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Chapitre 15

L’impérialisme en Asie (partie 5/5)

Lecture : 17 minQuiz de 10 questions

## Objectifs et prérequis **Objectifs** : À la fin de ce cours, l’élève pourra - expliquer comment le territoire actuel du Cameroun a été constitué comme entité territoriale au XIXᵉ siècle ; - analyser les modalités de l’administration étrangère (allemande puis franco‑britannique) et les réponses des populations camerounaises ; - décrire le processus de partition du Kamerun après la Première Guerre mondiale et ses conséquences sur les frontières actuelles ; - mobiliser des faits datés, des lieux précis et des exemples concrets pour illustrer chaque point ; - produire un schéma de révision, un commentaire de document et une dissertation conformes aux attentes de l’épreuve du Probatoire. **Prérequis** : connaissances de base sur la conférence de Berlin (1884‑1885), le concept de protectorat européen en Afrique, les grandes lignes de la Première Guerre mondiale et la notion de mandat de la Société des Nations. --- ## Introduction contextualisée À la fin du XIXᵉ siècle, l’Afrique devient le théâtre d’une compétition impérialiste où les puissances européennes cherchent à s’assurer des territoires, des ressources et des voies de communication. Le bassin du fleuve Congo et le littoral du golfe de Guinée attirent particulièrement l’Allemagne, la France et la Grande‑Britannique. C’est dans ce contexte que le territoire qui deviendra le Cameroun est d’abord placé sous protectorat allemand (Kamerun, 1884), puis soumis à une administration étrangère directe, avant d’être partagé entre la France et la Grande‑Britannique à l’issue de la Première Guerre mondiale. Ce chapitre retrace ces trois étapes successives en insistant sur les acteurs, les mécanismes de domination et les réponses locales. --- ## I. La constitution de l’entité territoriale « Cameroun » au XIXᵉ siècle ### 1. Contexte européen et africain - **Conférence de Berlin (1884‑1885)** : fixation des règles d’occupation effective ; principe de l'occupation effective qui oblige les puissances à établir une administration sur le terrain. - **Intérêts allemands** : recherche d’un accès à l’Atlantique pour le commerce du caoutchouc, de l’ivoire et du palmier à huile ; rivalité avec la France (Congo français) et la Grande‑Britannique (Nigeria). ### 2. Les traités fondateurs (1884) > **> 12 juillet 1884** : traité signé entre l’envoyé allemand Gustav Nachtigal et les rois Bell et Akwa de Duala, établissant un protectorat sur le littoral du Wouri. > **> 23 juillet 1884** : traité similaire avec les chefs du Rio del Rey (region du Rio del Rey). Ces accords reconnaissent la souveraineté allemande tout en laissant les chefs locaux en place, suivant le modèle de l’*indirect rule*. ### 3. Établissement de l’administration allemande - **1885** : création de la *Schutztruppe* (troupes de protection) basée initialement à Douala, puis transférée à Buea en 1886. - **1886‑1890** : établissement de postes administratifs à Kribi, Buea et Yaoundé ; introduction de l’impôt de capitation et du travail forcé pour la construction de routes et de plantations. - **1885** : proclamation officielle du *Kamerun* comme colonie allemande (décret impérial). ### 4. Réactions des populations camerounaises - **Résistance passive** : refus de payer l’impôt, fuite vers les zones internes. - **Révoltes armées** : - **1891‑1894** : soulèvement du peuple Bakweri autour du Mont Cameroun, réprimé par la Schutztruppe. - **1904‑1908** : révolte Bamileke dans l’Ouest, dirigée par le chef Fotso I, qui oppose une résistance organisée avant d’être écrasée. - **Alliances stratégiques** : certains chefs (ex. le roi Akwa de Duala) collaborent avec les Allemands pour obtenir des avantages commerciaux, créant des divisions internes. ### 5. Tableau récapitulatif – Constitution du Kamerun | Année | Événement | Acteurs principaux | Lieu | Conséquence immédiate | |------|-----------|--------------------|------|-----------------------| | 12 juil. 1884 | Traité de protection Duala | Nachtigal, rois Bell & Akwa | Duala | Début du protectorat