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Chapitre 9

Analyse des œuvres du XIXe au XXIe siècle en Afrique (partie 1/2)

Lecture : 24 minQuiz de 10 questions

## Objectifs et prérequis **Objectifs** : À la fin de ce chapitre, l’élève sera capable de : - réaliser une analyse méthodique d’une peinture ou d’une sculpture contemporaine africaine (ronde‑bosse ou relief) en suivant les étapes d’observation descriptive, d’analyse formelle, iconographique, contextuelle et d’interprétation critique ; - analyser une architecture contemporaine africaine en examinant son site, son volumétrie, ses façades, sa structure, son fonctionnement, ses performances environnementales et sa dimension symbolique ; - intégrer ces deux types d’analyse dans un travail comparatif qui met en évidence les continuités et les ruptures entre les pratiques artistiques et architecturales du continent. **Prérequis** : - notions de base en histoire de l’art africain (peinture, sculpture, architecture) du XIXᵉ au XXIᵉ siècle ; - vocabulaire formel (ligne, forme, couleur, texture, composition, équilibre, rythme, contraste, perspective, lumière) ; - connaissances des matériaux usuels (bois, métal, pierre, béton, terre cuite, résine, pigments naturels) et des techniques de mise en œuvre ; - capacité à lire un plan, une élévation et une coupe simples ; - notions élémentaires de sécurité sur un chantier (port du casque, des gants, respect des zones de travail). > L’analyse d’une œuvre d’art ne se limite pas à la description ; elle doit toujours articuler le formel, l’iconographique et le contextuel. ## Introduction contextualisée Depuis la fin du XIXᵉ siècle, les artistes africains ont engagé un dialogue constant entre les héritiers des traditions locales (masques, sculptures rituelles, architectures en terre) et les apports des mouvements modernes et contemporains venus d’Europe, d’Amérique ou d’Asie. Cette dynamique s’est intensifiée après les indépendances des années 1960, avec l’émergence de scènes artistiques urbaines (Dakar, Lagos, Johannesburg, Nairobi) et la reconnaissance internationale de figures telles que **El Anatsui**, **Chéri Samba**, **William Kentridge** ou **Odili Donald Odita**. En parallèle, l’architecture contemporaine africaine explore des voies de durabilité (briques de terre stabilisée, bois certifié, panneaux photovoltaïques) tout en réinterprétant les formes vernaculaires (cases à toit de chaume, cours intérieures, motifs géométriques) dans des programmes publics, culturels ou commerciaux. Le présent chapitre propose donc une méthodologie d’analyse applicable tant aux œuvres plastiques qu’aux bâtiments, afin de préparer l’élève à l’épreuve du baccalauréat où l’aptitude à articuler observation, connaissance historique et jugement critique est évaluée. ## I. Leçon11 – Analyse d’une peinture ou d’une sculpture contemporaine africaine ### A. Notions et définitions - **Peinture contemporaine africaine** : œuvre réalisée sur toile, panneau, papier ou support mixte, utilisant des médiums tels que l’huile, l’acrylique, l’encre, les pigments naturels ou des procédés mixtes (collage, assemblage). - **Sculpture ronde‑bosse** : sculpture entièrement modelée dans l’espace, pouvant être observée sous tous les angles. - **Sculpture en relief** : sculpture où les formes ressortent d’un fond plat (bas‑relief, haut‑relief). - **Support** : matériau qui reçoit la couche picturale ou sculpturale (toile de coton, bois, pierre, métal, résine). - **Technique** : procédé de mise en œuvre (badigeon, gravure, soudure, assemblage, modelage). ### B. Méthodologie d’analyse (pas à pas) | Étape | Action | Points de contrôle | |-------|--------|--------------------| | 1. Observation descriptive | Noter les dimensions, le format, les couleurs dominantes, les lignes, les formes, les textures, la lumière incidente. | Utiliser une règle ou un mètre laser pour vérifier les dimensions ; consigner les valeurs RGB ou les noms de pigments si connus. | | 2. Analyse formelle | Examiner la composition (équilibre, symétrie, règle des tiers), le rythme (répétition, variation), le contraste (clair‑obscur, chaud‑froid), la perspective (linéaire, aérienne) et la hiérarchie des plans. | Dessiner un schéma de composition sur