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Chapitre 7

II : LE SCÉNARIO ET LA NARRATION (partie 1/2)

Lecture : 23 minQuiz de 10 questions

## Objectifs et prérequis **À la fin de ce chapitre, l’élève sera capable de :** - Identifier et expliquer la structure narrative classique d’un film (setup, confrontation, résolution). - Différencier les principaux types de scénarios (original, adaptation, scénario de commande, scénario littéraire, scénario détaillé, scénario de découpage). - Rédiger un pitch percutant et un synopsis structuré en respectant les exigences de forme et de fond. - Élaborer une continuité dialoguée et une note d’intention cohérentes avec le projet filmique. - Mobiliser ces connaissances dans un atelier d’écriture et une activité d’intégration visant la production d’un court‑métrage documentaire ou de fiction. **Prérequis :** - Notions de base du langage cinématographique (plan, séquence, montage, son). - Capacité à analyser un extrait filmique en repérant les éléments de l’histoire (personnages, conflit, enjeu). - Maîtrise de l’écriture académique (phrase complète, ponctuation, registre soutenu). --- ## Introduction contextualisée Le scénario constitue le squelette écrit qui guide toute la chaîne de production d’un film : de l’idée initiale au montage final. Au Cameroun, la jeune génération de réalisateurs (Jean‑Pierre Bekolo, Rosine Mbakam, Enah Johnscott) montre que la maîtrise du scénario permet de transformer des réalités locales en récits universels tout en respectant les contraintes de financement et de diffusion. Ce chapitre propose une approche par compétences : l’élève ne se contente pas de définir des notions, il les met en pratique à travers des exercices d’écriture, l’analyse de documents réels et la préparation d’épreuves type examen. --- ## I. L18 : Rappel sur la structure narrative d’un film ### Contexte et définitions La structure narrative la plus enseignée au secondaire provient du modèle en trois actes popularisé par Syd Field (1979) et adapté aux programmes africains. Elle se décompose en : 1. **Setup (mise en place)** – présentation du monde ordinaire, du protagoniste et de l’inciting incident (événement déclencheur). 2. **Confrontation (développement)** – série d’obstacles qui augmentent les enjeux, menant au point milieu (midpoint) puis au deuxième tournant. 3. **Résolution (dénouement)** – climax, résolution du conflit principal et retour à un nouvel équilibre. > **>** *Le setup dure généralement les premières 10‑15 minutes d’un long‑métrage ; il doit établir qui, quoi, où, quand et pourquoi.* ### Acteurs / notions / auteurs - **Syd Field** – scénariste américain, auteur de *Screenplay* (1979). - **Aristote** – Poétique (IIIᵉ siècle av. J.-C.) : prémisse du modèle en trois parties (protasis, epitasis, catastrophé). - **Joseph Campbell** – *The Hero with a Thousand Faces* (1949) : monomythe, souvent relié à la structure en trois actes. ### Faits datés et lieux précis - 1979 : publication de *Screenplay* par Syd Field, devenu référence dans les écoles de cinéma américaines et européennes. - 2005 : sortie du film camerounais *Les Saignantes* (réalisé par Jean‑Pierre Bekolo) qui suit clairement une structure en trois actes (mise en place du contexte urbain, confrontation avec la police, résolution ambiguë). ### Causes puis conséquences - **Cause** : besoin d’un cadre compréhensible pour les scénaristes et les monteurs afin de faciliter la lecture du scénario. - **Conséquence** : les films respectant ce schéma sont plus facilement suivis par le public ; les déviations (ex. récits non linéaires) nécessitent une justification explicite dans le scénario. ### Exemple concret (camerounais) Dans *Les Saignantes* : - **Setup** : deux jeunes femmes, Chantale et Patricia, vivent dans un quartier populaire de Yaoundé, subissent le harcèlement quotidien. - **Confrontation** : elles décident de se venger après un viol, entraînant une poursuite