allemand | | 23 juil. 1884 | Traité de protection Rio del Rey | Nachtigal, chefs du Rio del Rey | Rio del Rey | Extension du protectorat | | 1885 | Création de la Schutztruppe | Allemagne | Douala (puis Buea 1886) | Présence militaire permanente | | 1885 | Décret impérial du Kamerun | Chancelier Bismarck (au nom de Guillaume I) | Berlin | Statut de colonie officielle | | 1891‑1894 | Révolte Bakweri | Bakweri, Allemands | Mont Cameroun | Répression, renforcement du contrôle | | 1904‑1908 | Révolte Bamileke | Bamileke, Allemands | Ouest Cameroun | Résistance organisée, défaite | > **> Définition** : *Protectorat* = régime où une puissance étrangère exerce le contrôle des relations extérieures tandis que l’autorité intérieure reste nominalement aux mains des autorités locales. --- ## II. Les Camerounais face à une administration étrangère ### 1. Modalités de l’administration allemande - **Indirect rule** : maintien des chefs traditionnels comme intermédiaires, mais subordination à l’autorité coloniale (impôts, travail forcé, justice coutumière surveillée). - **Économie de plantation** : création de grandes exploitations de cacao, de café et de palmier à huile (ex. plantations de la *Société du Kamerun* autour de Kribi). - **Infrastructures** : construction de voies ferrées (ligne Douala‑Yaoundé, 1901‑1911) et de routes pour faciliter l’exportation. ### 2. Impact sur les sociétés camerounaises - **Fiscalité** : impôt de capitation (≈ 2 francs par homme adulte) et prélèvement en nature (vivres, main‑d’œuvre). - **Travail forcé** : *Kongsi* (travaux publics) et *Plantagen* (travail dans les plantations) ; journées de travail pouvant atteindre 10 heures sans rémunération. - **Éducation limitée** : écoles missionnaires (Basel, catholiques) offrant une instruction primaire en allemand ou en français, visant à former des auxiliaires (interprètes, agents administratifs). - **Transformations sociales** : émergence d’une classe de *intermédiaires* (chefs collaborateurs, clerks) ; tensions entre traditionalistes et modernistes. ### 3. Réponses et formes de résistance - **Résistance culturelle** : préservation des rites, langues et pratiques malgré la pression missionnaire. - **Mouvements prophétiques** : apparition de leaders spirituels (ex. le prophète *Njambe* chez les Bassa en 1912) appelant au rejet des impôts étrangers. - **Révoltes locales** : - **1913** : révolte du peuple *Maka* dans l’Est contre le recrutement forcé pour les travaux routiers. - **1915** : soulèvement des *Bassa* du littoral suite à l’augmentation de l’impôt de guerre. ### 4. Tableau récapitulatif – Administration étrangère et réactions | Thème | Mesure coloniale | Conséquence sur les populations | Exemple de résistance | |-------|------------------|--------------------------------|-----------------------| | Fiscalité | Impôt de capitation, prélèvements en nature | Appauvrissement, fuite vers les forêts | Refus de payer l’impôt (Duala, 1910) | | Travail forcé | Kongsi, plantations | Épuisement, maladies, mortalité élevée | Grève des travailleurs de la plantation de Kribi (1909) | | Justice | Tribunaux mixtes (coutumière + coloniale) | Érosion de l’autorité traditionnelle | Appel aux chefs traditionnels pour contester les décisions coloniales (Bamileke, 1912) | | Éducation | Écoles missionnaires | Formation d’une élite occidentalisée | Création d’associations de jeunes élites (Jeunesse Camerounaise, 1946) | | Santé | Introduction de médicaments occidentaux | Réduction de certaines épidémies, mais dépendance | Méfiance envers les vaccins, recours aux guérisseurs traditionnels | > **> Définition** : *Mandat* = titre conféré par la Société des Nations à une puissance administrante pour gouverner un territoire anciennement ennemi, en vue de son bien‑être et de son développement vers l’autonomie. --- ## III. La partition du Cameroun : une conséquence de la Première Guerre mondiale ### 1. Contexte de la guerre en Afrique - **1914** : déclaration de guerre entre les Alliés (France, Royaume‑Uni, Belgique) et les Puissances centrales (Allemagne). - **Campagne du Kamerun (août 1914‑février 1916)** : forces alliées (≈ 25 