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Chapitre 10

VII – Droits patrimoniaux et extrapatrimoniaux

Lecture : 10 minQuiz de 10 questions

## Objectifs et prérequis **Objectifs** : à la fin de cette leçon, l’élève sera capable de : - définir précisément les notions de droit patrimonial et de droit extrapatrimonial ; - identifier les caractères distinctifs de chaque catégorie (transmissibilité, évaluable en argent, saisissabilité, etc.) ; - classer un droit donné selon qu’il est patrimonial, extrapatrimonial ou mixte ; - appliquer ces distinctions à des situations professionnelles courantes au Cameroun (commerce, travail, famille). **Prérequis** : connaître la définition générale du droit subjectif, la personnalité juridique des personnes physiques et morales, ainsi que la distinction entre biens et personnes. --- ### Introduction contextualisée Au Cameroun, le droit civil régit les relations entre particuliers dans des domaines aussi variés que le commerce, le travail ou la famille. Que ce soit pour rédiger un contrat de vente de marchandises au marché de Yaoundé, pour établir un salaire dans une entreprise de Douala ou pour protéger le nom d’une marque, il faut savoir si le droit en jeu appartient au patrimoine du sujet ou s’il relève de ses attributs personnels. Cette distinction conditionne la possibilité de céder, de saisir, d’évaluer en argent ou de transmettre le droit. Maîtriser la classification des droits patrimoniaux et extrapatrimoniaux est donc indispensable pour tout technicien supérieur amené à intervenir dans la vie des affaires ou du social. --- ## I. Droits patrimoniaux : définition et caractères ### A. Notion de droit patrimonial Un droit patrimonial est un droit subjectif qui constitue une composante du patrimoine d’une personne, c’est‑à‑dire l’ensemble de ses biens et obligations pouvant être évalués en argent et transmis. Il présente une valeur économique et peut faire l’objet d’une transaction, d’une saisie ou d’une succession. > **>** Un droit patrimonial est transmissible, saisissable et évaluable en argent. ### B. Caractères essentiels 1. **Transmissibilité** : il peut être transféré par acte entre vifs (vente, donation) ou par voie de succession. 2. **Évaluable en argent** : on peut lui assigner une valeur monétaire (ex. : un créance de 500 000 FCFA). 3. **Saisissabilité** : le créancier peut le saisir en cas d’impayé (saisie-attribution sur un compte bancaire). 4. **Prescriptibilité** : il est soumis à la prescription acquisitive ou extinctive (ex. : prescription quinquennale des créances civiles). 5. **Disponibilité** : le titulaire peut en disposer librement dans la limite de l’ordre public et des bonnes mœurs. ### C. Exemples professionnels camerounais - La créance d’un fournisseur sur un détaillant pour la livraison de riz (droit de créance). - Le droit de propriété sur un terrain situé à Bamenda pouvant être vendu ou hypothéqué. - Le droit d’usage d’un logiciel acquis par une entreprise de télécommunications (droit de propriété intellectuelle, considéré comme patrimonial lorsqu’il est cessible). --- ## II. Droits extrapatrimoniaux : définition et caractères ### A. Notion de droit extrapatrimonial Un droit extrapatrimonial est un droit attaché à la personne même, qui ne constitue pas une valeur patrimonialisable. Il est inhérent à la dignité, à l’intégrité ou à l’identité de la personne et ne peut être séparé de celle‑ci. > **>** Un droit extrapatrimonial est intransmissible, insaisissable, imprescriptible et hors du commerce. ### B. Caractères essentiels 1. **Intransmissibilité** : il ne peut être cédé, même partiellement, à un tiers (ex. : le droit au respect de la vie privée). 2. **Insaisissabilité** : aucun créancier ne peut le saisir pour satisfaire une dette. 3. **Imprescriptibilité** : il ne se perd pas par le passage du temps (ex. : le droit au nom). 4. **Hors du commerce** : il ne peut faire l’objet d’un contrat d’échange ou de stipulation pécuniaire. 5. **Absolutisme relatif** : il peut subir des limites uniquement pour protéger les droits d’autrui ou l’ordre public (ex. : liberté d’expression limitée par l’interdiction de la diffamation). ### C. Exemples professionnels camerounais - Le droit au nom et à l’image d’un artiste musicien qui ne peut être vendu sans son consentement explicite. - Le droit à l’intégrité physique d’un travailleur sur un chantier de construction à Garoua. - Le droit au respect de la vie privée d’un employé dans une entreprise de téléphonie mobile à Yaoundé. --- ## III. Classification, interaction et droits mixtes ### A. Classification selon le droit camerounais (inspiré du Code civil français) | Catégorie | Exemple caractéristique | Caractères principaux | |-----------|------------------------|-----------------------| | Patrimoine | Créance, propriété, droit de bail | Transmissible, saisissable, évaluable | | Extrapatrimonial | Droit au nom, droit à l’image, droit à la vie privée | Intransmissible, insaisissable, imprescriptible | | Mixte | Droit d’auteur (morale + patrimonial) | Partie morale intransmissible, partie patrimonial cessible | ### B. Droits mixtes Certains droits présentent une double nature : une composante extrapatrimoniale (droit moral) et une composante patrimoniale (droit pécuniaire). Le droit d’auteur en est l’exemple type : - **Droit moral** : droit de divulgation, droit au respect de l’œuvre (inaliénable, imprescriptible). - **Droit patrimonial** : droit de reproduction, droit de représentation (cessible, saisissable, soumis à la prescription trentenaire). > **>** Dans un droit mixte, seules les attributs patrimoniaux peuvent faire l’objet d’une transaction ou d’une saisie. ### C. Tableau récapitulatif des critères de distinction | Critère | Droit patrimonial | Droit extrapatrimonial | |---------|-------------------|------------------------| | Transmissibilité | Oui | Non | | Évaluable en argent | Oui | Non | | Saisissable | Oui | Non | | Prescriptible | Oui (délais variables) | Non | | Hors du commerce | Non | Oui | | Exemple au Cameroun | Loyers d’un local commercial à Douala | Droit au nom d’une entreprise familiale | --- ## Synthèse du chapitre - Les droits patrimoniaux forment la partie économique du patrimoine : transmissibles, saisissables, évaluables en argent et prescriptibles. - Les droits extrapatrimoniaux sont attachés à la personne : intransmissibles, insaisissables, imprescriptibles et hors du commerce. - Certains droits (droit d’auteur, droit au nom commercial) sont mixtes : ils possèdent une composante morale (extrapatrimoniale) et une composante économique (patrimoniale). - La classification détermine les possibilités de cession, de saisie, d’évaluation