Chapitre 6
Le Cameroun et l'Union Africaine
Lecture : 24 minQuiz de 12 questions
# Le Cameroun et l'Union Africaine
## Introduction
Depuis son indépendance le 1er janvier 1960, le Cameroun a fait de la coopération panafricaine et de l'intégration continentale un axe majeur de sa politique étrangère. Membre fondateur de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA) en 1963, le Cameroun a naturellement adhéré à l'Union Africaine (UA) lors de sa création en 2002, voyant dans cette organisation le prolongement naturel de son engagement pour l'unité, la paix et le développement du continent. Ce chapitre examine les relations entre le Cameroun et l'Union Africaine, en mettant en lumière l'historique de cette organisation, ses objectifs et structures, ainsi que les apports réciproques entre le Cameroun et l'UA, sans oublier les organismes associés et la contribution camerounaise à la gestion des conflits en Afrique.
## I. Historique de l'Union Africaine et le panafricanisme
### 1. Les origines du panafricanisme
Le panafricanisme est un mouvement politique, philosophique et culturel qui prône l'unité et la solidarité des peuples africains, ainsi que leur émancipation totale du colonialisme et de l'oppression raciale.
> **À RETENIR** : Le panafricanisme est un mouvement idéologique et politique visant à promouvoir l'unité, la solidarité et l'émancipation des peuples africains et de la diaspora africaine, face à la colonisation et à la discrimination raciale.
Les origines du panafricanisme remontent à la fin du XIXe siècle avec des figures intellectuelles comme W.E.B. Du Bois (américain d'origine haïtienne) et Henry Sylvester Williams (originaire de Trinité-et-Tobago). Le premier Congrès panafricain se tient à Londres en 1900. Les cinq congrès panafricains successifs (1919, 1921, 1923, 1927, 1945) posent les jalons de la décolonisation et de l'unité africaine. Le cinquième congrès, tenu à Manchester en 1945, réunit de futurs leaders africains comme Kwame Nkrumah, Jomo Kenyatta et Léopold Sédar Senghor.
Sur le continent, des figures comme Kwame Nkrumah (Ghana), Sékou Touré (Guinée), Julius Nyerere (Tanzanie) et Ahmadou Ahidjo (Cameroun) portent l'idée d'une unité africaine. Deux tendances s'opposent lors des indépendances : les « progressistes » ou « radicaux » (groupe de Casablanca, 1961) favorables à une fédération politique immédiate, et les « modérés » (groupe de Monrovia, 1961) privilégiant une coopération intergouvernementale progressive.
### 2. La création de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA)
Le 25 mai 1963, trente-deux chefs d'État africains indépendants se réunissent à Addis-Abeba (Éthiopie) et adoptent la Charte de l'OUA. Le Cameroun, indépendant depuis 1960, est l'un des membres fondateurs, représenté par le Président Ahmadou Ahidjo.
> **À RETENIR** : L'Organisation de l'Unité Africaine (OUA) a été créée le 25 mai 1963 à Addis-Abeba, en Éthiopie, par 32 États africains indépendants. Le Cameroun est membre fondateur de cette organisation.
Les objectifs de l'OUA étaient :
- Défendre la souveraineté, l'intégrité territoriale et l'indépendance des États membres ;
- Éliminer le colonialisme et l'apartheid sous toutes leurs formes ;
- Promouvoir l'unité et la solidarité des États africains ;
- Coordonner et harmoniser les politiques des États membres ;
- Défendre les intérêts des peuples africains.
L'OUA a joué un rôle déterminant dans l'achèvement de la décolonisation du continent (indépendance des colonies portugaises en 1975, de la Namibie en 1990, fin de l'apartheid en Afrique du Sud en 1994). Cependant, ses faiblesses structurelles (principe de non-ingérence, absence de force d'intervention, moyens limités) l'ont empêchée de prévenir efficacement les conflits internes qui ont ensanglanté le continent dans les années 1990 (Rwanda, Somalie, Libéria, Sierra Leone).
