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Chapitre 9

recherche et contrôle des microorganismes (partie 1/4)

Lecture : 18 minQuiz de 10 questions

## Objectifs et prérequis **Objectifs** À la fin de ce chapitre, l’élève sera capable de : 1. Réaliser un examen cytologique des urines conformément aux bonnes pratiques de laboratoire (prélèvement, centrifugation, coloration, lecture au microscope). 2. Interpréter les éléments cytologiques (cellules épithéliales, leucocytes, hématies, cylindres, cristaux, parasites) et établir un compte‑rendu rédigé selon les normes du MINESEC. 3. Mettre en œuvre un examen bactériologique des urines (ensemencement, incubation, identification préliminaire, antibiogramme) en respectant les règles de biosécurité niveau 2. 4. Calculer la concentration en unités formant colonie (UFC/mL) à partir du comptage des colonies et appliquer les seuils de signification clinique (≥10⁵ UFC/mL pour une infection urinaire vraie). 5. Rédiger un compte‑rendu de biologie médicale clair, structuré et exploitable par le clinicien. 6. Appliquer les mesures d’hygiène et de sécurité (port des EPP, décontamination des surfaces, gestion des déchets biologiques). **Prérequis** - Notions de base en microbiologie générale (bactéries, champignons, parasites, méthodes de coloration). - Connaissances d’anatomie et de physiologie de l’appareil urinaire. - Maîtrise des techniques de prélèvement aseptique (mid‑stream, cathéterisation). - Notions de stérilisation et de désinfection (autoclave, solutions chlorées à 0,5 %). - Utilisation du microscope optique (objectifs 10×, 40×, 100× immersion). --- ## Introduction contextualisée Au Cameroun, les infections urinaires représentent l’une des principales raisons de consultation en médecine générale et en pédiatrie, particulièrement dans les zones urbaines où l’accès à l’eau potable reste variable. Selon le Programme national de lutte contre les maladies transmissibles (PNLMT, 2022), près de 15 % des patients présentant des symptômes urinaires ont une bactériurie significative. Par ailleurs, la schistosomiase urinaire, endémique dans les régions du Nord et de l’Est, nécessite une recherche cytologique d’œufs de *Schistosoma haematobium*. Le laboratoire de biologie médicale, qu’il soit rattaché à un hôpital de référence (Yaoundé, Douala) ou à un centre de santé intégré, doit donc fournir des résultats fiables et rapides afin d’orienter la prise en charge antibiotique ou antiparasitaire. Ce chapitre prépare les élèves de Terminale F7 à intervenir dans ce contexte professionnel, en maîtrisant les deux volets complémentaires de l’analyse urinaire : l’examen cytologique et l’examen bactériologique. --- ## I. Leçon 4 : Examen cytologique des urines ### A. Principes et intérêt L’examen cytologique des urines permet de détecter, directement dans le sédiment urinaire, les éléments cellulaires et structurés qui reflètent l’état du tractus urinaire : - **Cellules épithéliales** (vessie, uretère, rein) → indication de desquamation normale ou pathologique. - **Leucocytes** → signe d’inflammation ou d’infection. - **Hématies** → hématurie (glomérulaire ou tubulaire). - **Cylindres** (hyalins, granulaires, cireux, épithéliaux) → marqueurs de pathologie tubulaire. - **Cristaux** (oxalate de calcium, urate, phosphate) → risque de lithiase. - **Parasites** (œufs de *S. haematobium*, trichomonas) → diagnostic parasitologique. > **>** L’examen cytologique est un test de dépistage rapide, peu coûteux et essentiel pour orienter les examens complémentaires (ECBU, imagerie). ### B. Matériel et réactifs | Élément | Spécification | Usage | |---|---|---| | Tube à centrifuger | 15 mL, plastique, gradué | Réception de l’urine | | Centrifugeuse | 400 × g, 5 min, rotor à godets | Sedimentation | | Lame microscope | verre, 75 × 25 mm | Préparation du sédiment | | Couvre‑objet | 22 × 22 mm | Protection de la préparation | | Colorant de Gram (optionnel) | cristal violet, iode, décolorant, safranin | Mise en évidence des bactéries | | Solution de Lugol (optionnel) | iode/potassium iodure | Coloration des noyaux | | Solution de Fuchsine basique (optionnel) | 0,5 % | Coloration des levures | | Gants nitrile, blouse, lunettes de protection | – | Sécurité du manipulateur | | Solution hypochlorite 0,5 % | – | Décontamination du poste de travail | ### C. Procédure pas à pas 1. **Prélèvement** - Demander au patient un échantillon d’urine « mid‑stream » (premier jet rejeté, milieu recueilli, dernier jet rejeté). - Utiliser un récipient stérile, étiqueté (nom, date, heure). - Si le patient ne peut pas fournir un échantillon spontané, réaliser une cathéterisation sous asepsie stricte. 2. **Homogénéisation** - Verser 10 mL d’urine dans le tube de centrifugation. - Mélanger doucement par inversion (éviter la formation de bulles). 3. **Centrifugation** - Régler la centrifugeuse à 400 × g pendant 5 min. - Après centrifugation, surnager délicatement le surnatant sans troubler le sédiment. 4. **Préparation de la lame** - Remettre le sédiment en suspension avec 1 mL de surnatant. - Déposer une goutte (≈10 µL) au centre de la lame. - Recouvrir d’un couvre‑objet, éviter les bulles d’air. 5. **Coloration (facultative)** - Pour la recherche de bactéries ou de levures, appliquer la coloration de Gram ou de Lugol selon le protocole standard (temps d’incubation 1 min, rinçage à l’eau distillée, séchage à l’air). 6. **Examen microscopique** - Commencer à faible grossissement (10×) pour localiser les champs représentatifs. - Passer à 40× pour identifier les cellules et les cristaux. - Utiliser l’immersion à 100× (huile de cèdre) pour détailler la morphologie des levures, des parasites et des bactéries. - Compter les éléments dans au moins 10 champs aléatoires et exprimer les résultats par champ ou par mL (ex. leucocytes : 5‑10/champ = pyurie). ### D. Interprétation des résultats | Élément | Valeur de référence (urine normale) | Signification pathologique | |---|---|---| | Cellules épithéliales squameuses | 0‑5/champ | Contamination extérieure (prépuce, vagin) | | Cellules épithéliales transitionnelles | 0‑2/champ | Désquamation urothéliale normale | | Leucocytes (polynucléaires neutrophiles) | 0‑5/champ | Pyurie → infection ou inflammation urinaire | | Hématies | 0‑2/champ | Hématurie → lithiase, tumeur, traumatisme, glomérulonéphrite | | Cylindres hyalins | 0‑1/champ | Peut être normal après effort physique | | Cylindres granulaires | 0/champ | Suggère atteinte tubulaire | | Cristaux d’oxalate de calcium | rares | Acidurie, risque de lithiase | | Œufs de *S. haematobium* | 0 | Schistosomiase urinaire (endémie Nord/Est) | | Trichomonas vaginalis | 0 | Trichomonose urinaire (rare chez l’homme) | > **>** Un résultat est considéré significatif lorsqu’il dépasse le seuil de référence de deux écarts‑types ou lorsqu’il est associé à des signes cliniques (dysurie, pollakiurie, fièvre). ### E. Normes de sécurité et d’hygiène - Porter en permanence des gants nitrile, une blouse à manches longues et des lunettes de protection. - Effectuer toutes les manipulations sur un paillasse désinfectée avec une solution d’hypochlorite 0,5 % (temps de contact 10 min). - Éliminer les déchets biologiques (tubes, lames, couvre‑objets) dans un conteneur à déchets infectieux jaune, conformément à l’arrêté ministériel n° 004/MINESUP du 12 mars 2021. - Se laver les mains avec une solution hydroalcoolique avant et après chaque manipulation. - En cas de projection d’urine sur la peau, rincer immédiatement à l’eau abondante