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Chapitre 12

L'énonciation et les types de textes

Lecture : 22 minQuiz de 5 questions

## Objectifs et prérequis **À la fin de ce chapitre, l’élève sera capable de :** - Définir précisément les notions d’énonciation, d’énonciateur, d’énonciataire, d’énoncé et de situation d’énonciation. - Identifier les marques d’énonciation (personnes, temps, lieu, modalité) dans un texte quelconque. - Distinguer l’énonciation directe de l’énonciation indirecte et expliquer leurs effets sur le sens. - Décrire les six fonctions principales du texte (narratif, descriptif, argumentatif, explicatif, injonctif, dialogique) et leurs caractéristiques formelles. - Analyser comment la fonction d’un texte influence ses marques d’énonciation et inversement. - Produire un court texte en respectant une fonction donnée tout en maîtrisant les marques d’énonciation appropriées. - Répondre à des questions d’examen (dissertation, commentaire, résumé) en mobilisant les concepts d’énonciation et de typologie textuelle. **Prérequis nécessaires :** - Maîtrise des notions de phrase simple et complexe, de sujet, de verbe et de complément. - Connaissance des temps verbaux (présent, passé composé, imparfait, futur, conditionnel) et de leurs valeurs temporelles. - Familiarité avec les déterminants, les pronoms personnels et les adverbes de lieu et de temps. - Avoir déjà travaillé sur la distinction entre narration et description en classe de Seconde. --- ## Introduction contextualisée Dans la vie quotidienne, nous produisons et interprétons constamment des énoncés : une consigne du professeur, un message texte, une publicité, un article de presse, un poème. Chaque énoncé porte en lui une **situation d’énonciation** qui implique un locuteur (énonciateur), un destinataire (énonciataire), un contenu (énoncé) et un cadre spatio‑temporel. Cette situation n’est pas neutre : elle marque le texte de traces linguistiques (pronoms, temps verbaux, adverbes, modalisateurs) que l’on appelle **marques d’énonciation**. Par ailleurs, tout texte remplit une **fonction** principale : raconter une histoire, décrire un paysage, convaincre un lecteur, expliquer un phénomène, donner un ordre ou échanger des points de vue. Selon la fonction visée, le locuteur adapte son énonciation : un récit privilégiera le passé et la troisième personne, tandis qu’une argumentation fera appel au présent de généralité et à la première personne du pluriel pour engager l’auditoire. Comprendre l’énonciation et les types de textes permet donc à l’élève de : 1. **Décoder** les intentions cachées derrière un texte (qui parle, à qui, pourquoi, dans quel contexte). 2. **Produire** des écrits adaptés à la consigne d’examen (dissertation, commentaire, résumé) en maîtrisant les marques d’énonciation appropriées. 3. **Développer** un esprit critique face aux discours médiatiques ou publicitaires en repérant les stratégies d’énonciation utilisées pour persuader ou manipuler. Ce chapitre s’inscrit dans la logique du programme officiel du MINESEC/IGE, qui privilégie l’approche par compétences : l’élève doit non seulement connaître des notions, mais les mettre en œuvre dans des situations réelles d’analyse et de production. --- ## I. L’énonciation : notions de base ### A. L’acte d’énonciation L’énonciation désigne l’acte par lequel un sujet produit un énoncé dans un contexte donné. Contrairement à la simple phrase grammaticale, l’énoncé porte la marque de son **énonciateur** (celui qui parle ou écrit) et de son **énonciataire** (celui à qui il s’adresse). > **> Définition** : L’énonciation est l’ensemble des conditions (locuteur, destinataire, contenu, contexte) qui permettent qu’un énoncé ait un sens déterminé dans une situation de communication. Cette définition implique quatre composantes essentielles que nous détaillons ci‑dessous. ### B. Les composantes de l’énonciation | Composante | Rôle | Exemple | |------------|------|---------| | **Énonciateur** | Celui qui produit l’énoncé (locuteur ou scripteur). | « Je pense que… » (le « je » indique l’énonciateur). | | **Énonciataire** | Celui auquel l’énoncé est destiné (auditeur ou lecteur). | « Vous devez finir votre travail » (le « vous » désigne l’énonciataire). | | **Énoncé** | Le contenu propositionnel de