Chapitre 17
L’industrialisation de l’Europe (partie 1/4)
Lecture : 21 minQuiz de 9 questions
## Objectifs et prérequis
**À la fin de ce cours, l’élève sera capable de :**
- expliquer les fondements économiques, politiques et idéologiques de l’impérialisme européen du XIXᵉ siècle ;
- analyser les décisions et les conséquences de la deuxième conférence de Berlin (1884‑1885) sur le partage de l’Afrique ;
- décrire les étapes principales des conquêtes françaises en Afrique et en Asie, en mettant en évidence les acteurs, les dates clés et les impacts sur les territoires concernés ;
- mobiliser un vocabulaire spécifique (impérialisme, conférence de Berlin, protectorat, mandat, etc.) pour produire des réponses structurées à l’écrit (dissertation, commentaire, question de cours).
**Prérequis :** connaissance du contexte de la révolution industrielle européenne, des notions de nation‑État et de colonisation précoce (XVIᵉ‑XVIIIᵉ siècles), ainsi que la capacité à lire un document historique (texte, carte, tableau) et à en dégager l’idée principale.
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## Introduction contextualisée
À la suite de la première révolution industrielle, les puissances européennes cherchent de nouveaux débouchés pour leurs excédents de production, des matières premières et des champs d’investissement de capitaux. Cette quête se double d’une rivalité nationale exacerbée par le nationalisme et d’une idéologie de « mission civilisatrice » qui justifie la domination sur les peuples considérés comme « inférieurs ». Le chapitre qui suit examine d’abord les fondements de cet impérialisme, puis se concentre sur l’acte juridique qui a organisé le partage de l’Afrique : la deuxième conférence de Berlin. Enfin, il détaille les conquêtes françaises, illustrant comment la métropole a traduit ces fondements en politiques territoriales concrètes, avec des répercussions encore visibles aujourd’hui, notamment au Cameroun.
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## I. Leçon 3 : Les fondements de l’impérialisme européen
### A. Contexte historique
Après 1850, l’Europe connaît une deuxième révolution industrielle (acier, chimie, électricité). La production dépasse largement la demande intérieure, créant un besoin de marchés extérieurs. Parallèlement, les États-nations se consolident (Allemagne unifiée en 1871, Italie en 1861) et cherchent à affirmer leur prestige sur la scène internationale.
### B. Définitions et notions clés
> **Impérialisme** : politique d’extension d’un État visant à acquérir le contrôle de territoires étrangers pour exploiter leurs ressources, leurs marchés ou leur position stratégique.
> **Nationalisme économique** : doctrine qui lie la puissance d’un État à la maîtrise de ses ressources naturelles et à l’accès à des marchés protégés.
> **Mission civilisatrice** : idéologie selon laquelle les peuples européens auraient un devoir d’apporter le progrès, la chrétienté et la « civilisation » aux sociétés jugées arriérées.
### C. Acteurs, notions, auteurs
- **John A. Hobson** (1902) : théorise l’impérialisme comme conséquence du sous‑consommation des classes ouvrières.
- **Vladimir Lénine** (1916) : voit l’impérialisme comme le stade suprême du capitalisme, marqué par la monopolisation et l’exportation de capitaux.
- **Jules Ferry** (homme d’État français, plusieurs fois Président du Conseil, 1880‑1881, 1883‑1885) : défenseur de l’expansion coloniale au nom de la civilisation et du commerce.
- **Otto von Bismarck** (chancelier allemand) : initialement réticent, il utilise la conférence de Berlin pour prévenir les conflits entre puissances.
### D. Faits datés et lieux précis
- **1870‑1880** : boom de la production d’acier (Allemagne, Royaume‑Uni).
- **1881** : occupation française de la Tunisie (premier protectorat en Afrique du Nord).
- **1882** : occupation britannique de l’Égypte (contrôle du canal de Suez).
- **1884‑1885** : deuxième conférence de Berlin (voir partie II).
### E. Causes puis conséquences
**Causes** :
1. Surproduction industrielle → besoin de débouchés extérieurs.
2. Recherche de matières premières (caoutchouc, cuivre, coton).
3. Rivalités stratégiques (contrôle des voies maritimes, bases navales).
4. Idéologie de la mission civilisatrice et pression des groupes missionnaires.
5. Nationalisme et désir de prestige national.
**Conséquences** :
- Partition accélérée de l’Afrique et de l’Asie du Sud‑Est.
