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Chapitre 32

Le texte descriptif

Lecture : 34 minQuiz de 12 questions

# Le texte descriptif ## Introduction La description est l'une des formes fondamentales du discours, au même titre que la narration, l'explication ou l'argumentation. Dans le programme de français des classes de Seconde, Première et Terminale au Cameroun, l'étude du texte descriptif occupe une place centrale dans le volet « Langue » : elle permet de comprendre comment un locuteur ou un écrivain organise le réel pour le faire voir à son interlocuteur ou à son lecteur. Décrire, ce n'est pas simplement énumérer des éléments ; c'est construire une représentation du monde à travers un regard, une intention et des choix linguistiques précis. Le texte descriptif se rencontre aussi bien dans les récits littéraires (romans, nouvelles, contes) que dans les écrits documentaires, les guides touristiques, les reportages ou encore les textes scientifiques. Maîtriser ses mécanismes, c'est acquérir une compétence essentielle pour la lecture analytique, le commentaire composé et la production écrite. La description se définit comme un type de texte qui consiste à **donner à voir** un objet du monde — une personne, une chose, un lieu, un animal — par le moyen du langage. Elle s'oppose en cela au récit, qui donne à suivre des actions dans le temps. Là où le récit organise des événements successifs, la description organise des éléments simultanés dans l'espace. Cette distinction fondamentale commande l'étude de ses structures, de ses procédés et de ses fonctions. --- ## I. Définition : donner à voir ### 1.1. La description comme représentation du réel Le verbe « décrire » vient du latin *describere*, qui signifie « copier, représenter par le dessin ou par l'écriture ». La description est donc une opération de **transposition** : elle transforme un référent extra-linguistique (ce dont on parle) en une représentation verbale. Son but premier est de **donner à voir** — c'est-à-dire de faire exister dans l'esprit du destinataire une image mentale aussi précise que possible de ce qui est décrit. > **À RETENIR** : La description est un type de texte qui donne à voir une personne, une chose, un lieu ou un animal par le langage. Elle organise des éléments dans l'espace, contrairement au récit qui organise des actions dans le temps. ### 1.2. Les objets de la description La description peut porter sur quatre grandes catégories de référents : **a) Une personne** : il s'agit alors de portrait. Le portrait peut être physique (traits du visage, corpulence, allure, vêtements) et/ou moral (caractère, qualités, défauts, comportements). Exemple classique : le portrait de M. de Rênal dans *Le Rouge et le Noir* de Stendhal, ou celui de la vieille servante dans *Madame Bovary* de Flaubert. **b) Une chose** : objet manufacturé, œuvre d'art, outil, vêtement, etc. La description d'une chose peut être technique (notice, fiche descriptive) ou littéraire (description d'un objet chargé de symboles). Exemple : la description de la machine à coudre dans *La Condition humaine* d'André Malraux, ou celle du gri-gri dans les romans de Mongo Beti. **c) Un lieu** : c'est le **topographie** (description d'un lieu). Le lieu peut être naturel (paysage, forêt, fleuve) ou construit (maison, ville, marché). Exemple : la description du marché de Yaoundé dans *Ville cruelle* d'Eza Boto, ou celle de la forêt équatoriale dans *Le Vieux Nègre et la Médaille* de Ferdinand Oyono. **d) Un animal** : la description animalière est fréquente dans les fables, les contes et les romans. Elle peut être réaliste ou symbolique. Exemple : la description du cheval dans *Candide* de Voltaire, ou celle du python dans les contes camerounais traditionnels. ### 1.3. Exemples développés **Exemple 1 (un lieu)** : « Le marché de Mokolo s'étend sur plusieurs hectares. Les allées étroites serpentent entre des étals de fruits, de légumes et de tissus aux couleurs éclatantes. Les vendeuses, coiffées de foulards aux teintes vives, interpellent les passants d'une voix forte. L'odeur du poisson fumé se mêle à celle des épices et de l'huile de palme. » (Description d'un lieu réel camerounais, ancrée dans le quotidien des élèves.) **Exemple 2 (une personne)** : « Le vieux Njoya était un homme de petite taille, mais sa carrure imposante forçait le respect. Son visage buriné portait les marques des ans : des rides profondes sillonnaient son front, et ses yeux, enfoncés sous des sourcils broussailleux, semblaient avoir tout vu. Il marchait lentement, appuyé sur un bâton de bois sculpté, et sa voix grave résonnait comme un tam-tam lointain. » **Exemple 3 (une chose)** : « Le tam-tam était un tronc d'arbre évidé, long d'environ un mètre, tendu d'une peau de chèvre soigneusement tannée. Ses flancs portaient des motifs géométriques gravés au couteau : losanges, triangles et lignes brisées. Frappé par le maître tambourinaire, il produisait un son profond qui portait à des kilomètres à la ronde. » **Exemple 4 (un animal)** : « Le caméléon, posé sur la branche, semblait faire partie de l'arbre lui-même. Sa peau, d'un vert mousse, se confondait avec les feuilles. Ses yeux, deux petites boules indépendantes, tournaient dans tous les sens avec une étrange lenteur. Sa queue enroulée en spirale le maintenait solidement