l’énonciation (ce qui est dit). | « Il pleut depuis ce matin ». | | **Situation d’énonciation** | Le cadre spatio‑temporel et socioculturel dans lequel l’énoncé est produit (lieu, moment, relations sociales). | Une annonce faite dans un lycée le lundi matin. | Chaque composante laisse des traces linguistiques : - L’**énonciateur** se manifeste par les pronoms de première personne (*je, nous*) ou par des marques de subjectivité (*je crois, selon moi*). - L’**énonciataire** apparaît par les pronoms de deuxième personne (*tu, vous*) ou par des formules d’appel (*chers camarades, veuillez noter…*). - La **situation d’énonciation** se repère grâce aux adverbes de lieu (*ici, là‑bas*), de temps (*aujourd’hui, hier, demain*) et aux indices de registre (formalisme, familiarité). ### C. Les marques d’énonciation Les marques d’énonciation sont les éléments linguistiques qui signalent la présence de l’énonciateur, de l’énonciataire et du contexte. On les classe généralement en quatre catégories : 1. **Marques de personne** : pronoms personnels, possessifs, déterminants (*mon, ton, notre*). 2. **Marques de temps** : temps verbaux, adverbes temporels (*hier, bientôt, alors*). 3. **Marques de lieu** : adverbes et prépositions de lieu (*ici, là, dans la salle*). 4. **Marques de modalité** : verbes de pensée (*penser, croire*), adverbes de doute (*peut-être, probablement*), modalisateurs (*il faut que, il est possible que*). > **> Règle** : Toute phrase contenant au moins une de ces marques est une énonciation située ; une phrase dépourvue de toute marque (ex. : « Le soleil se lève à l’est ») constitue une **énonciation zéro** ou **énonciation impersonnelle**, souvent utilisée dans les textes explicatifs ou scientifiques. ### D. L’énonciation directe vs indirecte - **Énonciation directe** : les paroles de l’énonciateur sont rapportées telles quelles, généralement entre guillemets ou avec un verbe introductif au présent. *Exemple* : « Il a dit : « Je viendrai demain ». » - **Énonciation indirecte** : le discours est intégré à la phrase principale, subissant des transformations (changement de personne, de temps, de démonstratifs). *Exemple* : « Il a dit qu’il viendrait le lendemain ». Le passage du direct à l’indirect entraîne : - Le remplacement du présent par un passé (imparfait ou plus‑que‑parfait selon le temps du verbe introductif). - Le changement des pronoms de première et deuxième personne en troisième personne (*je → il/elle*, *tu → il/elle*). - La modification des adverbes de temps et de lieu (*aujourd’hui → ce jour‑là*, *ici → là*). > **> Astuce** : Pour reconnaître l’énonciation indirecte, cherchez un verbe de parole ou de pensée (*dire, affirmer, penser, se demander*) suivi d’une proposition subordonnée introduite par *que* ou *si*. --- ## II. Les types de textes selon la fonction Le programme officiel distingue six fonctions principales du texte, chacune associée à un type de texte caractéristique. Nous les présentons successivement, en insistant sur les marques d’énonciation typiques et sur les procédés d’écriture propres à chaque fonction. ### A. Le texte narratif **Fonction** : raconter une séquence d’événements vécus ou imaginaires, en mettant l’accent sur l’action et le déroulement temporel. **Caractéristiques** : - Présence d’un **schéma narratif** (situation initiale, élément perturbateur, péripéties, dénouement, situation finale). - Utilisation prédominante du **passé simple** ou de l’**imparfait** pour situer les actions dans le temps. - Marque de personne souvent à la **troisième personne** (*il, elle, ils*) ou à la **première personne** (*je*) lorsqu’il s’agit d’un récit autobiographique. - Adverbes de temps (*alors, ensuite, soudainement*) et de lieu (*dans la forêt, près de la rivière*) pour situer l’action. - Présence de **dialogues** (énonciation directe) qui donnent voix aux personnages. > **> Exemple** : « Il était une fois un jeune berger qui gardait son troupeau près de la vallée. Soudain, un loup surgit du bois et… » **Procédés d’écriture** : - **Analepsie** (flash‑back) et **prolepse** (anticipation) pour jouer sur la chronologie. - **Focalisation** (interne, externe, nulle) pour choisir le point de vue narratif. - **Description** intégrée pour enrichir le cadre (paysage, caractères physiques). ### B. Le