### 3. La transition vers l'Union Africaine
Le 9 septembre 1999, les chefs d'État de l'OUA adoptent la Déclaration de Syrte (Libye), qui décide de créer une nouvelle organisation continentale. Le 11 juillet 2000, l'Acte constitutif de l'Union Africaine est adopté à Lomé (Togo). L'UA est officiellement lancée le 9 juillet 2002 à Durban (Afrique du Sud), en remplacement de l'OUA.
> **À RETENIR** : L'Union Africaine (UA) a été officiellement créée le 9 juillet 2002 à Durban (Afrique du Sud), en remplacement de l'OUA, par l'Acte constitutif adopté à Lomé le 11 juillet 2000. Le Cameroun est membre fondateur de l'UA.
Le Cameroun a activement participé à ce processus de transition, le Président Paul Biya ayant pris part aux sommets de Syrte (1999), de Lomé (2000) et de Durban (2002).
## II. Objectifs et structure de l'Union Africaine
### 1. Les objectifs de l'Union Africaine
L'Acte constitutif de l'UA définit des objectifs ambitieux, en rupture avec ceux de l'OUA :
> **À RETENIR** : Les objectifs fondamentaux de l'Union Africaine sont : réaliser une plus grande unité et solidarité entre les pays africains ; défendre la souveraineté, l'intégrité territoriale et l'indépendance des États membres ; accélérer l'intégration politique et socio-économique du continent ; promouvoir la paix, la sécurité et la stabilité ; promouvoir les principes démocratiques, les droits de l'Homme et la bonne gouvernance ; et promouvoir le développement durable.
Les objectifs spécifiques de l'UA sont :
- Réaliser une plus grande unité et solidarité entre les pays africains et les peuples d'Afrique ;
- Défendre la souveraineté, l'intégrité territoriale et l'indépendance des États membres ;
- Accélérer l'intégration politique et socio-économique du continent ;
- Promouvoir la paix, la sécurité et la stabilité sur le continent ;
- Promouvoir les principes et institutions démocratiques, la participation populaire et la bonne gouvernance ;
- Promouvoir et protéger les droits de l'Homme et des peuples conformément à la Charte africaine des droits de l'Homme et des peuples ;
- Créer les conditions appropriées permettant au continent de jouer pleinement son rôle dans l'économie mondiale et dans les négociations internationales ;
- Promouvoir le développement durable aux niveaux économique, social et culturel ;
- Promouvoir la coopération dans tous les domaines de l'activité humaine pour relever les niveaux de vie des peuples africains ;
- Coordonner et harmoniser les politiques entre les Communautés Économiques Régionales (CER) existantes et futures, en vue de la réalisation progressive des objectifs de l'Union ;
- Faire progresser le développement du continent par la promotion de la recherche en tous domaines, en particulier en science et technologie ;
- Travailler avec les partenaires internationaux pertinents pour l'élimination des maladies évitables et la promotion de la bonne santé sur le continent.
### 2. La structure institutionnelle de l'Union Africaine
L'UA s'appuie sur plusieurs organes principaux :
**a) La Conférence de l'Union** : C'est l'organe suprême de l'UA. Elle réunit les chefs d'État et de gouvernement des États membres, au moins une fois par an. Elle définit les politiques communes, adopte les décisions et les résolutions. Le Président en exercice est élu pour un mandat d'un an.
**b) Le Conseil exécutif** : Composé des ministres des Affaires étrangères ou des ministres délégués, il prépare les décisions de la Conférence et coordonne les politiques sectorielles (commerce, éducation, santé, etc.).