accroché, tandis que sa langue, dépliée comme un ressort, capturait un insecte en une fraction de seconde. » ### 1.4. Description et énumération Il faut distinguer la description de la simple énumération. Énumérer, c'est lister des éléments sans les organiser. Décrire, c'est choisir, hiérarchiser, organiser ces éléments selon un point de vue et un projet d'écriture. La description implique donc un **travail de sélection** (on ne dit pas tout) et un **travail d'agencement** (on organise les éléments selon un ordre : du général au particulier, du haut vers le bas, de gauche à droite, du proche au lointain, etc.). --- ## II. L'hyperthème/référent et les sous-thèmes ### 2.1. Définition de l'hyperthème Le terme **hyperthème** (du grec *hyper*, « au-dessus », et *thema*, « ce qui est posé ») désigne le référent global de la description, c'est-à-dire l'objet principal dont il est question. C'est le point de départ de la description, ce qui est posé comme sujet à décrire. On l'appelle aussi **référent** ou **thème central**. > **À RETENIR** : L'hyperthème (ou référent) est l'objet global de la description — la personne, la chose, le lieu ou l'animal dont on parle. C'est le point d'ancrage de tout le texte descriptif. ### 2.2. Définition des sous-thèmes Les **sous-thèmes** sont les différents aspects, parties ou composantes de l'hyperthème. Ils constituent les subdivisions de la description : pour décrire un lieu, on décrira successivement ses différents espaces ; pour décrire une personne, on décrira son visage, son corps, ses vêtements, son caractère ; pour décrire un objet, on décrira ses différentes parties. > **À RETENIR** : Les sous-thèmes sont les éléments constitutifs de l'hyperthème. La description progresse en passant d'un sous-thème à un autre, selon un ordre choisi par le descripteur. ### 2.3. Organisation hiérarchique La description obéit à une **structure hiérarchique** : l'hyperthème domine l'ensemble, et les sous-thèmes sont subordonnés à l'hyperthème. Chaque sous-thème peut lui-même être décomposé en sous-sous-thèmes. Cette organisation peut être représentée sous forme d'arborescence : ``` HYPERTHÈME (le marché de Mokolo) │ ├── Sous-thème 1 : les étals │ ├── les fruits │ ├── les légumes │ └── les tissus │ ├── Sous-thème 2 : les vendeuses │ ├── leur tenue │ ├── leur comportement │ └── leur voix │ └── Sous-thème 3 : l'ambiance ├── les odeurs ├── les bruits └── l'animation ``` ### 2.4. Exemple développé : description d'un village camerounais **Hyperthème** : le village d'Ekounou. **Sous-thèmes** : - La place du village (sous-thème 1) : le fromager géant, le banc des anciens, la fontaine. - Les cases (sous-thème 2) : les murs en terre battue, les toits de tôle ou de paille, la disposition autour de la place. - Les habitants (sous-thème 3) : les femmes qui pilent le manioc, les enfants qui jouent, les vieillards qui causent à l'ombre. - Les activités (sous-thème 4) : le travail des champs, la préparation du repas, les allées et venues vers la rivière. **Texte rédigé** : « Le village d'Ekounou s'étendait autour d'une vaste place ombragée par un fromager centenaire. Au centre, la fontaine publique attirait les femmes porteuses de bidons et de calebasses. Autour de la place, les cases de terre battue se serraient les unes contre les autres, leurs toits de tôle ondulée étincelant sous le soleil de midi. Sur le seuil de leurs maisons, les vieillards, assis sur des nattes, devisaient à voix basse. Plus loin, derrière les cases, s'étendaient les plantations de manioc et de bananiers, dont les feuilles vertes bruissaient au vent. » ### 2.5. Les marques linguistiques de l'hyperthème L'hyperthème est généralement introduit par un **groupe nominal** (souvent défini ou démonstratif) en début de texte : « Le village d'Ekounou… », « Cette femme… », « La case de mon grand-père… ». Il est repris tout au long de la description par des **reprises nominales** (synonymes, périphrases) ou des **pronoms** (il, elle, cela). Les sous-thèmes sont introduits par des connecteurs spatiaux ou des organisateurs textuels : « à gauche », « au centre », « plus loin », « en arrière-plan », « quant à », « pour ce qui est de », etc. --- ## III. Réduction ou élargissement du champ visuel ### 3.1. Définition du champ visuel Le **champ visuel** désigne l'étendue de ce qui est perçu ou décrit. Dans un texte descriptif, le descripteur peut choisir de montrer une vue d'ensemble (champ large) ou de se concentrer sur un détail (champ étroit). Cette variation du champ visuel est comparable au fonctionnement d'une caméra : le **zoom arrière** élargit la vision, le **zoom avant** la resserre. > **À RETENIR** : La réduction du champ visuel consiste à passer d'une vision d'ensemble à un détail précis. L'élargissement du champ visuel consiste à passer d'un détail à une vision d'ensemble. Ces mouvements sont comparables aux zooms avant et arrière d'une caméra. ### 3.2. La réduction du champ visuel La **réduction du champ visuel** (ou resserrement) est un mouvement de la description qui va du général au particulier, du large au précis, de l'ensemble au détail. Ce procédé crée un effet de **grossissement** : le descripteur attire l'attention du lecteur sur un élément précis, souvent chargé de sens. **Exemple 1** : « La forêt s'étendait à perte de vue, sombre et majestueuse. Les