calque ; identifier les points de fuite et les axes majeurs. | | 3. Analyse iconographique | Recenser les symboles, motifs, figures, récits ou références culturelles, historiques ou religieuses présents. | Croiser avec des sources iconographiques (livres d’art, bases de données museum) ; noter les éventuelles allusions à des proverbes ou à des événements nationaux. | | 4. Analyse contextuelle | Situer l’œuvre dans la trajectoire de l’artiste, le mouvement artistique, la commande (publique, privée, galerie), la réception (expositions, critiques) et les fonctions sociales (mémoire, protestation, célébration). | Consulter le catalogue raisonné de l’artiste, les archives de la galerie ou les articles de presse de l’époque. | | 5. Interprétation critique | Formuler une hypothèse de sens : quel message l’artiste souhaite‑t‑il transmettre ? Quel est son engagement (politique, écologique, identitaire) ? Quelle est la portée esthétique ? | Justifier l’interprétation par des éléments observés aux étapes précédentes ; éviter les lectures réductrices ou anachroniques. | ### C. Vocabulaire professionnel - **Chromatique** : relatif aux couleurs et à leurs interactions. - **Gestuelle** : manière dont l’artiste applique la matière (coup de pinceau, trace de burin, soudure). - **Matérialité** : qualité intrinsèque du matériau (porosité, reflet, poids). - **Patine** : couche d’altération ou de finition qui modifie l’apparition de surface avec le temps. - **Assemblage** : technique consistant à joindre divers objets ou fragments pour former une œuvre. ### D. Exemple d’atelier : analyse de la peinture *« La Système »* de **Chéri Samba** (2005, acrylique sur toile, 150 × 200 cm) 1. **Observation descriptive** : format rectangulaire, dominante de rouges et de jaunes, présence de lignes noires épaisses qui découpent la surface en zones géométriques, texture légèrement granuleuse due à l’ajout de sable dans la peinture. 2. **Analyse formelle** : composition centrée sur une figure stylisée de vendeur ambulante, équilibre asymétrique (masse visuelle à gauche, espace vide à droite), rythme créé par la répétition de motifs de panneaux publicitaires, contraste chaud‑froid entre le rouge du vêtement et le bleu du ciel en arrière‑plan, perspective légèrement oblique qui donne une impression de profondeur. 3. **Analyse iconographique** : le vendeur porte un panneau avec l’inscription « VIVRE », allusion aux slogans de survie urbaine ; les motifs de récipients en plastique renvoient à la consommation de produits importés ; les éclaboussures de peinture évoquent la dynamique des rues de Kinshasa. 4. **Analyse contextuelle** : Chéri Samba travaille depuis les années 1980 dans le mouvement de la « peinture populaire » de Kinshasa ; cette pièce a été exposée à la Biennale de Dakar 2006, où elle a été saluée pour son commentaire sur l’économie informelle. La commande provient d’une galerie privée intéressée par les thèmes de la résilience urbaine. 5. **Interprétation critique** : l’œuvre critique la dépendance aux biens de consommation tout en célébrant l’ingéniosité des vendeurs ambulants qui transforment la rue en espace de créativité. Le rouge symbolise à la fois la vitalité et le danger, tandis que le vide à droite suggère l’incertitude de l’avenir. > En peinture africaine contemporaine, la couleur porte souvent une charge symbolique liée à des rites, à des drapeaux nationaux ou à des mouvements de libération. ### E. Tableau récapitulatif des critères d’analyse pour peinture/sculpture | Critère | Questions clés | Outils recommandés | |---------|----------------|--------------------| | Description | Quelles sont les dimensions, les matériaux, les couleurs dominantes ? | Mètre laser, nuancier, appareil photo | | Forme | Comment les éléments sont‑ils organisés ? Y a‑t‑il équilibre, rythme, contraste ? | Calque, logiciel de dessin (Inkscape) | | Icônes | Quels symboles, motifs ou récits sont présents ? | Base d’iconographie, références culturelles | | Contexte | Qui est l’artiste ? Quel mouvement, quelle commande, quelle réception ? | Catalogues, archives, articles presse | | Interprétation | Quel message ou engagement l’œuvre exprime‑t‑elle ? | Argumentation appuyée sur les étapes précédentes | ## II. Leçon12 – Analyse d’une architecture contemporaine africaine ### A. Notions et définitions - **Architecture contemporaine africaine** : production bâtie depuis les années 1990 qui intègre des préoccupations de durabilité, d’adaptation climatique, de réappropriation des formes vernaculaires et d’usage de matériaux locaux ou recyclés, tout en répondant à des programmes publics, culturels, commerciaux ou résidentiels. - **Volumétrie** : étude des masses pleines et des vides qui constituent le bâtiment. - **Façade** : enveloppe extérieure, incluant les ouvertures, les revêtements et les dispositifs de protection solaire. - **Système porteur** : disposition des éléments structuraux (poutres, poteaux, murs, dalles) qui assurent la stabilité. - **Performance environnementale** : capacité du bâtiment à réduire sa consommation d’énergie, à gérer l’eau pluviale et à assurer le confort thermique et hygrométrique. - **Accessibilité** : conformité aux normes permettant l’usage par les personnes à mobilité réduite (ramps, ascenseurs, largeurs de portes). ### B. Méthodologie d’analyse (pas à pas) | Étape | Action | Points de contrôle | |-------|--------|--------------------| | 1. Observation du site | Noter l’implantation (urbain, périurbain, rural), l’orientation, la topographie, les végétations existentes, les contraintes (inondations, vents). | Plan de masse, relevé GPS, étude d’impact environnemental. | | 2. Analyse volumétrique | Décomposer le bâtiment en volumes principaux (corps central, annexes, cours intérieures) ; mesurer hauteurs, largeurs, profondeurs ; vérifier les rapports d’échelle. | Mètre laser, sketch rapide, logiciel de modélisation (SketchUp). | | 3. Analyse des façades | Identifier le rythme des baies, le type de remplissage (verre, brise‑soleil, panneaux métalliques), la texture des revêtements, la présence de dispositifs de protection solaire (lamelles, auvents). | Photographies détaillées, relevé de dimensions des ouvertures. | | 4. Analyse structurelle | Décrire le système porteur (béton armé, bois lamellé‑collé, acier, terre stabilisée) ; vérifier la disposition des poteaux, poutres, dalles, fondations ; relever les éventuelles contraintes antisismiques. | Plans de structure, notes de calcul, visite de chantier (si possible). | | 5. Analyse fonctionnelle | Examiner le programme (exposition, enseignement, logement, commerce) ; vérifier la circulation intérieure (escaliers, ascenseurs, couloirs), l’accessibilité, la séparation des flux (public/privé), les normes de sécurité/hygiène (issues de secours, extincteurs, ventilation). | Plans de coupe, réglementation locale (arrêtés ministériels sur la sécurité des ERP). | | 6. Analyse environnementale | Évaluer l’orientation bioclimatique, la présence de protections solaires passives, l’usage de matériaux à faible empreinte carbone, les systèmes de récupération d’eau de pluie, les panneaux photovoltaïques ou éoliens, l’isolation thermique. | Bilan énergétique simplifié, calcul de l’indice de performance énergétique (IPE). | | 7. Analyse symbolique et culturelle | Rechercher les références à l’identité locale (motifs traditionnels, matériaux emblématiques, formes de case ou de tente), la signification sociale (lieu de mémoire, de rassemblement, de pouvoir). | Entretiens avec le maître d’ouvrage, analyse de la programmation culturelle. | ### C. Vocabulaire professionnel - **Brise‑soleil** : dispositif fixe ou mobile destiné à réduire l’apport solaire direct sur les façades. - **Inertie thermique** : capacité d’un matériau à stocker et restituer la chaleur, contribuant au confort intérieur. - **Modénature** : ensemble des éléments décoratifs (corniches, moulures) qui articulent la façade. - **Filtration naturelle** : procédé utilisant des végétaux ou des sols pour traiter les eaux pluviales. - **Norme ERP** : Établissement Recevant du Public, réglementant la sécurité, l’accessibilité et l’évacuation. ### D. Exemple de chantier : analyse du **Lycée Philippe Zinda Kaboré** (Ouagadougou, Burkina Faso, inauguré 2007, architecte **Diébédo Francis Kéré**) 1. **Observation du site** : situé sur un plateau légèrement incliné au nord‑ouest de Ouagadougou, orienté plein sud pour capter le rayonnement solaire hivernal tout en minimisant l’apport estival ; sol de latérite compacte, stable, avec une faible pente naturelle facilitant l’écoulement des eaux de pluie vers un bassin de rétention situé à l’arrière du bâtiment ; quelques arbres d’acacia préservés pour fournir de l’ombre naturelle. 