**c) La Commission de l'Union Africaine** : C'est le secrétariat permanent de l'UA, basé à Addis-Abeba (Éthiopie). Elle est dirigée par un président, assisté de commissaires chargés de portefeuilles spécifiques (paix et sécurité, affaires politiques, commerce et industrie, etc.). Le premier président de la Commission fut le Malien Alpha Oumar Konaré (2003-2008), suivi du Gabonais Jean Ping (2008-2012), de la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma (2012-2017), du Tchadien Moussa Faki Mahamat (2017-2025) et de Mahmoud Ali Youssouf (Djibouti) depuis 2025.
**d) Le Parlement panafricain** : Créé en 2004, il siège à Midrand (Afrique du Sud). Il est composé de cinq députés par État membre, désignés par les parlements nationaux. Il a un rôle consultatif, avec vocation à devenir une institution législative à part entière.
**e) La Cour africaine des droits de l'Homme et des peuples** : Basée à Arusha (Tanzanie), elle est chargée de veiller au respect des droits de l'Homme sur le continent.
**f) Le Conseil de paix et de sécurité (CPS)** : Organe clé de l'architecture africaine de paix et de sécurité, il est composé de 15 membres élus pour des mandats de deux ou trois ans. Il est chargé de la prévention, de la gestion et de la résolution des conflits.
**g) Le Conseil économique, social et culturel (ECOSOCC)** : Organe consultatif représentant la société civile africaine.
**h) Les institutions financières spécialisées** : La Banque Africaine de Développement (BAD), le Fonds Monétaire Africain (non encore opérationnel) et la Banque Centrale Africaine (projet).
**i) Les organes judiciaires et spécialisés** : La Commission africaine des droits de l'Homme et des peuples, le Comité africain d'experts sur les droits et le bien-être de l'enfant, etc.
### 3. Les organes et agences spécialisées de l'UA
L'UA comprend également des agences spécialisées comme :
- Le NEPAD (Nouveau Partenariat pour le Développement de l'Afrique) ;
- L'Agence de l'UA pour le développement (AUDA-NEPAD) ;
- Le Fonds de solidarité africain ;
- Le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC).
## III. Apports réciproques Cameroun-UA et organismes liés
### 1. La contribution du Cameroun à l'Union Africaine
Le Cameroun contribue de manière significative au fonctionnement et à l'action de l'UA :
**a) Contribution politique et diplomatique** :
- Le Cameroun a accueilli le sommet de l'OUA à Yaoundé en 1974 ;
- Le Cameroun a été membre du Conseil de paix et de sécurité de l'UA à plusieurs reprises ;
- Le Cameroun a fourni des cadres de haut niveau à l'UA, notamment des commissaires et des experts ;
- Le Cameroun participe activement aux missions de maintien de la paix de l'UA (Somalie, Darfour, etc.) ;
- Le Cameroun a joué un rôle de médiation dans plusieurs crises africaines (Comores, Burundi, etc.).
**b) Contribution financière** : Le Cameroun s'acquitte régulièrement de ses contributions statutaires au budget de l'UA, conformément à l'échelle des quotes-parts établie par l'organisation.
**c) Contribution en ressources humaines** : Le Cameroun met à la disposition de l'UA des experts, des observateurs électoraux, des militaires et des policiers pour les missions de paix.
### 2. Les apports de l'UA au Cameroun
**a) Soutien politique et diplomatique** :
- L'UA a soutenu le Cameroun dans sa lutte contre la secte terroriste Boko Haram, notamment par des déclarations de solidarité et des résolutions de condamnation ;
- L'UA a apporté son appui au Cameroun dans le cadre du différend avec le Nigeria sur la presqu'île de Bakassi, en soutenant l'application de l'arrêt de la Cour Internationale de Justice (CIJ) de 2002 ;
- L'UA a accompagné le Cameroun dans la gestion de la crise anglophone par des appels au dialogue et à la protection des droits de l'Homme.
**b) Appui institutionnel et technique** :
- L'UA appuie le Cameroun dans la mise en œuvre des politiques de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption ;
- L'UA soutient les réformes électorales et les missions d'observation électorale au Cameroun ;
- L'UA accompagne le Cameroun dans la mise en œuvre des Objectifs de Développement Durable (ODD) et de l'Agenda 2063.