- Création d’économies coloniales orientées vers l’exportation de matières premières.
- Mise en place de systèmes d’administration directe ou indirecte, souvent source de résistances.
- Transformation des sociétés africaines (introduction de l’économie de salaire, perturbations des structures traditionnelles).
- Semences de conflits internationaux qui culmineront en Première Guerre mondiale.
### F. Exemples concrets (avec exemples camerounais et africains)
- Au **Cameroun**, avant la conférence de Berlin, le littoral était déjà fréquenté par des commerçants allemands (comptoirs de Douala, 1884) et britanniques (missions chrétiennes). La rivalité franco‑allemande pour le contrôle du littoral camerounais illustre la quête de débouchés commerciaux.
- En **Afrique de l’Ouest**, la conquête française du Soudan (actuel Mali) vise à sécuriser les routes du Niger pour le commerce du gum arabique et du coton.
- En **Indochine**, la France justifie son intervention au Tonkin (1883) par la nécessité de protéger ses missions catholiques et d’accéder aux richesses du riz et du caoutchouc.
### G. Vocabulaire à retenir
> **Protectorat** : régime où un État puissant assure la défense et les relations extérieures d’un territoire tout en laissant une autorité locale nominale.
> **Concession** : droit exclusif accordé à une entreprise privée d’exploiter une ressource ou d’exercer une activité sur un territoire colonial.
> **Balance des paiements** : registre des échanges économiques d’un État avec l’étranger, utilisé pour justifier la nécessité de marchés extérieurs.
#### Tableau récapitulatif – Leçon 3
| Élément | Description | Exemple camerounais/africain |
|---------|-------------|------------------------------|
| Motif économique | Recherche de débouchés et matières premières | Comptoirs allemands à Douala (caoutchouc, huile de palme) |
| Motif politique/stratégique | Prestige national, bases navales | Occupation britannique de l’Égypte (canal de Suez) |
| Motif idéologique | Mission civilisatrice, nationalisme | Discours de Jules Ferry sur le « devoir de civiliser » |
| Acteur clé | Jules Ferry (France) | Promotion du protectorat sur la Tunisie (1881) |
| Conséquence majeure | Partage de l’Afrique | Conférence de Berlin 1884‑1885 |
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## II. Dossier 1 : La deuxième conférence de Berlin
### A. Contexte
Dès le début des années 1880, les rivalités franco‑britanniques en Égypte, anglo‑allemandes en Afrique du Sud et franco‑allemandes au Cameroun rendent nécessaire un cadre réglementaire pour éviter les conflits armés. Bismarck, désireux de préserver la paix en Europe tout en permettant l’expansion allemande, propose une conférence internationale.
### B. Déroulement
- **Date** : 15 novembre 1884 – 26 février 1885.
- **Lieu** : Berlin, résidence du chancelier.
- **Participants** : représentants de l’Allemagne, Autriche‑Hongrie, Belgique, Danemark, Espagne, États‑Unis, France, Grande‑Bretagne, Italie, Pays‑Bas, Portugal, Russie, Suède‑Norvège, Turquie ottomane.
- **Objectif officiel** : établir des règles pour la colonisation de l’Afrique afin de garantir la liberté de commerce et de navigation sur les fleuves Congo et Niger.
### C. Acteurs principaux
- **Otto von Bismarck** (Allemagne) – président de la conférence.
- **Jules Grévy** (France) – représenté par le ministre des Affaires étrangères, Charles de Freycinet.
- **Leopold II de Belgique** – promoteur de l’État indépendant du Congo.
- **Lord Granville** (Royaume‑Uni) – défenseur de la liberté de navigation.
### D. Décisions principales
> **Principe d’effectivité** : une puissance ne peut revendiquer un territoire qu’elle a effectivement occupé ou administré.
> **Libre navigation** sur les fleuves Congo et Niger pour toutes les nations.
> **Notification obligatoire** : toute nouvelle annexion doit être communiquée aux autres signataires.