2. **Analyse volumétrique** : le bâtiment se compose de deux volumes principaux : un corps d’enseignement en forme de parallélépipède (30 m × 15 m × 9 m) et une couverture double toit constituée d’une tôle métallique perforée surplombant une dalle en béton armé de 15 cm d’épaisseur, créant un espace ventilé de 0,6 m entre les deux couches ; une cour intérieure protégée par des murs en brique de terre stabilisée offre un espace de récréation ombragé. 3. **Analyse des façades** : les murs extérieurs sont réalisés en briques de terre stabilisée (ciment 5 % + terre locale) de 30 cm d’épaisseur, offrant une grande inertie thermique ; les ouvertures sont protégées par un brise‑soleil en bois de teck disposé en lamelles horizontales espacées de 15 cm, permettant une ombre réglable selon la hauteur du soleil ; le rythme des baies est régulier : chaque 2,4 m, une fenêtre pleine hauteur (2,2 m) avec double vitrage à faible émissivité ; la façade sud présente un grand auvent en porte‑à‑faux de 4 m, protégeant les entrées du rayonnement solaire direct. 4. **Analyse structurelle** : la structure principale est en béton armé poteau‑poutre, avec des poteaux de 0,45 m de diamètre espacés de 4,5 m dans le corps d’enseignement et des poutres principales de 0,6 m × 0,3 m ; la dalle de l’étage est alvéolaire de 20 cm d’épaisseur, portée par des murs porteurs en brique de terre ; les fondations sont des semelles filantes armées de 0,8 m de profondeur, ancrées dans la latérite, assurant une bonne résistance au tassement différentiel. 5. **Analyse fonctionnelle** : le programme comprend des salles de classe, un laboratoire de sciences, une bibliothèque, une salle polyvalente et des espaces administratifs ; la circulation principale se fait par un couloir central desservant les deux ailes du bâtiment ; l’accessibilité est assurée par une rampe d’accès conforme aux normes ERP (pente ≤ 5 %) et des portes d’au moins 0,90 m de largeur ; les issues de secours sont clairement signalées, des extincteurs sont installés à chaque étage et un système de ventilation naturelle complète la climatisation passive. 6. **Analyse environnementale** : grâce à l’inertie thermique des briques de terre, le déphasage thermique atteint environ 8 h, réduisant les besoins de climatisation de 35 % selon une simulation énergétique simplifiée ; la ventilation naturelle est assurée par des ouvertures hautes (lanterneaux) dans le double toit, créant un effet de cheminée qui extrait l’air chaud vers le haut tandis que l’air frais pénètre par les baies basses ; l’éclairage zénithal fourni par les lanterneaux couvre 30 % de la surface utile des salles de classe, diminuant la consommation d’éclairage artificiel de 25 % en journée ; un système de récupération d’eau de pluie alimente l’irrigation des espaces verts autour du bâtiment. 7. **Analyse symbolique et culturelle** : le choix de la terre comme matériau principal renvoie à la tradition sahelienne de construction en banco, rappelant les maisons rurales et les murs des anciennes cités de Djenné et de Tombouctou ; la forme du double toit évoque à la fois les tentes nomades et les voiles des bateaux qui ont traversé le Niger, symbolisant l’ouverture et le mouvement ; le lycée, tout en étant ancré dans le matériau local, accueille des élèves venant de tout le Burkina Faso, illustrant le dialogue entre le patrimoine africain et les enjeux éducatifs contemporains. > En architecture africaine contemporaine, l’inertie thermique des matériaux locaux (brique de terre, béton de laterite) est souvent exploitée pour réduire les besoins en climatisation. ### E. Tableau récapitulatif des critères d’analyse pour architecture | Critère | Questions clés | Outils / Documents | |---------|----------------|--------------------| | Site | Quelle est l’implantation, l’orientation, les contraintes naturelles ? | Plan de masse, relevé topographique, étude d’impact | | Volumétrie | Quels sont les volumes principaux, leurs proportions, leurs