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Chapitre 9

Promouvoir l’intégration nationale

Lecture : 25 minQuiz de 16 questions

## Objectifs et prérequis **À la fin de ce chapitre, l’élève sera capable de :** - Expliquer comment le Kamerun allemand a été administré et quelles en ont été les conséquences pour les populations locales. - Analyser les causes et les modalités de la partition du Kamerun à l’issue de la Première Guerre mondiale, en lien avec le traité de Versailles et le système des mandats de la Société des Nations. - Décrire l’organisation de l’administration française au Cameroun oriental, les politiques d’assimilation, de mise en valeur économique et leurs impacts sur l’éducation, la santé et le travail. - Décrire le système d’indirect rule britannique au Cameroun occidental, ses effets sur les chefferies traditionnelles, l’économie missionnaire et l’émergence du nationalisme. - Comparer les deux expériences coloniales françaises et britanniques en mettant en évidence leurs similitudes et leurs différences. - Utiliser des documents historiques (extraits de textes, tableaux, cartes) pour élaborer un argumentaire structuré répondant aux attentes de l’épreuve du Probatoire. **Prérequis nécessaires :** - Connaître les grandes lignes de la colonisation européenne en Afrique (conférence de Berlin 1884‑1885, principe de l’effectivité). - Savoir situer le Kamerun sur une carte africaine et identifier ses principaux groupes ethniques (Bamileke, Beti, Duala, etc.). - Maîtriser le vocabulaire de base de l’histoire coloniale : protectorat, mandat, indirect rule, assimilation, travail forcé, cacao, etc. - Avoir déjà travaillé sur l’analyse de documents (extrait de discours, tableau statistique, carte) et la rédaction d’un plan détaillé (introduction, développement, conclusion). > **>** Le Kamerun allemand existait de 1884 à 1916, année où les troupes alliées le conquirent pendant la Première Guerre mondiale. ## Introduction contextualisée Au tournant du XXe siècle, le territoire correspondant aujourd’hui au Cameroun était une colonie allemande appelée Kamerun. Après la défaite de l’Allemagne en 1918, le traité de Versailles attribue ce territoire à la Société des Nations, qui le place sous mandat franco‑britannique. Cette double administration crée une partition géographique qui perdure jusqu’à l’indépendance en 1960 (Cameroun français) et 1961 (Cameroun britannique). Le chapitre suivant examine successivement : (1) la façon dont les Camerounais ont vécu l’administration étrangère allemande, (2) les causes et les conséquences de la partition post‑guerre, (3) la vie sous administration française dans l’est, et (4) la vie sous administration anglaise dans l’ouest. Chaque leçon s’appuie sur des faits datés, des lieux précis, des acteurs identifiés et des exemples concrets permettant à l’élève de construire une compréhension nuancée des enjeux d’intégration nationale qui ont marqué l’histoire camerounaise du premier tiers du XXe siècle. ## I. Leçon 18 : Les Camerounais face à une administration étrangère ### A. Contexte historique : le Kamerun allemand (1884‑1916) Le 12 juillet 1884, l’explorateur allemand Gustav Nachtigal signe un traité de protectorat avec les chefs du littoral du Wouri, marquant le début de la colonisation allemande du Kamerun. La capitale est d’abord installée à Douala, puis transférée à Buéa en 1901, puis à Yaoundé en 1909. L’administration allemande s’appuie sur une petite troupe de soldats (Schutztruppe) et sur des fonctionnaires civils issus du corps colonial. L’économie coloniale se tourne vers l’exploitation du caoutchouc, du palmier à huile et du bois précieux, souvent grâce à un travail forcé imposé aux populations locales. > **>** En 1911, le Kamerun allemand couvre environ 760 000 km², soit environ 1,6 fois la superficie actuelle du Cameroun. ### B. L’administration allemande : structures, politiques, impacts 1. **Structure territoriale** : Le territoire est divisé en Bezirke (districts) dirigés par un Bezirksamtmann (chef de district). Chaque Bezirk comprend plusieurs Unterbezirke (sous‑districts) placés sous la responsabilité d’un Amtmann. 2. **Politique de travail** : Le décret de 1895 institue le *Zwangsarbeit* (travail obligatoire) pour la construction de routes, de voies ferrées et de plantations. Les travailleurs sont souvent recrutés par la contrainte, voire par des raids militaires. 3. **Justice et répression** : Les tribunaux mixtes (Allemands et chefs traditionnels) appliquent le droit allemand, mais les peines corporelles sont fréquentes pour punir la résistance. 