> **Interdiction de l’esclavage** dans les nouvelles colonies (déclaré, mais peu appliqué).
### E. Conséquences
- Accélération du **scramble for Africa** : entre 1885 et 1914, près de 90 % du continent est placé sous contrôle européen.
- Création de l’État indépendant du Congo sous la couronne de Léopold II, prélude aux atrocités du Congo belge.
- Formalisation des frontières qui ignorent souvent les réalités ethniques et culturelles, source de conflits post‑indépendances.
- Renforcement de la rivalité franco‑allemande, notamment au Cameroun et au Togo.
### F. Exemples concrets (Cameroun, etc.)
- Le **Cameroun** devient un **protectorat allemand** en 1884 (avant la conférence) puis, après la défaite allemande de 1918, un **mandat français et britannique** sous la Société des Nations (à partir de 1922). La conférence de Berlin a posé le principe selon lequel l’Allemagne devait notifier ses prétentions, ce qui a permis à la France de contester officiellement l’extension allemande vers l’intérieur.
- Au **Congo**, la reconnaissance de l’État indépendant du Congo a permis à Léopold II d’exploiter le caoutchouc avec un système de travail forcé, entraînant une décroissance démographique estimée à plusieurs millions de morts.
- En **Afrique de l’Ouest**, la conférence a confirmé les prétentions françaises sur le Soudan et le Sénégal, tout limitant les avancées britanniques vers l’intérieur du Niger.
### G. Vocabulaire à retenir
> **Effectivité** : critère selon lequel la possession d’un territoire doit être démontrée par une administration réelle et continue.
> **Mandat** : système instauré par la Société des Nations (puis l’ONU) où un État administre un territoire au nom de la communauté internationale, préparant à l’indépendance.
> **Scramble for Africa** : expression désignant la course rapide au partage du continent africain entre les puissances européennes à la fin du XIXᵉ siècle.
#### Tableau récapitulatif – Dossier 1
| Décision | Contenu | Impact sur le Cameroun |
|----------|---------|------------------------|
| Principe d’effectivité | Occupation réelle requise pour revendiquer | A permis à la France de contester l’allemand intérieur après 1916 |
| Libre navigation sur le Congo et le Niger | Accès égal à tous les États | Facilita l’accès français aux régions du Nord‑Cameroun via le fleuve Benue |
| Notification obligatoire | Toute annexion doit être annoncée | A donné à la France un levier diplomatique contre l’Allemagne |
| Interdiction de l’esclavage | Déclaration morale, peu appliquée | N’a pas empêché le travail forcé dans les concessions allemandes |
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## III. Leçon 4 : Les conquêtes françaises
### A. Contexte
Après la défaite de 1870‑1871, la Troisième République cherche à rétablir le prestige national par l’expansion coloniale. Les gouvernements successifs, influencés par les milieux économiques (banques, compagnies de navigation) et les groupes missionnaires, adoptent une politique d’acquisition de territoires en Afrique, en Asie du Sud‑Est et dans le Pacifique.
### B. Étapes des conquêtes
#### 1. Afrique occidentale et équatoriale (1880‑1900)
- **Sénégal** : déjà colonie depuis 1659, consolidation avec la création du **French West Africa (AOF)** en 1895.
- **Soudan français** (actuel Mali, Burkina Faso, Niger) : conquête progressive par les colonnes de **Joseph Gallieni** (1890‑1895) et **Jean‑Baptiste Marchand** (mission du Niger, 1896‑1899).
- **Côte d’Ivoire** : prise de Grand‑Bassam (1893) puis de l’intérieur par **Louis Gustave Binger** (1887‑1889).
- **Gabon** et **Congo français** : établissement de postes à Libreville (1843) et Brazzaville (1880) sous **Pierre Savorgnan de Brazza**.
#### 2. Afrique du Nord
- **Tunisie** : protectorat établi en 1881 après l’intervention militaire suivant le débarquement de Jules Ferry.
- **Algérie** : déjà conquise depuis 1830, consolidation avec la mise en place des **régimes civils** (1870‑1880).
#### 3. Madagascar
- Première expédition franco‑malgache (1883‑1885) échoue ; deuxième expédition (1894‑1895) sous le général **Jacques Duchesne** mène à la prise de Tananarive et à l’établissement d’un protectorat (1895), puis d’une colonie (1896).