000 hommes) envahissent le territoire depuis le Nigeria, le Congo français et le Congo belge ; résistance allemande limitée par le manque de renforts. ### 2. Défaite allemande et reddition - **> 18 février 1916** : dernier fort allemand de Mora se rend ; le gouverneur allemand Theodor Seitz signe la capitulation à Yaoundé le 24 février 1916. - Le territoire est placé sous administration militaire alliée (France et Royaume‑Uni). ### 3. Négociations d’après‑guerre et traité de Versailles - **> 28 juin 1919** : signature du Traité de Versailles. - **Article 119** : l’Allemagne renonce à tous ses droits sur ses colonies. - **Articles 22‑26** : création du système des mandats de la Société des Nations. - Le Kamerun est divisé en deux zones : - **Mandat français** (Est) : environ 4/5 du territoire, placé sous l’administration du gouverneur français de l’Afrique Équatoriale Française (AEF). - **Mandat britannique** (Ouest) : deux bandes séparées – *Northern Cameroons* (adjacent au Nigeria) et *Southern Cameroons* (adjacent au Cameroun français). ### 4. Mise en place des mandats (1922‑1946) - **1922** : la Société des Nations approuve les mandats ; la France reçoit le mandat « Cameroun français », le Royaume‑Uni le mandat « Cameroun britannique ». - **Politiques administratives** : - Français : assimilation, mise en place du *code de l’indigénat*, développement des cultures de rente (cacao, café). - Britanniques : indirect rule via les chefs traditionnels, préservation des lois coutumières, mais exploitation des ressources (huile de palme, bois). - **Conséquences territoriales** : tracé de la frontière actuelle entre le Cameroun et le Nigeria (ligne du 10ᵉ parallèle) et entre le Cameroun et la République centrafricaine (ligne du Congo‑Oubangui). ### 5. Tableau récapitulatif – Partition du Kamerun | Étape | Date | Acte juridique | Territoire concerné | Pouvoir mandataire | Principales dispositions | |-------|------|----------------|---------------------|--------------------|--------------------------| | Défaite allemande | 18 févr. 1916 | Reddition de Mora | Tout le Kamerun | Alliés (FR‑UK) | Occupation militaire | | Traité de Versailles | 28 juin 1919 | Articles 119 & 22‑26 | Ex‑colonies allemandes | Société des Nations | Renonciation allemande, création des mandats | | Attribution du mandat français | 20 juil. 1922 | Décision de la SDN | Cameroun français (Est) | France | Administration directe, assimilation | | Attribution du mandat britannique | 20 juil. 1922 | Décision de la SDN | Northern & Southern Cameroons (Ouest) | Royaume‑Uni | Indirect rule, préservation coutumière | | Fin du mandat / début de la tutelle | 13 dec. 1946 | Résolution de l’ONU | Tous les territoires camerounais | Transition vers l’indépendance | Préparation à l’autonomie (1960‑1961) | > **> Définition** : *Indirect rule* = système colonial où l’administration européenne gouverne par l’intermédiaire des autorités locales préservées, réduisant les coûts et les résistances directes. > **> Date clé** : 28 juin 1919 – signature du Traité de Versailles, acte fondateur du mandat sur l’ex‑Kamerun. > **> Date clé** : 20 juillet 1922 – entrée en vigueur des mandats français et britannique sur le Kamerun. > **> Date clé** : 13 décembre 1946 – fin du mandat et début de la tutelle des Nations Unies. --- ## Synthèse du chapitre (mini‑fiche de révision) - **Constitution du Kamerun (1884‑1891)** : traités de protection avec les rois Duala, établissement du protectorat allemand, mise en place de la Schutztruppe et de l’indirect rule. - **Administration allemande** : impôts, travail forcé, plantations, écoles missionnaires ; résistances Bakweri (1891‑1894) et Bamileke (1904‑1908). - **Première Guerre mondiale** : campagne alliée (1914‑1916), capitulation de Mora (18 févr. 1916). - **Traité de Versailles (28 juin 1919)** : renonciation allemande, création du système des mandats. - **Partition (1922)** : mandat français sur l’Est, mandat britannique sur le Nord‑Ouest et Sud‑Ouest ; mise en place de l’assimilation française et de l’indirect rule britannique. - **Conséquences** : frontières actuelles du Cameroun, héritage