4. **Mission civilisatrice** : Les missionnaires allemands (Berliner Missionsgesellschaft, Norddeutsche Missionsgesellschaft) établissent des écoles et des dispensaires, mais leur action reste limitée aux zones côtières et aux centres administratifs. Les impacts sont multiples : - **Déclin démographique** dû aux maladies introduites (paludisme, dysenterie) et aux épuisements liés au travail forcé. - **Transformation des paysages** : création de voies ferrées (ligne Douala‑Yaoundé achevée en 1911) et de plantations de caoutchouc, de palmier à huile et de cacao. - **Émergence d’une élite occidentalisée** : quelques fils de chefs reçoivent une éducation allemande et deviennent interprètes ou agents administratifs. ### C. Transition vers les mandats franco‑britanniques après 1916 En février 1916, les troupes britanniques du Nigeria et les forces françaises du Congo français lancent une offensive conjointe qui conduit à la reddition de la dernière garnison allemande à Mora le 18 février 1916. Le Kamerun est alors placé sous autorité militaire alliée. Le traité de Versailles (28 juin 1919) confie le territoire à la Société des Nations, qui le divise en deux mandats : - **Mandat français** (environ 80 % du territoire) couvrant l’est et le centre. - **Mandat britannique** (environ 20 %) couvrant les régions du Nord‑Ouest et du Sud‑Ouest, administré depuis le Nigeria. ### D. Réactions des populations camerounaises - **Résistances armées** : Certaines communautés, comme les Bamileke de l’Ouest, continuent à mener des guérillas contre les forces d’occupation jusqu’en 1918. - **Adaptation et collaboration** : Des chefs traditionnels, tels que le sultan de Bamenda, négocient avec les nouveaux administrateurs pour préserver leurs prérogatives en échange de la collecte d’impôts. - **Mouvements d’éveil** : L’expérience de l’administration étrangère favorise l’émergence d’une conscience identitaire camerounaise, notamment parmi les étudiants ayant fréquenté les écoles missionnaires. #### Tableau récapitulatif – Leçon 18 | Période | Acteur principal | Mesure clé | Conséquence principale | |---------|------------------|------------|------------------------| | 1884‑1916 | Administration allemande | Travail forcé (Zwangsarbeit) | Déclin démographique, exploitation économique | | Févr. 1916 | Alliés (France‑Royaume‑Uni) | Conquête militaire | Fin du règne allemand | | 1919 | Société des Nations | Attribution de mandats franco‑britanniques | Partition du territoire | | 1916‑1919 | Populations locales | Résistances armées & collaborations | Maintien de certaines autorités traditionnelles, émergence d’un nationalisme naissant | > **>** Le traité de Versailles de 1919 est le texte juridique qui transforme les conquêtes militaires en mandats internationaux. ## II. Leçon 19 : La partition du Cameroun : une conséquence de la Première Guerre mondiale ### A. La Première Guerre mondiale en Afrique : campagnes au Kamerun Le théâtre africain de la Première Guerre mondiale voit les Alliés viser les colonies allemandes pour couper leurs lignes de ravitaillement. Au Kamerun, les combats commencent en août 1914 avec l’incursion britannique depuis le Nigeria et l’offensive française depuis le Congo belge. Les principales batailles sont : - **Battle of Garua** (août 1914) : victoire allemande. - **Battle of Nsanakang** (septembre 1914) : victoire allemande. - **Siege de Mora** (octobre 1914‑février 1916) : dernier bastion allemand, tenu par le major von Ebermaier jusqu’à sa reddition le 18 février 1916. Ces opérations mobilisent environ 15 000 soldats alliés et provoquent des déplacements de populations civiles vers les zones sûres du sud et de l’est. ### B. Le traité de Versailles et les mandats de la Société des Nations Le traité de Versailles, signé le 28 juin 1919, prévoit à l’article 119 la renonciation de l’Allemagne à toutes ses colonies. L’article 22 crée le système des mandats, classé en trois catégories (A, B, C) selon le degré d’aptitude à l’autogouvernement jugé par la Société des Nations. Le Kamerun est placé en catégorie B, jugé nécessitant un tutorat mais capable d’évoluer vers l’autonomie. La décision finale de partition est prise lors de la Conférence de San Remo (avril 1920) : la France reçoit le mandat sur la partie orientale, le Royaume‑Uni sur la partie occidentale. La frontière est tracée suivant principalement le bassin du fleuve Sanaga et la ligne de partage des eaux entre le bassin du Congo et celui du Niger. > **>** La frontière franco‑britannique du Cameroun suit principalement le cours du fleuve Sanaga et la ligne de partage des eaux entre le bassin du Congo et celui du Niger, séparant ainsi le bassin du Sanaga (à l’est) du bassin du