Chapitre 3
Le Cameroun et l'Organisation des Nations Unies
Lecture : 21 minQuiz de 12 questions
# Le Cameroun et l'Organisation des Nations Unies
## Introduction
Depuis son accession à l'indépendance le 1er janvier 1960, le Cameroun a fait de l'Organisation des Nations Unies (ONU) un partenaire privilégié de sa politique étrangère. Membre de l'organisation depuis le 20 septembre 1960, le Cameroun s'est toujours engagé en faveur du multilatéralisme, de la paix et du développement. Cette adhésion s'inscrit dans la continuité de la tutelle française et britannique, le Cameroun ayant été placé sous régime de tutelle des Nations Unies après la Seconde Guerre mondiale. L'étude des relations entre le Cameroun et l'ONU permet de comprendre comment un État africain de taille moyenne s'insère dans le système international et contribue à la gouvernance mondiale.
## I. Objectifs et structure de l'ONU
### A. Les objectifs de l'ONU
L'Organisation des Nations Unies a été créée le 24 octobre 1945 par la Charte de San Francisco, signée par 51 États fondateurs, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Ses objectifs fondamentaux sont énoncés à l'article 1er de la Charte :
> **À retenir** : Les quatre objectifs principaux de l'ONU sont : 1) maintenir la paix et la sécurité internationales ; 2) développer des relations amicales entre les nations fondées sur le respect du principe de l'égalité des droits des peuples et de leur droit à disposer d'eux-mêmes ; 3) réaliser la coopération internationale en résolvant les problèmes internationaux d'ordre économique, social, culturel ou humanitaire ; 4) être un centre où s'harmonisent les efforts des nations vers ces fins communes.
La Charte des Nations Unies, instrument fondateur de l'organisation, repose sur plusieurs principes essentiels : l'égalité souveraine de tous les États membres, le règlement pacifique des différends, le non-recours à la menace ou à l'emploi de la force, la non-ingérence dans les affaires intérieures des États, et la coopération internationale.
### B. La structure de l'ONU
L'ONU comprend six organes principaux, dont la répartition des compétences assure l'équilibre du système :
**1. L'Assemblée générale** : Organe délibératif principal, elle réunit les 193 États membres, chacun disposant d'une voix. Elle adopte des résolutions non contraignantes sur les questions de paix, de sécurité, de budget et de coopération. Le Cameroun y participe chaque année par l'intermédiaire de sa délégation permanente à New York.
**2. Le Conseil de sécurité** : Organe exécutif chargé du maintien de la paix et de la sécurité internationales. Il comprend 15 membres : 5 membres permanents disposant du droit de veto (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni) et 10 membres non permanents élus pour deux ans par l'Assemblée générale. Le Cameroun a siégé au Conseil de sécurité à trois reprises : 1974-1975, 1989-1990 et 2002-2003.
**3. Le Secrétariat** : Organe administratif dirigé par le Secrétaire général, nommé pour cinq ans par l'Assemblée générale sur recommandation du Conseil de sécurité. Le Camerounais Joseph Nye a occupé des fonctions importantes au sein du Secrétariat, et plusieurs Camerounais servent comme fonctionnaires internationaux dans divers départements.
**4. La Cour internationale de Justice (CIJ)** : Organe judiciaire principal, siégeant à La Haye (Pays-Bas), composé de 15 juges élus pour neuf ans. Elle règle les différends juridiques entre États. Le Cameroun a eu recours à la CIJ dans le cadre du différend frontalier avec le Nigeria sur la presqu'île de Bakassi, tranché en sa faveur par l'arrêt du 10 octobre 2002.
**5. Le Conseil économique et social (ECOSOC)** : Organe coordonnateur des activités économiques et sociales de l'ONU et de ses institutions spécialisées. Il comprend 54 membres élus pour trois ans. Le Cameroun y a siégé à plusieurs reprises, notamment pour défendre les intérêts des pays en développement.