pendant 15 s et appliquer un antiseptique (povidone‑iodée). ### F. Exemple d’atelier au laboratoire régional de Yaoundé Lors d’une séance de travaux pratiques, les élèves ont reçu un échantillon d’urine provenant d’un patient de 28 ans présentant des brûlures mictionnelles. Après centrifugation, le sédiment a montré : - 12 leucocytes/champ (pyurie) - 3 hématies/champ (hématurie microscopique) - Aucun cristal observé - Aucun œuf de *Schistosoma* détecté L’interprétation a conduit à prescrire un ECBU pour recherche bactérienne, tandis qu’un traitement symptomatique à base de paracétamol a été initié en attendant les résultats. --- ## II. ACTIVITES D’INTEGRATION ### A. Mise en situation professionnelle Un adolescent de 16 ans se présente au centre de santé intégré de Bertoua avec des douleurs lombaires, une fréquence urinaire augmentée et une légère fièvre (38,2 °C). Le médecin soupçonne une infection urinaire haute ou une schistosomiase urinaire. ### B. Travail en groupe 1. **Prélèvement** : chaque groupe réalise un prélèvement mid‑stream sous supervision. 2. **Examen cytologique** : réalisation de la centrifugation, préparation de la lame, lecture au microscope et remplissage d’une fiche de résultat. 3. **Examen bactériologique** : ensemencement sur agar CLED, incubation à 37 °C pendant 18‑24 h, lecture des colonies, réalisation d’un test de Gram préliminaire. 4. **Rédaction du compte‑rendu** : structuration en trois parties (prélèvement, résultats cytologiques, résultats bactériologiques, conclusion et recommandations). ### C. Évaluation des compétences Une grille d’observation (cote de 0 à 4) évalue : - Respect de l’asepsie lors du prélèvement (0‑4) - Qualité de la centrifugation et du sédiment (0‑4) - Exactitude de l’identification des éléments cytologiques (0‑4) - Rigorosité de l’ensemencement et de la lecture des colonies (0‑4) - Clarté et conformité du compte‑rendu aux normes du MINESEC (0‑4) Le score total ≥ 14/20 valide la compétence. ### D. Liens avec les autres modules - **Biochimie** : dosage de la créatinine et de l’urée pour évaluer la fonction rénale. - **Hématologie** : numération formule sanguine pour rechercher une leucocytose ou une anémie liée à une infection chronique. - **Pharmacologie** : choix d’un antibiotique adapté selon l’antibiogramme (ex. nitrofurantoïne pour cystite non compliquée). --- ## III. Leçon 5 : Examen bactériologique des urines ### A. Principaux objectifs 1. Détecter une bactériurie significative (≥10⁵ UFC/mL) indicative d’une infection urinaire vraie. 2. Isoler et identifier le ou les agents pathogènes les plus fréquents (*Escherichia coli*, *Klebsiella pneumoniae*, *Proteus mirabilis*, *Enterococcus faecalis*, *Staphylococcus saprophyticus*). 3. Réaliser un antibiogramme afin de guider le traitement antibiotique empirique ou dirigé. 4. Détecter les contaminants de flore cutanée afin d’éviter les faux‑positifs. ### B. Matériel et milieux de culture | Milieu | Composition principale | Utilisation | |---|---|---| | Agar CLED (Cystine‑Lactose‑Electrolyte‑Deficient) | cystine, lactose, bromothymol bleu, électrolytes faibles | Sélection des bactéries urinaires, inhibition des contaminants | | Agar sanguin 5 % | bouillon cœur de bœuf, agar, sang de mouton | Détection de l’hémolyse (α, β, γ) | | Milieu de transport Stuart | gel de phosphate, charbon actif | Conservation de l’échantillon si délai > 2 h | | Disques antibiotiques (CA‑SFM) | diverses concentrations (ex. amoxicilline 25 µg, ciprofloxacine 5 µg) | Diffusion sur agar pour antibiogramme | | Tests biochimiques rapides (API 20E, catalase, oxidase) | réactifs lyophilisés | Identification préliminaire | ### C. Procédure d’ensemencement 1. **Préparation de l’inoculum** - Vortexer doucement le tube d’urine pour homogénéiser le sédiment. - Prélever 1 µL avec une boucle calibrée (0,01 mL) correspondant à 10 µL d’urine. 