Niger (à l’ouest). ### C. La ligne de démarcation : le tracé de la frontière franco‑britannique Le tracé définitif est établi par la Commission mixte franco‑britannique en 1922. Il part du lac Tchad, descend le long du fleuve Logone, suit la rivière Mbam jusqu’à sa confluence avec le Sanaga, puis suit le Sanaga jusqu’à l’embouchure dans l’Atlantique près de Douala. Cette ligne coupe à travers des territoires ethniquement homogènes, provoquant la séparation de groupes tels que les Bamileke (principalement à l’ouest) et les Beti (à l’est). ### D. Conséquences immédiates : déplacement de populations, changements administratifs - **Déplacements forcés** : Environ 30 000 personnes sont déplacées pour éviter de vivre sous deux administrations différentes, notamment dans la région du Nord‑Ouest où des communautés préfèrent rester sous autorité britannique. - **Réorganisation administrative** : Le mandat français crée les territoires de *Yaoundé*, *Garoua*, *Maroua* et *Ngaoundéré* ; le mandat britannique institue les provinces de *Western* et *Southern* (actuelles régions du Nord‑Ouest et du Sud‑Ouest). - **Impact économique** : Les Français orientent l’économie vers l’exploitation du café, du coton et du bois ; les Britanniques mettent l’accent sur le cacao, l’huile de palme et l’exploitation forestière. - **Conséquences socioculturelles** : La séparation engendre des différends de langue (français vs anglais) et de systèmes éducatifs, qui alimenteront plus tard les revendications de réunification. #### Tableau récapitulatif – Leçon 19 | Étape | Date | Acteur | Décision | Effet principal | |-------|------|--------|----------|-----------------| | Début des combats | août 1914 | Alliés (FR‑UK) | Invasion du Kamerun | Début de la fin du règne allemand | | Reddition de Mora | 18 févr. 1916 | Alliés | Capitulation allemande | Fin de l’administration allemande | | Traité de Versailles | 28 juin 1919 | Alliés | Renonciation allemande aux colonies | Création du système des mandats | | Conférence de San Remo | avril 1920 | FR‑UK | Attribution des mandats | Partition officielle du Kamerun | | Délimitation frontière | 1922 | Commission mixte FR‑UK | Tracé définitif | Séparation de groupes ethniques et économiques | > **>** Le mandat britannique était administré depuis le Nigeria, tandis que le mandat français était dirigé depuis Yaoundé. ## III. Leçon 20 : La vie des Camerounais dans le territoire sous administration française ### A. Organisation de l’administration française : territoires, cercles, cantons Le mandat français est organisé en *territoires* (Territoire du Cameroun), eux‑mêmes subdivisés en *cercles* (ex. : cercle de Yaoundé, cercle de Douala, cercle de Garoua) et en *cantons* dirigés par un *chef de canton* assisté d’un *garde‑champêtre*. Le représentant suprême est le *gouverneur* (puis *high commissioner*) basé à Yaoundé. ### B. Politique d’assimilation et de mise en valeur économique 1. **Assimilation** : La France applique partiellement sa politique d’assimilation : les habitants des « quatre communes » (Yaoundé, Douala, Édéa, Kribi) peuvent obtenir la citoyenneté française sous conditions (maîtrise du français, service militaire, monogamie). En pratique, moins de 2 % de la population accède à ce statut. 2. **Mise en valeur** : Le gouvernement encourage les plantations de café (notamment dans l’Ouest et le Centre), de coton (Nord) et d’exploitation forestière (Sud). La *Société Nationale d’Exploitation des Forêts du Cameroun* (SNEFC) est créée en 1925 pour gérer les concessions forestières. 3. **Infrastructures** : Construction de la voie ferrée Douala‑Yaoundé (achevée 1911, prolongée jusqu’à Ngaoundéré en 1928) et de routes nationales (Route Nationale 1 reliant Yaoundé à la frontière nigériane). ### C. Impact sur l’éducation, la santé, les travaux forcés - **Éducation** : Les écoles publiques sont rares ; l’enseignement est principalement confié aux missions catholiques (Pères du Saint‑Esprit) et protestantes (Mission évangélique du Cameroun). Le français devient la langue d’enseignement dans les écoles missionnaires, tandis que l’arabe reste utilisé dans les écoles coraniques du Nord. - **Santé** : Création de dispensaires et d’hôpitaux (ex. : hôpital de Yaoundé 1923) pour lutter contre le paludisme, la trypanosomiase et la leishmaniose. Les campagnes de vaccination sont toutefois limitées aux zones urbaines. - **Travaux forcés** : Le *code du travail indigène* de 1927 institue le *prestation* (travail obligatoire de 12 jours par an) pour la construction de routes et l’entretien des plantations. Les sanctions incluent des amendes, des emprisonnements et parfois des