administratif dual (francophone/anglophone), séquelles socio‑économiques du travail forcé et des impôts coloniaux. --- ## Glossaire (8‑15 termes) - **Protectorat** : régime où une puissance étrangère contrôle les relations extérieures tandis que l’autorité intérieure reste nominalement aux mains des autorités locales. - **Mandat** : titre conféré par la Société des Nations (puis l’ONU) à une puissance administrante pour gouverner un territoire anciennement ennemi, en vue de son bien‑être et de son développement vers l’autonomie. - **Indirect rule** : système colonial où l’administration européenne gouverne par l’intermédiaire des chefs traditionnels préservés. - **Direct rule** : administration où les fonctionnaires coloniaux exercent directement le pouvoir sur le territoire, sans intermédiaire traditionnel. - **Schutztruppe** : troupes de protection allemandes chargées de la conquête et du maintien de l’ordre dans les colonies. - **Code de l’indigénat** : ensemble de dispositions légales françaises permettant l’arrestation et le travail forcé des sujets sans procédure judiciaire normale. - **Effet de rattrapage** : politique visant à réduire les écarts de développement entre les régions administrées par différentes puissances après la fin des mandats. - **Cacao** : culture de rente introduite par les Allemands puis développée par les Français et les Britanniques, devenue pilier de l’économie camerounaise. --- ## Étude de document / de cas **Document** : Extrait d’un rapport mensuel du gouverneur allemand du Kamerun, septembre 1905, adressé au chancelier du Reich. > « Dans le district du Wouri, le prélèvement de l’impôt de capitation a connu un retard de 15 % par rapport aux prévisions, principalement à cause de la fuite des travailleurs vers les forêts internes où ils échappent à la surveillance des postes de police. Les plantations de palmier à huile de la société *Kamerun‑Plantagen* signalent une baisse de la production de 10 % due à l’absentéisme des ouvriers, qui préfèrent travailler à leurs propres champs de subsistance. Nous recommandons l’intensification des patrouilles de la Schutztruppe et la mise en place de primes pour les chefs qui livrent les travailleurs en temps voulu. » **Analyse pas à pas** 1. **Identification du texte** : rapport administratif allemand, source primaire, daté septembre 1905, lieu : district du Wouri (région du Littoral). 2. **Contexte** : période de consolidation de l’économie de plantation après les premières révoltes (Bakweri 1891‑1894) ; besoin de main‑d’œuvre pour augmenter les exportations d’huile de palme. 3. **Problématique soulevée** : difficulté à maintenir le prélèvement fiscal et le travail forcé, signes de résistance passive (fuite, absenteïsme). 4. **Mesures proposées** : renforcement militaire (Schutztruppe) et incitation financière aux chefs locaux, révélant la limite de l’indirect rule face à la résistance économique. 5. **Interprétation** : le document illustre la tension entre les objectifs coloniaux (profit économique) et les réalités sociales (préservation des moyens de subsistance) ; il préfigure les révoltes plus importantes qui éclateront dans les années suivantes (Bamileke 1904‑1908). 6. **Apport pour le cours** : montre comment l’administration étrangère devait constamment adapter ses outils (impôt, travail forcé, collaboration avec les chefs) pour faire face à l’agency des populations camerounaises. --- ## Méthode et sujets type examen ### Sujet 1 – Dissertation **Intitulé** : *Analyser les causes et les conséquences de la partition du Kamerun après la Première Guerre mondiale.