**6. Le Conseil de tutelle** : Organe chargé de superviser l'administration des territoires sous tutelle. Il a suspendu ses activités en 1994 après l'indépendance du dernier territoire sous tutelle (Palaos). Le Cameroun, ancien territoire sous tutelle française et britannique, a été administré sous ce régime de 1946 à 1960.
> **À retenir** : L'ONU est une organisation internationale fondée en 1945, dont le siège est à New York. Elle compte 193 États membres. Le Cameroun y a adhéré le 20 septembre 1960, après avoir été placé sous régime de tutelle des Nations Unies depuis 1946.
## II. Les organismes spécialisés de l'ONU
Le Système des Nations Unies comprend de nombreuses institutions spécialisées, autonomes mais coordonnées par l'ECOSOC, qui interviennent dans des domaines spécifiques. Le Cameroun est membre de la quasi-totalité de ces organismes et bénéficie de leurs programmes.
### A. Les institutions à vocation économique et financière
**1. Le Fonds Monétaire International (FMI)** : Créé en 1945, il assure la stabilité financière internationale et accorde des prêts aux États en difficulté. Le Cameroun a conclu plusieurs accords avec le FMI, notamment la Facilité Élargie de Crédit (FEC) signée en 2017 pour un montant de 666 millions de dollars, visant à soutenir les réformes économiques et la diversification.
**2. Le Groupe de la Banque Mondiale** : Composé de la Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement (BIRD), de l'Association Internationale de Développement (IDA) et de la Société Financière Internationale (SFI), il finance des projets de développement. La Banque Mondiale a financé au Cameroun de nombreux projets dans les secteurs de l'éducation, de la santé, des infrastructures et de l'agriculture, comme le Projet de Développement des Compétences pour la Croissance (PDCC).
**3. La Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED)** : Créée en 1964, elle promeut l'intégration des pays en développement dans l'économie mondiale. Le Cameroun y participe activement pour défendre des termes de l'échange plus équitables pour les produits de base.
### B. Les institutions à vocation sociale et culturelle
**1. L'Organisation des Nations Unies pour l'Éducation, la Science et la Culture (UNESCO)** : Créée en 1945, elle œuvre pour l'éducation, la science et la culture. Le Cameroun a inscrit plusieurs sites sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO, notamment la Réserve de faune du Dja (1987), le Parc national de Waza (1987) et les Gravures rupestres de Bidzar. Le Cameroun a également ratifié la Convention de 2005 sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles.
**2. L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS)** : Créée en 1948, elle coordonne les actions de santé publique. L'OMS a appuyé le Cameroun dans la lutte contre le paludisme, le VIH/SIDA, la tuberculose et plus récemment contre la COVID-19, avec le déploiement de vaccins dans le cadre du mécanisme COVAX.
**3. L'Organisation Internationale du Travail (OIT)** : Créée en 1919, elle élabore les normes internationales du travail. Le Cameroun a ratifié les huit conventions fondamentales de l'OIT et bénéficie de programmes de promotion du travail décent, notamment dans le secteur de l'économie informelle.
**4. Le Fonds des Nations Unies pour l'Enfance (UNICEF)** : Créé en 1946, il œuvre pour les droits de l'enfant. L'UNICEF est très actif au Cameroun dans les domaines de la vaccination, de l'éducation, de la protection de l'enfance et de la lutte contre la malnutrition, particulièrement dans les régions de l'Extrême-Nord, du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.
### C. Les institutions à vocation technique
**1. Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD)** : Principal organe d'assistance technique, il finance des projets de développement humain durable. Le PNUD a soutenu le Cameroun dans l'élaboration de ses Documents de Stratégie pour la Réduction de la Pauvreté (DSRP) puis de sa Stratégie Nationale de Développement (SND 2020-2030).
**2. Le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE)** : Créé en 1972, il coordonne les actions environnementales. Le PNUE accompagne le Cameroun dans la gestion durable de ses forêts du bassin du Congo, deuxième poumon vert de la planète après l'Amazonie.
**3. Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR)** : Créé en 1950, il protège les réfugiés et les déplacés. Le HCR est particulièrement actif au Cameroun, qui accueille plus de 400 000 réfugiés, principalement centrafricains et nigérians, notamment dans les régions de l'Est et de l'Extrême-Nord.