et de prescription, essentielles en pratique professionnelle (commerce, travail, propriété intellectuelle). - Au Cameroun, les règles proviennent du Code civil et de lois spécifiques (propriété intellectuelle, travail, consommation). --- ## Glossaire - **Droit subjectif** : prérogative reconnue à une personne par le droit objectif. - **Patrimoine** : ensemble des biens et obligations pouvant être évalués en argent appartenant à une personne. - **Droit patrimonial** : droit ayant une valeur économique et faisant partie du patrimoine. - **Droit extrapatrimonial** : droit attaché à la personne, sans valeur patrimonialisable. - **Transmissibilité** : possibilité de transférer un droit à un autre titulaire. - **Saisissabilité** : faculté pour un créancier de procéder à une saisie sur le droit du débiteur. - **Prescription** : extinction ou acquisition d’un droit par l’effet du temps. - **Droit moral** : composante extrapatrimoniale du droit d’auteur portant sur le respect de l’œuvre. - **Droit pécuniaire** : composante patrimoniale du droit d’auteur portant sur l’exploitation économique. - **Droit mixte** : droit comportant à la fois une partie patrimoniale et une partie extrapatrimoniale. - **Inaliénabilité** : caractéristique d’un droit qui ne peut être cédé ou renoncé. - **Hors du commerce** : incapacité d’un droit à faire l’objet d’un échange contractuel. --- ## Exercices d'application corrigés ### Exercice 1 – Situation professionnelle **Énoncé** : Une entreprise de transformation du cacao située à Buea possède un brevet d’invention sur un procédé de fermentation. Le directeur souhaite céder ce brevet à un concurrent moyennant 20 000 000 FCFA. **Question** : Le brevet d’invention est-il un droit patrimonial ou extrapatrimonial ? Peut‑il être fait l’objet de cette cession ? Justifiez votre réponse en vous référant aux caractères étudiés. **Corrigé** : Le brevet d’invention confère à son titulaire un droit de propriété industrielle. Ce droit se décompose en deux parties : - Une partie **extrapatrimoniale** (droit moral de l’inventeur : droit d’être nommé comme auteur, droit au respect de l’invention). Cette partie est intransmissible et insaisissable. - Une partie **patrimoniale** (droit d’exploitation : droit d’interdire à autrui l’utilisation du procédé, droit de conceder des licences, droit de céder le brevet). Cette partie est transmissible, saisissable, évaluable en argent et soumise à la prescription trentenaire. Dans la situation proposée, le directeur souhaite céder le droit d’exploitation du brevet, c’est‑à‑dire la composante patrimoniale. Cette cession est donc licite, à condition que le droit moral de l’inventeur soit respecté (obligation de mentionner le nom de l’inventeur dans toute exploitation). La valeur de 20 000 000 FCFA correspond à l’évaluation économique du droit patrimonial. ### Exercice 2 – Situation professionnelle **Énoncé** : Un journaliste travaillant pour une chaîne de télévision à Yaoundé publie une enquête révélant des faits de corruption dans un marché public. Le ministre concerné menace de poursuivre le journaliste pour atteinte à sa vie privée et demande des dommages‑intérêts. **Question** : Le droit invoqué par le ministre est‑il patrimonial ou extrapatrimonial ? Le journaliste peut‑il être condamné à payer une somme d’argent pour cette atteinte ? Expliquez. **Corrigé** : Le droit invoqué par le ministre est le **droit au respect de la vie privée**, qui constitue un droit **extrapatrimonial** attaché à la personne du ministre. Selon les caractères étudiés, ce droit est : - Intransmissible : il ne peut être cédé à un tiers. - Insaisissable : aucun créancier ne peut le saisir. - Imprescriptible : il ne se perd pas par le passage du temps. - Hors du commerce : il ne peut faire l’objet d’une transaction pécuniaire. Par conséquent, le ministre ne peut pas obtenir une condamnation pécuniaire simplement en invoquant une atteinte à son droit à la vie privée. Le juge pourra, au plus, ordonner des mesures de cessation de la diffusion, un droit de réponse ou la publication d’un rectificatif, mais il ne pourra pas allouer de dommages‑intérêts pour un droit extrapatrimonial, sauf si le juge considère que l’atteinte constitue également une faute civile pouvant donner lieu à une responsabilité délictuelle (ex. : diffamation). Dans ce cas, la réparation porterait sur le préjudice subi, non sur le droit lui‑même. Ainsi, le journaliste ne peut être condamné à payer une somme d’argent au titre du droit à la vie privée ; toute indemnité éventuelle dépendrait d’une qualification différente des faits (diffamation, injure). --- ## Erreurs fréquentes et règles de sécurité | Erreur fréquente | Pourquoi c’est une erreur | Règle de bonne pratique / sécurité | |------------------|---------------------------|------------------------------------| | Considérer qu’un droit au nom peut être vendu comme un bien quelconque. | Le droit au nom est extrapatrimonial, intransmissible et insaisissable. | Vérifier toujours la nature du droit avant toute négociation de cession ; se référer aux articles 57‑58 du Code civil camerounais. | | Penser qu’une créance salariale est prescriptible après un an. | Au Cameroun, la prescription des créances de travail est de trois ans (article 145 du Code du travail). | Consulter le délai légal applicable avant d’engager une action de recouvrement. | | Confondre le droit moral d’auteur avec le droit patrimonial et céder le droit de divulgation sans l’accord de l’auteur. | Le droit moral (divulgation, paternité, respect de l’œuvre) est inaliénable. | Obtenir systématiquement l’autorisation écrite de l’auteur pour toute exploitation qui toucherait à ses droits moraux. | | Saisir un droit de jouissance d’un logement familial comme si c’était un bien marchand. | Le droit d’usage d’un logement familial rattaché à la résidence principale est souvent considéré comme extrapatrimonial (protection du foyer). | Vérifier si le droit relève du patrimoine familial protégé (article 376 du Code civil) avant toute procédure de saisie. | | Utiliser une formule de calcul d’intérêts sans prendre en compte le taux légal en vigueur au Cameroun. | Le taux légal des intérêts civiles est fixé par arrêté ministériel (actuellement 4,5 % l’an). | Toujours se référer au texte officiel en vigueur pour éviter une sous‑ ou sur‑évaluation des créances. | | Omettre de mentionner le nom de l’inventeur dans un contrat de licence de brevet. | Cela viole le droit moral de l’inventeur, rendant le contrat nul ou susceptible d’annulation. | Insérer une clause de reconnaissance de la paternité de l’invention dans tout contrat de licence ou de cession. | --- *Fin de la fiche de cours.*

