Chapitre 15
L'indépendance de la Guinée Conakry : du « Non » à la Communauté française à la rupture avec Paris
Lecture : 19 minQuiz de 8 questions
## Objectifs et prérequis
**À la fin de ce chapitre, l’élève sera capable de :**
- Expliquer le contexte politique et économique de l’Afrique francophone au tournant des années 1950‑1960.
- Analyser les enjeux du référendum du 28 septembre 1958 en Guinée et les raisons du vote « Non ».
- Décrire les conséquences immédiates du retrait français et la mise en place des premières institutions guinéennes.
- Évaluer la politique intérieure et extérieure de la Guinée sous Sékou Touré de 1958 à 1965, notamment ses choix économiques, ses alliances internationales et les crises internes.
- Mobiliser un vocabulaire spécifique (Communauté française, souveraineté, nationalisation, non‑alignement, etc.) pour produire un écrit structuré (dissertation, commentaire de document, question de cours).
**Prérequis nécessaires :**
- Connaître les grandes étapes de la décolonisation en Afrique noire (conférence de Brazzaville 1944, loi cadre Defferre 1956, indépendances de 1960).
- Savoir identifier les principaux acteurs de la vie politique française de la IVᵉ République (François Mitterrand, Guy Mollet, Charles de Gaulle).
- Maîtriser la notion de référendum et ses modalités de mise en œuvre dans les colonies françaises.
- Avoir une idée générale du bloc Est‑Ouest et du mouvement des non‑alignés durant la Guerre froide.
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## Introduction contextualisée
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’empire français connaît une profonde remise en question. Les revendications nationalistes s’intensifient dans les territoires d’Afrique occidentale française (AOF) et d’Afrique équatoriale française (AEF). La Quatrième République, fragile et marquée par les guerres d’Indochine et d’Algérie, cherche à rénover le lien métropole‑colonies à travers la **Communauté française**, instituée par la Constitution du 4 octobre 1958. Cette nouvelle entité propose aux territoires un statut d’autonomie interne tout en restant associés à la France dans les domaines de la défense, de la monnaie et des affaires étrangères.
En Guinée, territoire riche en ressources minières (bauxite, fer) mais marqué par une administration coloniale jugée répressive, les élites nationalistes, menées par **Ahmed Sékou Touré**, perçoivent la Communauté comme une continuation de la domination française sous une autre forme. Le référendum du 28 septembre 1958 devient ainsi le théâtre d’un choix décisif : accepter la Communauté et rester dans l’orbite française, ou rejeter ce projet et affirmer immédiatement la souveraineté nationale.
Le « Non » guinéen, largement médiatisé, déclenche une rupture brutale avec Paris : retrait immédiat des aides financières, rappel des cadres français, sanctions économiques et diplomatiques. Pourtant, la jeune république guinéenne ne sombre pas dans l’isolement ; elle cherche rapidement de nouveaux partenaires, adopte une orientation socialiste et s’inscrit dans le mouvement des non‑alignés. Cette trajectoire, marquée par des nationalisations, des expérimentations économiques et des tensions internes, offre un cas d’étude riche pour comprendre les enjeux de la décolonisation africaine dans le contexte de la Guerre froide.
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## I. Le référendum de 1958 et le choix du « Non »
### A. Contexte de la Communauté française
> **Définition** : La Communauté française est l’ensemble des territoires associés à la France par la Constitution du 4 octobre 1958, bénéficiant d’une autonomie interne tout en restant liés à la métropole pour la défense, la monnaie et les affaires étrangères.
La Communauté française remplace l’Union française créée en 1946. Elle résulte de la volonté de Charles de Gaulle, revenu au pouvoir en mai 1958, de prévenir une décolonisation chaotique tout en préservant les intérêts stratégiques de la France. Chaque territoire doit se prononcer par référendum sur l’adoption de la nouvelle Constitution qui institue la Communauté.
En Afrique occidentale française, huit territoires sont concernés : Sénégal, Soudan français (actuel Mali), Côte d’Ivoire, Haute‑Volta (Burkina Faso), Dahomey (Bénin), Niger, Guinée et Mauritanie. Les campagnes sont menées par les partis locaux, souvent divisés entre ceux qui voient dans la Communauté une voie vers l’indépendance progressive et ceux qui la rejettent comme une néo‑colonisation.