#### 4. Indochine
- Cochinchine (Sud‑Vietnam) déjà colonie depuis 1862.
- Protectorat sur le Cambodge (1863) et le Laos (1893).
- Colonisation du Tonkin et de l’Annam (1883‑1886) après la défaite chinoise lors de la guerre franco‑chinoise (1884‑1885).
#### 5. Pacifique
- Nouvelle‑Calédonie (colonisée depuis 1853) utilisée comme bagne puis comme territoire de peuplement.
- Tahiti et les îles de la Société (protectorat 1842, colonie 1880).
### C. Acteurs principaux
- **Jules Ferry** : architecte de la doctrine coloniale républicaine.
- **Joseph Gallieni** : gouverneur du Sénégal, puis de la Nouvelle‑Calédonie, connu pour sa méthode « pacification » et la construction de voies ferrées.
- **Pierre Savorgnan de Brazza** : explorateur au service de la France, fondateur de Brazzaville, défenseur d’une colonisation « humanitaire ».
- **General Jacques Duchesne** : commandant de l’expédition de Madagascar.
- **Jean‑Baptiste Marchand** : leader de la mission du Niger, célèbre pour l’incident de Fachoda (1898) avec les Britanniques.
### D. Faits datés et lieux précis
- **1881** : établissement du protectorat sur la Tunisie.
- **1886** : création du **French Congo** (Brazzaville).
- **1890‑1895** : colonnes de Gallieni au Soudan français.
- **1894‑1895** : conquête de Madagascar.
- **1895** : décret établissant l’**Afrique Occidentale Française (AOF)**.
- **1894** : fin de la conquête du Dahomey (actuel Bénin).
### E. Causes puis conséquences
**Causes** :
- Besoin de débouchés pour l’excédent industriel (textiles, acier).
- Recherche de matières premières (caoutchouc, coton, minerais).
- Rivalité stratégique avec le Royaume‑Uni (contrôle du Nil, du Niger, de la route des Indes).
- Idéologie de la mission civilisatrice et pression des groupes missionnaires catholiques.
- Politique intérieure : la colonisation comme moyen de réduire le chômage et de fournir des débouchés à l’armée.
**Conséquences** :
- Mise en place d’économies d’exportation monocultures (coton au Sénégal, caoutchouc au Congo, riz en Indochine).
- Création d’infrastructures (chemins de fer Dakar‑Saint-Louis, ligne Congo‑Ocean, voie ferrée du Niger).
- Résistances armées (ex. : révolte de Samory Touré 1882‑1898, guerre du Dahomey 1890‑1894, révolte malgache de 1915‑1917).
- Transformation sociale : émergence d’une classe d’intermédiaires (chefs traditionnels intégrés, évolués), urbanisation des centres coloniaux (Dakar, Abidjan, Hanoï).
- Seme des tensions internationales (incident de Fachoda 1898, tensions franco‑britanniques au Nil).
### F. Exemples concrets (Cameroun et Afrique)
- Au **Cameroun**, après la Première Guerre mondiale, le territoire allemand est placé sous **mandat français** (Société des Nations, 1922). La France poursuit la politique de mise en valeur du cacao et du café, introduisant des chemins de fer (ligne Douala‑Nkongsamba, 1927) et favorisant l’installation de colons français dans les hautes terres de l’Ouest.
- En **Afrique occidentale**, la construction du chemin de fer **Dakar‑Niger** (achevé 1923) a permis l’acheminement du coton du Soudan vers les ports sénégalais, renforçant l’intégration de l’AOF dans l’économie mondiale française.
- En **Indochine**, la colonisation a entraîné la mise en place d’une économie du riz exportée vers la France, tout en provoquant des famines (ex. : famine de 1944‑1945 au Tonkin) à cause de la réquisition du riz pour l’effort de guerre japonais.
### G. Vocabulaire à retenir
> **Mandat** : titre conféré par la Société des Nations (puis l’ONU) à un État pour administrer un territoire préalablement appartenant à une puissance défaite, avec l’objectif de préparer l’indépendance.