policière. - **Résolution** : le climax se produit lors d’une confrontation dans une boîte de nuit ; le film se termine sur une ambigüité morale laissant le spectateur interroger la justice. ### Vocabulaire à retenir - **Inciting incident** - **Midpoint** - **Turning point** - **Climax** - **Dénouement** ### Tableau récapitulatif – Structure en trois actes | Acte | Fonction principale | Durée approximative (min) | Exemple camerounais | |------|---------------------|---------------------------|----------------------| | I – Setup | Présentation du monde et incident déclencheur | 0‑15 | *Les Saignantes* – présentation du quartier et du harcèlement | | II – Confrontation | Enchaînement d’obstacles, montée des enjeux | 15‑90 | poursuite policière, préparation de la vengeance | | III – Résolution | Climax, résolution du conflit, nouvel équilibre | 90‑120 | confrontation finale, ambiguïté morale | --- ## II. L19 : Types de scénarios ### Contexte et définitions Un scénario peut prendre différentes formes selon son stade d’élaboration et son usage. Le programme officiel distingue six catégories principales : 1. **Scénario original** – écrit à partir d’une idée entièrement nouvelle. 2. **Scénario d’adaptation** – transposition d’une œuvre préexistante (roman, pièce, témoignage). 3. **Scénario de commande** – rédigé pour répondre à un cahier des charges d’un producteur ou d’une institution. 4. **Scénario littéraire** – version détaillée, proche d’une nouvelle, utilisée pour la lecture et la recherche de financements. 5. **Scénario détaillé** – comprend les indications de mise en scène (décors, costumes, mouvements de caméra) mais pas encore le découpage technique. 6. **Scénario de découpage** – version finale destinée au tournage : chaque plan est décrit avec numéro, durée, angle, son, etc. > **>** *Le scénario de découpage est le document de travail du réalisateur et du chef opérateur pendant le tournage.* ### Acteurs / notions / auteurs - **Robert McKee** – *Story* (1997) : classification des scénarios selon leur fonction. - **Claude Lelouch** – cinéaste français qui insiste sur la différence entre scénario littéraire et scénario de découpage. - **Centre National du Cinéma et de l’image animée (CNC)** – publie des guides sur les scénarios de commande en France, souvent utilisés comme référence en Afrique francophone. ### Faits datés et lieux précis - 1997 : sortie de *Story* de Robert McKee, devenu manuel de référence dans les ateliers d’écriture africains. - 2015 : lancement du Programme d'Appui à la Création Cinématographique (PACC) du MINAC, privilégiant les scénarios de commande pour documentaires sur les droits humains. ### Causes puis conséquences - **Cause** : nécessité de communiquer clairement avec différents interlocuteurs (producteurs, techniciens, acteurs). - **Conséquence** : chaque type de scénario répond à un besoin spécifique ; choisir le mauvais format peut entraîner des incompréhensions et des dépassements de budget. ### Exemple concret (africain) Le documentaire camerounais *Mokolo* (2017, Rosine Mbakam) a débuté comme scénario littéraire avant d’être transformé en scénario de découpage pour le tournage en milieu urbain. ### Vocabulaire à retenir - **Scénario original** - **Scénario d’adaptation** - **Scénario de commande** - **Scénario littéraire** - **Scénario détaillé** - **Scénario de découpage** ### Tableau récapitulatif – Types de scénarios | Type | Objectif principal | Niveau de détail | Usage typique | |------|--------------------|------------------|---------------| | Original | Créer une histoire inédite | Variable (début) | Recherche d’idée, pitch | | Adaptation | Transposer une œuvre existante | Moyen à élevé | Cinéma, télévision | | Commande | Répondre à un cahier des charges | Élevé | Institution, ONG | | Littéraire | Présenter l’histoire comme une nouvelle | Très détaillé | Levée de fonds, lecture | | Détaillé | Ajouter indications de mise en scène | Moyen‑élevé | Pré‑production, repérage | | Découpage | Préparer le tournage plan par plan | Très détaillé | Tournage, montage | --- ## III. L20 : Pitch et synopsis ### Contexte et définitions - **Pitch** : présentation orale très brève (30 secondes à 2 minutes) visant à susciter l’intérêt d’un producteur ou d’un comité de sélection. Il doit contenir le **logline** (phrase d’accroche), le **genre**, le **ton**, le **public cible** et un **crochet** émotionnel. - **Synopsis** : résumé écrit d’une à deux pages (environ 400‑800 mots) qui raconte l’histoire du début à la fin, en révélant le déroulement complet incluant la fin. Il est plus détaillé que le pitch mais reste concis. > **>** *Un bon pitch répond à la question « De quoi parle ton film et pourquoi devrais-je m’en soucier ? ’* ### Acteurs / notions / auteurs - **Blake Snyder** – *Save the Cat!* (2005) : formule du logline (protagoniste + objectif + obstacle). - **John Truby** – *The Anatomy of Story* (2007) : importance du thème dans le synopsis. - **Festival panafricain du cinéma (FESPACO)** – exige un synopsis écrit de 500 mots pour la sélection des projets en développement. ### Faits datés et lieux précis - 2005 : publication de *Save the Cat!* ; influence notable dans les ateliers de scénario au Cameroun (ex. atelier *Yaoundé Script Lab* 2018). - 2019 : appel à projets du **Programme d’Appui à la Création Cinématographique (PACC)** du MINAC, demandant un pitch de 90 secondes vidéo. ### Causes puis conséquences - **Cause** : les décideurs ont peu de temps ; ils doivent rapidement évaluer la viabilité d’un projet. - **Conséquence** : un pitch mal structuré entraîne un rejet immédiat, même si l’idée est bonne ; un synopsis flou rend difficile l’évaluation de la cohérence narrative. ### Exemple concret (camerounais) Pitch du film de fiction *The Fisherman’s Diary* (2020, Enah Johnscott) : > « Dans un village de pêche du littoral camerounais, une jeune fille défie la tradition en allant à l’école, tandis que son père lutte contre la montée du niveau de la mer qui menace leurs filets. » Synopsis (extrait) : Le film suit **Aïcha**, 12 ans, qui, malgré l’interdiction de son père, fréquente l’école communautaire. Chaque jour, elle assiste à la dégradation de l’écosystème marin due au changement climatique. Le conflit s’intensifie lorsqu’une tempête détruit la moitié du village, obligeant le père à reconnaître la valeur de l’éducation pour adapter leurs pratiques de pêche. Le documentaire se termine sur une scène où Aïcha enseigne à d’autres filles à lire les cartes marines, symbolisant la transmission du savoir. ### Vocabulaire à retenir - **Logline** - **Hook** (crochet) - **Genre** - **Ton** - **Public cible** ### Tableau récapitulatif – Pitch vs Synopsis | Critère | Pitch | Synopsis | |---------|-------|----------| | Format | Oral (30 s‑2 min) ou vidéo courte | Écrite (1‑2 pages) | | Longueur | ~50‑150 mots | 400‑800 mots | | Contenu | Logline, genre, ton, hook, pourquoi | Histoire complète (début‑milieu‑fin) | | Objectif | Susciter l’intérêt, obtenir un rendez‑vous | Convaincre de la faisabilité narrative et thématique | | Exemple | Pitch de *The Fisherman’s Diary* | Synopsis ci‑dessus | --- ## Atelier pratique d’écriture ### Objectif Mettre en œuvre les connaissances des leçons précédentes en produisant un **pitch**, un **synopsis** et un **scénario littéraire** d’un court‑métrage de fiction de 5‑7 minutes, inspiré d’une réalité camerounaise (ex. migration rurale‑urbaine, accès à l’eau, préservation de langues locales). ### Déroulement (90 min) 1. **Brainstorming (15 min)** – groupes de 3‑4 élèves listent trois problèmes sociaux locaux. 2. **Choix de l’idée (10 min)** – chaque groupe sélectionne une idée et rédige un logline. 3. **Rédaction du pitch (20 min)** – en suivant la structure du tableau précédent, chaque groupe prépare un pitch de 60 secondes à présenter à la classe. 4. **Élaboration du synopsis (30 min)** – développement du pitch en synopsis d’une page, en respectant les trois actes. 