### B. Le discours de Sékou Touré
Ahmed Sékou Touré, secrétaire général du Parti démocratique de Guinée (PDG‑RDA), prononce le 25 août 1958 à Conakry un discours devenu célèbre :
> « Nous préférons la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l’esclavage. »
Cette formule résume le refus guinéen de toute forme de subordination, même économique, à la France. Touré insiste sur la dignité du peuple guinéen, sur le droit à disposer de ses richesses naturelles (bauxite de Fria, fer du Mont Nimba) et sur la nécessité de construire un État souverain fondé sur les valeurs du socialisme africain.
Le PDG‑RDA mène une campagne de mobilisation massive : réunions de village, distribution de tracts, utilisation de la radio rurale. Les arguments mettent en avant les échecs de la colonisation (travaux forcés, fiscalité discriminatoire, manque d’infrastructures) et présentent le « Non » comme un acte de libération totale.
### C. Résultats du référendum
Le 28 septembre 1958, la Guinée vote à **95 %** contre la Communauté française, tandis que les autres territoires d’AOF approuvent largement (entre 55 % et 80 % de « Oui »).
| Territoire | % « Oui » | % « Non » | Participation estimée |
|------------|----------|----------|-----------------------|
| Guinée | 5 % | 95 % | 80 % |
| Sénégal | 70 % | 30 % | 75 % |
| Soudan français | 68 % | 32 % | 73 % |
| Côte d’Ivoire | 80 % | 20 % | 78 % |
| Haute‑Volta | 72 % | 28 % | 70 % |
| Dahomey | 65 % | 35 % | 68 % |
| Niger | 60 % | 40 % | 65 % |
| Mauritanie | 55 % | 45 % | 60 % |
Ce résultat fait de la Guinée le seul territoire africain à avoir rejeté la Communauté française, déclenchant une réaction immédiate de Paris.
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## II. Les conséquences immédiates du « Non »
### A. Retrait français et sanctions
Dans les heures qui suivent le référendum, le gouvernement français, dirigé par le Président du Conseil Charles de Gaulle, annonce le retrait de toute aide financière et technique. Les cadres français présents en Guinée (fonctionnaires, militaires, enseignants) sont rappelés. La France suspend également les accords de coopération militaire et bloque les lignes de crédit destinées au développement des infrastructures.
> **Date clé** : 2 octobre 1958 – Annonce officielle du retrait français de Guinée.
Cette décision vise à décourager d’autres territoires de suivre l’exemple guinéen, en montrant que le rejet de la Communauté entraîne un isolement économique et diplomatique.
### B. Mise en place du gouvernement provisoire
Le PDG‑RDA, désormais seul maître du pouvoir, proclame la **République de Guinée** le 2 octobre 1958. Ahmed Sékou Touré devient président du Conseil provisoire, puis président de la République après l’adoption d’une constitution provisoire le 10 novembre 1958.
Les premières mesures prises sont :
1. **Nationalisation des entreprises françaises** présentes dans le secteur minier (Compagnie des bauxites de Guinée, Société des mines de fer de Guinée).
2. **Création d’une monnaie nationale**, le franc guinéen, détaché du franc CFA.
3. **Réorganisation de l’administration** : remplacement des cadres français par des Guinéens formés rapidement dans des écoles du parti.
4. **Lancement d’un programme d’alphabétisation** visant à réduire le taux d’analphabétisme, alors supérieur à 80 %.
### C. Réactions internationales
Le « Non » guinéen suscite une vague de sympathie parmi les mouvements de libération africaine et les États nouvellement indépendants. Le Ghana de **Kwame Nkrumah** offre immédiatement une aide financière et logistique. L’Union soviétique, voyant une opportunité de gagner un allié en Afrique de l’Ouest, propose des accords techniques et militaires.
À l’ONU, la Guinée obtient le soutien de nombreux pays du bloc des non‑alignés (Yougoslavie, Inde, Égypte) qui dénoncent le comportement de la France comme une forme de néocolonialisme. En revanche, les puissances occidentales (États‑Unis, Royaume‑Uni) restent prudentes, craignant une dérive vers le bloc soviétique.