texte descriptif **Fonction** : donner une image mentale précise d’une personne, d’un objet, d’un lieu ou d’un état intérieur, en privilégiant la qualité statique plutôt que l’action. **Caractéristiques** : - Utilisation de l’**imparfait** ou du **présent** pour décrire des états durables. - Prédominance des **adjectifs qualificatifs**, des **comparaisons** et des **métaphores**. - Peu de verbes d’action ; quand ils apparaissent, ils sont souvent statifs (*être, sembler, paraître*). - Marque de personne souvent à la **troisième personne** (*il/elle est…*) ou à la **première personne** lorsqu’il s’agit d’une auto‑description. - Adverbes de lieu (*ici, là‑bas, tout autour*) pour situer le sujet décrit. > **> Exemple** : « La vieille maison, aux volets bleus écaillés, se tenait silencieuse au creux de la vallée, entourée de chênes centenaires dont les feuilles murmuraient au vent. » **Procédés d’écriture** : - **Énumération** de détails sensoriels (vue, odorat, toucher, ouïe, goût). - **Champ lexical** lié au thème (ex. : vocabulaire de la mer pour décrire une plage). - **Comparaison** et **métaphore** pour créer des images fortes. ### C. Le texte argumentatif **Fonction** : convaincre ou persuader le lecteur d’adopter un point de vue, en présentant des arguments appuyés par des exemples ou des autorités. **Caractéristiques** : - Utilisation du **présent de l’indicatif** (vérités générales) ou du **conditionnel** pour proposer des hypothèses. - Marque de personne souvent à la **première personne du pluriel** (*nous pensons que…*) pour engager le lecteur, ou à la **troisième personne** lorsqu’on cite une autorité. - Présence de **connecteurs logiques** (*en effet, toutefois, cependant, parce que, donc*) qui structurent le raisonnement. - Marque de modalité forte : verbes de conviction (*affirmer, démontrer, prouver*), adverbes de certitude (*certainement, sûrement*), ou de doute selon la stratégie. - Possible emploi de la **citation** ou de l’**exemple** pour illustrer un argument. > **> Exemple** : « Nous affirmons que l’accès à l’éducation doit être gratuit pour tous, car il constitue le levier fondamental du développement social et économique. » **Procédés d’écriture** : - **Thèse‑antithèse‑synthèse** (dialectique) ou **plan en deux parties** (argument‑contre‑argument). - **Exemple** illustratif, **autorité** (citation d’un expert, donnée statistique). - **Réforme** de l’objection anticipée (procatépsie). ### D. Le texte explicatif (ou expositif) **Fonction** : faire comprendre un phénomène, un concept ou un procédé en le décomposant en étapes logiques, sans chercher à persuader. **Caractéristiques** : - Présence du **présent de l’indicatif** pour énoncer des vérités générales ou des définitions. - Marque de personne souvent à la **troisième personne** impersonnelle (*on*, *il est nécessaire de…*) ou à la **première personne du pluriel** lorsqu’on adopte un ton pédagogique (*nous allons voir…*). - Utilisation de **connecteurs explicatifs** (*en effet, autrement dit, par conséquent, tout d’abord, ensuite, enfin*). - Peu de marques d’émotion ou de subjectivité ; le texte vise la neutralité. - Schéma souvent **déductif** (définition → propriétés → exemples) ou **inductif** (observation → généralisation). > **> Exemple** : « La photosynthèse est le processus par lequel les plantes convertissent l’énergie lumineuse en énergie chimique. Elle se déroule dans les chloroplastes, où la chlorophylle capte les photons… » **Procédés d’écriture** : - **Définition** précise du terme à expliquer. - **Classification** (types, catégories). - **Cause‑conséquence** ou **procédé étape par étape**. - **Illustration** par schéma, tableau ou exemple concret. ### E. Le texte injonctif **Fonction** : donner un ordre, un conseil, une interdiction ou une recommandation afin d’induire un comportement chez le destinataire. **Caractéristiques** : - Utilisation de l’**impératif** (présent ou passé) ou du **présent du subjonctif** après des verbes de volonté (*il faut que, nous souhaitons que…*). - Marque de personne souvent à la **deuxième personne** (*tu, vous*) lorsqu’on s’adresse directement au destinataire. - Présence de **verbes de devoir** (*devoir, falloir, être obligé de*) ou de **modalité de nécessité** (*il est nécessaire que, il convient