5. **Mise en commun et feedback (15 min)** – chaque groupe lit son pitch et son synopsis ; la classe note les points forts et les axes d’amélioration selon une grille d’évaluation (clarté, originalité, faisabilité). ### Produit attendu - Un document **Pitch** (max 150 mots). - Un document **Synopsis** (max 800 mots). - Un **scénario littéraire** de 2‑3 pages (environ 600‑900 mots) incluant dialogues indicatifs et descriptions d’ambiance. ### Évaluation - Pertinence du sujet camerounais (2 pts). - Respect de la structure narrative (2 pts). - Qualité du logline et du hook (2 pts). - Cohérence entre pitch, synopsis et scénario (2 pts). - Orthographe et style (2 pts). --- ## IV. L21 : Continuité dialoguée et note d’intention ### Contexte et définitions - **Continuité dialoguée** : transcription fidèle de tous les dialogues du film, accompagnée des indications de temps (ex. *[00:12:34]*), des changements de lieu et des actions essentielles nécessaires au montage. Elle sert de référence pour le monteur et le traducteur. - **Note d’intention** : texte d’une page environ où le réalisateur explique **pourquoi** il veut faire ce film, quels sont ses objectifs artistiques, sociaux ou politiques, quelles influences esthétiques il revendique, et comment il envisage la mise en scène (plan‑séquence, couleur, son). > **>** *La note d’intention doit convaincre un lecteur que le film est nécessaire et unique, pas seulement faisable.* ### Acteurs / notions / auteurs - **Walter Murch** – monteur et sound designer, souligne l’importance de la continuité dialoguée pour le mixage sonore. - **Ava DuVernay** – réalisatrice qui publie régulièrement des notes d’intention détaillées pour ses projets (ex. *13th*). - **FESPACO** – demande une note d’intention de 500 mots pour les projets en compétition officielle. ### Faits datés et lieux précis - 2004 : sortie du film *Hotel Rwanda* ; sa continuité dialoguée a été utilisée comme modèle dans les ateliers de montage africains. - 2021 : appel à projets du **Programme Cinéma et Développement** du MINAC, exigeant une note d’intention de 400‑600 mots. ### Causes puis conséquences - **Cause** : la post‑production nécessite un référentiel texte précis pour synchroniser image et son. - **Conséquence** : une continuité dialoguée incomplète entraîne des erreurs de sous‑titrage ou de doublage ; une note d’intention vague diminue les chances d’obtenir un financement ou une sélection en festival. ### Exemple concret (camerounais) Dans le court‑métrage *Mokolo* (2017, Rosine Mbakam) : - **Continuité dialoguée** : chaque réplique est horodatée, les silences sont indiqués par *[silence 2 s]*, les changements de lieu sont notés *[INT. MOKOLO – JOUR]*. - **Note d’intention** : Mbakam explique qu’elle veut montrer la résilience des femmes des marchés urbains face à la précarité, en utilisant un noir‑et‑blanc contrasté pour accentuer les textures du tissu et de la peau. ### Vocabulaire à retenir - **Horodatage** - **Silence** - **Lieu / temps** - **Objectif artistique** - **Influence esthétique** ### Tableau récapitulatif – Continuité dialoguée vs Note d’intention | Aspect | Continuité dialoguée | Note d’intention | |--------|----------------------|------------------| | Contenu | Dialogues + indications temporelles et scéniques | Motivations, objectifs, références esthétiques | | Longueur | Variable (selon durée du film) | 1 page (~400‑600 mots) | | Utilisateur principal | Monteur, traducteur, sous‑titreur | Producteur, comité de sélection, financeur | | Niveau de détail | Très technique (plan, prise, son) | Réflexif et persuasif | | Exemple | *[00:05:12] INT. MARCHÉ – JOUR* « Bonjour, madame » | « Je souhaite interroger la visibilité du travail informel… » | --- ## V. Activité d’intégration ### Objectif Réaliser, en groupe, un **court‑métrage de 3‑5 minutes** (fiction ou documentaire) qui met en pratique : - La structure narrative en