> **Pacification** : terme utilisé par les autorités coloniales pour désigner la conquête militaire suivie de l’installation d’une administration civile, souvent accompagnée de violences contre les populations résistantes.
> **Économie de plantation** : système agricole basé sur la culture extensive d’une seule matière première (coton, caoutchouc, café) destinée à l’exportation.
> **Évolué** : désigne, dans le contexte colonial, un autochtone ayant adopté le mode de vie occidental (éducation française, religion chrétienne, emploi dans l’administration).
#### Tableau récapitulatif – Leçon 4
| Territoire | Date clé de prise | Mode de contrôle | Acteur français principal | Ressource principale exploitée |
|------------|-------------------|------------------|---------------------------|--------------------------------|
| Sénégal | 1659 (début) – consolidation 1895 | Colonie puis AOF | Louis Faidherbe, puis Gallieni | Arachide, gomme arabique |
| Soudan français | 1890‑1895 | Conquête militaire → colonie | Joseph Gallieni | Coton, gum arabique |
| Madagascar | 1895 (protectorat) – 1896 (colonie) | Protectorat puis colonie | Général Duchesne | Café, vanille, graphite |
| Tunisie | 1881 | Protectorat | Jules Ferry | Phosphates, agriculture |
| Indochine (Tonkin) | 1883‑1886 | Protectorat puis colonie | Général de Courcy, puis Paul Doumer | Riz, caoutchouc, charbon |
| Cameroun (mandat) | 1922 (Société des Nations) | Mandat français | Administrateurs coloniaux (ex. : Édouard Renard) | Cacao, café, huile de palme |
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## Synthèse du chapitre
- Les fondements de l’impérialisme européen reposent sur la surproduction industrielle, la quête de matières premières, les rivalités stratégiques, l’idéologie de la mission civilisatrice et le nationalisme.
> **>** L’impérialisme est défini comme la politique d’extension d’un État visant à acquérir le contrôle de territoires étrangers pour exploiter leurs ressources, leurs marchés ou leur position stratégique.
- La deuxième conférence de Berlin (1884‑1885) a établi le principe d’effectivité, la libre navigation sur le Congo et le Niger, l’obligation de notification et une déclaration contre l’esclavage, accélérant le partage de l’Afrique.
> **>** Le principe d’effectivité exige qu’une puissance démontre une administration réelle et continue sur un territoire pour pouvoir le revendiquer.
- Les conquêtes françaises se sont déroulées en Afrique occidentale et équatoriale, en Afrique du Nord, à Madagascar, en Indochine et dans le Pacifique, sous la direction de figures telles que Jules Ferry, Joseph Gallieni, Pierre Savorgnan de Brazza et le général Duchesne.
> **>** Un mandat est un titre conféré par la Société des Nations (puis l’ONU) à un État pour administrer un territoire provenant d’une puissance défaite, en vue de préparer son indépendance.
- Ces expansions ont créé des économies d’exportation monoculturelles, construit des infrastructures ferroviaires et portuaires, provoqué des résistances armées et transformé profondément les sociétés colonisées, avec des héritiers encore visibles aujourd’hui (ex. : économies cacao‑café au Cameroun, réseaux ferroviaires en Afrique de l’Ouest).
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## Glossaire (10 termes)
1. **Impérialisme** : politique d’extension territoriale visant à exploiter ressources, marchés ou position stratégique d’un territoire étranger.
2. **Nationalisme économique** : doctrine liant la puissance d’un État à la maîtrise de ses ressources naturelles et à l’accès à des marchés protégés.
3. **Mission civilisatrice** : idéologie selon laquelle les Européens auraient un devoir d’apporter le progrès, la chrétienté et la « civilisation » aux sociétés jugées arriérées.
4. **Protectorat** : régime où un État puissant assure la défense et les relations extérieures d’un territoire tout en laissant une autorité locale nominale.
5. **Mandat** : titre conféré par la Société des Nations (puis l’ONU) à un État pour administrer un territoire provenant d’une puissance défaite, préparant à l’indépendance.
6. **Effectivité** : critère selon lequel la possession d’un territoire doit être démontrée par une administration réelle et continue.
7. **Pacification** : terme utilisé par les autorités coloniales pour désigner la conquête militaire suivie de l’installation d’une administration civile, souvent accompagnée de violences.