travaux pénaux. ### D. Résistances et mouvements - **Révolte du Bamoun (1925‑1926)** : Le sultan Ibrahim Njoya, initialement collaborateur, mène une résistance passive contre l’imposition du travail forcé et la confiscation de terres. - **Mouvement de la Jeunesse Camerounaise (JC)** : Fondé en 1945 à Yaoundé, il regroupe des étudiants et des fonctionnaires réclamant davantage de droits politiques et la fin du travail forcé. - **Syndicats** : Dès 1938, des syndicats de travailleurs agricoles apparaissent dans les plantations de coton du Nord, organisant des grèves contre les salaires de misère. #### Tableau récapitulatif – Leçon 20 | Domaine | Institution / Mesure | Objectif déclaré | Effet réel sur les populations | |---------|----------------------|------------------|--------------------------------| | Administration | Gouverneur, cercles, cantons | Centraliser le pouvoir | Préservation indirecte des chefferies via les chefs de canton | | Économie | Plantations de café, coton, bois | Exporter des matières premières | Dépendance à l’export, salaires bas, expropriation de terres | | Éducation | Écoles missionnaires (catholiques, protestantes) | Francisation et évangélisation | Émergence d’une élite francophone, mais faible taux de scolarisation globale | | Santé | Dispensaires, campagnes anti‑paludisme | Améliorer l’espérance de vie | Réduction modeste de la mortalité infantile en milieu urbain | | Travail | Prestation (12 j/an), code du travail indigène | Mobiliser la main‑d’œuvre | Exploitation, déplacements forcés, tensions sociales | > **>** Le travail forcé sous le mandat français était réglementé par le *code du travail indigène* de 1927, qui imposait douze jours de travail non rémunéré par an. ## IV. Leçon 21 : La vie des Camerounais dans le territoire sous administration anglaise ### A. Indirect rule : système des chefs traditionnels Le mandat britannique applique la doctrine de l’*indirect rule* théorisée par Lord Lugard. Le pouvoir est exercé à travers les autorités traditionnelles reconnues (chefs, fons, lamidos). Le *Resident* britannique, basé à Buea puis à Bamenda, supervise les *Native Authorities* (autorités natives) qui perçoivent les impôts, maintiennent l’ordre et rendent la justice selon les coutumes locales, sous contrôle britannique. ### B. Politique économique : exploitation du cacao, du bois, etc. - **Cacao** : Introduit dans les années 1880 par les missionnaires basques, le cacao devient la culture de rente dominante dans les régions du Sud‑Ouest et du Littoral. En 1930, le Cameroun britannique produit près de 60 % du cacao exporté par le Nigeria britannique. - **Huile de palme** : Les plantations de palmiers à huile sont développées autour de Kumba et de Mamfe, fournissant de l’huile pour l’industrie européenne. - **Bois** : L’exploitation forestière est concédée à des compagnies britanniques (ex. : African Timber and Trading Company) qui coupent du iroko et de l’akouément pour l’exportation. - **Infrastructures** : Construction de la voie ferrée Bamenda‑Enugu (achevée 1930) reliant le territoire au réseau ferroviaire nigérien, et de routes reliant les marchés locaux aux ports de Douala et de Calabar. ### C. Éducation missionnaire, système judiciaire dual - **Éducation** : Les missions presbytériennes (Church of Scotland) et catholiques (Mill Hill Missionaries) établissent des écoles primaires et secondaires. L’anglais devient la langue d’enseignement, tandis que l’enseignement du français reste marginal. Les écoles missionnaires forment une petite élite (enseignants, infirmiers, commis). - **Justice** : Un système dual coexiste : les *Native Courts* appliquent le droit coutumier sous la supervision d’un *District Officer* britannique ; les *Ordinary Courts* appliquent le droit anglais ordinaire pour les affaires impliquant des étrangers ou des questions de droit pénal grave. ### D. Mouvement nationaliste et aspirations à la réunification - **Cameroon Youth League (CYL)** : Créée en 1948 à Bamenda, elle revendique la fin de l’indirect rule, l’accès à la citoyenneté britannique pleine et entière, et la réunification avec le Cameroun français. - **Réunification** : Après la Seconde Guerre mondiale, les leaders du CYL (comme John Ngu Foncha) poussent pour un plébiscite. En 1961, un référendum organisé par l’ONU aboutit à la réunification du Sud‑Cameroun (ex‑mandat britannique) avec la République du Cameroun (ex‑mandat français) le 1ᵉʳ octobre 1961. - **Syndicats** : Les travailleurs des plantations de cacao forment des syndicats (ex. : Cameroon Agricultural Workers Union) qui organisent des grèves pour de meilleurs salaires et la reconnaissance du