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## III. La rupture définitive avec Paris et la construction de l’État guinéen (1958‑1965)
### A. Nationalisations et politique socialiste
Dès 1959, le gouvernement Touré engage une vague de **nationalisations** couvrant non seulement les mines, mais aussi les banques, les compagnies d’assurance et les entreprises de commerce extérieur. L’objectif déclaré est de placer les moyens de production entre les mains de l’État afin de financer un ambitieux plan de développement :
- **Plan quinquennal 1960‑1965** : augmentation de la production de bauxite de 150 %, construction d’une usine d’aluminium à Fria, création de routes reliant l’intérieur au littoral.
- **Collectivisation de l’agriculture** : mise en place de fermes d’État et de coopératives pour augmenter la production de riz, de manioc et d’arachide.
Ces mesures s’inscrivent dans une idéologie de **socialisme africain**, inspirée par les écrits de **Frantz Fanon** et de ** Léopold Sédar Senghor**, mais adaptée aux réalités guinéennes. L’État devient le principal employeur, contrôlant près de 70 % de l’activité économique formelle.
### B. Relations avec le bloc soviétique et les pays non‑alignés
Face à l’hostilité française, la Guinée cherche des partenaires capables de lui fournir technologie, crédit et soutien politique.
- **Accords soviétiques (1960‑1962)** : livraison d’équipements militaires (avions MiG, chars T‑34), assistance technique pour l’exploitation minière, formation de cadres guinéens dans les universités de Moscou et de Leningrad.
- **Aide chinoise (1964)** : construction d’une usine de textile à Conakry, envoi de médecins et d’ingénieurs pour des projets de santé rurale.
- **Participation au mouvement des non‑alignés** : la Guinée participe à la Conférence de Belgrade (1961) et au Sommet du Caire (1964), affirmant sa volonté de rester indépendante des deux blocs tout en bénéficiant de l’aide de chacun selon ses besoins.
Cette politique d’**équidistance** permet à la Guinée de diversifier ses sources d’aide, mais elle crée aussi des tensions internes, certains cadres du PDG‑RDA craignant une dépendance excessive envers l’Union soviétique.
### C. Crises internes et évolution politique
Malgré les succès initiaux, le régime de Sékou Touré rencontre rapidement des difficultés :
- **Opposition interne** : des syndicats étudiants et des cadres du parti critiquent la centralisation du pouvoir, les détournements de fonds et les atteintes aux libertés individuelles (censure de la presse, arrestations d’opposants).
- **Échecs économiques** : la dépendance excessive à l’exportation de bauxite rend l’économie vulnérable aux fluctuations des prix mondiaux ; les tentatives de collectivisation agricole rencontrent la résistance des paysans, entraînant des pénuries alimentaires.
- **Répression** : en 1962, une prétendue tentative de coup d’État conduit à l’arrestation de plusieurs hauts responsables (notamment le ministre de l’Intérieur **Alhassane Soumah**). Le recours aux camps de rééducation et aux tribunaux populaires suscite la condamnation d’organisations internationales des droits de l’homme.
Ces difficultés amènent le régime à renforcer son caractère autoritaire : en 1963, une nouvelle constitution concentre davantage de pouvoirs entre les mains du président, instaurant un État à parti unique où le PDG‑RDA est la seule organisation politique légale.