* **Plan détaillé** I. **Les causes de la partition** A. Défaite allemande lors de la campagne du Kamerun (1914‑1916) – supériorité numérique alliée, manque de renforts allemands. B. Renonciation allemand au traité de Versailles (article 119) – fin des prétentions coloniales allemandes. C. Décision de la Société des Nations de créer un système de mandats (articles 22‑26) – volonté d’éviter de nouvelles annexions purement territoriales. II. **La mise en œuvre de la partition** A. Attribution du mandat français sur l’Est (Cameroun français) – objectifs d’assimilation et de mise en valeur économique. B. Attribution du mandat britannique sur le Nord‑Ouest et le Sud‑Ouest (Northern & Southern Cameroons) – préférence pour l’indirect rule et la préservation des structures coutumières. C. Délimitation des frontières (ligne du 10ᵉ parallèle avec le Nigeria, ligne du Congo‑Oubangui avec l’AEF) – conséquences géopolitiques immédiates. III. **Les conséquences de la partition** A. Sur le plan administratif : dualité héritée (systèmes francophone et anglophone) qui perdure jusqu’à aujourd’hui. B. Sur le plan économique : spécialisation des zones (cacao/café à l’Est, huile de palme et bois à l’Ouest) et intégration différenciée aux marchés métropolitains. C. Sur le plan social et identitaire : émergence de consciences régionales, tensions linguistiques et culturelles qui influenceront les débats post‑indépendances (fédéralisme 1961‑1972, revendications anglophones actuelles). ### Sujet 2 – Commentaire de document **Document proposé** : Extrait du Traité de Versailles, article 22 (principe des mandats). > « Les colonies et territoires qui, en raison de la guerre, ont cessé d’être sous la souveraineté des États auxquels ils appartenaient précédemment, seront placés sous la tutelle de nations qui, par leurs ressources, leur expérience ou leur situation géographique, sont les mieux à même d’assurer leur administration et leur développement vers l’autonomie. » **Plan de commentaire** 1. **Presentation du document** : nature (traité international), date (28 juin 1919), auteur (Puissances alliées), contexte (fin de la Première Guerre mondiale, redécoupage colonial). 2. **Explication du contenu** : définition du mandat, critères de sélection de la puissance tutélaire, objectif déclaré (développement vers l’autonomie). 3. **Analyse des implications pour le Kamerun** : - Application de l’article 22 : choix de la France et du Royaume‑Uni comme puissances mandataires. - Contraste entre le principe d’autonomie et la réalité de l’exploitation économique (travail forcé, plantations). - Limites du mandat : absence de calendrier précis pour l’indépendance, dépendance aux intérêts métropolitains. 4. **Évaluation critique** : le mandat comme compromis entre annexion pure et décolonisation ; rôle de la Société des Nations dans la légitimation du contrôle européen ; héritage institutionnel (structures administratives qui survivront après 1960). 5. **Conclusion** : l’article 22 illustre la tentative de la communauté internationale de réguler le colonialisme après la guerre, mais son application au Kamerun révèle la persistance de logiques d’exploitation sous un vernis de tutelle. ### Sujet 3 – Question de cours **Intitulé** : *Définir le concept de mandat et expliquer son application au territoire du Cameroun entre 1922 et 1946.* **Plan de réponse** - **Définition** : mandat = titre conféré par la Société des Nations à une puissance administrante pour gouverner un territoire anciennement ennemi, en vue de son bien‑être et de son développement vers l’autonomie (article 22 du Traité de Versailles). - **Cadre juridique** : décision de la SDN du 20 juillet 1922 attribuant le mandat français sur l’Est et le mandat britannique sur le Nord‑Ouest et le Sud‑Ouest. - **Application française** : - Administration directe, mise en place du code de l’indigénat, développement des cultures de rente (cacao, café). - Politique d’assimilation : écoles françaises, formation d’une élite occidentalisée. - **Application britannique** : - Indirect rule via les chefs traditionnels, préservation du droit coutumier. - Exploitation des ressources (huile de palme, bois) mais moindre intervention sociale. - **Évolution jusqu’en 1946** : rapports annuels de la SDN, critiques croissantes sur les conditions de travail, préparation à la tutelle de l’ONU (résolution du 13 décembre 1946). - **Bilan** : le mandat a permis une continuité de l’administration coloniale tout en introduisant un vernis de légitimité internationale ; il a laissé des disparités administratives et économiques qui ont influencé la voie vers l’indépendance (1960 pour le Cameroun français, 1961 pour