trois actes. - Un scénario de découpage complet. - Un pitch et un synopsis présentés devant un jury simulé (professeurs, professionnels invités). - Une continuité dialoguée et une note d’intention jointes au dossier de production. ### Étapes (4 semaines) | Semaine | Tâche principale | Livrable | |---------|------------------|----------| | 1 | Idéation & pitch | Pitch vidéo de 90 s + feedback | | 2 | Écriture du scénario littéraire puis du scénario de découpage | Scénario de découpage (PDF) | | 3 | Tournage (2 jours) & prise de son | Rushes organisés | | 4 | Montage, création de la continuité dialoguée & rédaction de la note d’intention | Film final + dossier (continuité, note d’intention, synopsis) | ### Évaluation - **Scénario de découpage** (adéquation au découpage technique) – 4 pts. - **Qualité de l’image et du son** – 3 pts. - **Respect de la continuité dialoguée** – 2 pts. - **Pertinence et originalité de la note d’intention** – 2 pts. - **Présentation du pitch devant le jury** – 2 pts. - **Respect des délais** – 1 pt. --- ## Synthèse du chapitre - La **structure narrative en trois actes** (setup, confrontation, résolution) constitue le cadre d’analyse et de création d’un film. - Les **scénarios** se déclinent en six types selon leur degré de détail et leur finalité (original, adaptation, commande, littéraire, détaillé, découpage). - Le **pitch** est une présentation orale très courte visant à capter l’intérêt ; le **synopsis** est un résumé écrit complet de l’histoire. - La **continuité dialoguée** retranscrit fidèlement tous les échanges avec horodatage ; la **note d’intention** expose les motivations artistiques et sociales du projet. - L’**atelier pratique** permet de passer de l’idée au pitch, puis au synopsis et au scénario littéraire. - L’**activité d’intégration** réunit toutes ces compétences dans la réalisation d’un court‑métrage accompagné de ses documents de production. > **>** *Maîtriser ces outils permet de passer de l’idée abstraite à un projet filmique concret, finançable et réalisable.* --- ## Glossaire | Terme | Définition | |-------|------------| | **Setup** | Première partie du récit où l’on présente le monde ordinaire, le personnage principal et l’incident déclencheur. | | **Confrontation** | Deuxième partie où le protagoniste affronte des obstacles qui augmentent les enjeux jusqu’au point milieu puis au deuxième tournant. | | **Résolution** | Troisième partie comprenant le climax, la résolution du conflit principal et le retour à un nouvel équilibre. | | **Scénario original** | Texte écrit à partir d’une idée entièrement nouvelle, sans source préexistante. | | **Scénario d’adaptation** | Transposition d’une œuvre antérieure (roman, pièce, témoignage) en langage cinématographique. | | **Pitch** | Présentation orale très brève (30 s‑2 min) contenant le logline, le genre, le ton et le crochet visant à susciter l’intérêt d’un producteur. | | **Synopsis** | Résumé écrit d’une à deux pages racontant l’histoire du début à la fin, y compris la fin. | | **Continuité dialoguée** | Transcription fidèle des dialogues avec horodatage et indications de lieu/temps, utilisée au montage et pour le sous‑titre. | | **Note d’intention** | Texte d’environ une page où le réalisateur explique pourquoi il veut faire le film, ses objectifs artistiques/sociaux et ses choix esthétiques. | | **Logline** | Phrase d’accroche d’un pitch qui résume le protagoniste, son objectif et le principal obstacle. | | **Hook** | Élément émotionnel ou intrigant placé au début d’un pitch pour retenir l’attention de l’auditeur. | | **Découpage** | Version finale du scénario où chaque plan est décrit (numéro, durée, angle, mouvement de caméra, son). | | **Scénario littéraire** | Version détaillée du scénario proche d’une nouvelle, utilisée pour la lecture et la recherche de financements. | | **Mise en place** | Synonyme de *setup* ; désigne la première partie du récit. | | **Climax** | Moment de tension