payé en priorité sur les créanciers chirographaires provenant du même bien. | Lors d’une vente judiciaire de l’immeuble hypothéqué, la banque reçoit son dû avant les autres créanciers. |
| **Droit de suite** | Le créancier peut suivre le bien entre les mains de successifs acquéreurs ou possesseurs. | Si le débiteur vend l’immeuble hypothéqué sans mainlevée, la banque peut saisir le bien entre les mains de l’acquéreur. |
| **Opposabilité aux tiers** | La sûreté, une fois publiée, peut être opposée à tout tiers qui acquiert le bien ou traite avec le débiteur. | Un acheteur qui ne vérifie pas l’inscription hypothécaire risque de voir le bien saisi malgré son achat de bonne foi. |
| **Possibilité de poursuite directe** | Le créancier peut agir contre la sûreté sans passer par une action personnelle contre le débiteur (ex. : saisie immobilière). | La banque peut procéder à une vente forcée de l’immeuble sans obtenir préalablement un jugement de condamnation au paiement. |
| **Subrogation** | Le créancier qui paie le débiteur subrogé dans les droits de la sûreté. | Un cautionnaire qui paie la dette devient créancier garanti aux mêmes rangs que le créancier initial. |
> **À retenir** : les effets de préférence et de suite sont les piliers qui rendent les sûretés efficaces pour réduire le risque de crédit.
### 2. Causes d’extinction
| Cause | Conditions | Exemple camerounais |
|-------|------------|---------------------|
| **Paiement complet de l’obligation principale** | Extinction automatique de la sûreté accessoire. | Après le dernier versement du prêt agricole, la banque demande la mainlevée de l’hypothèque. |
| **Novation** | Remplacement de l’obligation ancienne par une nouvelle, avec accord des parties. | Le débiteur remplace son prêt à taux variable par un prêt à taux fixe ; l’ancienne hypothèque est maintenue seulement si les parties y consentent expressément. |
| **Renonciation expresse du créancier** | Acte clair de renonciation à la sûreté. | La banque renonce à son privilège de vendeur sur du matériel vendu à crédit après réception d’un paiement anticipé. |
| **Perte ou destruction de la chose grevée** | Si le bien disparaît, la sûreté s’éteint (sauf stipulation contraire). | Un entrepôt nanti subit un incendie total ; le nantissement disparaît, le créancier devient simple créancier chirographaire. |
| **Prescription de l’action réelle** | Délai de 10 ans pour l’action en revendication de l’hypothèque (art. 2262 Code civil). | Après 10 ans sans poursuite, l’hypothèque ne peut plus être exercée contre le bien. |
| **Confusion** | Quand le créancier devient propriétaire du bien grevé. | La banque acquiert l’immeuble hypothéqué lors d’une vente aux enchères et devient ainsi propriétaire ; l’hypothèque s’éteint par confusion. |
> **À retenir** : l’extinction d’une sûreté réelle nécessite généralement une formalité de mainlevée (inscription de radiation au registre foncier ou du commerce) pour être opposable aux tiers.
### 3. Activités d’intégration (mise en situation professionnelle)
**Objectif** : mettre en pratique les connaissances acquises à travers un cas complet simulant le cycle de vie d’une sûreté dans une PME camerounaise.
#### Cas pratique : financement d’une unité de transformation de manioc à Bafoussam
1. **Contexte**
- L’entreprise « ManiocPlus SARL » souhaite obtenir un prêt de 80 000 000 FCFA auprès de la Banque Camerounaise des Entreprises (BCE) pour l’achat d’une ligne de séchage solaire.
- Le dirigeant propose en garantie :
a) Une hypothèque sur le terrain industriel de 2 ha situé à Bafoussam (valeur estimée 100 000 000 FCFA).
b) Un nantissement du stock de manioc frais (valeur 30 000 000 FCFA).
c) Un cautionnement personnel du gérant, Monsieur Kamga.