le Cameroun britannique). --- ## Erreurs fréquentes | Erreur fréquente | Pourquoi elle est fausse | Correction | |------------------|--------------------------|------------| | Confondre *protectorat allemand* avec *colonie française* dès 1884. | Le protectorat allemand a été établi en 1884 ; la France n’a pris le contrôle qu’après 1916 (mandat). | Le Kamerun était allemand jusqu’en 1916 ; la France n’est devenue administratrice qu’en 1922 (mandat). | | Penser que le mandat équivaut à une annexion pure et simple. | Le mandat implique une obligation de préparer le territoire à l’autonomie, contrairement à une annexion où il n’y a pas de telle finalité. | Le mandat français et britannique prévoyaient (en théorie) un développement vers l’autonomie, même si la pratique était souvent coloniale. | | Croire que la partition du Kamerun a été décidée lors de la conférence de Berlin (1884‑1885). | La conférence de Berlin a seulement posé les règles d’occupation effective ; la partition intervient après la Première Guerre mondiale, via le traité de Versailles. | La partition résulte du traité de Versailles (1919) et de la décision de la SDN (1922). | | Assimiler les deux mandats britanniques (Nord et Sud) à une seule entité administrative identique. | Les *Northern Cameroons* étaient administrés comme une province du Nigeria ; les *Southern Cameroons* étaient séparés et avaient un statut distinct. | Les deux bandes avaient des régimes administratifs différents : intégration au Nigeria vs. statut distinct sous mandat britannique. | | Penser que les résistances camerounaises ont cessé après 1908. | Des résistances ont persisté pendant la Première Guerre mondiale (ex. révolte Maka 1913, soulèvements Bassa 1915) et même pendant la période du mandat (mouvements prophétiques, syndicats). | La résistance s’est poursuivie sous diverses formes (passive, culturelle, armée) jusqu’à l’après‑Seconde Guerre mondiale. | | Confondre la date de fin du mandat (1946) avec l’indépendance du Cameroun (1960). | Le mandat a pris fin en 1946, laissant place à la tutelle de l’ONU ; l’indépendance effective a été obtenue plus tard (1960 pour le Cameroun français, 1961 pour le Cameroun britannique). | 1946 : fin du mandat, début de la tutelle de l’ONU ; 1960/1961 : indépendance. | --- *Fin du cours.*

Quiz du chapitre

10 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. En quelle année le protectorat allemand du Kamerun a-t-il été officiellement établi ?
  2. 2. Quel traité a servi de base juridique à la partition du Kamerun après la Première Guerre mondiale ?
  3. 3. Qui a été nommé premier gouverneur du protectorat allemand du Kamerun ?
  4. 4. La superficie du Kamerun allemand était d'environ 495 000 km². Après la partition, le mandat français a reçu environ 435 000 km² et le mandat britannique environ 60 000 km². Quel pourcentage du territoire initial a été attribué au mandat français ?
  5. 5. Lors du tracé de la frontière anglo‑française de 1916 le long de la rivière Bénué sur 150 km, laquelle des villes suivantes se trouvait du côté français du tracé ?
  6. 6. Pourquoi certaines élites camerounaises ont‑elles choisi de collaborer avec l'administration allemande malgré la domination étrangère ?
  7. 7. Selon les principes du mandat de la Société des Nations appliqué au Kamerun, laquelle des actions suivantes n'était pas une politique typique des puissances mandataires ?
  8. 8. Un étudiant part de Yaoundé, capitale du mandat français, et se rend à Bamenda, capitale du mandat britannique, en traversant la frontière de 1916. Quel accident géographique serait le plus susceptible d'être franchi lors de ce trajet ?
  9. 9. Quel effet à long terme la frontière anglo‑française de 1916 a‑t‑elle eu sur la structure politique du Cameroun indépendant ?
  10. 10. Un historien estime que l'administration allemande a perçu en moyenne 2 millions de francs de recettes douanières annuellement entre 1884 et 1914, tandis que le mandat français a perçu en moyenne 1,5 million de francs entre 1922 et 1940. Quelle est la baisse approximative en pourcentage des recettes douanières moyennes de l'allemand au français ?