rapports d’échelle ? | Mètre laser, sketch, logiciel de modélisation | | Façades | Quel est le rythme des ouvertures, les matériaux, les dispositifs de protection solaire ? | Photographies, relevés de baies, échantillons de matériaux | | Structure | Quel système porteur est utilisé, quelles sont les dimensions des éléments, les fondations ? | Plans de structure, notes de calcul, visite de chantier | | Fonction | Quel est le programme, comment sont organisés les circulations, l’accessibilité, la sécurité ? | Plans de coupe, réglementation ERP, schéma de flux | | Environnement | Quelle est la performance énergétique, l’usage des énergies renouvelables, la gestion de l’eau ? | Bilan énergétique, calcul IPE, schéma de récupération d’eau | | Symbolique | Quels références culturelles, historiques ou sociales sont présentes ? | Entretiens, documentation du maître d’ouvrage, analyse iconographique | ## III. ACTIVITES D'INTEGRATION **Mise en situation** : L’élève doit réaliser une fiche d’analyse comparative entre une œuvre plastique (peinture ou sculpture) et un bâtiment contemporain africain, tous deux choisis parmi une liste proposée par le professeur (ex. : peinture de **Abdoulaye Konaté** et **Lycée Philippe Zinda Kaboré** ; sculpture de **El Anatsui** et **Musée des Civilisations de Côte d’Ivoire** à Abidjan). **Étapes de l’activité** 1. **Choix des œuvres** – validation par le professeur. 2. **Observation sur le terrain ou à l’aide de documents** – prise de mesures, photographies, relevés de couleurs, esquisses. 3. **Remplissage d’une grille d’observation** – colonnes : description, forme, icônes, contexte, fonction, environnement, symbolique (voir tableaux des leçons 11 et 12). 4. **Rédaction d’une analyse croisée** – 800‑1 000 mots mettant en évidence les convergences (usage de matériaux locaux, référence à des motifs traditionnels, engagement social) et les divergences (échelle, mode de perception, contraintes techniques). 5. **Présentation orale** – 5 minutes avec support visuel (diaporama ou affiche) suivie d’un questions‑réponses. **Outils** - Mètre laser ou ruban de mesure. - Appareil photo numérique (résolution minimale 12 MP). - Nuancier ou application de capture de couleur (ex. : Adobe Capture). - Logiciel de dessin gratuit (Inkscape, SketchUp Free) pour schémas de composition ou de volumétrie. - Fiche d’observation imprimée ou tablette. **Consignes de sécurité/hygiène sur chantier (si visite réelle)** - Porter obligatoirement un casque de protection et des gants anti‑coupure. - Respecter les zones de balisage (ruban jaune‑noir) et ne pas toucher aux installations électriques ou aux échafaudages. - Se laver les mains après manipulation de matériaux poussiéreux (terre, sable, poudre de béton). - En cas de travail en hauteur, utiliser un harnais attaché à un point d’ancrage certifié. > Lors d’une visite de chantier, le port du casque réduit de 70 % le risque de traumatisme crânien en cas de chute d’objet. ## Synthèse du chapitre - **Méthodologie d’analyse peinture/sculpture** : observation descriptive → analyse formelle → iconographique → contextuelle → interprétation critique. - **Méthodologie d’analyse architecture** : site → volumétrie → façades → structure → fonction → environnement → symbolique. - **Vocabulaire clé** : chromatique, gestuelle, matérialité, patine, assemblage, brise‑soleil, inertie thermique, modénature, filtration naturelle, norme ERP. - **Outils de terrain** : mètre laser, appareil photo, nuancier, logiciel de dessin gratuit, fiche d’observation. - **Sécurité** : casque, gants, respect du balisage, hygiène des mains, harnais en hauteur. - **Exemple peint** : *La Système* de Chéri Samba (2005) – lecture des couleurs, du geste, du contexte urbain Kinshasa. - **Exemple bâti** : Lycée Philippe Zinda Kaboré (Ouagadougou, 2007) – volumétrie, brise‑soleil, inertie thermique, symbolique de la terre sahelienne et du double toit. - **Intégration** : fiche d’analyse comparative, présentation orale, respect des consignes de sécurité. ## Glossaire | Terme | Définition | |-------|------------| | Chromatique | Ensemble des relations entre les couleurs d’une œuvre, incluant teinte, saturation et valeur. | | Gestuelle | Manière dont l’artiste applique la