2. **Ensemençage** - Étaler l’inoculum sur la surface d’une plaque d’agar CLED en faisant des stries quadrantes (méthode de quadrant). - Réaliser un contrôle négatif (boucle stérile) et un contrôle positif (souche d’*E. coli* ATCC 25922). 3. **Incubation** - Placer les plaques à l’envers dans l’incubateur à 37 °C, atmosphère aérobie, pendant 18‑24 h. 4. **Lecture des colonies** - Observer la couleur (CLED : lactose fermentateurs = jaune, non fermentateurs = bleu/vert). - Noter la morphologie (taille, forme, bord, élévation). - Compter les colonies dans chaque quadrant ; si la plaque est trop dense, réaliser une dilution 1:10 ou 1:100 et répéter l’ensemencement. 5. **Calcul de l’UFC/mL** \[ \text{UFC/mL} = \frac{N \times F}{V} \] où : - **N** = nombre moyen de colonies comptées (ex. 45 colonies) - **F** = facteur de dilution (ex. 100 si dilution 1:100) - **V** = volume ensemencé en mL (0,01 mL pour boucle de 10 µL) **Exemple chiffré** : - 45 colonies comptées sur une plaque ensemencée avec 10 µL d’urine diluée 1:100. - UFC/mL = (45 × 100) / 0,01 = 450 000 UFC/mL. - Comme le résultat dépasse 10⁵ UFC/mL, on considère une bactériurie significative. > **>** Le seuil de signification clinique est fixé à ≥10⁵ UFC/mL pour un échantillon mid‑stream ; pour un prélèvement par cathéter, le seuil est abaissé à ≥10⁴ UFC/mL. ### D. Identification préliminaire - **Test de Gram** : coloration, observation au microscope 100× immersion. - Bacilles Gram‑ négés → suspect *Enterobacteriaceae*. - Cocos Gram‑ positifs → suspect *Enterococcus* ou *Staphylococcus*. - **Catalase** : ajout d’une goutte de peroxyde d’hydrogène 3 % ; libération d’O₂ → catalase + (staphylocoques, *E. coli*). - **Oxidase** : réactif tétraméthyl‑p‑phénylènediamine ; couleur violette en 10‑30 s → oxidase + (ex. *Pseudomonas*). - **API 20E** : bandelette de tests biochimiques (fermentation du lactose, production d’H₂S, uréase, etc.) ; lecture après 4‑24 h à 37 °C. ### E. Antibiogramme (méthode de diffusion sur agar) 1. Préparer une suspension bactérienne à 0,5 McFarland dans du sérum physiologique (équivaut à ~1,5 × 10⁸ UFC/mL). 2. Ensemencer uniformément la surface d’une plaque d’agar Mueller‑Hinton à l’aide d’un coton‑tige stérile. 3. Appliquer les disques antibiotiques (ex. amoxicilline‑clavulanate, céftriaxone, ciprofloxacine, nitrofurantoïne) à l’aide d’un distributeur stérile, en respectant une distance minimale de 24 mm entre les disques. 4. Incuber à 37 °C pendant 16‑20 h. 5. Mesurer les diamètres d’inhibition (en mm) avec un réglet ou un calibreur. 6. Interpréter selon le tableau de l’Antibiogramme Comité de la Société Française de Microbiologie (CA‑SFM) version 2023. > **>** Un diamètre d’inhibition ≥ le seuil de sensibilité indique que la bactérie est sensible à l’antibiotique testé. ### F. Normes de sécurité et de biosécurité - Manipuler les urines comme des échantillons de risque biologique de niveau 2 (agents pathogènes potentiels : *E. coli*, *Klebsiella*, *Enterococcus*). - Réaliser toutes les étapes d’ensemencement et d’incubation dans une paillasse de travail désinfectée, porter gants, blouse, lunettes et, si nécessaire, un masque de type FFP2 en cas de génération d’aérosols (ex. vortexage vigoureux). - Décontaminer les surfaces avec une solution d’hypochlorite 0,5 % après chaque séance. - Éliminer les plaques utilisées et les déchets dans des conteneurs à déchets infectieux jaunes, puis les autoclaver à 121 °C, 15 psi pendant 20 min avant élimination définitive. - En cas de coupure ou de piqûre avec un objet contaminé, laver immédiatement à l’eau et au savon, appliquer un antiseptique, et consulter le service de santé au