**c) Appui financier et matériel** : L'UA, à travers ses agences spécialisées, apporte un appui au Cameroun dans les domaines de la santé (lutte contre le paludisme, le VIH/SIDA, la COVID-19), de l'éducation et de l'agriculture.
### 3. Les organismes liés à l'UA et au Cameroun
Plusieurs organisations et institutions sont liées à l'UA et concernent directement le Cameroun :
**a) Le COPAX (Conseil de Paix et de Sécurité de l'Afrique Centrale)** :
> **À RETENIR** : Le COPAX (Conseil de Paix et de Sécurité de l'Afrique Centrale) est un mécanisme de prévention, de gestion et de résolution des conflits en Afrique Centrale, créé en 1999 dans le cadre de la CEEAC (Communauté Économique des États de l'Afrique Centrale). Le Cameroun en est un membre actif.
Le COPAX a été créé par décision des chefs d'État de la CEEAC lors du sommet de Malabo (Guinée Équatoriale) en juin 1999, et son protocole d'accord a été signé à Yaoundé (Cameroun) le 24 février 2000. Il est opérationnel depuis 2003.
La structure du COPAX comprend :
- La Conférence des chefs d'État et de gouvernement (autorité suprême) ;
- Le Conseil des ministres (défense, affaires étrangères, sécurité) ;
- La Commission de défense et de sécurité (organe technique) ;
- Le Comité des ambassadeurs (suivi diplomatique) ;
- Le Secrétariat permanent (basé à Libreville, Gabon) ;
- La Force Multinationale de l'Afrique Centrale (FOMAC) ;
- Le Mécanisme d'Alerte Rapide de l'Afrique Centrale (MARAC) ;
- Le Comité de coordination des opérations de maintien de la paix.
Les objectifs du COPAX sont :
- Prévenir, gérer et résoudre les conflits en Afrique Centrale ;
- Promouvoir la paix, la sécurité et la stabilité dans la sous-région ;
- Lutter contre les menaces transnationales (terrorisme, piraterie maritime, trafic d'armes, etc.) ;
- Coordonner les actions des États membres en matière de sécurité collective ;
- Appuyer les opérations de maintien de la paix et les missions humanitaires.
Le fonctionnement du COPAX repose sur des réunions régulières de ses organes, des missions d'évaluation et de médiation, et le déploiement de la FOMAC en cas de crise. Le Cameroun contribue au COPAX par la mise à disposition de troupes, d'experts et de moyens logistiques, ainsi que par sa participation active aux exercices militaires régionaux.
**b) Le NEPAD (Nouveau Partenariat pour le Développement de l'Afrique)** :
> **À RETENIR** : Le NEPAD (Nouveau Partenariat pour le Développement de l'Afrique) est un programme continental de développement socio-économique adopté en 2001 par l'OUA, devenu un organe technique de l'UA. Il vise à promouvoir la bonne gouvernance, le développement des infrastructures, l'agriculture, la santé et l'éducation en Afrique.
Le NEPAD a été lancé en juillet 2001 à Lusaka (Zambie), à l'initiative de cinq chefs d'État : Thabo Mbeki (Afrique du Sud), Olusegun Obasanjo (Nigeria), Abdelaziz Bouteflika (Algérie), Hosni Moubarak (Égypte) et Abdoulaye Wade (Sénégal). Le Cameroun a adhéré au NEPAD dès sa création et participe à ses programmes, notamment dans les domaines des infrastructures (routes, chemins de fer, énergie), de l'agriculture (Programme détaillé de développement de l'agriculture africaine - PDDA), et de l'éducation. Le NEPAD a été transformé en 2018 en Agence de Développement de l'Union Africaine (AUDA-NEPAD), dont le siège est à Midrand (Afrique du Sud).