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## Tableau récapitulatif : Chronologie des événements clés (1958‑1965)
| Année | Événement | Signification |
|-------|-----------|---------------|
| 28 sept. 1958 | Référendum sur la Communauté française – 95 % de « Non » | Rupture avec la France, entraînant la proclamation de la République de Guinée le 2 octobre 1958. |
| 2 oct. 1958 | Annonce du retrait français (aide, cadres, crédit) | Début de l’isolement économique et diplomatique. |
| 2 oct. 1958 | Proclamation de la République de Guinée | Création des premières institutions souveraines. |
| 10 nov. 1958 | Adoption de la constitution provisoire | Base juridique du nouvel État. |
| 1960 | Premier plan quinquennal (1960‑1965) | Lancement de la politique d’industrialisation et de nationalisations. |
| 1961 | Participation à la Conférence de Belgrade (non‑alignés) | Affirmation de la politique d’équidistance. |
| 1962 | Tentative de coup d’État présumée → répression | Consolidation du pouvoir autoritaire de Touré. |
| 1964 | Accords techniques avec la Chine (usine textile) | Diversification des partenaires au-delà du bloc soviétique. |
| 1965 | Nouvelle constitution renforçant le pouvoir présidentiel | Transition vers un État à parti unique plus centralisé. |
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## Étude de document / de cas
**Document** : Extrait du discours d’Ahmed Sékou Touré prononcé le 25 août 1958 à Conakry, publié dans le quotidien *Fraternité* le 26 août 1958.
> « Nous ne voulons pas de la richesse qui nous serait donnée sous condition de perdre notre liberté. Nous préférons la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l’esclavage. La Guinée choisira sa propre voie, même si elle doit être difficile, car seule la liberté permet au peuple de construire son destin. »
### Analyse pas à pas
1. **Identification du locuteur et du contexte**
- Ahmed Sékou Touré, leader du PDG‑RDA, s’adresse à une foule guinéenne quelques semaines avant le référendum. Le climat est tendu : la campagne pour le « Oui » est menée par les partisans de la Communauté française, tandis que le PDG‑RDA mobilise les masses rurales.
2. **Reformulation de l’argument central**
- Touré oppose deux alternatives : (a) accepter la richesse matérielle offerte par la France mais sous tutelle (perte de liberté) ; (b) accepter la pauvreté éventuelle mais conserver la souveraineté. Cette opposition vise à rendre le choix moral et émotionnel plus qu’économique.
3. **Valeur rhétorique**
- La formule « préférons la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l’esclavage » utilise une antithèse forte, facile à retenir, qui devient un slogan de campagne. Elle s’inscrit dans la tradition des discours de libération africaine (cf. discours de Nkrumah au Ghana, 1957).
4. **Implications politiques**
- En présentant le référendum comme un test de dignité nationale, Touré cherche à mobiliser au-delà des clivages ethniques et régionaux, en créant un sentiment d’appartenance à une nation guinéenne unie autour de l’idée de liberté.
5. **Limites du discours**
- Le discours occulte les difficultés économiques réelles d’un État nouvellement indépendant sans soutien extérieur immédiat. Il ne précise pas comment la Guinée financera son développement, laissant place à des interprétations ultérieures (nationalisation, aide soviétique).
6. **Lien avec le programme**
- Ce document illustre la notion de **souveraineté** et le refus de la **néocolonialisme**, deux concepts clés du chapitre. Il permet également d’aborder la **méthode du commentaire de document** : situer le texte, en dégager le sens, analyser les procédés argumentatifs, et montrer son rôle dans le déroulement historique.
**Conclusion de l’étude** : Le discours de Touré constitue un acte de légitimation du « Non » qui dépasse le simple calcul économique ; il inscrit la décision guinéenne dans une quête d’identité nationale et de libération psychologique, facteurs déterminants pour comprendre la suite des événements (nationalisations, alignement soviétique, autoritarisme).
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## Méthode et sujets type examen
### Sujet 1 – Dissertation
**« L’indépendance de la Guinée Conakry (1958) a‑t‑elle été principalement le résultat d’un choix idéologique ou d’une réaction aux politiques françaises ? »**
**Plan détaillé :**
I. **Le choix idéologique du PDG‑RDA**
- A. Le discours de Sékou Touré : liberté vs richesse sous tutelle.
- B. L’influence du panafricanisme et du socialisme africain (Nkrumah, Fanon).
- C. La volonté de construire un État souverain fondé sur l’autodétermination des peuples.
II. **Les politiques françaises comme facteur déclencheur**
- A. La Communauté française perçue comme une néo‑colonisation (absence de vraie souveraineté).
- B. Le retrait brutal des aides françaises comme pression économique visant à dissuader les autres territoires.
- C. L’impact du contexte de la guerre d’Algérie et de la IVᵉ République sur la perception française en Afrique.