Quiz du chapitre

10 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Quelle est la définition principale d'un droit patrimonial selon le droit civil camerounais ?
  2. 2. Quel critère permet de distinguer un droit extrapatrimonial d'un droit patrimonial ?
  3. 3. Parmi les suivants, lequel est un exemple classique de droit extrapatrimonial ?
  4. 4. M. Kamga souhaite céder son droit à l'image à une entreprise publicitaire pour une campagne. Selon le droit camerounais, cette cession est-elle possible ?
  5. 5. Lors d'une procédure de saisie exécutante, lequel des droits suivants peut être saisi par le créancier ?
  6. 6. Une entreprise estime que la valeur économique du droit d'utilisation d'un brevet appartenant à son salarié est de 5 000 000 FCFA. Si le salarié cède ce droit à l'entreprise pour 60 % de sa valeur estimée, quel montant reçoit-il ?
  7. 7. Dans quel cas un droit pouvant initialement être considéré comme extrapatrimonial peut-il acquérir une caractère patrimonial ?
  8. 8. Mme Ngo, artiste peintre, autorise une galerie à reproduire ses œuvres sur des cartes postales vendues au public. Quel type de droit est principalement en jeu dans cette autorisation ?
  9. 9. Le droit au respect de la vie privée, bien qu'extrapatrimonial, peut-il donner lieu à une indemnisation en cas de violation ? Justifiez votre réponse en référence à la distinction entre droit patrimonial et extrapatrimonial.
  10. 10. Énoncé : « Le droit au nom est un droit patrimonial car il peut être cédé à titre onéreux dans le cadre d'un contrat de sponsoring. » Cet énoncé est :