de…*). - Peu de descriptions ; le texte est concis et directif. - Peut contenir des **sanctions** ou des **motivations** pour renforcer l’obligation. > **> Exemple** : « Veillez à rendre vos devoirs avant vendredi prochain ; toute remise en retard sera pénalisée de deux points. » **Procédés d’écriture** : - **Formulation claire** de l’action attendue (verbe d’action à l’impératif). - **Justification** éventuelle (pourquoi cet ordre est‑il nécessaire). - **Formule de politesse** lorsqu’on veut adoucir l’injonction (*veuillez, s’il vous plaît*). ### F. Le texte dialogique (ou interactionnel) **Fonction** : mettre en scène un échange de points de vue entre deux ou plusieurs interlocuteurs, souvent pour explorer un sujet, résoudre un conflit ou construire du savoir collectivement. **Caractéristiques** : - Alternance de **répliques** attribuées à différents locuteurs (souvent indiquées par des tirets ou des noms). - Marque de personne variable selon le locuteur qui parle (*je, tu, il/elle, nous, vous*). - Utilisation de **marques d’interaction** : formules de salutation, de prise de parole (*je pense que…, selon moi…*), de reformulation (*tu veux dire que…*), de relance (*et toi, qu’en penses‑tu ?*). - Présence de **connecteurs argumentatifs** (*en outre, cependant, pourtant*) lorsqu’on développe un point de vue. - Le texte peut contenir à la fois des énonciations directes (les répliques) et indirectes (les récits de ce qui a été dit). > **> Exemple** : > - *Ali* : « Je pense que la réforme du calendrier scolaire est nécessaire. » > - *Miriam* : « Selon moi, elle risque de surcharger les élèves déjà chargés d’activités extrascolaires. » > - *Ali* : « Tu veux dire que nous devrions plutôt allonger les vacances d’été ? » **Procédés d’écriture** : - **Répartition équitable** du temps de parole entre les interlocuteurs. - **Utilisation de reprises** pour montrer l’écoute active. - **Gestion du désaccord** par des reformulations et des concessions. --- ## III. Analyse d’énonciation dans différents types de textes ### A. Repérage des marques d’énonciation dans chaque type Nous proposons un tableau récapitulatif qui met en parallèle le type de texte, sa fonction principale et les marques d’énonciation les plus fréquentes. | Type de texte | Fonction principale | Marques d’énonciation typiques | |---------------|---------------------|--------------------------------| | Narratif | Raconter une histoire | Passé simple/imparfait, 3ᵉ personne (ou 1ᵉ personne si autobiographique), adverbes de temps (*alors, ensuite*), marques de lieu (*dans la forêt*), dialogues (énonciation directe). | | Descriptif | Donner une image mentale | Imparfait/présent, abondance d’adjectifs et de comparaisons, peu de verbes d’action, marques de lieu (*ici, là‑bas*), parfois 1ᵉ personne pour auto‑description. | | Argumentatif | Convaincre/persuader | Présent de l’indicatif ou conditionnel, 1ᵉ personne du pluriel (*nous pensons*), connecteurs logiques (*donc, cependant*), verbes de conviction (*affirmer, démontrer*), modalité de certitude ou de doute. | | Explicatif | Expliquer un phénomène | Présent de l’indicatif, 3ᵉ personne impersonnelle (*on*, *il est nécessaire de…*), connecteurs explicatifs (*en effet, par conséquent*), ton neutre, peu de marques émotionnelles. | | Injonctif | Donner un ordre/conseil | Impératif ou subjonctif après verbes de volonté, 2ᵉ personne (*tu, vous*), verbes de devoir (*devoir, falloir, être obligé de*), peu de description, forme concise. | | Dialogique | Échanger des points de vue | Alternance de répliques, marques de personne variables, formules de prise de parole (*je pense que…*), connecteurs argumentatifs, présence de récits indirects des répliques. | > **> Rappel** : La présence ou l’absence d’une marque ne détermine pas à elle seule le type de texte ; c’est la combinaison et la dominance de certaines marques qui permettent l’identification. ### B. Influence de la fonction sur l’énonciation 1. **Temporalité** : Les textes narratifs privilégient le passé pour situer les actions dans le temps, tandis que les textes explicatifs et argumentatifs utilisent le présent pour énoncer des vérités générales. 