arbres géants dressaient leurs fûts vers le ciel. Parmi eux, un fromager dominait tous les autres. Et sur l'une de ses branches basses, à hauteur d'homme, une petite orchidée sauvage s'épanouissait, fragile et éclatante. » Ici, le mouvement va de la forêt (champ large) à l'orchidée (champ étroit). Le lecteur est conduit comme par une caméra qui ferait un zoom avant. **Exemple 2** : « La salle de classe était vaste et lumineuse. Au fond, près du tableau, se tenait le professeur. Sur son bureau, un livre ouvert. Et sur la page, une phrase soulignée à l'encre rouge. » ### 3.3. L'élargissement du champ visuel L'**élargissement du champ visuel** (ou ouverture) est le mouvement inverse : on part d'un détail pour aboutir à une vision d'ensemble. Ce procédé crée un effet de **recul** : le descripteur montre d'abord un élément précis, puis révèle progressivement le contexte, l'environnement, le cadre général. **Exemple 1** : « Une goutte d'eau glissa le long de la feuille de bananier. Puis une autre, puis dix, puis cent. La pluie s'abattait sur le village. Les toits de tôle résonnaient sous les trombes d'eau, les caniveaux débordaient, et bientôt toute la colline ne fut plus qu'un immense rideau liquide. » **Exemple 2** : « Le petit sentier de terre rouge s'engageait entre les hautes herbes. Il montait, descendait, contournait les rochers. Il menait à la route nationale. Et la route nationale menait à Yaoundé, la capitale aux mille lumières. » ### 3.4. Les effets de ces mouvements La réduction du champ visuel produit un effet de **focalisation** : elle signale l'importance d'un détail, crée une tension, prépare une révélation. Elle est fréquente dans les incipits de romans ou les descriptions de personnages importants. L'élargissement du champ visuel produit un effet de **contextualisation** : il situe le détail dans un ensemble plus vaste, donne une perspective, ouvre le récit vers d'autres horizons. Il est fréquent en fin de description pour élargir la signification. ### 3.5. Combinaison des deux mouvements Un texte descriptif peut combiner les deux mouvements : on peut commencer par un élargissement (du détail à l'ensemble), puis opérer une réduction (de l'ensemble à un autre détail). Cette alternance crée un **rythme descriptif** qui maintient l'intérêt du lecteur. **Exemple** : « Le taxi-brousse cahotait sur la piste défoncée. À l'intérieur, les passagers étaient serrés les uns contre les autres, entre les sacs de riz et les cageots de tomates. Le conducteur, un homme jeune aux mains calleuses, gardait les yeux fixés sur la route. Soudain, son regard se porta sur le rétroviseur : une femme âgée, vêtue d'un pagne usé, tenait sur ses genoux un petit panier d'osier. Dans ce panier, soigneusement enveloppés dans des feuilles de marantacée, reposaient trois œufs frais. » Le texte commence par une vue d'ensemble (le taxi-brousse), se resserre sur le conducteur, puis sur la femme, puis sur le panier, puis sur les œufs : réduction progressive du champ visuel. --- ## IV. Les types de description : objective et subjective ### 4.1. La description objective La description **objective** (ou référentielle) se caractérise par un **regard neutre** : le descripteur s'efforce de montrer la réalité telle qu'elle est, sans exprimer ses sentiments, ses opinions ou ses jugements. Elle vise à l'exactitude et à la précision. On la trouve dans les textes documentaires, scientifiques, techniques, les guides touristiques, les rapports d'observation. > **À RETENIR** : La description objective adopte un regard neutre : elle présente les faits tels quels, sans jugement ni émotion. Elle privilégie les informations vérifiables et mesurables. **Caractéristiques linguistiques de la description objective** : - Emploi de la **troisième personne** (il, elle, on) ou de formes impersonnelles. - Absence de **modalisateurs** exprimant un jugement (pas d'adjectifs évaluatifs comme « beau », « laid », « agréable »). - Précision des informations : dimensions, couleurs, formes, matériaux, quantités. - Vocabulaire **dénotatif** (le sens littéral des mots, sans connotations subjectives). - Phrases souvent courtes ou de structure simple, à valeur informative. **Exemple 1** : « Le mont Cameroun est un volcan actif situé dans la région du Sud-Ouest du Cameroun. Il culmine à 4 095 mètres d'altitude, ce qui en fait le point le plus élevé de l'Afrique de l'Ouest. Sa dernière éruption remonte à 2000. Ses pentes sont couvertes de forêts jusqu'à environ 2 500 mètres, puis de prairies d'altitude au-delà. » **Exemple 2** : « Le bâtiment de la poste centrale de Douala est une construction de trois étages en béton armé. Sa façade est peinte en jaune et blanc. Il comporte une entrée principale donnant sur l'avenue de la Liberté, et deux entrées latérales. Le rez-de-chaussée abrite la salle des guichets, le premier étage les bureaux administratifs, le deuxième les services techniques. » ### 4.2. La description subjective La description **subjective** (ou évaluative) se caractérise par un regard personnel : le descripteur exprime sa perception, ses émotions, ses impressions, ses jugements. Elle est fréquente dans les textes littéraires, les récits de voyage, les lettres, les textes argumentatifs. > **À RETENIR** : La description subjective exprime un jugement ou une émotion : le descripteur montre