8. **Économie de plantation** : système agricole basé sur la culture extensive d’une seule matière première destinée à l’exportation.
9. **Évolué** : autochtone ayant adopté le mode de vie occidental (éducation française, religion chrétienne, emploi dans l’administration).
10. **Scramble for Africa** : expression désignant la course rapide au partage du continent africain entre les puissances européennes à la fin du XIXᵉ siècle.
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## Étude de document / de cas
**Document** : Extrait du discours de Jules Ferry devant la Chambre des députés, 28 juillet 1885.
> « Messieurs, il faut que les races supérieures aient un droit vis‑à‑vis des races inférieures… »
**Analyse pas à pas**
1. **Identification du locuteur et du contexte** – Jules Ferry, ministre de l’Instruction publique et des Beaux‑arts, défenseur de la colonisation républicaine. Le discours intervient après la conférence de Berlin, alors que la France cherche à légitimer ses nouvelles acquisitions (Tunisie, Congo, Madagascar).
2. **Reformulation de la phrase clé** – Ferry affirme une hiérarchie raciale justifiant le droit des « races supérieures » (européennes) à dominer les « races inférieures » (africaines, asiatiques).
3. **Mise en relation avec le programme** – Cette idée s’inscrit dans la notion de *mission civilisatrice* étudiée en Leçon 3 : l’impérialisme n’est pas seulement économique, il repose aussi sur une idéologie de supériorité culturelle.
4. **Conséquences historiques** – Le discours a servi de justification juridique et morale à l’établissement de protectorats et de colonies, entraînant l’imposition du droit français, de l’éducation laïque et du catholicisme, souvent au détriment des structures traditionnelles.
5. **Limites du document** – Le texte reflète la pensée officielle de l’époque ; il ne rend pas compte des résistances africaines (ex. : Samory Touré, Behanzin) ni des critiques internes (ex. : Léon Blum, Jean Jaurès).
6. **Synthèse** – Le document illustre comment l’idéologie coloniale a été utilisée pour légitimer l’expansion territoriale, un point essentiel pour comprendre les fondements de l’impérialisme européen et ses conséquences en Afrique et en Asie.
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## Méthode et sujets type examen
### Sujet 1 – Dissertation
**Intitulé** : « L’impérialisme européen à la fin du XIXᵉ siècle est‑il principalement motivé par des intérêts économiques ou par des idéologies de puissance ? »
**Plan détaillé**
I. **Les déterminants économiques**
- A. Surproduction industrielle et besoin de débouchés (ex. : textiles du Nord, acier allemand).
- B. Recherche de matières premières (caoutchouc du Congo, coton du Sénégal, riz d’Indochine).
- C. Investissement de capitaux et création de concessions (compagnies du Niger, du Congo).
II. **Les facteurs idéologiques et politiques**
- A. Mission civilisatrice et discours de Jules Ferry (ex. : extrait étudié).
- B. Nationalisme et prestige (ex. : rivalité franco‑allemande au Cameroun, incident de Fachoda).
- C. Influence des groupes missionnaires et des sociétés de géographie.
III. **Interaction entre économie et idéologie**
- A. Comment les intérêts économiques ont été habillés d’un vernis civilisateur (ex. : concessions du Congo présentées comme « œuvre humanitaire »).
- B. Cas où l’idéologie a primé sur le profit immédiat (ex. : colonisation de Madagascar malgré des coûts élevés).
**Conclusion** : L’impérialisme résulte d’une combinaison étroite où les motivations économiques fournissent le cadre matériel, tandis que les idéologies offrent la légitimité politique et morale nécessaires à l’entreprise coloniale.
### Sujet 2 – Commentaire de document
**Document** : Carte de l’Afrique montrant les possessions européennes en 1914 (légende : couleurs selon les puissances).
**Consignes** : Situer le document, en expliquer le contenu, en analyser les choix cartographiques et en montrer ce qu’il révèle sur les conséquences de la conférence de Berlin et des conquêtes françaises.
**Plan**
1. **Situation** – Carte publiée après les accords de Berlin et avant la Première Guerre mondiale ; elle résulte du travail des services géographiques des États coloniaux.