III. **Interaction entre idéologie et contexte**
- A. Comment le discours idéologique a pu être amplifié par les mesures de rétorsion françaises.
- B. Le rôle des acteurs internationaux (URSS, Chine, Ghana) qui ont offert des alternatives rendant le choix idéologique viable.
- C. Synthèse : l’indépendance guinéenne résulte d’une conjonction où l’idéologie a fourni le cadre de référence, tandis que les politiques françaises ont créé les conditions de mise en œuvre.
### Sujet 2 – Commentaire de document
**Document** : Extrait du traité d’amitié et de coopération signé entre la Guinée et l’Union soviétique le 12 mars 1961 (article 3 : « Les deux parties s’engagent à consulter régulièrement sur les questions d’intérêt commun concernant le développement économique, scientifique et technique de la Guinée »).
**Consignes** : Situer le document, en dégager le sens, analyser les enjeux géopolitiques, montrer comment il illustre la politique extérieure de la Guinée après 1958.
**Plan proposé :**
1. **Situation historique** – Guinée indépendante depuis octobre 1958, recherche de partenaires après le retrait français.
2. **Présentation du document** – Traité bilatéral, date, signataires (Touré et Khrouchtchev), cadre de la Guerre froide.
3. **Analyse du contenu** – Clause de consultation régulière, implication pour la souveraineté guinéenne (non‑aliénation, coopération technique).
4. **Enjeux** – Accès à une aide militaire et économique soviétique, diversification des partenariat, signal aux autres États non‑alignés.
5. **Limites** – Risque de dépendance vis‑à‑vis de l’URSS, réactions occidentales, contraintes internes (opposition au parti unique).
6. **Conclusion** – Le traité montre comment la Guinée a transformé son rejet de la Communauté française en une stratégie d’équidistance, tout en maintenant une certaine autonomie décisionnelle.
### Sujet 3 – Question de cours
**« Expliquez les conséquences économiques immédiates du retrait français en Guinée après le référendum de 1958, et montrez comment le gouvernement guinéen y a répondu. »**
**Points attendus** :
- Rappel du retrait français (aide budgétaire, cadres techniques, lignes de crédit).
- Effets sur le budget de l’État, sur les salaires des fonctionnaires, sur les projets d’infrastructure en cours.
- Réponses du gouvernement : nationalisation des entreprises françaises, création du franc guinéen, recours à l’aide soviétique et chinoise, lancement du premier plan quinquennal, politiques d’alphabétisation et de formation de cadres nationaux.
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## Erreurs fréquentes
| Erreur fréquente | Pourquoi elle est fausse | Correction |
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| Confondre la Communauté française avec l’Union française | L’Union française (1946) était une association plus lâche ; la Communauté française (1958) prévoit une autonomie interne mais des liens étroits en défense, monnaie et affaires étrangères. | Préciser les différences institutionnelles et les dates. |
| Penser que le « Non » guinéen a entraîné une aide immédiate des États‑Unis | Les États‑Unis sont restés prudents, craignant une proximité avec l’URSS ; aucune aide substantielle n’a été accordée avant le milieu des années 1960. | Mentionner la réaction américaine comme réservée, voire hostile. |
| Croire que la nationalisation des mines a immédiatement enrichi l’État guinéen | Les nationalisations ont d’abord nécessité des investissements lourds et la gestion a été initialement inefficace ; les recettes ont augmenté progressivement. | Souligner les difficultés de gestion et la dépendance aux cours mondiaux des matières premières. |
| Assimiler le socialisme guinéen au marxisme‑léninisme soviétique | Le régime de Touré se réclame d’un « socialisme africain » adapté aux réalités locales, pas d’une copie du modèle soviétique. | Préciser l’idéologie du parti (PDG‑RDA) et ses références à l’authenticité africaine. |
| Penser que le retrait français a entraîné un isolement total de la Guinée | La Guinée a rapidement obtenu de l’aide de l’URSS, de la Chine, du Ghana et d’autres pays non‑alignés. | Montrer la diversification des partenaires dès 1960‑1962. |
| Confondre la date du référendum (28 septembre 1958) avec celle de l’indépendance formelle (2 octobre 1958) | Le référendum décide du rejet de la Communauté ; l’indépendance est proclamée après le retrait français, le 2 octobre. | Distinguir clairement les deux événements et leurs conséquences juridiques. |
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## Synthèse du chapitre
- **Contexte** : Décolonisation de l’AOF, création de la Communauté française (1958) visant à accorder une autonomie interne tout en maintenant des liens étroits avec la France.