maximale où le conflit principal atteint son paroxysme avant la résolution. | --- ## Étude de document / de cas **Document :** Extrait du pitch écrit soumis au **Programme d’Appui à la Création Cinématographique (PACC)** en 2022 par un groupe d’étudiants de l’Université de Yaoundé II pour un court‑métrage intitulé *« Eau de Vie »*. > **« Dans un quartier périphérique de Douala, où l’accès à l’eau potable est devenu un luxe, une jeune fille de 13 ans, Amina, décide de creuser un puits clandestin avec l’aide de ses amis. Chaque jour, ils affrontent la méfiance des adultes, les risques d’effondrement et la pression d’un chef de quartier qui voit dans leur initiative une menace à son autorité. Lorsque le puits produit enfin de l’eau claire, la communauté doit choisir entre continuer à dépendre du réseau coûteux et dangereux ou soutenir l’initiative des jeunes. »** ### Analyse pas à pas 1. **Logline / accroche** – La première phrase présente le protagoniste (Amina, 13 ans), son objectif (creuser un puits) et l’obstacle principal (méfiance des adultes, autorité du chef de quartier). 2. **Contexte géographique et social** – Le quartier périphérique de Douala précise le lieu ; le manque d’eau potable situe le problème social camerounais réel (crise d’accès à l’eau dans les banlieues). 3. **Stakes (enjeux)** – Le puits clandestin représente à la fois une question de survie (eau potable) et un défi au pouvoir local (autorité du chef de quartier). 4. **Structure narrative implicite** – - *Setup* : présentation du manque d’eau et de la décision d’Amina. - *Confrontation* : épreuves techniques (creusement, risques d’effondrement), opposition sociale. - *Résolution* : obtention de l’eau et décision communautaire. 5. **Ton et genre** – Le pitch suggère un drame social réaliste, avec une touche d’espoir (issue positive). 6. **Public cible** – Spectateurs intéressés par les questions de développement durable et de jeunesse engagée (festivals africains, chaînes éducatives). 7. **Faisabilité** – Le projet ne nécessite pas de décors coûteux (un quartier réel, un puits à creuser en surface), ce qui rassure le comité de financement sur le budget. **Conclusion :** Ce pitch respecte les critères d’efficacité : logline clair, contexte ancré dans une réalité camerounaise, enjeux clairement définis, structure narrative devinable, ton adapté, et faisabilité démontrée. Il serait donc susceptible de retenir l’attention d’un jury de sélection. --- ## Méthode et sujets type examen ### Sujet 1 – Dissertation **Intitulé :** « Dans quelle mesure la structure narrative en trois actes permet‑elle d’analyser les films africains contemporains ? Illustrer votre réponse par deux exemples tirés du cinéma camerounais. » **Plan détaillé :** 1. **Introduction** - Définir la structure en trois actes (setup, confrontation, résolution). - Présenter l’enjeu : pertinence d’un modèle occidental pour lire des récits africains. - Annoncer les deux études de cas : *Les Saignantes* (Jean‑Pierre Bekolo, 2005) et *The Fisherman’s Diary* (Enah Johnscott, 2020). 2. **Développement – Partie I : Applicabilité du modèle** - Montrer comment chaque film respecte les trois actes (ex. *Les Saignantes* : setup = harcèlement urbain, confrontation = vengeance, résolution = ambiguïté morale). - Citer Syd Field et éventuellement Joseph Campbell pour légitimer le modèle. 3. **Développement – Partie II : Limites et adaptations** - Souligner les spécificités africaines : narration parfois circulaire, importance du collectif, usage de ellipses temporelles. - Exemple : dans *The Fisherman’s Diary*, le documentaire utilise un fil conducteur mais intègre des séquences observatives qui ne suivent pas strictement le schéma dramatique. 4. **Développement – Partie III : Apport du modèle à l’analyse** - Expliquer comment le repérage des actes aide à identifier le thème (ex. lutte contre l’injustice dans *Les Saignantes*, résilience climatique dans *The Fisherman’s Diary*). - Montrer que le modèle permet de comparer des œuvres de genres différents (fiction vs documentaire). 