2. **Personnalité** : L’énonciation à la première personne est fréquente dans les textes narratifs subjectifs (journaux intimes, récits de voyage) et dans les textes argumentatifs où l’auteur veut s’engager (*nous pensons*). À l’inverse, les textes explicatifs évitent souvent la première personne pour paraître objectifs. 3. **Modalité** : Les textes argumentatifs jouent sur la modalité (certitude, doute, obligation) pour renforcer ou nuancer leurs affirmations. Les textes injonctifs utilisent la modalité de nécessité (*il faut que…*) pour imposer une action. 4. **Espace** : Les descriptions insistent sur les marques de lieu pour ancrer l’image mentale ; les récits les utilisent pour situer l’action dans un cadre géographique ou intérieur. 5. **Interaction** : Le texte dialogique se caractérise par une alternance rapide des marques de personne, reflétant le tour de parole. ### C. Exercices d’identification (à faire par l’élève) 1. **Lire le texte suivant** et indiquer, pour chaque phrase, la marque d’énonciation dominante (personne, temps, lieu, modalité) ainsi que le type de texte auquel elle appartient. 2. **Transformer** un passage narratif en texte explicatif en modifiant les temps verbaux et en supprimant les marques de subjectivité. 3. **Rédiger** une injonction de deux lignes visant à inciter les camarades à respecter le silence en bibliothèque, en justifiant brièvement l’ordre. --- ## Synthèse du chapitre - L’énonciation implique quatre composantes : énonciateur, énonciataire, énoncé et situation d’énonciation. - Les marques d’énonciation (personnes, temps, lieu, modalité) sont les indices linguistiques qui situent l’énoncé dans son contexte de production. - L’énonciation directe rapporte les paroles telles quelles ; l’énonciation indirecte les intègre, entraînant des transformations de personne, de temps et de lieu. - Le programme officiel distingue six fonctions du texte : narratif, descriptif, argumentatif, explicatif, injonctif, dialogique. Chaque fonction possède des caractéristiques formelles (temps verbaux, personnes, connecteurs, lexique spécifiques) et des marques d’énonciation privilégiées. - L’analyse d’un texte consiste à repérer ses marques d’énonciation, à les mettre en relation avec sa fonction et à expliquer comment elles contribuent à l’effet recherché (convaincre, décrire, raconter, etc.). - Maîtriser ces notions permet de produire des écrits adaptés aux consignes d’examen (dissertation, commentaire, résumé) et de développer un esprit critique face aux discours rencontrés dans la vie quotidienne. --- ## Glossaire | Terme | Définition | |-------|------------| | **Énonciation** | Acte par lequel un sujet produit un énoncé dans une situation de communication donnée. | | **Énonciateur** | Personne qui produit l’énoncé (locuteur ou scripteur). | | **Énonciataire** | Personne à laquelle l’énoncé est destiné (auditeur ou lecteur). | | **Énoncé** | Contenu propositionnel de l’énonciation (ce qui est dit). | | **Situation d’énonciation** | Cadre spatio‑temporel et socioculturel dans lequel l’énoncé est produit. | | **Marque d’énonciation** | Élément linguistique (pronom, temps verbal, adverbe, modalisateur) qui signale la présence de l’énonciateur, de l’énonciataire ou du contexte. | | **Énonciation directe** | Rapport des paroles telles quelles, généralement entre guillemets. | | **Énonciation indirecte** | Intégration du discours dans la phrase principale avec transformations de personne, de temps, etc. | | **Texte narratif** | Texte dont la fonction est de raconter une séquence d’événements. | | **Texte descriptif** | Texte visant à donner une image mentale précise d’un objet, d’un lieu, d’une personne ou d’un état. | | **Texte argumentatif** | Texte visant à convaincre ou persuader le lecteur d’adopter un point de vue. | | **Texte explicatif** | Texte visant à faire comprendre un phénomène ou un concept sans chercher à persuader. | | **Texte injonctif** | Texte donnant un ordre, un conseil ou une interdiction afin d’induire un comportement. | | **Texte dialogique** | Texte mettant en scène un échange de points de vue entre deux ou plusieurs interlocuteurs. | | **Focalisation** | Point de vue adopté dans un récit (interne, externe, nulle). | | **Connecteur logique** | Mot ou groupe de mots qui relie deux propositions en exprimant une relation de cause, de conséquence, d’opposition, etc. | | **Impératif** | Mode verbal