matière (coup de pinceau, trace de burin, soudure, modelage). | | Matérialité | Qualité intrinsèque d’un matériau (porosité, reflet, poids, texture) qui influence la perception de l’œuvre. | | Patine | Couche d’altération ou de finition qui modifie l’apparence de surface avec le temps (oxydation, vernis, usure). | | Assemblage | Technique consistant à joindre divers objets ou fragments pour former une œuvre sculpturale ou picturale. | | Brise‑soleil | Dispositif fixe ou mobile destiné à réduire l’apport solaire direct sur les façades d’un bâtiment. | | Inertie thermique | Capacité d’un matériau à stocker et restituer la chaleur, contribuant au confort intérieur et à la réduction des besoins énergétiques. | | Modénature | Ensemble des éléments décoratifs (corniches, moulures, larmier) qui articulent la façade d’un bâtiment. | | Filtration naturelle | Procédé utilisant des végétaux, des sols ou des granulés pour traiter et retenir les eaux pluviales. | | Norme ERP | Réglementation relative aux Établissements Recevant du Public, couvrant sécurité, accessibilité, évacuation et hygiène. | | Volumétrie | Étude des masses pleines et des vides qui constituent la forme globale d’un bâtiment. | | Icônes | Symboles, motifs ou figures porteurs de sens culturel, religieux ou historique dans une œuvre. | ## Exercices d'application corrigés ### Exercice 1 – Analyse d’une sculpture contemporaine **Situation** : Vous êtes chargé(e) d’analyser la sculpture *« Gravity & Grace »* d’**El Anatsui** (2010, assemblage de bouchons d’aluminium et de cuivre, hauteur 3 m, exposée au Musée d’Art Contemporain de Lagos). **Consignes** : 1. Réaliser une observation descriptive (dimensions, matériaux, couleur, texture). 2. Décrire la forme générale et le rythme créé par les éléments répétés. 3. Identifier les éléments iconographiques (symboles de récupération, références au commerce maritime). 4. Situer l’œuvre dans le contexte de l’artiste et du mouvement de l’art recyclé en Afrique de l’Ouest. 5. Proposer une interprétation critique portant sur les thèmes de la consommation, de la mondialisation et de la résilience. **Corrigé** 1. **Observation descriptive** : La sculpture mesure environ 3 m de haut, 2,5 m de large et 0,8 m de profondeur. Elle est constituée de milliers de petits anneaux et de bandes métalliques provenant de bouchons d’aluminium (couleur argent) et de cuivre (couleur rougeâtre). La surface présente une texture ondulée, légèrement brillante là où le métal reflète la lumière, et mate là où les pièces sont superposées. 2. **Forme générale et rythme** : L’œuvre se présente comme un grand drapé suspendu, rappelant un tissu ou une voile. Les anneaux sont disposés en rangées régulières créant un rythme visuel de répétition avec de légères variations d’espacement qui produisent un effet de mouvement fluide. Les zones plus denses forment des motifs géométriques losangés, tandis que les zones plus lâches évoquent des plis de tissu. 3. **Éléments iconographiques** : Le choix des bouchons renvoie à la consommation de boissons gazeuses et alcoolisées, symbole de la mondialisation des marques. Le cuivre rappelle les anciennes routes du commerce des métaux en Afrique de l’Ouest. La forme de drapé évoque les tissus traditionnels (kente, adire) utilisés lors de cérémonies. 4. **Contexte** : El Anatsui, né au Ghana en 1944, travaille depuis les années 1990 avec des matériaux de récupération pour interroger la post‑colonalité et la consommation. Cette pièce fait partie de la série *« Gravity & Grace »* exposée dans plusieurs biennales (Venice 2015, Dakar 2016). Elle s’inscrit dans le mouvement de l’art écologique africain qui valorise le recyclage et la transformation des déchets en valeur esthétique. 5. **Interprétation critique** : La sculpture critique la dépendance aux produits importés et la génération de déchets métalliques, tout en montrant que ces déchets peuvent être réappropriés pour créer une beauté qui transcende leur origine. Le titre *« Gravity & Grace »* suggère une tension entre la lourdeur du matériau (gravité) et la légèreté du mouvement drapé (grâce), métaphore de la capacité des sociétés africaines à transformer la contrainte en élégance. ### Exercice 2 – Analyse d’une architecture contemporaine **Situation** : Vous devez analyser le **Lycée Philippe Zinda Kaboré** (Ouagadougou, Burkina Faso, inauguré 2007, architecte **Diébédo Francis Kéré**). Le bâtiment abrite des salles de classe, un laboratoire de sciences, une bibliothèque et une salle polyvalente. **Consignes** : 1. Décrire l’implantation du bâtiment sur le site (orientation, topographie, végétation). 