5. **Conclusion** - Synthèse : le modèle en trois actes est un outil d’analyse utile mais doit être complété par des approches sensibles aux particularités culturelles et documentaires. - Ouverture : envisager l’usage de la théorie du monomythe ou de la narratologie postcoloniale pour enrichir l’analyse. ### Sujet 2 – Commentaire **Document à commenter :** Extrait de la **note d’intention** de Rosine Mbakam pour son documentaire *Mokolo* (2017). > **« Je veux filmer les femmes du marché de Mokolo non pas comme des victimes de la pauvreté, mais comme des actrices de leur propre destin. En choisissant le noir‑et‑blanc, je souligne la texture de leurs tissus, la profondeur de leurs regards et la résistance silencieuse qui les anime. Mon objectif est de produire une œuvre qui, tout en restant ancrée dans le réel, interroge les représentations occidentales de l’Afrique urbaine. »** **Questions guidées :** a) Identifiez les éléments de la note d’intention qui révèlent l’objectif artistique de la réalisatrice. b) Expliquez comment le choix du noir‑et‑blanc contribue à la réalisation de cet objectif. c) En vous appuyant sur la notion de « continuité dialoguée », indiquez quelles informations auraient dû figurer dans ce document pour faciliter le montage sonore. **Plan de réponse :** 1. **Réponse à a)** - Citation : « filmer les femmes… comme des actrices de leur propre destin » → objectif de valorisation d’agence. - Citation : « interroger les représentations occidentales de l’Afrique urbaine » → objectif critique et décolonial. 2. **Réponse à b)** - Le noir‑et‑blanc supprime la distraction des couleurs, met en avant les contrastes de lumière et de texture. - Renforce l’intemporalité et l’universalité du geste féminin. - Référence à des photographes africains (ex. Seydou Keïta) qui utilisent le même procédé pour dignifier le sujet. 3. **Réponse à c)** - La continuité dialoguée aurait dû contenir : horodatage des interventions des femmes, indications de bruits de marché (cris, klaxons, pas), silences durant les plans d’observation, changements de lieu (étal, ruelle, intérieur de la boutique). - Exemple de ligne : *[00:04:12] EXT. MARCHÉ – JOUR* « Bonjour, madame » suivi de *[silence 1,5 s]* puis *[ambiance marché – brouhaha]*. ### Sujet 3 – Question de cours **Intitulé :** « Définissez le concept de « pitch » et expliquez en quoi il diffère du « synopsis ». Donnez un exemple de pitch adapté à un projet de court‑métrage documentaire sur la transmission des langues maternelles dans les écoles rurales du Nord‑Cameroun. » **Plan de réponse :** 1. **Définition du pitch** - Présentation orale très brève (30 s‑2 min) contenant le logline, le genre, le ton, le hook et la justification du pourquoi. - Fonction : susciter l’intérêt d’un producteur ou d’un comité de sélection en moins de deux minutes. 2. **Différence avec le synopsis** - Le synopsis est écrit, d’une à deux pages, raconte l’histoire complète (début‑milieu‑fin) y compris la fin. - Le pitch ne révèle pas forcément la fin ; il vise à créer du désir de savoir davantage. - Tableau comparatif (peut être inséré dans la réponse). 3. **Exemple de pitch documentaire** > « Dans les villages du Nord‑Cameroun, où le français domine l’enseignement, une enseignante passionnée décide d’introduire le **moundang**, langue maternelle des Moundang, dans ses cours de lecture. À travers des ateliers de conte et de chant, elle observe comment les enfants redécouvrent leur identité tout en améliorant leurs résultats scolaires. Ce documentaire suit une année scolaire, montrant les défis (manque de matériel, réticence des autorités) et les triomphes (premiers récits écrits en **moundang**). En donnant la parole aux élèves et à leurs familles, le film interroge la possibilité d’une éducation réellement plurilingue au Cameroun. » - **Logline** : Une enseignante