**4. Le Programme Alimentaire Mondial (PAM)** : Créé en 1961, il lutte contre la faim. Le PAM intervient au Cameroun pour l'assistance alimentaire aux populations vulnérables, notamment dans les zones de conflit et les camps de réfugiés.
> **À retenir** : Les principales institutions spécialisées de l'ONU actives au Cameroun sont : le PNUD (développement), l'UNICEF (enfance), l'OMS (santé), le HCR (réfugiés), le PAM (alimentation), l'UNESCO (éducation et culture), le FMI et la Banque Mondiale (financement et développement).
## III. Les apports réciproques entre le Cameroun et l'ONU
### A. Les apports de l'ONU au Cameroun
**1. Sur le plan politique et diplomatique**
L'ONU a accompagné le Cameroun dans son processus de décolonisation. Le régime de tutelle des Nations Unies, institué par la Charte en 1945, a permis l'administration du Cameroun sous tutelle française (Est-Cameroun) et britannique (Cameroun occidental) jusqu'à l'indépendance. La réunification du Cameroun oriental et du Cameroun occidental en 1961 a été consacrée par un référendum supervisé par l'ONU le 11 février 1961.
L'ONU a également soutenu le Cameroun dans le règlement pacifique du différend frontalier avec le Nigeria concernant la presqu'île de Bakassi. La CIJ a rendu un arrêt favorable au Cameroun le 10 octobre 2002, et l'ONU a facilité la mise en œuvre de cette décision à travers la Commission mixte Cameroun-Nigeria, créée sous l'égide du Secrétaire général des Nations Unies. Le retrait définitif de l'administration nigériane de Bakassi a eu lieu le 14 août 2013, dans le cadre de l'Accord de Greentree signé en 2006.
**2. Sur le plan humanitaire et du développement**
L'ONU et ses agences ont apporté une aide considérable au Cameroun dans les domaines suivants :
- **Aide humanitaire** : Assistance aux réfugiés centrafricains et nigérians, aux populations déplacées internes (plus de 2 millions de personnes) suite aux attaques de Boko Haram dans l'Extrême-Nord et à la crise sociopolitique dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.
- **Aide au développement** : Financement de projets d'infrastructures, d'éducation, de santé et d'agriculture. Le Plan-Cadre des Nations Unies pour l'Aide au Développement (UNDAF) puis le Plan-Cadre de Coopération des Nations Unies pour le Développement Durable (UNSDCF 2022-2026) structurent cette coopération.
- **Assistance technique** : Appui à l'élaboration des politiques publiques, au renforcement des capacités institutionnelles et à la formation des cadres.
**3. Sur le plan de la paix et de la sécurité**
L'ONU a soutenu le Cameroun dans ses efforts de lutte contre Boko Haram et l'instabilité régionale. Le Bureau Régional des Nations Unies pour l'Afrique Centrale (UNOCA), basé à Libreville (Gabon), couvre également le Cameroun et appuie les initiatives sous-régionales de paix.
### B. Les apports du Cameroun à l'ONU
**1. Contribution au maintien de la paix**
Le Cameroun est un contributeur significatif aux Opérations de Maintien de la Paix (OMP) des Nations Unies. Depuis 1963, le Cameroun a participé à de nombreuses missions :
- **MINUAR** (Mission des Nations Unies pour l'Assistance au Rwanda, 1993-1996) : participation de troupes camerounaises.
- **MINUSMA** (Mission Multidimensionnelle Intégrée des Nations Unies pour la Stabilisation au Mali, 2013-2023) : le Cameroun a déployé un contingent de plus de 850 soldats, principalement dans la région de Mopti.
- **MINUSCA** (Mission Multidimensionnelle Intégrée des Nations Unies pour la Stabilisation en République Centrafricaine, depuis 2014) : le Cameroun y participe avec des troupes et des observateurs militaires.
- **MONUSCO** (Mission de l'Organisation des Nations Unies pour la Stabilisation en République Démocratique du Congo, depuis 1999) : participation de Casques bleus camerounais.