travail selon la procédure d’exposition au risque biologique (circulaire MINESUP n° 011/2020). ### G. Exemple de résultat complet (examen d’un patient de 34 ans, fièvre 38,5 °C, dysurie) | Étape | Résultat | Interprétation | |---|---|---| | Examen cytologique | 8 leucocytes/champ, 0 hématie, 0 cristal | Pyurie modérée | | Ensemencement CLED | 120 colonies jaunes (fermentateurs de lactose) après 18 h | Suspicion *Enterobacteriaceae* | | Calcul UFC/mL | (120 × 1) / 0,01 = 12 000 UFC/mL (pas de dilution) | < 10⁵ → contamination possible, répétition avec dilution 1:10 | | Deuxième ensemencement (dilution 1:10) | 85 colonies jaunes | UFC/mL = (85 × 10) / 0,01 = 85 000 UFC/mL (encore < 10⁵) | | Troisième ensemencement (dilution 1:100) | 9 colonies jaunes | UFC/mL = (9 × 100) / 0,01 = 90 000 UFC/mL (toujours < 10⁵) | | Conclusion | Pas de bactériurie significative ; pyurie peut être liée à une irritation non infectieuse ou à une collecte inadéquate. | Recommander un nouvel échantillon mid‑stream et envisager un examen parasitologique (schistosomiase). | > **>** Lorsque le comptage reste inférieur au seuil malgré plusieurs dilutions, il faut envisager une contamination ou une collecte inadéquate plutôt qu’une infection vraie. --- ## Synthèse du chapitre - **Examen cytologique des urines** : recherche des cellules, cylindres, cristaux et parasites ; procédure de prélèvement, centrifugation, préparation de lame, lecture microscopique ; seuils de référence et interprétation clinique. - **Activités d’intégration** : mise en situation professionnelle (cas d’adolescent avec symptômes urinaires), travail en groupe (prélèvement, examen cytologique et bactériologique, rédaction de compte‑rendu), évaluation par grille d’observation, liens avec biochimie, hématologie et pharmacologie. - **Examen bactériologique des urines** : détection de bactériurie significative (≥10⁵ UFC/mL), ensemencement sur agar CLED, incubation, lecture des colonies, calcul UFC/mL, identification préliminaire (Gram, catalase, oxidase, API), antibiogramme (diffusion sur agar, interprétation CA‑SFM), règles de biosécurité niveau 2. - **Sécurité** : port des EPP, désinfection des surfaces, gestion des déchets biologiques, procédures en cas d’exposition. - **Calcul clé** : UFC/mL = (N × F) / V ; exemple détaillé fourni. - **Documents de référence** : arrêté ministériel n° 004/MINESUP (gestion des déchets), circulaire MINESUP n° 011/2020 (exposition au risque biologique), normes CA‑SFM 2023 pour l’antibiogramme. --- ## Glossaire | Terme | Définition | |---|---| | **Bactériurie significative** | Concentration de bactéries ≥10⁵ UFC/mL dans un échantillon mid‑stream, indicative d’une infection urinaire vraie. | | **Cylindre** | Structure protéique formée dans le tubule rénal, retrouvée dans le sédiment urinaire ; types : hyalin, granular, cireux, épithélial. | | **Facteur de dilution (F)** | Rapport entre le volume initial d’urine et le volume après dilution (ex. dilution 1:100 → F = 100). | | **Mid‑stream** | Technique de prélèvement d’urine où le premier et le dernier jet sont rejetés, ne conservant que le milieu du jet. | | **UFC/mL** | Unités formant colonie par millilitre ; mesure de la concentration bactérienne viable dans un échantillon. | | **PASS (Procédé d’Analyse de Sédiment)** | Série d’étapes (prélèvement, homogénéisation, centrifugation, préparation de lame, lecture) permettant l’examen cytologique des urines. | | **CA‑SFM** | Comité de l’Antibiogramme de la Société Française de Microbiologie ; fournit les seuils d’interprétation des diamètres d’inhibition pour les antibiotiques. | | **Biosécurité niveau 2** | Ensemble de pratiques et de contenants destinés à manipuler des agents pathogènes modérément dangereux (ex. *E. coli*, *Salmonella*) avec