introduit le moundang dans ses cours pour sauver une langue menacée. - **Hook** : Les enfants redécouvrent leur identité à travers le conte. - **Genre/Ton** : Documentaire d’observation, ton espoir‑réaliste. - **Pourquoi** : Répond à l’enjeu de préservation linguistique et d’égalité éducative. --- ## Erreurs fréquentes | Erreur fréquente | Explication | Comment l’éviter | |------------------|-------------|------------------| | **Confondre pitch et synopsis** | Certains élèves présentent un synopsis lorsqu’on leur demande un pitch, ou inversement. | Rappeler que le pitch est oral, très court, et ne révèle pas forcément la fin ; le synopsis est écrit, complet, et doit raconter l’histoire entière. | | **Oublier le hook dans le pitch** | Un pitch sans élément d’accroche peine à retenir l’attention du jury. | Toujours inclure une phrase émotionnelle ou intrigante dès les premières secondes (ex. une statistique choc, une question provocante). | | **Ne pas respecter la structure en trois actes lors de l’écriture du scénario littéraire** | Le scénario littéraire devient une simple suite de scènes sans montée en tension. | Avant d’écrire, identifier clairement l’incident déclencheur, le point milieu et le deuxième tournant ; vérifier que chaque acte possède un objectif distinct. | | **Confondre continuité dialoguée et scénario de découpage** | Certains élèves croient que la continuité dialoguée contient les indications de plan. | La continuité dialoguée ne comporte que les dialogues et leurs horodatages ; le scénario de découpage ajoute les indications de mise en scène (plan, angle, mouvement). | | **Rédiger une note d’intention trop descriptive et pas assez argumentative** | La note devient un simple résumé du film au lieu d’expliquer le « pourquoi ». | Toujours répondre aux questions : Pourquoi ce sujet ? Quel est mon point de vue artistique ? Quelles influences esthétiques ? Quel impact je vise ? | | **Omettre les références culturelles ou locales dans les exemples** | L’usage exclusif d’exemples étrangers affaiblit la pertinence camerounaise. | Privilégier systématiquement au moins un exemple camerounais ou africain lorsqu’il est demandé (ex. *Les Saignantes*, *The Fisherman’s Diary*, *Mokolo*). | --- *Fin du cours.*

Quiz du chapitre

10 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Quelle est la définition du terme « pitch » dans le contexte du scénario cinématographique ?
  2. 2. Parmi les propositions suivantes, laquelle correspond à un scénario de commande ?
  3. 3. Dans la structure narrative classique en trois actes, quel élément caractérise principalement le deuxième acte ?
  4. 4. Un réalisateur présente un pitch de 2 minutes devant un comité de sélection. Selon les bonnes pratiques, quel élément doit absolument figurer dans ce pitch ?
  5. 5. Voici un extrait de synopsis : « Une jeune fille découvre un pouvoir mystérieux qui lui permet de voir les souvenirs des objets qu'elle touche. Elle décide de l'utiliser pour résoudre la disparition de son frère. » Quel élément essentiel manque généralement à ce synopsis pour être complet selon les attentes du programme ?
  6. 6. Dans une continuité dialoguée, quelle information est généralement placée entre parenthèses après le nom du personnage qui parle ?
  7. 7. Lors de l'atelier pratique d’écriture d’un scénario, quelle est la première étape recommandée après avoir défini le pitch ?
  8. 8. Un scénariste reçoit une demande d'adapter un roman à succès en film, tout en conservant la liberté de modifier la fin. Quel type de scénario correspond le mieux à cette situation ?
  9. 9. Dans une note d’intention, laquelle des affirmations suivantes décrit le mieux la fonction principale par rapport au pitch et au synopsis ?
  10. 10. Lors de l'activité d’intégration du chapitre, les élèves doivent produire un livrable qui démontre leur maîtrise de la chaîne de création scénaristique. Quel livrable correspond le mieux à cet objectif ?