utilisé pour donner un ordre ou un conseil. | --- ## Méthode et sujets type examen ### Sujet 1 – Dissertation **Sujet** : « L’énonciation directe est‑elle plus efficace que l’énonciation indirecte pour convaincre un lecteur ? » **Introduction rédigée** : Dans le domaine de l’argumentation, le choix entre l’énonciation directe et l’énonciation indirecte relève d’une stratégie rhétorique visant à influencer l’adhésion du lecteur. L’énonciation directe, en restituant les paroles telles quelles, confère une voix immédiate et authentique au locuteur, tandis que l’énonciation indirecte, en intégrant le discours dans la narration, permet une distanciation qui peut faciliter l’acceptation d’une thèse. Nous nous demanderons dans quelle mesure chacune de ces formes contribue à l’efficacité persuasive d’un texte, en nous appuyant sur les caractéristiques de l’énonciation et sur les attentes du lecteur face à un discours argumentatif. **Plan détaillé** : I. **L’énonciation directe : authenticité et impact émotionnel** A. Présence de la voix du locuteur (pronoms de première personne, temps de parole). B. Effet de proximité et de crédibilité (exemple : témoignage dans un discours politique). C. Limites : risque de subjectivité perçue comme partiale. II. **L’énonciation indirecte : distanciation et universalisation** A. Intégration du discours dans une narration tierce (changement de personne, de temps). B. Effet d’objectivité et de généralisation (exemple : citation d’un auteur dans une dissertation). C. Limites : perte d’intensité émotionnelle et de vivacité. III. **Complémentarité des deux formes dans un texte argumentatif efficace** A. Alternance entre direct et indirect pour varier les rythmes (exemple : début par une citation directe, développement par une reformulation indirecte). B. Choix adapté selon le public cible et le but de l’argumentation (convaincre vs informer). C. Synthèse : l’efficacité dépend de la capacité à articuler authenticité et distanciation selon les étapes du raisonnement. **Conclusion** : L’énonciation directe et l’énonciation indirecte ne s’opposent pas mais se complètent ; l’efficacité persuasive résulte d’une utilisation judicieuse de chacune selon les objectifs de l’argumentation et la réception attendue du lecteur. --- ### Sujet 2 – Commentaire de texte **Sujet** : Commenter le passage suivant (extrait d’un article de presse sur la réforme du lycée) : *« Selon le ministre de l’Éducation, la nouvelle organisation du temps scolaire permettra de mieux répondre aux besoins des élèves. Toutefois, plusieurs syndicats dénoncent une augmentation de la charge de travail qui pourrait nuire à la qualité des apprentissages. »* **Introduction rédigée** : Cet extrait, tiré d’un article de presse contemporain, met en scène deux points de vue opposés concernant une réforme éducative. La présence du verbe *selon* introduit une énonciation indirecte attribuée au ministre, tandis que la conjonction *toutefois* marque une opposition qui prépare la présentation du point de vue des syndicats. Nous analyserons comment les marques d’énonciation (personne, modalité, connecteurs) contribuent à la construction du débat et à la visée argumentative du texte. **Plan détaillé** : I. **Une énonciation indirecte qui attribue une autorité** A. Le verbe *selon* et la troisième personne du singulier (*le ministre*) : mise en avant d’une source institutionnelle. B. Le présent de l’indicatif (*permettra*) : énoncé comme une prévision générale, renforçant la crédibilité. C. Effet : légitimer la réforme par référence à une autorité compétente. II. **Une opposition marquée par un connecteur adversatif** A. *Toutefois* signale une concession et prépare la contre‑argumentation. B. Le verbe *dénoncent* à la troisième personne du pluriel (*plusieurs syndicats*) : mise en scène d’un acteur collectif contestataire. C. La nominalisation *augmentation de la charge de travail* : abstraction qui permet de généraliser la critique. III. **La fonction argumentative du passage** A. Présentation d’une thèse (efficacité de la réforme) suivie immédiatement d’une antithèse (risque de surcharge). B. Utilisation de la modalité de possibilité (*pourrait nuire*) : introduit une incertitude qui invite le lecteur à réfléchir. C. Visée : inciter le lecteur à peser