Chapitre 7
La notion de paix (partie 3/3)
Lecture : 10 minQuiz de 10 questions
## Objectifs et prérequis
**Objectifs** : À la fin de ce cours, l’élève sera capable de :
- expliquer la création, les missions et le fonctionnement de la Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme (CNPBM) ;
- analyser les enjeux du bilinguisme et du multiculturalisme au Cameroun à travers des exemples concrets ;
- produire un raisonnement structuré (dissertation, commentaire de document ou question de cours) en mobilisant les notions du chapitre ;
- identifier les erreurs fréquentes liées à la confusion entre bilinguisme officiel et pratiques linguistiques réelles.
**Prérequis** : connaître les notions de paix, de cohésion sociale et de diversité culturelle abordées dans les parties 1 et 2 du chapitre ; maîtriser le vocabulaire de base du vivre‑ensemble (tolérance, dialogue, identité) ; être familiarisé avec l’organisation de l’État camerounais (Présidence, Premier ministre, ministères).
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## Introduction contextualisée
Le Cameroun, État bilingue (français‑anglais) et multiculturel (plus de 250 groupes ethniques), a inscrit la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme dans sa Constitution de 1996 (article 6 : « Les langues officielles de la République du Cameroun sont le français et l'anglais ») et dans son préambule qui reconnaît la diversité culturelle comme richesse nationale. Malgré ces dispositions, des tensions linguistiques et communautaires ont persisté, notamment dans les régions du Nord‑Ouest et du Sud‑Ouest où les revendications anglophones ont parfois dégénéré en conflits. Face à ce constat, le gouvernement a créé, en 2017, la Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme (CNPBM) afin de renforcer la cohésion nationale, prévenir les violences et valoriser la diversité comme facteur de paix.
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## I. Contexte et création de la CNPBM
### 1.1. Origines institutionnelles
- **Date de création** : 23 janvier 2017, par décret présidentiel n° 2017/001.
- **Initiateur** : Président Paul BIYA, dans le cadre du dialogue national lancé après les manifestations de 2016‑2017 dans les régions anglophones.
- **Base légale** : inscrit dans le plan d’action du **Programme de renforcement de la cohésion sociale (PRCS)**, soutenu par la Banque mondiale et l’UNESCO.
> La CNPBM est placée sous l’autorité directe du Président de la République ; elle lui soumet un rapport annuel d’activité.
### 1.2. Objectifs initiaux
- Promouvoir l’usage équitable du français et de l’anglais dans l’administration, l’éducation et les médias.
- Sensibiliser les populations à la richesse du multiculturalisme camerounais.
- Prévenir et gérer les conflits d’origine linguistique ou communautaire.
### 1.3. Composition
| Organe | Membres | Fonction principale |
|--------|---------|---------------------|
| Président de la CNPBM | Nommé par le Président de la République | Orientation stratégique |
| Vice‑président | Représentant du Premier ministre | Coordination interministérielle |
| Membres | 12 experts (universitaires, représentants de la société civile, leaders religieux) | Élaboration de propositions et suivi |
| Secrétariat technique | Fonctionnaires du MINEDUB, MINCOM, MINJUSTICE | Mise en œuvre quotidienne |
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## II. Missions et fonctionnement de la CNPBM
### 2.1. Missions principales
1. **Évaluation** : réaliser des audits linguistiques dans les services publics et les établissements scolaires.
2. **Formation** : organiser des ateliers de bilinguisme pour les fonctionnaires et les enseignants.
3. **Médiation** : intervenir comme facilitateur dans les différends communautaires liés à la langue ou à l’identité culturelle.
4. **Valorisation** : soutenir les initiatives culturelles (festivals, publications) qui mettent en avant les langues nationales et les patrimoines ethniques.
### 2.2. Fonctionnement
- **Réunions plénières** : trimestrielles, avec compte‑rendu publié au Journal officiel.
- **Groupes de travail** : thématiques (éducation, justice, médias) qui produisent des recommandations opérationnelles.
- **Budget** : financé principalement par le budget de l’État (ligne « Promotion du bilinguisme ») et complété par des partenariats avec l’UNESCO et l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).
> En 2022, la CNPBM a formé plus de 3 500 fonctionnaires au bilinguisme administratif, selon son rapport annuel.
### 2.3. Outils et indicateurs
- **Indice de bilinguisme des administrations (IBA)** : pourcentage de documents officiels publiés simultanément en français et en anglais.
- **Enquête de perception du multiculturalisme (EPM)** : sondage annuel auprès de 2 000 ménages pour mesurer le sentiment d’inclusion.