**c) La BAD (Banque Africaine de Développement)** :
> **À RETENIR** : La Banque Africaine de Développement (BAD) est une institution financière multilatérale créée le 4 août 1963 à Khartoum (Soudan), dont le siège est à Abidjan (Côte d'Ivoire). Elle a pour mission de promouvoir le développement économique et social de ses pays membres africains.
Le Cameroun est membre de la BAD depuis 1964 et bénéficie de ses financements pour de nombreux projets de développement : construction et réhabilitation de routes (axe Yaoundé-Douala, corridor Douala-N'Djamena), électrification rurale, développement agricole, éducation, santé, etc. Le Cameroun participe aux assemblées annuelles de la BAD et contribue aux augmentations de capital de l'institution.
**d) L'OAPI (Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle)** :
> **À RETENIR** : L'OAPI (Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle) est une organisation intergouvernementale créée par l'Accord de Bangui du 2 mars 1977, dont le siège est à Yaoundé (Cameroun). Elle regroupe 17 États africains et assure la protection de la propriété intellectuelle (brevets, marques, dessins industriels) sur son territoire.
L'OAPI est un organisme lié à l'UA dans le cadre de la coopération continentale en matière de propriété intellectuelle. Le Cameroun, en tant que pays hôte du siège de l'OAPI, joue un rôle central dans cette organisation. L'OAPI contribue à la protection des innovations et créations camerounaises et africaines, et participe aux efforts d'harmonisation des législations sur la propriété intellectuelle en Afrique.
**e) L'OHADA (Organisation pour l'Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires)** :
> **À RETENIR** : L'OHADA (Organisation pour l'Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires) est une organisation intergouvernementale créée par le Traité de Port-Louis (Maurice) du 17 octobre 1993, révisé à Québec (Canada) le 17 octobre 2008. Elle vise à harmoniser le droit des affaires dans ses 17 États membres, dont le Cameroun, afin de sécuriser l'environnement juridique et judiciaire des investissements.
L'OHADA a son siège à Yaoundé (Cameroun) et sa Cour Commune de Justice et d'Arbitrage (CCJA) est basée à Abidjan (Côte d'Ivoire). Le Cameroun est l'un des premiers pays à avoir ratifié le Traité de l'OHADA et abrite le siège de l'organisation. L'OHADA contribue à la modernisation du droit des affaires au Cameroun et en Afrique, facilitant ainsi l'intégration économique régionale et continentale.
## IV. Le COPAX : création, structure, objectifs, fonctionnement et impact de la contribution du Cameroun
### 1. La création du COPAX
Le COPAX a été créé dans un contexte marqué par les crises et conflits qui ont secoué l'Afrique Centrale dans les années 1990 : génocide rwandais (1994), conflits en République Démocratique du Congo (1996-1997), crises politiques en République Centrafricaine, au Congo-Brazzaville et au Tchad. Face à l'incapacité de la communauté internationale à prévenir ces crises, les chefs d'État de la CEEAC ont décidé de créer un mécanisme sous-régional de sécurité collective.
> **À RETENIR** : Le COPAX a été créé par décision de la Conférence des chefs d'État de la CEEAC lors du sommet de Malabo (Guinée Équatoriale) en juin 1999. Le Protocole relatif au COPAX a été signé à Yaoundé (Cameroun) le 24 février 2000, et le mécanisme est devenu opérationnel en 2003.
### 2. La structure du COPAX
Le COPAX s'articule autour de plusieurs organes :
**a) La Conférence des chefs d'État et de gouvernement** : C'est l'organe suprême du COPAX. Elle définit les orientations politiques, prend les décisions majeures et mandate les opérations de maintien de la paix.
**b) Le Conseil des ministres** : Composé des ministres des Affaires étrangères, de la Défense et de la Sécurité des États membres, il prépare les décisions de la Conférence et assure le suivi de leur mise en œuvre.
**c) La Commission de défense et de sécurité** : Organe technique composé des chefs d'état-major des armées et des responsables de la sécurité des États membres, elle élabore les plans d'opérations et coordonne les actions militaires et sécuritaires.