- **MINUEE** (Mission des Nations Unies en Éthiopie et en Érythrée, 2000-2008) : participation d'observateurs militaires camerounais.
- **MINUL** (Mission des Nations Unies au Libéria, 2003-2018) : participation de policiers et de militaires camerounais.
> **À retenir** : Le Cameroun est un contributeur actif aux Opérations de Maintien de la Paix de l'ONU. Il a participé à plus de 20 missions depuis 1963, avec un pic de déploiement de plus de 1 000 Casques bleus. Les principales missions actuelles ou récentes sont la MINUSMA (Mali), la MINUSCA (RCA) et la MONUSCO (RDC).
**2. Contribution diplomatique et intellectuelle**
Le Cameroun a joué un rôle actif dans les instances onusiennes :
- **Membre non permanent du Conseil de sécurité** à trois reprises (1974-1975, 1989-1990, 2002-2003), le Cameroun a contribué aux délibérations sur les crises africaines et mondiales.
- **Présidence de l'Assemblée générale** : Le diplomate camerounais Joseph Nye a été élu Président de la 38e session de l'Assemblée générale en 1983.
- **Participation aux commissions et comités** : Le Cameroun siège dans diverses instances, notamment la Commission du droit international, le Comité des droits de l'homme et la Commission de consolidation de la paix.
- **Promotion des intérêts africains** : Le Cameroun défend régulièrement les positions du Groupe africain et de la CEEAC (Communauté Économique des États de l'Afrique Centrale) dans les négociations internationales.
**3. Contribution financière**
Le Cameroun s'acquitte de ses contributions obligatoires au budget ordinaire de l'ONU et aux budgets des opérations de maintien de la paix, conformément au barème des quotes-parts fixé par l'Assemblée générale. Le pays contribue également volontairement à certains fonds et programmes.
**4. Contribution à la réalisation des Objectifs de Développement Durable (ODD)**
Le Cameroun a intégré les 17 ODD dans sa Stratégie Nationale de Développement (SND 2020-2030) et présente régulièrement des rapports volontaires à l'ONU sur les progrès accomplis. Le pays a notamment été parmi les premiers à présenter un Examen National Volontaire (ENV) au Forum Politique de Haut Niveau en 2020.
> **À retenir** : Les apports réciproques Cameroun-ONU sont multiples : l'ONU a accompagné la décolonisation, le règlement du différend de Bakassi et le développement du Cameroun ; le Cameroun contribue au maintien de la paix, à la diplomatie multilatérale et à la réalisation des ODD.
## IV. Le droit de veto, l'ingérence humanitaire, l'aide et le Système des Nations Unies
### A. Le droit de veto
**1. Définition et fondement juridique**
> **À retenir** : Le droit de veto est le privilège accordé aux cinq membres permanents du Conseil de sécurité (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni) de s'opposer à l'adoption d'une résolution substantielle, même si elle recueille la majorité des voix. Il est fondé sur l'article 27, paragraphe 3, de la Charte des Nations Unies.
Le veto s'applique aux questions substantielles (non procédurales) et peut être utilisé par un membre permanent pour bloquer une décision. L'abstention d'un membre permanent n'est pas considérée comme un veto.
**2. Le débat sur le veto**
Le droit de veto fait l'objet de critiques récurrentes, notamment de la part des pays africains qui le considèrent comme antidémocratique et contraire au principe de l'égalité souveraine des États. Le Cameroun, comme la plupart des pays africains, plaide pour une réforme du Conseil de sécurité incluant :
- L'élargissement du Conseil de sécurité, avec une représentation permanente de l'Afrique (le "Consensus d'Ezulwini" de 2005 demande au moins deux sièges permanents pour l'Afrique).
- La limitation ou la suppression du droit de veto.
- Une meilleure représentation des pays en développement.
Le Cameroun a connu directement les conséquences du veto lors de la guerre froide, lorsque les blocages au Conseil de sécurité ont empêché des actions décisives sur les conflits africains.