la réalité à travers son regard personnel. Elle utilise des modalisateurs et un vocabulaire connotatif. **Caractéristiques linguistiques de la description subjective** : - Emploi de la **première personne** (je, nous) ou de marques de subjectivité. - Présence de **modalisateurs** : adverbes d'opinion (heureusement, malheureusement, sans doute), adjectifs évaluatifs (magnifique, horrible, délicieux), verbes d'opinion ou de sentiment (je trouve, je crois, j'aime, je déteste). - Vocabulaire **connotatif** (les mots porteurs de valeurs affectives ou culturelles). - Recours aux figures de style : comparaisons, métaphores, hyperboles. - Phrases expressives : exclamations, interrogations, rythmes variés. **Exemple 1** : « Quel spectacle magnifique que celui du mont Cameroun au lever du soleil ! La montagne, majestueuse et fière, dressait sa cime couronnée de neiges éternelles vers un ciel d'un bleu éclatant. Ses pentes verdoyantes, caressées par la brise matinale, semblaient vibrer d'une vie secrète. On ne pouvait qu'être saisi d'admiration devant tant de beauté. » **Exemple 2** : « La poste centrale de Douala est un bâtiment triste et délabré. Sa façade jaunâtre, rongée par l'humidité, donne une impression de laisser-aller. Les guichets sont sales, les employés semblent épuisés, et l'atmosphère y est étouffante. On ressort de là avec une seule envie : fuir au plus vite. » ### 4.3. La distinction entre les deux types La distinction entre description objective et subjective repose sur la **présence ou l'absence de marques de subjectivité**. Cependant, il faut noter que la description purement objective est un idéal théorique : tout choix de mots, toute sélection d'éléments implique déjà un point de vue. On parlera donc plutôt de **dominante** objective ou subjective. > **À RETENIR** : Une description est objective quand elle privilégie le regard neutre et les informations factuelles ; elle est subjective quand elle exprime des jugements et des émotions à travers des modalisateurs. Dans la pratique, les deux types se combinent souvent. ### 4.4. Exemple de passage de l'un à l'autre **Texte** : « Le fleuve Sanaga mesure environ 918 kilomètres de long. Il prend sa source dans le plateau de l'Adamaoua et se jette dans le golfe de Guinée. Son débit moyen est de 2 072 m³/s. » (Description objective.) « Le Sanaga, ce géant tranquille, déroule ses eaux puissantes à travers la forêt dense. Quel fleuve majestueux ! Ses rives verdoyantes, ses rapides écumants, ses îles mystérieuses composent un paysage à couper le souffle. » (Description subjective.) Le même référent (le fleuve Sanaga) peut donc être décrit de manière objective ou subjective selon le projet d'écriture. --- ## V. Les procédés de la description La description mobilise un ensemble de **procédés linguistiques** et **stylistiques** qui permettent de construire la représentation du référent. On distingue les procédés grammaticaux (verbes, adverbes, présentatifs) et les procédés rhétoriques (comparaisons, métaphores, énumérations). ### 5.1. Les verbes de perception Les **verbes de perception** (ou verbes sensoriels) expriment les sensations : voir, regarder, apercevoir, distinguer, entendre, écouter, sentir, humer, toucher, goûter. Ils placent la description sous le signe des sens et ancrent le point de vue d'un observateur. > **À RETENIR** : Les verbes de perception (voir, entendre, sentir, toucher, goûter) expriment le rapport sensoriel du descripteur au référent. Ils ancrent la description dans une expérience sensible. **Exemples** : - « On voyait au loin les collines bleutées. » - « On entendait le chant des oiseaux dans les arbres. » - « On sentait l'odeur de la terre mouillée après la pluie. » - « Du haut de la colline, on apercevait le fleuve qui serpentait dans la plaine. » - « On distinguait à peine les cases du village dans la brume du matin. » **Exemple supplémentaire (contexte camerounais)** : « Du sommet du mont Fébé, on découvrait Yaoundé étalé à nos pieds. On voyait les collines couvertes de maisons, on entendait le grondement lointain de la circulation, on sentait l'air frais chargé de l'odeur des eucalyptus. » ### 5.2. Les verbes d'état Les **verbes d'état** (être, paraître, sembler, demeurer, rester, devenir, avoir l'air, passer pour) établissent une relation d'attribution entre le sujet et un attribut. Ils sont essentiels dans la description car ils permettent de qualifier le référent sans exprimer d'action. > **À RETENIR** : Les verbes d'état (être, paraître, sembler, demeurer, rester, devenir) relient le sujet à un attribut. Ils sont le support des adjectifs qualificatifs dans la description. **Exemples** : - « La maison était vaste et claire. » - « Le ciel semblait chargé de menaces. » - « Les rues du quartier paraissaient désertes. » - « Le vieil homme restait immobile, comme figé dans le temps. » - « La rivière demeurait calme, malgré la pluie de la veille. » **Exemple supplémentaire** : « Le marché de Mfoundi est toujours animé. Les allées sont bondées, les étals paraissent plier sous le poids des marchandises, et l'ambiance demeure chaleureuse malgré la foule. » ### 5.3. Les présentatifs Les **présentatifs** sont des mots ou locutions qui servent à introduire ou à mettre en relief un élément de la phrase : voici, voilà, c'est, ce sont, il y a, il est. Ils sont fréquents