**d) Le Comité des ambassadeurs** : Composé des ambassadeurs des États membres accrédités auprès de la CEEAC, il assure le suivi diplomatique des décisions du COPAX.
**e) Le Secrétariat permanent** : Basé à Libreville (Gabon), il assure le fonctionnement quotidien du COPAX et la coordination des activités.
**f) La Force Multinationale de l'Afrique Centrale (FOMAC)** : C'est la force d'interposition et d'intervention du COPAX. Elle est composée de contingents nationaux mis à disposition par les États membres. Elle peut être déployée pour des missions de maintien de la paix, de sécurisation des frontières, de protection des populations civiles et de lutte contre les groupes armés.
**g) Le Mécanisme d'Alerte Rapide de l'Afrique Centrale (MARAC)** : C'est le système de collecte, d'analyse et de diffusion de l'information sur les situations de crise potentielle. Il est basé à Bangui (République Centrafricaine) et dispose d'antennes nationales dans chaque État membre.
### 3. Les objectifs du COPAX
Les objectifs du COPAX sont :
- Prévenir les conflits par la diplomatie préventive, la médiation et l'alerte rapide ;
- Gérer les crises par la mise en place de missions de bons offices, de médiation et de conciliation ;
- Résoudre les conflits par le déploiement de la FOMAC en cas de besoin ;
- Promouvoir la paix et la sécurité dans la sous-région par la coopération militaire et sécuritaire ;
- Lutter contre les menaces transnationales : terrorisme, piraterie maritime, trafic d'armes légères et de petit calibre, trafic de drogues, criminalité transfrontalière ;
- Coordonner les actions humanitaires en cas de crise.
### 4. Le fonctionnement du COPAX
Le COPAX fonctionne selon les modalités suivantes :
- Des réunions régulières de ses organes (Conférence des chefs d'État, Conseil des ministres, Commission de défense et de sécurité) ;
- Des missions d'évaluation et de médiation dans les pays en crise ;
- Des exercices militaires conjoints pour tester la capacité de déploiement de la FOMAC ;
- Des échanges d'informations entre les services de renseignement des États membres via le MARAC ;
- Des opérations de maintien de la paix sous mandat de la Conférence des chefs d'État ou de l'UA.
### 5. L'impact de la contribution du Cameroun au COPAX
Le Cameroun joue un rôle majeur dans le COPAX :
**a) Contribution militaire** : Le Cameroun met à disposition des contingents de son armée pour les opérations de la FOMAC. Le Bataillon camerounais a participé à la Mission de consolidation de la paix en République Centrafricaine (MICOPAX) de 2008 à 2013, puis à la Mission Internationale de Soutien à la Centrafrique sous conduite africaine (MISCA) en 2013-2014.
**b) Contribution logistique et technique** : Le Cameroun met à disposition du COPAX ses infrastructures militaires (bases, écoles de formation) et son expertise en matière de formation des forces de maintien de la paix. Le Centre d'Instruction des Forces de Maintien de la Paix (CIFMP) de Douala forme des soldats camerounais et africains.
**c) Contribution diplomatique** : Le Cameroun participe activement aux médiations menées par le COPAX dans les crises sous-régionales (République Centrafricaine, Tchad, etc.). Le Cameroun a accueilli plusieurs réunions du COPAX et a abrité le siège de la MICOPAX.
**d) Impact sécuritaire pour le Cameroun** : Le COPAX permet au Cameroun de mutualiser ses efforts avec ses voisins dans la lutte contre Boko Haram (avec le Tchad, le Nigeria et le Niger dans le cadre de la Force Multinationale Mixte), contre la piraterie maritime dans le Golfe de Guinée, et contre les groupes armés en République Centrafricaine qui menacent sa frontière orientale.