2. **Étapes à réaliser par l’élève** (à présenter sous forme de rapport)
- **Rédaction de l’acte d’hypothèque** : mentionner les parties, la description du bien, le montant garanti, le taux d’intérêt (6 % l’an), la durée (5 ans), la clause de déchéance du terme en cas de défaut de paiement.
- **Prévoir la formalité d’inscription** : calculer les frais d’inscription (0,5 % du montant garanti = 400 000 FCFA), rédiger la demande d’inscription au service du cadastre de l’Ouest.
- **Rédaction du bordereau de nantissement** : lister les lots de manioc (numéro, poids, valeur), préciser que le nantissement est constitué par dépôt du bordereau au greffe du tribunal de commerce de Bafoussam.
- **Rédaction de l’acte de cautionnement** : préciser l’étendue de la caution (simple, limitée au montant du prêt), la durée, la renonciation au bénéfice de discussion et de division.
- **Simulation d’un défaut de paiement** après la 3ᵉ échéance : déterminer les procédures que la BCE peut mettre en œuvre (saisie immobilière, vente forcée du terrain, réalisation du nantissement par vente du stock, poursuite contre la caution).
- **Calcul du montant dû après 3 ans** (capital restant dû, intérêts échus, pénalités) à l’aide d’un tableau d’amortissement simplifié (voir encadré).
- **Rédaction de la mainlevée** : une fois le prêt intégralement remboursé, préparer l’acte de mainlevée d’hypothèque et la radiation du nantissement.
3. **Livrables attendus**
- Un mémoire de 4 à 5 pages comprenant :
* Les projets d’actes (hypothèque, nantissement, cautionnement).
* Le tableau d’amortissement.
* Le descriptif des procédures de réalisation et de mainlevée.
* Une réflexion sur les risques juridiques (ex. : omission d’inscription, mauvaise description du bien).
> **À retenir** : la réussite de l’opération de financement dépend de la rigueur dans la rédaction des actes, le respect des formalités de publicité et la capacité à anticiper les scénarios de défaut.
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## Synthèse du chapitre
- **Définition** : sûreté = droit réel ou personnel donné au créancier pour garantir une obligation.
- **Typologie** : sûretés réelles (hypothèque, nantissement, privilège) et sûretés personnelles (cautionnement simple/solidaire, lettre de crédit).
- **Formation** : capacité, consentement, objet licite ; formalités spécifiques (acte authentique, inscription au registre foncier ou du commerce, bordereau de nantissement).
- **Effets** : droit de préférence, droit de suite, opposabilité aux tiers, possibilité de poursuite directe, subrogation.
- **Extinction** : paiement, novation, renonciation, perte de la chose, prescription, confusion ; nécessite souvent une mainlevée ou radiation pour être opposable aux tiers.
- **Activités d’intégration** : mise en situation de financement d’une PME avec hypothèque, nantissement de stock et cautionnement ; rédaction d’actes, calcul d’amortissement, prévision des procédures de réalisation et de mainlevée.
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## Glossaire
| Terme | Définition |
|-------|------------|
| **Sûreté réelle** | Droit portant sur un bien immeuble ou mobilier, donnant au créancier un droit de préférence et de suite. |
| **Sûreté personnelle** | Droit portant sur la personne du débiteur ou d’un tiers (caution), ne conférant qu’un droit de recours. |
| **Hypothèque** | Sûreté réelle sur un immeuble, constituée par acte authentique et inscrite au registre foncier. |
| **Nantissement** | Sûreté réelle sur un bien mobilier ou un ensemble de droits (créances, fonds de commerce), constituée par dépôt d’un bordereau. |
| **Privilege** | Droit de préférence légal attribué à certains créanciers (vendeur, salarié, fisc) sans nécessité d’inscription. |
| **Cautionnement** | Engagement par lequel une personne (caution) se oblige à payer la dette du débiteur en cas de défaillance. |
| **Lettre de crédit** | Engagement irrévocable d’une banque de payer le bénéficiaire contre présentation de documents conformes. |
| **Mainlevée** | Acte par lequel le créancier renonce à sa sûreté et obtient sa radiation du registre foncier ou du commerce. |
| **Subrogation** | Transfert des droits du créancier initial à celui qui a payé la dette (souvent la caution). |
| **Droit de préférence** | Priorité de paiement du créancier garanti sur les autres créanciers provenant du même bien. |
| **Droit de suite** | Possibilité de suivre le bien entre les mains de successifs acquéreurs pour exercer la sûreté. |
| **Opposabilité** | Capacité de la sûreté à être opposée à tout tiers qui acquiert le bien ou traite avec le débiteur. |
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## Exercices d’application corrigés
### Exercice 1 – Constitution d’une hypothèque
**Énoncé**
Une société d’exploitation de bois « ForêtVert SARL » souhaite obtenir un prêt de 60 000 000 FCFA auprès de la Banque Nationale de Développement (BND) pour l’achat d’une scierie. Le dirigeant propose en garantie une hypothèque sur son usine située à Bertoua, d’une valeur estimée à 90 000 000 FCFA.