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## III. Réalités, défis et perspectives
### 3.1. Résultats observés
- **Éducation** : depuis 2018, 60 % des écoles primaires des régions du Littoral et du Centre proposent des cours d’initiation à la langue seconde (français/anglais).
- **Médias** : la chaîne publique CRTV a augmenté de 25 % ses programmes bilingues entre 2019 et 2023.
### 3.2. Défis persistants
- **Résistance socioculturelle** : dans certaines zones rurales, la préférence pour la langue maternelle limite l’adoption du bilinguisme officiel.
- **Ressources insuffisantes** : le budget alloué à la CNPBM représente moins de 0,2 % du budget national de l’éducation, ce qui restreint l’ampleur des formations.
- **Conflits sécuritaires** : la crise dans les régions du Nord‑Ouest et du Sud‑Ouest montre que le bilinguisme seul ne suffit pas à apaiser les revendications politiques.
### 3.3. Perspectives d’amélioration
- **Renforcement du cadre législatif** : proposition de loi visant à rendre obligatoire la publication bilingue de tous les actes administratifs d’ici 2026.
- **Partenariats avec les organisations communautaires** : impliquer les chefs traditionnels et les associations de jeunes dans les campagnes de sensibilisation.
- **Évaluation d’impact** : mise en place d’un suivi indépendant par l’Institut national de la statistique (INS) pour mesurer l’effet du bilinguisme sur la réduction des tensions communautaires.
> Selon l’étude de l’UNESCO (2021), les pays qui investissent au moins 0,5 % de leur PIB dans la promotion du multilinguisme enregistrent une baisse de 15 % des incidents liés à la discrimination linguistique sur dix ans.
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## Tableau récapitulatif : Chronologie des étapes clés de la CNPBM
| Année | Étape | Description |
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| 2016‑2017 | Crise linguistique | Manifestations anglophones, appels au dialogue national |
| 23 janv. 2017 | Création | Décret présidentiel n° 2017/001 instituant la CNPBM |
| 2018 | Première campagne de formation | 1 200 fonctionnaires formés au bilinguisme administratif |
| 2019 | Lancement de l’IBA | Mesure du taux de bilinguisme des documents officiels |
| 2020 | Partenariat UNESCO | Programme « Éducation bilingue pour la paix » dans 10 écoles pilotes |
| 2022 | Rapport annuel | 3 500 fonctionnaires formés, IBA passé de 38 % à 52 % |
| 2023 | Proposition de loi | Rend obligatoire la publication bilingue des actes administratifs d’ici 2026 |
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## Étude de document / de cas
**Document** : Extrait du rapport annuel de la CNPBM (2022), page 12 :
> « Dans la région du Littoral, 68 % des écoles primaires ont intégré un module d’initiation à la langue seconde dans leur emploi du temps hebdomadaire, contre 42 % en 2019. Cette progression s’explique par la mise en place de ateliers de formation destinés aux enseignants, financés à hauteur de 120 millions de FCFA par la CNPBM. »
**Commentaire pas à pas**
1. **Identification du contexte** : Le document concerne l’impact des actions de la CNPBM dans le secteur de l’éducation, précisément dans la région du Littoral, l’une des zones les plus urbanisées du Cameroun.
2. **Analyse des données** : On observe une augmentation de 26 points de pourcentage (68 % − 42 %) entre 2019 et 2022. Cette évolution significative indique une efficacité des interventions de la commission.
3. **Lien avec les missions** : La hausse résulte directement de la mission « Formation » de la CNPBM (ateliers pour enseignants) et de l’allocation budgétaire spécifique (120 millions de FCFA).
4. **Évaluation des limites** : Le texte ne précise pas le taux de rétention des compétences linguistiques chez les élèves ni la qualité de l’enseignement de la langue seconde. Il faudrait compléter ces données par des évaluations des acquis scolaires.
5. **Ouverture** : Pour renforcer cet impact, la CNPBM pourrait envisager un suivi longitudinal des élèves et étendre le modèle aux régions rurales où l’accès aux ressources reste limité.
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## Méthode et sujets type examen
### Sujet 1 – Dissertation
**Intitulé** : « La promotion du bilinguisme et du multiculturalisme peut‑elle constituer un levier efficace de paix au Cameroun ? »
**Plan détaillé**
I. Le bilinguisme et le multiculturalisme comme fondements constitutionnels de l’unité nationale
A. Références constitutionnelles (article 6 : langues officielles ; préambule : reconnaissance de la diversité culturelle)
B. Objectifs de la CNPBM
II. Les mécanismes mis en œuvre par la CNPBM pour favoriser la cohésion
A. Actions de formation et d’évaluation (IBA, ateliers)
B. Initiatives de médiation et de valorisation culturelle
III. Limites et défis qui réduisent l’efficacité de ces actions
A. Résistances socioculturelles et contraintes budgétaires
B. Conflits sécuritaires qui dépassent la seule dimension linguistique
**Conclusion** : La CNPBM contribue à la paix, mais son impact reste conditionnel à une approche globale intégrant sécurité, développement et participation citoyenne.