## V. Contribution du Cameroun dans la gestion des conflits en Afrique
### 1. Présentation des principaux conflits en Afrique
**a) Le conflit au Darfour (Soudan)** : Depuis 2003, ce conflit oppose des groupes rebelles au gouvernement soudanais, avec des dimensions ethniques et humanitaires graves. L'UA a déployé la Mission de l'Union Africaine au Soudan (AMIS) en 2004, remplacée par la Mission Hybride UA-ONU au Darfour (MINUAD) en 2007.
**b) La crise en Somalie** : Depuis 1991, la Somalie est en proie à une guerre civile et à l'instabilité. L'UA a déployé la Mission de l'Union Africaine en Somalie (AMISOM) en 2007, remplacée par la Mission de Transition de l'UA en Somalie (ATMIS) en 2022, pour lutter contre les shebabs et soutenir le gouvernement fédéral.
**c) La crise en République Centrafricaine (RCA)** : Depuis 2013, la RCA est en proie à une grave crise politico-militaire. La CEEAC, via le COPAX, a déployé la MICOPAX (2008-2013), puis la MISCA (2013-2014), avant le transfert à la MINUSCA (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en RCA) en 2014.
**d) La crise au Mali (depuis 2012)** : Le nord du Mali a été occupé par des groupes djihadistes et rebelles. La CEDEAO et l'UA ont soutenu l'intervention française (opération Serval, 2013) et le déploiement de la MINUSMA (2013-2023).
**e) La crise dans l'Est de la République Démocratique du Congo (RDC)** : Depuis les années 1990, l'Est de la RDC est en proie à des violences perpétrées par des groupes armés (M23, ADF, FDLR, etc.). La Communauté de l'Afrique de l'Est (EAC) et la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs (CIRGL) tentent de résoudre cette crise.
**f) La lutte contre Boko Haram dans le bassin du Lac Tchad** : Depuis 2009, la secte terroriste Boko Haram sévit au Nigeria, au Cameroun, au Tchad et au Niger. La Force Multinationale Mixte (FMM) a été créée en 2015 pour coordonner la lutte contre ce groupe.
**g) La crise anglophone au Cameroun (depuis 2016)** : Ce conflit oppose des groupes séparatistes aux forces de défense et de sécurité camerounaises dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. La communauté régionale (CEEAC, UA) a appelé au dialogue et à la résolution pacifique de cette crise.
### 2. L'implication de la communauté régionale dans la résolution des conflits au Cameroun
**a) La crise de Bakassi (1993-2008)** : Le différend frontalier entre le Cameroun et le Nigeria sur la presqu'île de Bakassi a été porté devant la Cour Internationale de Justice (CIJ), qui a rendu son arrêt le 10 octobre 2002 en faveur du Cameroun. La communauté régionale (CEEAC, UA) et la communauté internationale ont soutenu le processus de mise en œuvre de cet arrêt, notamment à travers la Commission mixte Cameroun-Nigeria créée sous l'égide des Nations Unies. Le retrait des troupes nigérianes et la passation des pouvoirs au Cameroun se sont achevés en août 2008, dans le cadre de l'Accord de Greentree (2006).
**b) La lutte contre Boko Haram** : La communauté régionale s'est fortement impliquée dans la lutte contre Boko Haram au Cameroun. La Force Multinationale Mixte (FMM), créée en 1998 et réactivée en 2015, regroupe le Cameroun, le Nigeria, le Tchad, le Niger et le Bénin. Son quartier général est à N'Djamena (Tchad). Le Cameroun contribue à la FMM avec un contingent important et participe aux opérations conjointes. La CEEAC et l'UA ont apporté leur soutien politique et logistique à cette force.
**c) La crise anglophone** : La communauté régionale, notamment la CEEAC et l'UA, a appelé à plusieurs reprises au dialogue entre le gouvernement camerounais et les séparatistes. Le Président de la Commission de l'UA, Moussa Faki Mahamat, a proposé ses bons offices en 2019. Le Cameroun a bénéficié de l'appui de ses partenaires régionaux pour la tenue du Grand Dialogue National (septembre-octobre 2019) et la mise en œuvre des recommandations (décentralisation, statut spécial pour les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest).