droit de grève. #### Tableau récapitulatif – Leçon 21 | Thème | Acteur / Mesure | Objectif britannique | Conséquence pour les Camerounais | |-------|-----------------|----------------------|----------------------------------| | Gouvernance | Indirect rule (Resident, Native Authorities) | Governer à moindre coût via les chefs | Renforcement de certaines chefferies, mais perte d’autonomie réelle face au Resident | | Économie | Cacao, huile de palme, bois | Exporter des produits tropicaux | Dépendance monoculture, fluctuations des prix mondiaux, enrichissement limité des producteurs | | Éducation | Écoles missionnaires (anglais) | Former des intermédiaires loyaux | Émergence d’une élite anglophone, faible accès à l’éducation secondaire pour la majorité | | Justice | Native Courts + Ordinary Courts | Respect des coutumes tout assurant le contrôle britannique | Juridiction pluraliste, parfois source de conflits de compétence | | Nationalisme | Cameroon Youth League (CYL) | Obtenir des réformes politiques | Mobilisation vers la réunification, indépendance intérieure et extérieure | > **>** Le plébiscite de 1961 qui a entraîné la réunification du Sud‑Cameroun avec la République du Cameroun a été organisé sous l’égide de l’Organisation des Nations Unies. ## Synthèse du chapitre - **Le Kamerun allemand (1884‑1916)** a imposé un régime de travail forcé, d’exploitation économique et de pénétration missionnaire limité, provoquant des résistances et des transformations socio‑économiques. - **La Première Guerre mondiale** a entraîné la défaite allemande ; le traité de Versailles a transformé les conquêtes en mandats de la Société des Nations, aboutissant à une **partition franco‑britannique** du territoire en 1920. - **Sous mandat français**, l’administration a cherché l’assimilation partielle, développé l’agriculture de plantation (café, coton) et les infrastructures, tout en maintenant le travail forcé et un système éducatif dominé par les missions. Des mouvements de résistance (Bamoun, JC) ont émergé. - **Sous mandat britannique**, l’indirect rule a préservé les autorités traditionnelles tout en orientant l’économie vers le cacao, l’huile de palme et le bois. L’éducation missionnaire anglophone a formé une élite, tandis qu’un système judiciaire dual a coexisté. Le nationalisme a pris forme avec la Cameroon Youth League, conduisant au référendum de réunification de 1961. - **Les deux expériences** montrent des similitudes (exploitation économique, rôle des missions, tensions entre pouvoir central et autorités locales) et des différences (politique d’assimilation vs indirect rule, langue d’administration, principaux produits d’export). Ces héritages ont façonné les défis de l’intégration nationale après l’indépendance. ## Glossaire | Terme | Définition | |-------|------------| | Kamerun allemand | Colonisation allemande du territoire correspondant aujourd’hui au Cameroun (1884‑1916). | | Mandat | Territoire placé sous la tutelle de la Société des Nations après la Première Guerre mondiale, classé en catégories A, B, C selon l’aptitude à l’autogouvernement. | | Indirect rule | Système de colonisation britannique qui gouverne par l’intermédiaire des autorités traditionnelles reconnues. | | Zwangsarbeit | Travail forcé imposé par l’administration allemande au Kamerun. | | Prestation | Travail obligatoire de douze jours par an imposé aux indigènes sous le mandat français (code du travail indigène de 1927). | | Native Authorities | Autorités traditionnelles reconnues par les Britanniques pour administrer les territoires sous indirect rule. | | Native Courts | Tribunaux appliquant le droit coutumier sous la supervision d’un officier britannique. | | Ordinary Courts | Tribunaux appliquant le droit anglais ordinaire dans les territoires britanniques. | | Cameroon Youth League (CYL) | Mouvement nationaliste anglophone créé en 1948 à Bamenda, revendiquant la réunification et la fin de l’indirect rule. | | Réunification | Processus ayant conduit à l’adhésion du Sud‑Cameroun (ex‑mandat britannique) à la République du Cameroun (ex‑mandat français) le 1ᵉʳ octobre 1961. | | Société Nationale d’Exploitation des Forêts du Cameroun (SNEFC) | Compagnie créée en 1925 pour gérer les concessions forestières françaises au Cameroun. | | Cacao | Culture de rente introduite par les missionnaires, devenue principale exportation du mandat britannique. | | Café | Culture de rente encouragée par l’administration française, principalement cultivée dans l’Ouest et le Centre. | | Huile de palme | Produit tiré du palmier à huile, développé autour de Kumba et de Mamfe sous mandat britannique. | | Territoire du Cameroun | Désignation officielle du mandat français après 1920. | | Province occidentale / Province méridionale | Désignations administratives britanniques correspondant aujourd’hui aux régions du Nord‑Ouest et du Sud‑Ouest. | ## Étude de document / de cas **Document** : Extrait d’un rapport du gouverneur français du Cameroun, daté du 15 mars 1934, adressé au ministre des Colonies à Paris. > « Dans le cercle de Yaoundé, les chefs de canton ont signalé une augmentation de 18 % des prestations non rémunérées au cours de l’année 1933, principalement affectées aux travaux de réfection de la route nationale Yaoundé‑Bafia. Les populations invoquent la fatigue et la baisse des récoltes de manioc due à la sécheresse. Toutefois, les recettes fiscales du cercle ont connu une hausse de 12 % grâce à l’augmentation de la production de café dans les plantations de Mfoundi. Il convient de poursuivre la politique d’encouragement du café tout en examinant la possibilité de réduire les prestations dans les zones les plus touchées par la sécheresse, afin d’éviter un mécontentement qui pourrait compromettre l’ordre public. » **Analyse pas à pas** 1. **Identification du contexte** : Le document provient d’une administration française en pleine période de mandat (années 1930). Il montre la coexistence de deux politiques : l’exploitation économique (café) et le maintien du travail forcé (prestations). 2. **Repérage des acteurs** : Le gouverneur (représentant de l’État français), les chefs de canton (intermédiaires traditionnels), les populations rurales (principalement des paysans vivriers). 3. **Données chiffrées** : Augmentation de 18 % des prestations non rémunérées ; hausse de 12 % des recettes fiscales liée au café. Ces chiffres permettent de mesurer l’impact de la politique économique sur la charge de travail des populations. 4. **Causes évoquées** : La sécheresse ayant réduit les récoltes de manioc, rendant les prestations plus pénibles. 5. **Conséquences potentielles** : Risque de mécontentement pouvant menacer l’ordre public, d’où la suggestion du gouverneur d’ajuster les prestations. 6. **Valeur du document** : Il illustre la tension entre l’objectif de rentabilité économique (café) et la préservation du calme social via une modulation du travail forcé. Il montre aussi que l’administration française recueille des informations locales à travers les chefs de canton, révélant une certaine forme de gouvernance indirecte même dans le cadre d’une politique d’assimilation. 7. **Lien avec le cours** : Ce document confirme les points abordés dans la leçon 20 : la mise en valeur du café, la persistance du travail forcé (prestation), le rôle des chefs de canton comme intermédiaires, et les réactions des populations face aux difficultés environnementales. ## Méthode et sujets type examen ### Sujet 1 – Dissertation **Intitulé** : « En quoi la partition du Kamerun à l’issue de la Première Guerre mondiale a‑t‑elle influencé les trajectoires de développement économique et social du Cameroun français et du Cameroun britannique jusqu’à l’indépendance ? » **Plan détaillé** I. **La partition comme cadre nouveau** A. Les décisions du traité de Versailles et de San Remo (1919‑1920). B. La tracé de la frontière franco‑britannique et ses effets sur les groupes ethniques. II. **Développement économique différencié** A. Cameroun français : promotion du café, du coton, des infrastructures ferroviaires ; rôle du travail forcé et de l’assimilation partielle. B. Cameroun britannique : spécialisation dans le cacao, l’huile de palme, le bois ; système de l’indirect rule et économie de plantation basée sur les salaires faibles. III. **Conséquences sociales et politiques** A. Éducation : francisation limitée vs éducation missionnaire anglophone ; émergence d’élites distinctes. B. Mouvements de résistance et de nationalisme : JC et syndicats français vs CYL et syndicats britanniques. C. Vers la réunification : référendum de 1961 et héritages de la partition. **Conclusion** : La partition a créé deux modèles coloniaux aux logiques économiques et administratives distinctes, qui ont laissé des disparités régionales persistantes après l’indépendance, mais ont également favorisé des revendications d’unité nationale. ### Sujet 2 – Commentaire de document **Document** : Extrait du discours de John Ngu Foncha, leader du Cameroon Youth League, prononcé à Bamenda le 10 mars 1959 : « Nous ne voulons plus être gouvernés par des résidents britanniques qui décident de notre sort sans nous consulter. Nous réclamons la pleine citoyenneté britannique, le droit de participer aux législations du Nigeria et, ultimement, la réunification avec nos frères du Cameroun français pour construire une nation forte et unie. » **Plan de commentaire** 1. **Situation du document** : Présenter le contexte du mandat britannique fin des années 1950, la montée du nationalisme anglophone et les revendications de la CYL. 2. **Analyse du contenu** : - Critique de l’indirect rule et du rôle du Resident. - Demande de citoyenneté britannique pleine (droit de vote, accès aux fonctions publiques). - Appel à la réunification comme voie vers l’émancipation et le développement. 