dans la description car ils permettent de faire exister l'objet décrit dans le discours. > **À RETENIR** : Les présentatifs (voici, voilà, c'est, il y a) introduisent et mettent en relief les éléments de la description. Ils fonctionnent comme des « projecteurs » sur le référent. **Exemples** : - « Voici la case de mon grand-père. » - « Voilà le fleuve qui traverse notre village. » - « Il y a un grand fromager au centre de la place. » - « C'est une petite église construite en briques rouges. » - « Il y avait, au fond de la cour, un puits abandonné. » **Exemple supplémentaire** : « Voici le lycée où j'ai fait mes études secondaires. Il y a la cour de récréation, là-bas, avec ses manguiers centenaires. Voilà la salle des professeurs, et c'est dans cette classe, au premier étage, que nous suivions les cours de français. » ### 5.4. L'imparfait L'**imparfait** est le temps verbal privilégié de la description. Il exprime une action ou un état qui dure dans le passé, sans limite précise de début ou de fin. Dans la description, il crée un effet de **durée**, de **pause** : le temps semble suspendu, l'action est mise au second plan au profit de la représentation. > **À RETENIR** : L'imparfait est le temps de la description : il exprime la durée, l'arrière-plan, l'état. Il s'oppose au passé simple, temps du récit, qui exprime les actions de premier plan. **Exemples** : - « Le soleil se couchait lentement derrière les collines. » - « Les enfants jouaient au football dans la cour poussiéreuse. » - « Une vieille femme vendait des beignets au bord de la route. » - « La fumée s'élevait des toits, et l'odeur du bois brûlé flottait dans l'air. » - « Les vendeuses du marché interpellaient les passants, tandis que les clients marchandaient les prix. » **Exemple supplémentaire** : « Chaque soir, au village, les femmes se retrouvaient autour du feu. Elles parlaient à voix basse, tandis que les enfants, assis en cercle, écoutaient les histoires du passé. La nuit tombait doucement, et les étoiles apparaissaient une à une dans le ciel. » ### 5.5. Les adverbes de lieu Les **adverbes de lieu** (ici, là, là-bas, ailleurs, partout, devant, derrière, au-dessus, au-dessous, à gauche, à droite, au loin, près, loin) organisent l'espace de la description. Ils permettent de situer les éléments les uns par rapport aux autres et de guider le regard du lecteur. > **À RETENIR** : Les adverbes de lieu (ici, là, devant, derrière, au loin, partout) structurent l'espace de la description. Ils indiquent la position des éléments et orientent le regard du lecteur. **Exemples** : - « Devant la case, une femme pilait du manioc. » - « Derrière la maison, s'étendait un vaste champ de maïs. » - « Au loin, on apercevait les montagnes. » - « Partout, des enfants couraient et jouaient. » - « Ici, le silence régnait ; là-bas, on entendait des chants. » **Exemple supplémentaire** : « Le fleuve coulait en contrebas. Ici, ses eaux étaient calmes et profondes ; là, elles bouillonnaient entre les rochers. Au-dessus, les oiseaux planaient ; au-dessous, les poissons glissaient entre les pierres. Partout, la vie bruissait dans un équilibre parfait. » ### 5.6. Les comparaisons La **comparaison** est une figure de style qui rapproche deux éléments (le comparé et le comparant) partageant un point commun, à l'aide d'un outil de comparaison : comme, tel, semblable à, pareil à, ainsi que, plus que, moins que, aussi que. > **À RETENIR** : La comparaison rapproche deux éléments (comparé et comparant) à l'aide d'un outil de comparaison (comme, tel, semblable à). Elle rend la description plus concrète et plus expressive. **Exemples** : - « Ses yeux brillaient comme des étoiles. » - « La rivière était calme comme un miroir. » - « Le vieil homme était courbé tel un arc. » - « Les nuages s'amoncelaient, semblables à des montagnes de coton. » - « La voix de la chanteuse était douce comme le miel. » **Exemple supplémentaire (contexte camerounais)** : « Le tam-tam résonnait dans la nuit, puissant comme le tonnerre, et les danseurs se mouvaient avec la grâce des antilopes. Les femmes, parées de leurs plus beaux pagnes, tournoyaient comme des fleurs emportées par le vent. » ### 5.7. Les hypallages L'**hypallage** (du grec *hypallagê*, « échange ») est une figure de style qui consiste à attribuer à un mot ce qui convient à un autre mot de la phrase. On dit aussi qu'il y a « échange » de qualificatifs : l'adjectif, au lieu de qualifier le nom auquel il se rapporte grammaticalement, qualifie logiquement un autre élément de la phrase. > **À RETENIR** : L'hypallage est une figure qui attribue à un mot une qualité qui convient logiquement à un autre mot de la phrase. Elle crée un effet de surprise et d'originalité. **Exemples** : - « Une rue endormie » (c'est la rue qui est endormie, mais ce sont les habitants qui dorment). - « Un silence pesant » (c'est l'atmosphère qui est pesante, pas le silence lui-même). - « Des heures languissantes » (ce sont les personnes qui sont languissantes, pas les heures). - « La forêt attentive » (ce sont les animaux ou les êtres qui sont attentifs, pas la forêt). - « Un regard fatigué » (c'est la personne qui est fatiguée, pas le regard). **Exemple supplémentaire** : « La rue poussiéreuse s'étirait sous le soleil brûlant. » (C'est la rue qui est poussiéreuse, mais c'est l'atmosphère