### 3. La contribution du Cameroun à la gestion des conflits en Afrique
**a) Participation aux opérations de maintien de la paix** :
- Le Cameroun a participé à la Mission des Nations Unies en République Démocratique du Congo (MONUC/MONUSCO) avec des observateurs militaires et des officiers d'état-major ;
- Le Cameroun a contribué à la Mission de l'UA au Darfour (AMIS) et à la MINUAD ;
- Le Cameroun a participé à la Mission de l'UA en Somalie (AMISOM/ATMIS) avec des contingents de police et des experts ;
- Le Cameroun a participé à la MICOPAX et à la MISCA en République Centrafricaine ;
- Le Cameroun a contribué à la Mission des Nations Unies au Libéria (UNMIL) et en Côte d'Ivoire (ONUCI).
**b) Médiation diplomatique** :
- Le Président Paul Biya a participé à plusieurs médiations dans les crises africaines, notamment au Tchad, en République Centrafricaine et au Burundi ;
- Le Cameroun a accueilli des négociations de paix, notamment entre les parties au conflit centrafricain ;
- Le Cameroun a joué un rôle de facilitateur dans la crise politique au Tchad après la mort du Président Idriss Déby Itno (avril 2021).
**c) Formation et expertise** :
- Le Cameroun dispose du Centre d'Instruction des Forces de Maintien de la Paix (CIFMP) de Douala, qui forme des soldats camerounais et africains aux opérations de maintien de la paix ;
- Le Cameroun forme des officiers et sous-officiers des pays voisins dans ses écoles militaires (EMIA de Yaoundé, etc.) ;
- Le Cameroun met à disposition de l'UA et des Nations Unies des experts civils et militaires.
**d) Accueil des réfugiés** : Le Cameroun accueille sur son territoire des réfugiés des pays en crise, notamment des réfugiés centrafricains (plus de 300 000) et des réfugiés nigérians fuyant Boko Haram (plus de 100 000). Cette hospitalité contribue à la stabilisation régionale.
**e) Lutte contre la piraterie maritime dans le Golfe de Guinée** : Le Cameroun participe activement à la lutte contre la piraterie maritime, notamment à travers la Commission du Golfe de Guinée et les patrouilles conjointes avec les pays voisins (Nigeria, Guinée Équatoriale, Gabon, etc.).
## Conclusion
Le Cameroun entretient avec l'Union Africaine des relations privilégiées, fondées sur un engagement constant en faveur de l'unité, de la paix et du développement du continent. Membre fondateur de l'OUA en 1963, le Cameroun a accompagné la transition vers l'UA en 2002 et participe activement à ses institutions et à ses missions. Les apports réciproques entre le Cameroun et l'UA sont multiples : le Cameroun contribue à la paix et à la sécurité du continent par sa participation aux opérations de maintien de la paix, ses efforts de médiation et son accueil des réfugiés ; en retour, l'UA soutient le Cameroun dans sa lutte contre le terrorisme, dans la défense de son intégrité territoriale et dans ses efforts de développement.
Les organismes liés à l'UA, tels que le COPAX, le NEPAD, la BAD, l'OAPI et l'OHADA, constituent des instruments essentiels de l'intégration régionale et continentale, auxquels le Cameroun participe activement. Le COPAX, en particulier, représente un mécanisme novateur de sécurité collective en Afrique Centrale, auquel le Cameroun contribue de manière significative.
La contribution du Cameroun à la gestion des conflits en Afrique témoigne de son attachement aux idéaux panafricains et à la solidarité continentale. Face aux défis sécuritaires et humanitaires qui persistent sur le continent, le Cameroun demeure un acteur engagé et responsable, œuvrant pour une Afrique unie, pacifique et prospère, conformément aux objectifs de l'Agenda 2063 de l'Union Africaine.
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