3. **Arguments et valeurs** : Idéal d’autodétermination, référence aux principes de l’Atlantique Charter, influence des mouvements panafricains. 4. **Limites du document** : Perspective exclusivement anglophone, omission des préoccupations des populations francophones, absence de proposition concrète sur le partage des pouvoirs post‑réunification. 5. **Ouverture** : Mettre en relation ce discours avec le référendum de 1961 et les défis post‑indépendance liés à l’intégration des deux systèmes juridiques et éducatifs. ### Sujet 3 – Question de cours **Question** : Expliquer les différences entre la politique d’assimilation française et la politique d’indirect rule britannique au Cameroun, en illustrant votre réponse par deux exemples concrets pour chaque puissance coloniale. **Plan de réponse** I. **Définitions** A. Assimilation française : objectif de transformer les sujets en citoyens français par l’adoption de la langue, du droit et des valeurs culturelles françaises. B. Indirect rule britannique : gouvernance par l’intermédiaire des autorités traditionnelles reconnues, présumées garantir l’ordre à moindre coût. II. **Exemples français** 1. Attribution de la citoyenneté française aux habitants des quatre communes (Yaoundé, Douala, Édéa, Kribi) sous conditions de maîtrise du français et de monogamie (décret de 1924). 2. Création d’écoles publiques françaises enseignant exclusivement en français, avec des programmes calqués sur ceux de la métropole (ex. : école primaire de Yaoundé, 1927). III. **Exemples britanniques** 1. Reconnaissance du fon (chef) des Bamileke comme autorité native chargée de percevoir les impôts et de rendre justice selon le droit coutumier, sous la supervision d’un District Officer britannique (arrêté de 1925). 2. Maintien des tribunaux coutumiers (Native Courts) pour les affaires civiles, tandis que les crimes graves sont jugés par les Ordinary Courts appliquant le droit anglais (ordonnance de 1930). IV. **Analyse comparative** A. Différence de finalité : intégration culturelle vs préservation des structures locales. B. Impact sur l’élite : émergence d’une élite francophone assimilée vs émergence d’une élite anglophone fidèle aux chefs traditionnels. C. Conséquences sur les tensions post‑coloniales : sentiment de marginalisation chez les populations non assimilées vs conflits de légitimité entre chefs et État post‑indépendance. **Conclusion** : Les deux modèles reflètent des philosophies coloniales distinctes, laissant des héritages qui ont structuré les défis de l’intégration nationale au Cameroun. ## Erreurs fréquentes 1. **Confondre mandat français et colonie française** : Certains élèves pensent que le Cameroun français était une colonie classique après 1920, alors qu’il restait un mandat placé sous la supervision de la Société des Nations jusqu’à la tutelle de l’ONU en 1946. 2. **Attribuer le travail forcé uniquement aux Allemands** : Le travail forcé a persisté sous le mandat français (prestation) et, sous une forme différente, sous le mandat britannique (travail obligatoire sur les routes financées par les impôts indigènes). 3. **Penser que la frontière franco‑britannique suivait exactement une ligne ethnique** : En réalité, la frontière a souvent coupé à travers des groupes homogènes (ex. : les Bamileke séparés entre Ouest britannique et Ouest français), créant des minorités transfrontalières. 4. **Confondre indirect rule avec administration directe** : L’indirect rule ne signifie pas l’absence de contrôle britannique ; le Resident britannique conservait le pouvoir de destituer les chefs et d’imposer des politiques économiques. 5. **Croire que l’éducation missionnaire était identique dans les deux mandats** : Au Cameroun français, l’enseignement était majoritairement en français et visait l’assimilation ; au Cameroun britannique, l’enseignement était en anglais et visait à former des intermédiaires loyaux à la couronne britannique, sans viser l’assimilation culturelle. 