- **Référendum du 28 septembre 1958** : La Guinée vote à 95 % contre la Communauté, sous la direction d’Ahmed Sékou Touré et du PDG‑RDA, exprimant le refus de toute tutelle, même économique.
- **Conséquences immédiates** : Retrait français (aide, cadres, crédit), proclamation de la République de Guinée (2 oct. 1958), mise en place d’un gouvernement provisoire dirigé par Touré.
- **Réponse du gouvernement** : Nationalisation des entreprises françaises, création du franc guinéen, lancement du premier plan quinquennal (1960‑1965), recherche d’aides auprès de l’URSS, de la Chine et du Ghana.
- **Politique extérieure** : Adoption d’une stratégie d’équidistance (non‑aligné), traités d’amitié avec l’URSS (1961) et la Chine (1964), participation aux conférences des non‑alignés.
- **Évolution intérieure** : Consolidation du pouvoir autoritaire du PDG‑RDA, répression des oppositions, difficultés économiques (dépendance à la bauxite, échecs de la collectivisation), adoption d’une constitution renforçant le président (1965).
- **Leçons** : L’indépendance guinéenne montre comment un choix idéologique (liberté vs richesse sous tutelle) peut interagir avec des pressions externes (retrait français) pour produire un parcours original de décolonisation, marqué par des expérimentations socialistes, des alliances de la Guerre froide et des défis de gouvernance nationale.
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## Glossaire
| Terme | Définition |
|-------|------------|
| **Communauté française** | Ensemble créé par la Constitution du 4 octobre 1958 associant la France à ses territoires africains avec autonomie interne mais liens étroits en défense, monnaie et affaires étrangères. |
| **Référendum** | Vote populaire permettant aux territoires de choisir d’accepter ou de rejeter la nouvelle Constitution instituant la Communauté française. |
| **PDG‑RDA** | Parti démocratique de Guinée – Rassemblement démocratique africain, parti unique dirigé par Ahmed Sékou Touré, au pouvoir de 1958 à 1984. |
| **Socialisme africain** | Idéologie visant à adapter les principes du socialisme aux réalités socioculturelles et économiques de l’Afrique, mise en avant par des dirigeants comme Senghor, Nkrumah et Touré. |
| **Nationalisation** | Transfert de la propriété d’entreprises privées (souvent étrangères) vers l’État. |
| **Franc guinéen** | Monnaie nationale introduite en 1960 pour remplacer le franc CFA, symbole de souveraineté monétaire. |
| **Non‑alignement** | Position des États refusant de s’allier formellement soit au bloc occidental, soit au bloc soviétique durant la Guerre froide. |
| **Plan quinquennal** | Programme de développement économique sur cinq ans, inspiré des modèles soviétiques, visant à industrialiser et à moderniser l’économie. |
| **Cadre français** | Fonctionnaires, militaires, techniciens envoyés par la France pour administrer les colonies ; leur retrait constitue une sanction après le référendum. |
| **Tutelle** | Situation où un pouvoir étranger exerce un contrôle politique, économique ou militaire sur un territoire prétendument autonome. |
| **Néocolonialisme** | Forme indirecte de domination où un État anciennement colonisé reste dépendant économiquement ou politiquement de l’ancienne puissance métropolite. |
| **Autodétermination** | Principe selon lequel les peuples ont le droit de décider librement de leur statut politique et de leur développement économique, social et culturel. |
| **Bauxite** | Minerai d’aluminium abondant en Guinée, principale ressource d’exportation et levier économique du pays. |
| **Fria** | Ville guinéenne où se situe l’usine d’aluminium construite avec l’aide soviétique dans les années 1960. |
| **Camp de rééducation** | Lieu de détention et de travail forcé utilisé par le régime de Touré pour réprimer les opposants perçus comme contre‑révolutionnaires. |
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*Fin du cours.*
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