les avantages et les inconvénients sans trancher définitivement, typique d’un article d’information équilibré. **Conclusion** : Grâce à l’énonciation indirecte qui confie la parole au ministre et à l’emploi d’un connecteur adversatif qui introduit la voix des syndicats, le texte construit un débat équilibré. Les marques d’énonciation (personne, temps, modalité) servent à la fois à attribuer de la légitimité et à signaler la tension entre les points de vue, illustrant ainsi la manière dont le journalisme peut rendre compte d’une polémique tout en préservant une apparente neutralité. --- ### Sujet 3 – Résumé **Sujet** : Résumer en environ 80 mots le texte suivant (extrait d’un chapitre de biologie sur la respiration cellulaire) : *« La respiration cellulaire est un ensemble de réactions métaboliques qui permettent à la cellule de produire de l’ATP à partir du glucose et de l’oxygène. Elle se déroule en trois étapes principales : la glycolyse, le cycle de Krebs et la chaîne de transport des électrons. Au cours de la glycolyse, qui se situe dans le cytoplasme, une molécule de glucose est décomposée en deux molécules de pyruvate, générant un gain net de deux ATP et de deux NADH. Le pyruvate pénètre ensuite dans les mitochondries où il est transformé en acétyl‑CoA avant d’entrer dans le cycle de Krebs. Ce cycle, qui se déroule dans la matrice mitochondriale, produit deux ATP, six NADH et deux FADH₂ par molécule de glucose. Enfin, la chaîne de transport des électrons, localisée dans la membrane interne mitochondriale, utilise les électrons transportés par le NADH et le FADH₂ pour créer un gradient de protons qui entraîne la synthèse d’environ trente‑quatre ATP par molécule de glucose. »* **Résumé rédigé (≈ 80 mots)** : La respiration cellulaire transforme le glucose et l’oxygène en ATP en trois étapes : la glycolyse dans le cytoplasme (glucose → pyruvate, 2 ATP, 2 NADH), le cycle de Krebs dans la matrice mitochondriale (acétyl‑CoA → 2 ATP, 6 NADH, 2 FADH₂) et la chaîne de transport des électrons dans la membrane interne mitochondriale (utilisation du NADH/FADH₂ pour produire un gradient de protons et synthétiser environ trente‑quatre ATP). Au total, une molécule de glucose donne environ trente‑huit ATP. --- ## Erreurs fréquentes 1. **Confondre énonciation directe et indirecte** : oublier de changer les pronoms et les temps lors de la transformation indirecte (ex. : « Il a dit *je viendrai* » au lieu de « Il a dit qu’il viendrait »). 2. **Ne pas repérer la fonction du texte** : identifier un texte comme narratif alors qu’il s’agit d’un explicatif parce que l’on se fie uniquement à la présence de verbes d’action sans analyser la visée globale. 3. **Omettre les marques de modalité** : négliger l’impact des adverbes de doute ou de certitude dans un texte argumentatif, ce qui affaiblit l’analyse de la stratégie de persuasion. 4. **Utiliser le mauvais temps verbal** : employer le passé simple dans un texte explicatif où le présent de l’indicatif est attendu, ce qui perturbe la cohérence tonale. 5. **Confondre personne et point de vue** : croire que l’emploi de la première personne implique forcément une focalisation interne, alors qu’elle peut simplement marquer l’engagement de l’auteur sans révéler les pensées d’un personnage. 6. **Ne pas distinguer entre énonciation zéro et énonciation impersonnelle** : considérer qu’une phrase sans marque de personne est toujours impersonnelle, alors qu’elle peut simplement être une énonciation zéro utilisée dans un contexte descriptif ou scientifique. 7. **Oublier les connecteurs logiques** : omettre d’analyser comment les connecteurs structurent le raisonnement dans un texte argumentatif ou explicatif, ce qui conduit à une lecture superficielle. 8. **Sur‑charger le résumé d’informations détaillées** : inclure des exemples ou des chiffres précis qui dépassent la limite de mots demandée, au lieu de se concentrer sur l’idée générale. --- *Fin du cours.*

Quiz du chapitre

5 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Lequel est un indice d'énonciation ?
  2. 2. « Il arriva là-bas la veille » est un énoncé :
  3. 3. Une recette de cuisine relève surtout du type :
  4. 4. Le présent de vérité générale et le ton neutre caractérisent le texte :
  5. 5. « Peut-être », « sans doute » sont des :