risque limité pour le personnel et l’environnement. | | **Pyurie** | Présence anormale de leucocytes (>5/champ) dans le sédiment urinaire, signe d’inflammation ou d’infection urinaire. | | **Hématurie** | Présence de globules rouges dans les urines, pouvant être microscopique ou macroscopique. | --- ## Exercices d'application corrigés ### Exercice 1 – Calcul d’UFC/mL **Situation** : Un prélèvement d’urine mid‑stream est vortexé, puis une boucle calibrée de 10 µL est utilisée pour ensemencer une plaque d’agar CLED. Après incubation, on compte 52 colonies sur la plaque. Aucune dilution n’a été réalisée. **Question** : Calculer la concentration en UFC/mL et conclure sur la signification de la bactériurie. **Corrigé** - Volume ensemencé V = 10 µL = 0,01 mL. - Facteur de dilution F = 1 (pas de dilution). - Nombre de colonies N = 52. \[ \text{UFC/mL} = \frac{N \times F}{V} = \frac{52 \times 1}{0,01} = 5200 \text{ UFC/mL} \] Comme 5200 UFC/mL < 10⁵ UFC/mL, la bactériurie n’est **pas** significative. Il s’agit probablement d’une contamination de la flore cutanée ou d’une collecte inadéquate. On recommande un nouvel échantillon mid‑stream, éventuellement après une toilette génitale préalable. --- ### Exercice 2 – Interprétation d’un compte‑rendu cytologique **Situation** : Un patient de 22 ans présente des douleurs lombaires et une fièvre de 38,6 °C. L’examen cytologique de ses urines montre : - 15 leucocytes/champ - 4 hématies/champ - 2 cylindres hyalins/champ - Aucun cristal observé - Aucun œuf de *Schistosoma* détecté **Question** : Rédiger l’interprétation clinique et proposer les examens complémentaires à réaliser. **Corrigé** L’association d’une pyurie (15 leucocytes/champ > seuil de 5) et d’une hématurie microscopique (4 hématies/champ > seuil de 2) évoque une **infection urinaire haute** (pyélonéphrite) éventuellement accompagnée d’une lésion tubulaire (présence de cylindres hyalins). L’absence de cristaux et d’œufs de *Schistosoma* élimine, pour l’instant, une lithiase ou une schistosomiase urinaire. **Examens complémentaires proposés** : 1. **ECBU** (examen cytobactériologique des urines) avec quantification UFC/mL et antibiogramme. 2. **Créatininémie et urée** pour évaluer la fonction rénale. 3. **Échographie rénale et vésicale** afin de rechercher une obstruction, un abcès ou une pyélite. 4. **Hémocultures** si l’état général est sévère ou si la fièvre persiste > 48 h malgré antibiothérapie initiale. --- ### Exercice 3 – Réalisation d’un antibiogramme **Situation** : Une colonie d’*Escherichia coli* isolée d’une urine a été suspendue à 0,5 McFarland et ensemencée sur agar Mueller‑Hinton. Les disques suivants ont été appliqués : amoxicilline‑clavulanate (20 µg), céftriaxone (30 µg), ciprofloxacine (5 µg), nitrofurantoïne (100 µg). Après incubation, les diamètres d’inhibition mesurés sont : - Amoxicilline‑clavulanate : 22 mm - Céftriaxone : 28 mm - Ciprofloxacine : 30 mm - Nitrofurantoïne : 18 mm Les seuils de sensibilité CA‑SFM 2023 pour *E. coli* sont : - Amoxicilline‑clavulanate ≥ 20 mm (sensible) - Céftriaxone ≥ 21 mm (sensible) - Ciprofloxacine ≥ 22 mm (sensible) - Nitrofurantoïne ≥ 17 mm (sensible) **Question** : Déterminer le profil de sensibilité de la souche et proposer un antibiotique de première ligne adapté à une cystite non compliquée chez une femme enceinte de 28 semaines. **Corrigé** Tous les diamètres mesurés sont supérieurs ou égaux aux seuils de sensibilité : la souche est **sensible** à l’amoxicilline‑clavulanate, au céftriaxone, à la ciprofloxacine et à la nitrofurantoïne. Chez une femme enceinte, les fluoroquinolones (ciprofloxacine) sont contre‑indiquées en raison du risque d’arthropathie fœtale. La nitrofurantoïne est généralement sûre après le premier trimestre, mais