**3. Positions camerounaises**
Le Cameroun a toujours soutenu les initiatives de réforme du Conseil de sécurité, tout en privilégiant une approche consensuelle. Lors de ses mandats au Conseil de sécurité, le Cameroun a cherché à promouvoir le dialogue et la concertation plutôt que la confrontation.
### B. L'ingérence humanitaire
**1. Définition et évolution**
> **À retenir** : L'ingérence humanitaire est le droit ou le devoir de la communauté internationale d'intervenir dans un État pour porter secours à des populations victimes de violations massives des droits de l'homme ou de catastrophes humanitaires, même sans le consentement de l'État concerné. Ce concept a évolué vers celui de "Responsabilité de Protéger" (R2P), adopté au Sommet mondial de 2005.
La "Responsabilité de Protéger" repose sur trois piliers : la responsabilité de chaque État de protéger sa population ; l'engagement de la communauté internationale à aider les États à s'acquitter de cette responsabilité ; et l'action collective en cas de défaillance manifeste d'un État.
**2. Le débat en Afrique et au Cameroun**
Le Cameroun adopte une position nuancée sur l'ingérence humanitaire :
- **Principe de non-ingérence** : Le Cameroun, comme la plupart des États africains, est attaché au principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des États, consacré par l'article 2, paragraphe 7, de la Charte de l'ONU et par l'article 4 de l'Acte constitutif de l'Union Africaine.
- **Acceptation de la R2P** : Le Cameroun a souscrit à la R2P au Sommet mondial de 2005, tout en insistant sur la primauté de la prévention et de la coopération.
- **Position sur les interventions** : Le Cameroun a critiqué certaines interventions militaires menées au nom de l'ingérence humanitaire, comme l'intervention de l'OTAN en Libye en 2011, estimant qu'elles dépassaient le mandat initial du Conseil de sécurité.
**3. Application au Cameroun**
Le Cameroun a bénéficié de l'assistance humanitaire internationale dans le cadre de la lutte contre Boko Haram et de la crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, sans que cela ne remette en cause sa souveraineté. Le gouvernement camerounais a accepté l'aide humanitaire des agences onusiennes tout en insistant sur le respect de son intégrité territoriale.
### C. L'aide au développement
**1. Les différents types d'aide**
L'aide au développement comprend :
- **L'aide bilatérale** : fournie directement par un État à un autre.
- **L'aide multilatérale** : fournie par les organisations internationales (ONU, Union Européenne, Banque Mondiale).
- **L'aide humanitaire** : assistance d'urgence en cas de catastrophe ou de conflit.
- **L'aide programmée** : appui à des projets ou programmes de développement à long terme.
**2. L'aide des Nations Unies au Cameroun**
Le Système des Nations Unies au Cameroun est coordonné par le Coordonnateur Résident, qui dirige l'équipe-pays des Nations Unies. Le Plan-Cadre de Coopération des Nations Unies pour le Développement Durable (UNSDCF 2022-2026) prévoit un budget indicatif de plus de 2 milliards de dollars pour accompagner le Cameroun dans la réalisation des ODD.
Les principaux domaines d'intervention sont :
- La consolidation de la paix et la gouvernance.
- La transformation économique inclusive et durable.
- Le développement du capital humain (éducation, santé, protection sociale).
- La gestion durable de l'environnement et le changement climatique.
**3. Les défis de l'aide**
Le Cameroun est confronté à plusieurs défis concernant l'aide internationale :
- **L'efficacité de l'aide** : nécessité d'aligner l'aide sur les priorités nationales (Déclaration de Paris de 2005, Programme d'Action d'Accra de 2008).
- **La coordination des bailleurs** : multiplicité des acteurs et des procédures.
- **La durabilité** : dépendance à l'aide et nécessité de mobiliser les ressources internes.
- **La conditionnalité** : les conditions imposées par les bailleurs peuvent limiter la marge de manœuvre du gouvernement.