2. Détailler la volumétrie principale et les rapports d’échelle entre les différents volumes. 3. Analyser les façades : matériaux, dispositifs de protection solaire, rythme des ouvertures. 4. Décrire le système porteur et les fondations. 5. Évaluer la performance environnementale (inertie thermique, ventilation naturelle, éclairage zénithal). 6. Interpréter la dimension symbolique du bâtiment en lien avec l’identité sahelienne et la vocation éducative du lycée. **Corrigé** 1. **Implantation** : Le lycée est situé sur un plateau légèrement incliné au nord‑ouest de Ouagadougou, orienté plein sud pour capter le rayonnement solaire hivernal tout en minimisant l’apport estival. Le sol est constitué de latérite compacte, stable, avec une faible pente naturelle qui facilite l’écoulement des eaux de pluie vers un bassin de rétention situé à l’arrière du bâtiment. Quelques arbres d’acacia ont été préservés pour fournir de l’ombre naturelle. 2. **Volumétrie** : Le bâtiment se compose de deux volumes principaux : un corps d’enseignement en forme de parallélépipède (30 m × 15 m × 9 m) et une couverture double toit constituée d’une tôle métallique perforée surplombant une dalle en béton armé de 15 cm d’épaisseur, créant un espace ventilé de 0,6 m entre les deux couches ; une cour intérieure protégée par des murs en brique de terre stabilisée offre un espace de récréation ombragé. Les rapports d’échelle sont volontairement équilibrés : le corps d’enseignement domine légèrement la cour, symbolisant la primauté de l’apprentissage tout en préservant un espace de détente. 3. **Façades** : Les murs extérieurs sont réalisés en briques de terre stabilisée (ciment 5 % + terre locale) de 30 cm d’épaisseur, offrant une grande inertie thermique. Les ouvertures sont protégées par un brise‑soleil en bois de teck disposé en lamelles horizontales espacées de 15 cm, permettant une ombre réglable selon la hauteur du soleil. Le rythme des baies est régulier : chaque 2,4 m, une fenêtre pleine hauteur (2,2 m) avec double vitrage à faible émissivité. La façade sud présente un grand auvent en porte‑à‑faux de 4 m, protégeant les entrées du rayonnement solaire direct. 4. **Système porteur et fondations** : La structure principale est en béton armé poteau‑poutre, avec des poteaux de 0,45 m de diamètre espacés de 4,5 m dans le corps d’enseignement et des poutres principales de 0,6 m × 0,3 m. La dalle de l’étage est alvéolaire de 20 cm d’épaisseur, portée par des murs porteurs en brique de terre. Les fondations sont des semelles filantes armées de 0,8 m de profondeur, ancrées dans la latérite, assurant une bonne résistance au tassement différentiel. 5. **Performance environnementale** : Grâce à l’inertie thermique des briques de terre, le déphasage thermique atteint environ 8 h, réduisant les besoins de climatisation de 35 % selon une simulation énergétique simplifiée. La ventilation naturelle est assurée par des ouvertures hautes (lanterneaux) dans le double toit, créant un effet de cheminée qui extrait l’air chaud vers le haut tandis que l’air frais pénètre par les baies basses. L’éclairage zénithal fourni par les lanterneaux couvre 30 % de la surface utile des salles de classe, diminuant la consommation d’éclairage artificiel de 25 % en journée. Un système de récupération d’eau de pluie alimente l’irrigation des espaces verts autour du bâtiment. 