1. Rédiger les mentions essentielles que doit contenir l’acte d’hypothèque.
2. Calculer les frais d’inscription au registre foncier (taux 0,5 %).
3. Indiquer la procédure que la BND pourra engager en cas de défaut de paiement après la 2ᵉ échéance.
**Corrigé**
1. **Mentions essentielles de l’acte d’hypothèque** (acte authentique devant notaire) :
- Identité des parties : créancier (BND), débiteur (ForêtVert SARL représenté par son gérant).
- Désignation précise de l’immeuble : lot numéro X, secteur Y, commune de Bertoua, superficie 1,5 ha, bâtiments (usine, bureau, hangar).
- Montant garanti : 60 000 000 FCFA (capital) plus les intérêts conventionnels (ex. : 5,5 % l’an) et les frais.
- Durée de l’hypothèque : généralement égale à la durée du prêt (ex. : 7 ans).
- Taux d’intérêt, périodicité des paiements, pénalités de retard.
- Clause de déchéance du terme en cas de non‑paiement de deux échéances consécutives.
- Stipulation que l’hypothèque confère un droit de préférence et de suite.
- Date et signatures des parties et du notaire.
2. **Frais d’inscription** : 0,5 % × 60 000 000 FCFA = 300 000 FCFA.
3. **Procédure en cas de défaut** :
- La BND met en demeure le débiteur par lettre recommandée avec accusé de réception.
- Après demeure infructueuse, elle peut saisir le juge du tribunal de première instance de Bertoua afin d’obtenir une autorisation de vente forcée de l’immeuble.
- Le juge ordonne la vente aux enchères publiques ; le produit de la vente est affecté d’abord au paiement du créancier hypothécaire (BND) jusqu’à concurrence de son créance, puis aux créanciers chirographaires.
- En parallèle, la BND peut demander la nomination d’un séquestre pour gérer les revenus de l’usine pendant la procédure.
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### Exercice 2 – Nantissement de créances et cautionnement
**Énoncé**
Une entreprise de distribution de boissons « BoissonPlus SARL » cède à un facteur ses factures clients d’un montant total de 40 000 000 FCFA. Le facteur exige également un cautionnement solidaire du dirigeant, Mme Nkoumou.
1. Décrire les étapes de constitution du nantissement de ces créances.
2. Préciser les effets du cautionnement solidaire sur la responsabilité de Mme Nkoumou.
3. En cas de défaillance du débiteur (BoissonPlus SARL), quels recours le facteur dispose‑t‑il contre la caution et contre les débiteurs cédés ?
**Corrigé**
1. **Étapes du nantissement de créances** :
- Rédaction d’une convention de nantissement entre BoissonPlus SARL (cedant) et le facteur (cautionnaire), précisant l’ensemble des factures cédées (numéro, date, montant, débiteur).
- Établissement d’un bordereau de nantissement listant chaque facture ; ce bordereau est signé par les deux parties.
- Notification du nantissement à chaque débiteur client (lettre recommandée avec AR) afin qu’il effectue le paiement directement au facteur.