qui est brûlante.) « Le marché criard s'animait à l'aube. » (Ce sont les vendeurs qui crient, pas le marché.) ### 5.8. Les métaphores La **métaphore** est une figure de style qui rapproche deux éléments sans outil de comparaison : le comparé et le comparant sont fondus en une seule expression. On dit que la métaphore est une comparaison sans « comme ». Elle crée une image forte et suggestive. > **À RETENIR** : La métaphore est une comparaison sans outil de comparaison : elle identifie directement deux éléments. Elle crée une image qui enrichit la description. **Exemples** : - « Le soleil dardait ses rayons de feu. » (Le soleil est comparé à un être qui darde, et ses rayons à du feu.) - « La nuit étendait son manteau d'ombre. » (La nuit est personnifiée, l'ombre est comparée à un manteau.) - « Ses cheveux étaient une cascade d'or. » (Les cheveux sont comparés à une cascade d'or.) - « La ville était un immense chantier à ciel ouvert. » (La ville est comparée à un chantier.) - « Le fleuve était un serpent d'argent qui se glissait dans la plaine. » (Le fleuve est comparé à un serpent.) **Exemple supplémentaire (contexte camerounais)** : « La forêt équatoriale est un océan de verdure qui engloutit les villages. » (La forêt est comparée à un océan.) « Les nuages de la saison des pluies sont des troupeaux d'éléphants gris qui traversent le ciel. » (Les nuages sont comparés à des troupeaux d'éléphants.) ### 5.9. Les énumérations L'**énumération** est un procédé qui consiste à énumérer, c'est-à-dire à lister successivement plusieurs éléments de même nature ou de même fonction. Elle peut être organisée en **gradation** (les termes sont classés par ordre croissant ou décroissant d'intensité) ou non. Elle produit un effet d'abondance, de richesse, de totalité. > **À RETENIR** : L'énumération liste successivement plusieurs éléments. Elle produit un effet d'abondance et de précision. La gradation est une énumération dont les termes sont classés par ordre croissant ou décroissant. **Exemples** : - « Le marché offrait des fruits, des légumes, des tissus, des ustensiles, des bijoux, des épices. » - « Il y avait des bananes, des oranges, des mangues, des papayes, des ananas, des avocats. » - « La foule criait, chantait, dansait, pleurait, riait. » - « Des enfants, des femmes, des vieillards, des étrangers, tous étaient venus assister à la cérémonie. » - « Le vent soufflait, les arbres pliaient, les toits s'envolaient, la pluie cinglait. » **Exemple supplémentaire** : « Dans la cour du chef, on voyait des calebasses sculptées, des masques colorés, des tam-tams ornés, des lances anciennes, des peaux de bêtes, des instruments de musique, des objets de culte, tout un trésor d'art et de tradition. » ### 5.10. Les adjectifs qualificatifs Les **adjectifs qualificatifs** sont les mots qui expriment les qualités ou les propriétés du nom qu'ils accompagnent. Ils sont essentiels dans la description car ils permettent de caractériser le référent : sa taille, sa couleur, sa forme, son aspect, son caractère, etc. > **À RETENIR** : Les adjectifs qualificatifs caractérisent le référent : ils expriment ses qualités, ses propriétés, ses aspects. Ils sont le matériau de base de la description. **Exemples** : - « Une vaste plaine verdoyante s'étendait à perte de vue. » - « Le vieux baobab, majestueux et imposant, dominait la savane. » - « Une lumière douce et dorée inondait la pièce. » - « Les hautes montagnes bleutées se dressaient à l'horizon. » - « Un vent frais et léger soufflait sur la ville endormie. » **Exemple supplémentaire** : « La jeune fille portait un pagne éclatant, aux couleurs vives et chatoyantes. Ses bracelets d'argent tintaient à chacun de ses gestes, et son sourire éclatant illuminait son visage harmonieux. Elle avançait d'un pas léger et gracieux, comme si elle dansait. » ### 5.11. Tableau récapitulatif des procédés | Procédé | Fonction | Exemple | |---------|----------|---------| | Verbes de perception | Ancrer la description dans les sens | « On voyait… », « On entendait… » | | Verbes d'état | Qualifier sans exprimer d'action | « Le ciel semblait… » | | Présentatifs | Introduire et mettre en relief | « Voici… », « Il y a… » | | Imparfait | Créer la durée, l'arrière-plan | « Le soleil se couchait… » | | Adverbes de lieu | Organiser l'espace | « Ici…, là-bas… » | | Comparaisons | Rapprocher deux éléments | « Comme… », « tel… » | | Hypallages | Créer un effet de surprise | « Un silence pesant » | | Métaphores | Créer une image | « La nuit étendait son manteau » | | Énumérations | Produire un effet d'abondance | « Des fruits, des légumes… » | | Adjectifs qualificatifs | Caractériser le référent | « Une vaste plaine verdoyante » | --- ## VI. Les fonctions de la description La description n'est jamais gratuite : elle remplit toujours une ou plusieurs fonctions dans le texte. On distingue classiquement cinq fonctions principales : décorative, argumentative, informative, critique et ludique. ### 6.1. La fonction décorative La fonction **décorative** (ou ornementale) est la fonction traditionnelle de la description : elle vise à embellir le texte, à créer une atmosphère, à donner du relief au récit. Elle est fréquente dans les romans du XIXe siècle, où elle sert de « décor » à l'action. Elle n'a pas de rôle directement utilitaire : elle existe pour le