### D. Le Système des Nations Unies
**1. Composition du Système des Nations Unies**
> **À retenir** : Le Système des Nations Unies comprend : l'ONU elle-même (organes principaux), les fonds et programmes (PNUD, UNICEF, PAM, HCR, PNUE, ONU-Femmes), les institutions spécialisées (OMS, UNESCO, OIT, FMI, Banque Mondiale, FAO, OACI, OMI, UIT, UPU, OMM, OMPI, FIDA, ONUDI, OMT), et les organisations apparentées (AIEA, OIAC, OMC).
**2. Le Système des Nations Unies au Cameroun**
Le Système des Nations Unies au Cameroun comprend plus de 20 agences, fonds et programmes, dont :
- Les agences de développement : PNUD, UNICEF, PAM, FAO, FIDA, ONU-Femmes.
- Les agences spécialisées : OMS, UNESCO, OIT, ONUDI.
- Les agences humanitaires : HCR, OCHA (Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires).
- Les institutions financières : FMI, Banque Mondiale.
Le Coordonnateur Résident des Nations Unies au Cameroun assure la coordination de l'ensemble du système, en lien avec le gouvernement camerounais.
**3. Les réformes du Système des Nations Unies**
Le Cameroun soutient les réformes du Système des Nations Unies visant à :
- Renforcer la cohérence et l'efficacité du système.
- Améliorer la coordination entre les agences.
- Renforcer le rôle du Coordonnateur Résident.
- Accroître la transparence et la redevabilité.
## V. Les missions des Nations Unies et la participation du Cameroun aux Opérations de Maintien de la Paix (OMP)
### A. Présentation des missions des Nations Unies
**1. Les types de missions**
Les Nations Unies déploient plusieurs types de missions :
- **Les Opérations de Maintien de la Paix (OMP)** : déploiement de Casques bleus pour surveiller un cessez-le-feu, séparer les belligérants et faciliter la mise en œuvre d'un accord de paix.
- **Les Missions Politiques Spéciales (MPS)** : missions de médiation, de bons offices et d'appui politique.
- **Les Missions d'Observation** : déploiement d'observateurs militaires ou civils non armés.
- **Les Missions Intégrées** : combinaison de dimensions politique, militaire, humanitaire et de développement.
**2. Les principes du maintien de la paix**
> **À retenir** : Les trois principes fondamentaux du maintien de la paix des Nations Unies sont : 1) le consentement des parties ; 2) l'impartialité ; 3) le non-recours à la force, sauf en cas de légitime défense ou de défense du mandat.
**3. Les principales missions en Afrique**
L'Afrique est le continent qui accueille le plus grand nombre d'OMP :
- **MONUSCO** (RDC, depuis 1999) : plus de 16 000 Casques bleus.
- **MINUSCA** (RCA, depuis 2014) : environ 14 000 Casques bleus.
- **MINUSMA** (Mali, 2013-2023) : jusqu'à 15 000 Casques bleus, retirée à la demande du gouvernement malien.
- **UNMISS** (Soudan du Sud, depuis 2011) : environ 17 000 Casques bleus.
- **MINURSO** (Sahara Occidental, depuis 1991) : mission de maintien de la paix.
- **UNISFA** (Abyei, Soudan/Soudan du Sud, depuis 2011) : force de sécurité intérimaire.
### B. La participation du Cameroun aux OMP
**1. Historique de la participation camerounaise**
Le Cameroun a commencé à participer aux OMP dès les années 1960. Sa participation s'est intensifiée à partir des années 1990 et surtout 2000, faisant du pays l'un des principaux contributeurs africains de troupes aux OMP.