- Enregistrement du bordereau au greffe du tribunal de commerce du lieu du siège de BoissonPlus SARL (opposabilité aux tiers).
- Le facteur conserve le bordereau comme titre exécutoire pour poursuivre le paiement.
2. **Effets du cautionnement solidaire** :
- Mme Nkoumou s’engage à payer la totalité de la dette garantie (40 000 000 FCFA) en cas de défaillance du débiteur principal, sans pouvoir opposer le bénéfice de discussion (elle ne peut pas exiger que le facteur poursuive d’abord le débiteur principal).
- Elle supporte également le bénéfice de division : si plusieurs cautions existent, chacune ne paie que sa part proportionnelle ; toutefois, en cas de caution solidaire unique, elle supporte la totalité.
- Le facteur peut poursuivre Mme Nkoumou directement dès la première échéance impayée, sans avoir à obtenir un jugement contre BoissonPlus SARL.
3. **Recours du facteur** :
- **Contre la caution (Mme Nkoumou)** : mise en demeure, puis action en paiement devant le tribunal de première instance ; le facteur peut obtenir un titre exécutoire contre la caution et procéder à une saisie sur ses biens (comptes bancaires, salaire, immeubles).
- **Contre les débiteurs cédés** : après notification, chaque débiteur client est tenu de payer directement au facteur ; en cas de défaut, le facteur peut agir contre chacun d’eux individuellement (action en paiement, saisie sur leurs biens).
- Le facteur bénéficie d’un droit de préférence sur les sommes provenant des factures cédées, mais il ne possède pas de droit de suite sur les biens des débiteurs (seul le droit de paiement des créances cédées).
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## Erreurs fréquentes et règles de sécurité
| N° | Erreur fréquente | Conséquence | Règle de bonne pratique / sécurité |
|----|------------------|-------------|------------------------------------|
| 1 | **Oublier d’inscrire l’hypothèque au registre foncier** | La sûreté reste inopposable aux tiers ; un acquéreur de bonne foi peut prendre le bien sans être tenu de la dette. | Toujours vérifier que l’acte d’hypothèque soit suivi d’une demande d’inscription et obtenir le bordereau d’inscription avant de considérer la garantie effective. |
| 2 | **Désigner imprécisément le bien grevé (ex. : « maison familiale » sans numéro de lot)** | Risque de nullité de l’hypothèque pour imprécision de l’objet ; difficulté à réaliser la sûreté en cas de défaut. | Fournir une description cadastrale complète (section, numéro de lot, superficie, limites) et, si possible, un plan géoréférencé. |
| 3 | **Omettre la clause de déchéance du terme dans l’acte d’hypothèque** | Le créancier ne peut pas exiger le paiement anticipé malgré plusieurs impayés ; il doit attendre l’échéance contractuelle. | Insérer systématiquement une clause prévoyant la déchéance du terme après deux ou trois échéances impayées consécutives. |
| 4 | **Confondre cautionnement simple et cautionnement solidaire** | La créancier peut être empêché de poursuivre la caution directement, allongeant le recouvrement. | Préciser clairement dans l’acte de cautionnement la nature (simple ou solidaire) et renoncer au bénéfice de discussion et de division si souhaité. |
| 5 | **Ne pas notifier les débiteurs cédés lors d’un nantissement de créances** | Le paiement peut être effectué au cédant, laissant le facteur sans recours effectif. | Envoyer une lettre recommandée avec AR à chaque débiteur, mentionnant le nantissement et l’ordre de payer directement au facteur. |
| 6 | **Utiliser un acte sous seing privé pour une hypothèque sans le faire enregistrer** | L’acte n’a pas de force exécutoire contre les tiers ; la banque ne peut pas saisir l’immeuble. | Toute hypothèque sur un immeuble doit être faite par acte authentique devant notaire puis inscrite au registre foncier. |
> **À retenir** : la sécurité juridique des sûretés repose sur la rigueur de la rédaction, le respect des formalités de publicité et la vérification précise de l’objet garanti.
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*Fin du cours.*
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