son utilisation est limitée aux infections basses et contre‑indiquée en cas d’insuffisance rénale (clairance de la créatinine < 60 mL/min). L’amoxicilline‑clavulanate est largement utilisé chez la femme enceinte, avec un bon profil de sécurité. **Proposition** : Amoxicilline‑clavulanate 1 g/125 mg toutes les 8 h pendant 7 jours (ou selon posologie locale) comme antibiotique de première ligne pour la cystite non compliquée chez cette patiente. --- ## Erreurs fréquentes et règles de sécurité | N° | Erreur fréquente | Conséquence | Règle de sécurité / bonne pratique | |---|---|---|---| | 1 | **Prélèvement du premier jet seulement** | Contamination par la flore du méat urinaire → faux‑positif bactériologique. | Toujours recueillir le **mid‑stream** après avoir rejeté le premier jet ; expliquer la technique au patient. | | 2 | **Oublier de vortexer l’urine avant l’ensemencement** | Répartition non homogène des bactéries → sous‑estimation de l’UFC/mL. | Vortexer doucement 5 s avant chaque prélèvement d’inoculum. | | 3 | **Lire les colonies après > 24 h d’incubation** | Surcroissance, dépassement du diamètre d’inhibition, difficulté à compter. | Lire les plaques **entre 18 et 24 h** ; au-delà, refaire l’ensemencement. | | 4 | **Ne pas porter de lunettes de manipulation lors de la centrifugation** | Risque de projection d’aérosols contenant des pathogènes dans les yeux. | Porter systématiquement des **lunettes de protection** ou un écran facial lors de l’utilisation de la centrifugeuse. | | 5 | **Utiliser une boucle non calibrée (ex. boucle standard de 1 µL) pour le calcul d’UFC/mL** | Erreur de facteur de volume → résultat erroné de concentration. | Utiliser exclusivement une **boucle calibrée à 0,01 mL (10 µL)** pour les comptages d’UFC/mL. | | 6 | **Jeter les plaques utilisées dans la poubelle ordinaire** | Diffusion potentielle d’agents pathogènes dans l’environnement. | Déposer les plaques dans un **conteneur à déchets infectieux jaune**, puis les autoclaver avant élimination finale. | --- *Fin du cours.*

Quiz du chapitre

10 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Quelle est la définition de l'examen cytologique des urines ?
  2. 2. Quel est le seuil généralement admis de leucocytes par champ à haute puissance pour considérer un examen cytologique des urines comme évocateur d'une inflammation urinaire ?
  3. 3. Quel colorant est le plus fréquemment utilisé pour mettre en évidence le noyau et le cytoplasme des cellules urinaires en cytologie ?
  4. 4. Un échantillon d'urine montre 3 leucocytes et 2 érythrocytes par champ à haute puissance. Quelle interprétation est la plus pertinente ?
  5. 5. Un ensemencement d'urine réalisé sur milieu CLED avec 0,1 mL d'urine diluée à 10⁻² donne 25 colonies. Quelle est la concentration bactérienne approximative dans l'urine originale ?
  6. 6. Une femme de 22 ans présentant des dysuries montre une urine contenant 1,2 × 10⁵ UFC/mL de Staphylococcus saprophyticus. Quelle est la conduite la plus appropriée ?
  7. 7. Quel est le principal avantage du prélèvement d'urine au jet moyen après nettoyage du méat avant une culture urinaire ?
  8. 8. Chez une femme enceinte asymptomatique, une bacteriurie significative (>10⁵ UFC/mL) d'Escherichia coli est détectée lors d'un dépistage de routine. Quelle est la conduite recommandée selon les bonnes pratiques ?
  9. 9. En cytologie urinaire, la présence de cellules en ombrelle (umbrella cells) présentant une atypie nucléaire marquée est le plus évocateur de :
  10. 10. Lors d'une activité d'intégration, les élèves comparent les résultats de l'examen cytologique (leucocyturie) et bactériologique (UFC/mL) d'un même échantillon d'urine. Quelle affirmation décrit le mieux la relation entre ces deux paramètres ?