6. **Dimension symbolique** : Le choix de la terre comme matériau principal renvoie à la tradition sahelienne de construction en banco, rappelant les maisons rurales et les murs des anciennes cités de Djenné et de Tombouctou. La forme du double toit évoque à la fois les tentes nomades et les voiles des bateaux qui ont traversé le Niger, symbolisant l’ouverture et le mouvement. Le lycée, tout en étant ancré dans le matériau local, accueille des élèves venant de tout le Burkina Faso, illustrant le dialogue entre le patrimoine africain et les enjeux éducatifs contemporains. > L’utilisation de la terre stabilisée dans l’architecture sahélienne permet de réduire l’empreinte carbone jusqu’à 60 % comparé au béton conventionnel. ## Erreurs fréquentes et règles de sécurité | Erreur fréquente | Conséquence | Règle de prévention / bonne pratique | |------------------|-------------|--------------------------------------| | Confondre **forme** (géométrie, composition) et **contenu** (symbolique, message) lors de l’analyse d’une peinture ou d’une sculpture. | Interprétation réductrice, perte de la dimension culturelle ou politique de l’œuvre. | Toujours suivre les cinq étapes de l’analyse (description → forme → iconographique → contexte → interprétation) et vérifier que chaque étape alimente la suivante. | | Négliger l’**échelle** lorsqu’on mesure une œuvre ou un bâtiment (oublier de convertir cm en m, ou inversement). | Erreurs de proportion qui faussent l’appréciation du volume ou de la relation entre les éléments. | Utiliser systématiquement un instrument de mesure (mètre laser, ruban) et noter l’unité à chaque relevé ; faire un contrôle de cohérence (ex. : hauteur d’une porte ≈ 2,1 m). | | Oublier de vérifier les **conditions d’éclairage** lors de la prise de photographies d’une façade ou d’une sculpture. | Images sous‑ ou surexposées qui masquent les textures ou les couleurs réelles. | Prendre les photos en lumière diffuse (jours couvrants) ou utiliser un réflecteur ; régler l’exposition manuellement si nécessaire. | | Ne pas porter **Équipement de Protection Individuelle (EPI)** lors d’une visite de chantier (casque, gants, chaussures de sécurité). | Risque de traumatisme crânien, de coupure ou de perforation par des objets tranchants. | Imposer le port du casque et des gants avant d’accéder à toute zone de travail ; vérifier que les chaussures sont conformes à la norme S1P ou supérieure. | | Ignorer les **normes d’accessibilité** (largeur de porte, pente de rampe) lors de l’analyse d’un bâtiment accessible au public. | Non‑conformité réglementaire, exclusion des personnes à mobilité réduite. | Consulter le texte de la norme ERP (arrêté du 8  décembre 2014) et vérifier les dimensions minimales (porte ≥ 0,90 m, rampe ≤ 5 % de pente). | | Sous‑estimer l’impact de l’**inertie thermique** dans le choix des matériaux pour une construction en zone chaude. | Surconsommation énergétique liée à la climatisation, coût d’exploitation élevé. | Réaliser un calcul simplifié de déphasage thermique (épaisseur × conductivité) et privilégier les matériaux à forte capacité thermique (terre, pierre, béton de laterite). | --- *Fin du cours.*

Quiz du chapitre

10 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Quelle est la définition exacte de la sculpture en ronde‑bosse ?
  2. 2. Quel principe est fréquemment mis en avant dans l’architecture contemporaine africaine selon le programme MINESEC/IGE ?
  3. 3. Dans le cadre des « activités d’intégration » du chapitre, quel type de tâche est attendu des élèves ?
  4. 4. Dans la peinture « J’aime la couleur » de Chéri Samba, le rouge dominant symbolise principalement :
  5. 5. Un relief en bois de l’artiste Ndidi Dike mesure 120 cm de largeur, 80 cm de hauteur et présente une saillie maximale de 5 cm. Quel est le rapport entre la saillie et la hauteur ?
  6. 6. Parmi les projets suivants, lequel utilise principalement une stratégie de refroidissement passif basé sur l’orientation et les brise‑soleil ?
  7. 7. Dans la sculpture métallique « Gravity & Grace » d’El Anatsui, l’utilisation de capsules de bouteilles d’alcool recyclées vise principalement à :
  8. 8. Une façade d’un bâtiment scolaire à Yaoundé mesure 15 m de longueur et 4 m de hauteur. Quelle est sa surface en mètres carrés ?
  9. 9. Comment l’utilisation de la peinture à l’huile superposée en glacis par l’artiste sud‑africaine Mary Sibande peut‑elle être interprétée comme une réflexion sur l’identité post‑coloniale ?
  10. 10. Un rapport indique que le bâtiment « Green Hub » à Accra consomme 120 kWh/m²/an, tandis que la moyenne régionale pour des bâtiments similaires est de 180 kWh/m²/an. Quelle conclusion peut‑on tirer concernant l’allégation de durabilité du bâtiment ?