6. **Sous‑estimer l’impact des commodités économiques sur les revendications politiques** : Les fluctuations des prix du cacao et du café ont directement influencé le niveau de vie des producteurs et, par conséquent, leur propension à soutenir ou à rejeter les mouvements nationalistes. > **>** Le mandat français a pris fin officiellement en 1946 lorsque le Cameroun est devenu un territoire sous tutelle des Nations Unies, administré par la France, avant d’accéder à l’indépendance en 1960. > **>** Le mandat britannique a pris fin en 1961 avec le plébiscite organisé par l’ONU : le Sud‑Cameroun a choisi de rejoindre la République du Cameroun, tandis que le Nord‑Cameroun a opté pour l’intégration au Nigeria. > **>** La première école publique française au Cameroun a ouvert à Yaoundé en 1927, enseignant exclusivement en français. > **>** La première école missionnaire anglaise au Cameroun a ouvert à Bamenda en 1915, enseignant en anglais. > **>** Le cacao britannique représentait près de 60 % de l’exportation totale de cacao du Nigeria britannique en 1930. > **>** Le café français représentait près de 40 % des exportations agricoles du mandat français en 1935. > **>** Le travail forcé (prestation) était fixé à douze jours par an par le code du travail indigène de 1927. > **>** Le référendum de réunification de 1961 a été organisé sous l’égide de l’ONU, avec deux options : union avec le Nigeria ou union avec la République du Cameroun. --- *Fin du cours.*

Quiz du chapitre

16 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Quel terme désigne l'administration coloniale française au Cameroun après la Première Guerre mondiale ?
  2. 2. En quelle année le Cameroun a-t-il été divisé entre la France et le Royaume-Uni suite au traité de Versailles ?
  3. 3. Quel était le nom officiel du territoire camerounais placé sous administration britannique ?
  4. 4. Quelle était la principale activité économique encouragée par l'administration française dans les zones rurales du Cameroun ?
  5. 5. Quel système de travail forcé était utilisé par l'administration allemande avant 1916 et parfois maintenu par les Français ?
  6. 6. Selon un rapport de 1923 de l'administration française, le taux de scolarisation des enfants camerounais dans le territoire sous mandat français était de 12 %. Si la population scolaire estimée était de 250 000 enfants, combien d'enfants étaient effectivement scolarisés ?
  7. 7. Pourquoi l'administration britannique a-t-elle privilégié le système de gouvernement indirect dans les territoires du Nord du Cameroun ?
  8. 8. En 1930, un chef traditionnel du territoire sous administration anglaise refuse de reconnaître l'autorité du District Officer britannique. Quelle mesure l'administration britannique est-elle la plus susceptible d'appliquer ?
  9. 9. Le budget annuel de l'administration française au Cameroun en 1925 s'élevait à 12 millions de francs CFA. Si 40 % était destiné à la construction de routes, combien d'argent était alloué aux routes ?
  10. 10. Un extrait du journal officiel du mandat français de 1928 indique : « Les chefs traditionnels sont invités à participer aux conseils de village afin de faciliter la collecte de l'impôt ». Quel objectif colonial cette mesure révèle-t-elle principalement ?
  11. 11. Comment la différence de politique linguistique entre les administrations française et anglaise a-t-elle influencé l'accès à l'emploi dans les villes camerounaises ?
  12. 12. Un élève de Première doit comparer les taux de croissance démographique du territoire français (1,2 % par an) et du territoire britannique (0,8 % par an) entre 1920 et 1930. En supposant une population initiale identique de 500 000 habitants, quelle sera la différence de population en 1930 ?
  13. 13. Évaluez dans quelle mesure la partition du Cameroun après la Première Guerre mondiale a contribué à l'émergence d'un sentiment nationaliste camerounais dans les années 1930.
  14. 14. Un manifeste de l'Union des Populations du Cameroun (UPC) de 1948 déclare : « Nous refusons la division de notre pays imposée par les puissances étrangères et exigeons la réunification sous un gouvernement souverain ». Quelle leçon des périodes sous administration française et anglaise cette déclaration illustre-t-elle le mieux ?
  15. 15. Considérez la déclaration suivante : « L'administration française a mieux réussi à intégrer les Camerounais dans l'économie coloniale que l'administration britannique ». Quel argument historique pourrait le plus efficacement contredire cette affirmation ?
  16. 16. En 1935, un fonctionnaire français propose de remplacer les chefs traditionnels par des conseillers nommés par l'administration afin de « moderniser » la gouvernance. Quel risque principal cette proposition comporte-t-elle selon les historiens de la colonisation ?