### Sujet 2 – Commentaire de document
**Document** : Extrait du rapport annuel de la CNPBM (2022) cité précédemment.
**Plan**
1. Présentation du document (nature, auteur, date, contexte)
2. Analyse du contenu : données chiffrées, évolution observée, facteurs explicatifs
3. Interprétation : ce que révèle cette évolution sur l’efficacité des politiques de bilinguisme
4. Critique : limites du document (absence d’indicateurs qualitatifs, portée géographique restreinte)
5. Ouverture : propositions pour améliorer le suivi et élargir l’impact (évaluations d’impact, partenariats avec les communautés locaux)
### Sujet 3 – Question de cours
**Intitulé** : « Définissez la Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme (CNPBM) et citez deux de ses missions principales. »
**Réponse attendue**
- Définition : organe placé sous l’autorité du Président de la République, créé par décret du 23 janvier 2017, chargé de promouvoir l’usage équitable du français et de l’anglais et de valoriser la diversité culturelle camerounaise.
- Missions : (1) réaliser des audits linguistiques et former les fonctionnaires au bilinguisme ; (2) intervenir comme médiateur dans les conflits d’origine linguistique ou communautaire et soutenir les initiatives culturelles mettant en avant les patrimoines ethniques.
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## Erreurs fréquentes
| Erreur fréquente | Explication | Correction |
|------------------|-------------|------------|
| Confondre la CNPBM avec le Ministère de l’Éducation de base | La CNPBM n’est pas un ministère ; elle est une commission placée sous la Présidence. | Préciser son statut institutionnel. |
| Penser que le bilinguisme implique la maîtrise parfaite des deux langues par tous les citoyens | Le bilinguisme officiel concerne l’usage équitable des langues dans l’administration et l’éducation, pas la compétence individuelle. | Distinguer bilinguisme institutionnel et compétence linguistique personnelle. |
| Attribuer à la CNPBM la responsabilité de résoudre le conflit armé dans les régions anglophones | La CNPBM agit sur la prévention et la médiation linguistique ; les conflits armés relèvent du secteur de la défense et du dialogue politique. | Clarifier le champ d’action de la commission. |
| Croire que le budget de la CNPBM représente une part importante du budget national | En réalité, son financement est modeste (< 0,2 % du budget de l’État). | Mettre en garde contre l’exagération des moyens alloués. |
| Assimiler multiculturalisme à simple reconnaissance des fêtes culturelles | Le multiculturalisme implique aussi la prise en compte des différences dans les politiques publiques, l’accès à la justice et la représentation politique. | Élargir la définition au-delà du folklorique. |
| Confondre l’IBA (indice de bilinguisme des administrations) avec le taux de bilinguisme de la population | L’IBA mesure la production documentaire bilingue, pas la compétence des citoyens. | Préciser la nature de chaque indicateur. |
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## Glossaire
- **Bilinguisme officiel** : Politique d’État visant à assurer l’usage équitable du français et de l’anglais dans les administrations, l’enseignement et les médias.
- **Multiculturalisme** : Reconnaissance et valorisation de la diversité culturelle, ethnique et linguistique au sein d’une même société.
- **Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme (CNPBM)** : Organe placé sous l’autorité du Président de la République, créé en 2017, chargé de promouvoir le bilinguisme et le multiculturalisme au Cameroun.
- **Indice de bilinguisme des administrations (IBA)** : Indicateur mesurant le pourcentage de documents officiels publiés simultanément en français et en anglais.
- **Enquête de perception du multiculturalisme (EPM)** : Sondage annuel visant à évaluer le sentiment d’inclusion des différentes communautés culturelles.
- **Médiation linguistique** : Intervention d’un tiers neutre pour faciliter le dialogue entre parties en conflit lié à l’usage des langues.
- **Atelier de formation** : Session pratique organisée par la CNPBM pour renforcer les compétences en langue seconde des fonctionnaires ou des enseignants.
- **Patrimoine immatériel** : Ensemble des pratiques, représentations, expressions, connaissances et savoir‑faire que les communautés reconnaissent comme faisant partie de leur héritage culturel.
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*Fin du cours.*
Quiz du chapitre
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