2. **Description** – Présentation des grandes zones : Afrique du Nord (France, Espagne, Italie), Afrique de l’Ouest (France, Royaume‑Uni, Portugal), Afrique centrale (Belgique, France, Portugal), Afrique australe (Royaume‑Uni, Allemagne, Portugal), îles (France, Royaume‑Uni).
3. **Analyse**
- A. Evidence du principe d’effectivité : territoires effectivement occupés (ex. : Côte d’Ivoire française, Congo belge).
- B. Persistance de zones d’influence ou de protectorats (ex. : Tunisie française, Égypte britannique).
- C. Disparités révélant les priorités économiques : concentration française sur les zones de cacao/café (Cameroun, Côte d’Ivoire) et de coton (Soudan).
- D. Héritage des rivalités : lignes de démarcation souvent droites, ignorant les réalités ethniques (ex. : frontière Nigeria‑Cameroun).
4. **Interprétation** – La carte montre comment la conférence de Berlin a transformé le continent en un patchwork d’États européens, préparant le terrain aux conflits post‑indépendances (frontières artificielles, ressources réparties de façon inégale).
5. **Conclusion** – Le document confirme que le partage de l’Afrique n’était pas le fruit d’un hasard géographique mais le résultat de décisions politiques et économiques prises à Berlin et mises en œuvre par les conquêtes françaises et celles des autres puissances.
### Sujet 3 – Question de cours
**Intitulé** : « Expliquez le principe d’effectivité introduit lors de la deuxième conférence de Berlin et illustrez‑le par deux exemples concrets liés à l’empire français. »
**Réponse attendue**
- Définition : le principe d’effectivité stipule qu’une puissance ne peut revendiquer un territoire qu’elle a effectivement occupé et administré, et non simplement découvert ou prétendu.
- Exemple 1 : **Tunisie (1881)** – La France a d’abord envoyé une expédition militaire, puis installé un résident général et une administration civile, démontrant ainsi l’effectivité avant de déclarer le protectorat.
- Exemple 2 : **Congo français (Brazzaville, 1880‑1886)** – Pierre Savorgnan de Brazza a établi des postes, signé des traités avec les chefs locaux et organisé une présence continue, permettant à la France de revendiquer le territoire lors de la conférence de Berlin.
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## Erreurs fréquentes
| Erreur fréquente | Pourquoi elle est fausse | Correction |
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| Confondre **protectorat** et **colonie** | Un protectorat laisse une autorité locale nominale ; une colonie implique une administration directe et souvent le remplacement des structures politiques locales. | Rappeler les définitions : protectorat = suzeraineté extérieure, colonie = administration métropolitaine. |
| Penser que la **conférence de Berlin** a partagé l’Asie autant que l’Afrique | La conférence de 1884‑1885 s’est limitée à l’Afrique ; les questions asiatiques ont été traitées ailleurs (ex. : traités de Shimonoseki, 1895). | Préciser le champ géographique de la conférence : uniquement le continent africain. |
| Attribuer la **mission civilisatrice** uniquement à la France | Cette idéologie était partagée par la plupart des puissances coloniales (Royaume‑Uni, Allemagne, Belgique, Portugal). | Donner des exemples britanniques (« White Man’s Burden ») et allemands (« Kultur »). |
| Croire que l’**effectivité** signifiait simplement la découverte d’un territoire | L’effectivité exige une administration réelle et continue, pas seulement une première débarquement ou un traité signé. | Illustrer avec l’exemple du Congo belge : occupation effective par des postes et des forces publiques. |
| Assimiler les **mandats** de la Société des Nations à des colonies classiques | Les mandats étaient censés préparer à l’indépendance, sous contrôle international, contrairement aux colonies qui étaient des possessions permanentes. | Souligner la différence de statut et l’objectif de préparation à l’autonomie (ex. : mandat français sur le Cameroun, 1922‑1946). |
| Penser que les **résistances africaines** ont été absentes ou inefficaces | De nombreuses résistances ont eu lieu (Samory Touré, Behanzin, Maji Maji, révolte du Rif) et ont parfois retardé ou modifié les projets coloniaux. | Citer au moins un exemple de résistance réussie à court terme et expliquer son impact sur la politique coloniale. |
Quiz du chapitre
9 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.