**2. Les principales missions avec participation camerounaise**
| Mission | Pays | Période | Type de contribution |
|---------|------|---------|---------------------|
| MINUAR | Rwanda | 1993-1996 | Troupes, observateurs |
| MONUC/MONUSCO | RDC | 1999-présent | Troupes, observateurs, police |
| MINUEE | Éthiopie/Érythrée | 2000-2008 | Observateurs militaires |
| MINUL | Libéria | 2003-2018 | Troupes, police |
| ONUCI | Côte d'Ivoire | 2004-2017 | Observateurs, police |
| MINUSTAH | Haïti | 2004-2017 | Police |
| MINUSMA | Mali | 2013-2023 | Troupes (bataillon d'infanterie) |
| MINUSCA | RCA | 2014-présent | Troupes, police |
| UNMISS | Soudan du Sud | 2011-présent | Observateurs, police |
**3. Le contingent camerounais à la MINUSMA**
La participation camerounaise à la MINUSMA au Mali constitue l'engagement le plus important du pays dans une OMP. Le Cameroun a déployé un bataillon d'infanterie d'environ 850 soldats dans la région de Mopti, avec pour missions :
- La protection des civils.
- La sécurisation des axes routiers.
- L'appui aux autorités maliennes.
- La participation aux patrouilles et opérations conjointes.
Plusieurs soldats camerounais ont perdu la vie dans l'exercice de leurs fonctions au Mali, illustrant le sacrifice du Cameroun pour la paix internationale.
**4. Les motivations de la participation camerounaise**
La participation du Cameroun aux OMP s'explique par plusieurs facteurs :
- **Solidarité internationale** : engagement en faveur de la paix et de la sécurité collectives.
- **Diplomatie** : renforcement du statut international du Cameroun.
- **Avantages financiers** : les pays contributeurs reçoivent des remboursements des Nations Unies (environ 1 400 dollars par soldat et par mois).
- **Formation et expérience** : les soldats camerounais acquièrent une expérience précieuse.
- **Sécurité régionale** : contribution à la stabilité des pays voisins, ce qui profite indirectement au Cameroun.
**5. Les défis de la participation camerounaise**
Le Cameroun fait face à plusieurs défis dans sa participation aux OMP :
- **Capacités logistiques** : nécessité d'équipements adaptés (véhicules blindés, hélicoptères).
- **Formation** : besoin de formation spécialisée (déminage, protection des civils, droits de l'homme).
- **Parité** : nécessité d'augmenter la participation des femmes dans les contingents.
- **Coordination** : articulation entre les OMP et les opérations régionales (Force Multinationale Mixte contre Boko Haram).
**6. La participation aux opérations régionales de paix**
En complément de sa participation aux OMP, le Cameroun contribue aux opérations de paix menées par les organisations régionales :
- **Force Multinationale Mixte (FMM)** : opération conjointe du Cameroun, du Nigeria, du Tchad, du Niger et du Bénin contre Boko Haram dans le bassin du lac Tchad.
- **Mission de la CEEAC pour la consolidation de la paix en RCA (MICOPAX)** : participation camerounaise avant le déploiement de la MINUSCA.
- **Force en attente de la CEEAC (FOMAC)** : contribution camerounaise à la force régionale africaine.
> **À retenir** : Le Cameroun est un contributeur majeur aux Opérations de Maintien de la Paix des Nations Unies, avec une participation à plus de 20 missions depuis 1963. Son engagement le plus important a été le déploiement d'un bataillon d'infanterie à la MINUSMA au Mali (2013-2023). Le Cameroun participe également aux opérations régionales de paix, notamment la Force Multinationale Mixte contre Boko Haram.
## Conclusion
La relation entre le Cameroun et l'Organisation des Nations Unies, établie dès l'indépendance en 1960, s'est construite sur un partenariat mutuellement bénéfique. L'ONU a accompagné le Cameroun dans son processus de décolonisation, le règlement pacifique du différend de Bakassi et son développement économique et social. En retour, le Cameroun contribue activement au maintien de la paix internationale, à la diplomatie multilatérale et à la réalisation des Objectifs de Développement Durable.
Cette coopération illustre l'engagement du Cameroun en faveur du multilatéralisme et de la gouvernance mondiale, tout en reflétant les défis du système international : la réforme du Conseil de sécurité, l'équilibre entre souveraineté nationale et ingérence humanitaire, et l'efficacité de l'aide au développement. Dans un monde marqué par de multiples crises, la participation du Cameroun aux Nations Unies demeure un pilier essentiel de sa politique étrangère et de sa contribution à la paix et à la sécurité internationales.
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