plaisir du lecteur, pour la beauté du style. > **À RETENIR** : La fonction décorative de la description vise à embellir le texte et à créer une atmosphère. Elle est au service du plaisir esthétique du lecteur. **Exemple** : « Le soleil couchant embrasait l'horizon. Les nuages, teintés de rose et d'or, flottaient paresseusement dans un ciel de feu. La mer, calme et scintillante, reflétait les dernières lueurs du jour. Sur la plage, les vagues venaient mourir en un murmure doux et régulier. C'était un spectacle d'une beauté à couper le souffle, un tableau vivant que la nature offrait aux regards émerveillés. » **Exemple supplémentaire** : « La cascade de la Lobé se déversait dans l'océan avec une puissance majestueuse. Les eaux, d'un vert émeraude, se mêlaient aux vagues bleues dans un tourbillon d'écume. Les rochers noirs, polis par des siècles d'érosion, encadraient ce spectacle grandiose. Des oiseaux marins planaient au-dessus, poussant des cris stridents qui se mêlaient au grondement de l'eau. » ### 6.2. La fonction argumentative La fonction **argumentative** de la description consiste à servir une thèse, à convaincre ou à persuader le lecteur. La description n'est plus neutre : elle est orientée, sélective, exagérée ou atténuée selon le but visé. Elle peut servir à dénoncer (description d'une misère), à louer (description d'une réussite), à alerter (description d'un danger), à justifier une opinion. > **À RETENIR** : La fonction argumentative de la description sert une thèse : elle oriente la perception du lecteur pour le convaincre ou le persuader. **Exemple** : « Le quartier était un véritable cloaque. Les rues, jamais entretenues, étaient jonchées d'ordures. Les maisons, construites dans des matériaux de fortune, menaçaient de s'effondrer à tout moment. L'eau potable manquait, l'électricité était rare, et les enfants jouaient dans des caniveaux à ciel ouvert. Comment accepter qu'au XXIe siècle, des êtres humains vivent dans de telles conditions ? » **Exemple supplémentaire** : « La déforestation a transformé nos forêts en terres désolées. Là où s'étendaient des arbres centenaires, il ne reste que des souches calcinées. Là où vivaient des éléphants, des gorilles et des antilopes, il ne subsiste que des terres arides. Là où coulaient des rivières poissonneuses, il ne coule plus que des ruisseaux boueux. Il est urgent d'agir avant qu'il ne soit trop tard. » ### 6.3. La fonction informative La fonction **informative** (ou référentielle) de la description vise à transmettre des connaissances, à renseigner le lecteur sur le référent. Elle est dominante dans les textes documentaires, les encyclopédies, les guides, les reportages. Elle privilégie l'objectivité, la précision, l'exactitude. > **À RETENIR** : La fonction informative de la description vise à transmettre des connaissances : elle renseigne le lecteur avec précision et exactitude. **Exemple** : « Le cacao, plante originaire d'Amérique du Sud, est cultivé au Cameroun principalement dans les régions du Centre, du Sud et de l'Est. Le cacaoyer, arbre de 4 à 8 mètres de haut, produit des cabosses qui contiennent 30 à 40 graines. Après la récolte, les graines sont fermentées pendant 5 à 7 jours, puis séchées au soleil. Le Cameroun produit environ 200 000 tonnes de cacao par an, ce qui en fait le cinquième producteur mondial. » **Exemple supplémentaire** : « Le lac Nyos est un lac de cratère situé dans la région du Nord-Ouest du Cameroun. Il s'est formé il y a environ 400 ans à la suite d'une éruption volcanique. Sa profondeur maximale est de 210 mètres. Le 21 août 1986, le lac a libéré une grande quantité de dioxyde de carbone, provoquant la mort de plus de 1 700 personnes et de milliers d'animaux dans les vallées environnantes. Depuis, des dispositifs de dégazage ont été installés pour prévenir une nouvelle catastrophe. » ### 6.4. La fonction critique La fonction **critique** de la description consiste à dénoncer, à juger, à remettre en question une réalité sociale, politique, morale ou culturelle. Elle est proche de la fonction argumentative, mais elle se distingue par son caractère plus directement polémique : elle vise à dénoncer plutôt qu'à convaincre. Elle est fréquente dans les textes satiriques, les pamphlets, les romans engagés. > **À RETENIR** : La fonction critique de la description vise à dénoncer et à juger : elle remet en question une réalité sociale, politique ou morale. **Exemple** : « Les quartiers riches de la ville affichaient leur opulence : villas climatisées, piscines étincelantes, voitures de luxe alignées devant les grilles dorées. À quelques centaines de mètres, les quartiers pauvres étalaient leur misère : cases de tôle, enfants dépenaillés, eaux usées stagnantes. Comment ne pas voir l'injustice criante de cette répartition des richesses ? Comment ne pas s'indigner de ce contraste insoutenable ? » **Exemple supplémentaire** : « Les bureaux de l'administration étaient un modèle d'inefficacité. Des piles de dossiers s'accumulaient sur les bureaux, des employés somnolaient devant leurs ordinateurs éteints, des visiteurs attendaient des heures dans des couloirs poussiéreux. Chaque demande nécessitait dix signatures, chaque signature nécessitait dix jours, chaque jour nécessitait dix excuses. C'était un système savamment organisé pour décourager les plus patients et enrichir les plus malins. » ### 6.5. La fonction ludique La fonction **ludique** (du latin *ludus*, « jeu ») de la description vise à amuser, à divertir, à faire sourire ou rire le lecteur. Elle joue avec les mots, les images, les exagérations, les surprises. Elle est fréquente dans les textes humoristiques, les contes, les récits comiques. > **À RETENIR** : La fonction ludique de la description vise à amuser et à divertir : elle joue avec les mots et les images pour faire sourire ou rire. **Exemple** : « Le coq du voisin était une véritable horloge vivante, mais une horloge qui se trompait toujours. Il chantait à trois heures du matin, convaincu que le soleil allait se lever. Il chantait à midi, persuadé qu'il était l'aube. Il chantait à minuit, certain que le jour allait poindre. Ce coq avait décidé que le temps ne lui dictait pas sa loi, et il le faisait savoir à tout le quartier. » **Exemple supplémentaire** : « Le vieux taxi de Papa Daniel était une merveille de bricolage. Sa portière droite était attachée avec une corde, son pare-brise était fêlé en étoile, son pot d'échappement crachait des nuages de fumée noire. Mais Papa Daniel, philosophe, affirmait que son taxi était le plus fiable de la ville : "Il ne tombe jamais en panne, disait-il, parce qu'il est déjà en panne. Il ne peut pas tomber de plus bas." » ### 6.6. La combinaison des fonctions Dans un même texte, les fonctions de la description peuvent se combiner. Une description peut être à la fois informative et critique, décorative et argumentative, ludique et informative. L'analyse des fonctions permet de comprendre le projet d'écriture de l'auteur. **Exemple combiné** : « Le lycée était un bâtiment imposant, construit dans les années 1970. Ses murs de béton, jadis blancs, étaient maintenant grisâtres et craquelés. Les salles de classe, prévues pour trente élèves, en accueillaient soixante. Les tables étaient usées, les tableaux effacés, les livres rares. Pourtant, malgré ces conditions difficiles, les élèves travaillaient avec une ardeur remarquable, conscients que l'éducation était leur seule chance de réussir. » (Cette description est à la fois informative — elle renseigne sur l'état du lycée — et critique — elle dénonce les conditions d'enseignement — et même argumentative — elle valorise le mérite des élèves.) --- ## VII. Conclusion et ouverture Le texte descriptif est une forme de discours essentielle, qui permet de donner à voir le monde par le langage. Son étude a montré qu'il obéit à des structures précises : un hyperthème organisé en sous-thèmes, un champ visuel qui peut se réduire ou s'élargir, une opposition entre description objective et subjective, un ensemble de procédés linguistiques et stylistiques, et enfin des fonctions variées qui vont de l'ornement à la critique sociale. La maîtrise de la description est une compétence fondamentale pour l'élève de Seconde, Première et Terminale : elle est nécessaire pour la lecture analytique (identifier et analyser les descriptions dans les textes littéraires), pour le commentaire composé (étudier les procédés descriptifs et leurs effets), et pour la production écrite (savoir décrire avec précision et expressivité). Ce chapitre ouvre naturellement sur l'étude des autres types de textes : le texte narratif, qui alterne avec la description dans les récits ; le texte argumentatif, qui utilise souvent la description à des fins de persuasion ; le texte explicatif, qui décrit pour faire comprendre. La description est en réalité un carrefour : elle se mêle à tous les autres types de discours et les enrichit de sa puissance évocatrice. > **À RETENIR** : La description est un type de texte fondamental qui donne à voir une personne, une chose, un lieu ou un animal. Elle s'organise autour d'un hyperthème et de sous-thèmes, peut être objective ou subjective, utilise des procédés variés (verbes de perception, verbes d'état, présentatifs, imparfait, adverbes de lieu, comparaisons, hypallages, métaphores, énumérations, adjectifs qualificatifs) et remplit des fonctions diverses (décorative, argumentative, informative, critique, ludique). Sa maîtrise est indispensable pour la lecture et la production de textes.

Quiz du chapitre

12 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Quelle est la définition d'un texte descriptif ?
  2. 2. Dans une description, l'hyperthème désigne :
  3. 3. Dans la phrase « La forêt, avec ses arbres géants et ses rivières cristallines, s'étendait à perte de vue », quels sont les sous-thèmes ?
  4. 4. Une description qui réduit le champ visuel (du général au particulier) est appelée :
  5. 5. « Le vieux bâtiment, avec ses murs fissurés, semblait abandonné. » Cette description est :
  6. 6. Quel procédé est utilisé dans : « La lumière dansait sur les vagues » ?
  7. 7. Dans la phrase « Le silence vert de la forêt », quel procédé est employé ?
  8. 8. Quel temps verbal est le plus fréquent dans une description ?
  9. 9. « Il y a un vieux puits au centre de la cour. » Quel procédé est utilisé ?
  10. 10. Une description qui vise à critiquer un personnage ou une société est de fonction :
  11. 11. Dans la phrase « Devant la maison, un jardin fleuri s'étendait », quel est l'adverbe de lieu ?
  12. 12. Une description qui a pour but de persuader le lecteur d'adopter une opinion est de fonction :