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Chapitre 42

Le système verbal : les temps de l'indicatif

Lecture : 27 minQuiz de 12 questions

# Le système verbal : les temps de l'indicatif ## Introduction Le verbe est le noyau organisateur de la phrase : il exprime l'action, l'état ou le processus, mais il situe surtout cette action dans le temps. En français, le mode indicatif est le mode du réel, celui qui permet d'ancrer le procès (c'est-à-dire l'action ou l'état exprimé par le verbe) dans une temporalité objective, qu'elle soit passée, présente ou future. Le système verbal de l'indicatif comprend huit temps simples et composés, organisés selon deux axes fondamentaux : l'axe du présent (présent, futur simple, futur antérieur, passé composé) et l'axe du passé (imparfait, passé simple, plus-que-parfait, passé antérieur). Chaque temps possède des valeurs sémantiques (c'est-à-dire des significations) et des emplois discursifs (c'est-à-dire des fonctions dans le discours) qui lui sont propres. Comprendre ce système, c'est comprendre comment la langue française organise la temporalité, mais aussi comment le locuteur choisit un temps plutôt qu'un autre pour produire un effet de sens particulier : décrire, raconter, exprimer un espoir, marquer une conséquence, etc. Ce chapitre se propose d'étudier successivement les huit temps de l'indicatif, en mettant en évidence pour chacun ses valeurs fondamentales, ses emplois particuliers et ses interactions avec les autres temps du système. --- ## I. Le présent de l'indicatif Le présent de l'indicatif est le temps le plus riche et le plus complexe du système verbal français. Sa forme simple (je chante, tu finis, il prend) peut exprimer des temporalités très diverses, allant du moment précis de l'énonciation (c'est-à-dire le moment où l'on parle) jusqu'à l'intemporel le plus absolu. Cette polyvalence (capacité d'exprimer plusieurs valeurs) fait du présent le temps de référence à partir duquel s'organisent tous les autres temps de l'indicatif. ### 1. Le présent d'habitude ou de répétition Le présent peut exprimer une action qui se répète régulièrement, selon une fréquence déterminée ou non. Dans ce cas, l'action n'est pas située dans un moment précis, mais dans une habitude, une routine, une coutume. > **À retenir** : Le présent d'habitude exprime une action qui se répète de manière régulière. Il est souvent accompagné d'indicateurs de fréquence : *tous les jours, chaque semaine, souvent, toujours, généralement, d'habitude*. Exemples : - *Tous les matins, je prends le bus pour aller au lycée.* - *Elle fait ses devoirs chaque soir après le dîner.* - *Au Cameroun, les élèves chantent l'hymne national chaque lundi matin avant le début des cours.* Dans ces exemples, l'action n'est pas en train de se dérouler au moment où l'on parle ; elle se répète selon une périodicité. Le présent d'habitude est très fréquemment employé dans les récits de vie, les portraits et les descriptions de routines. ### 2. Le présent à valeur de futur proche Le présent peut exprimer une action qui va se dérouler dans un avenir immédiat ou proche. Cette valeur est souvent rendue par la périphrase *être sur le point de* ou par le présent lui-même accompagné d'un indicateur temporel de proximité. > **À retenir** : Le présent à valeur de futur proche exprime une action qui va se réaliser dans un avenir immédiat. Il est souvent accompagné d'indicateurs temporels comme *tout à l'heure, bientôt, dans un instant, ce soir, demain*. Exemples : - *J'arrive dans cinq minutes.* (Je vais arriver dans cinq minutes.) - *Nous partons en voyage à Bafoussam ce week-end.* - *Le professeur corrige les copies tout à l'heure.* Dans ce cas, le présent ne situe pas l'action dans le moment de l'énonciation, mais dans un futur tellement proche qu'il est perçu comme déjà engagé. Cette valeur est particulièrement fréquente à l'oral, où elle concurrence le futur simple et le futur proche (*aller* + infinitif). ### 3. Le présent omnitemporel ou de vérité générale Le présent peut exprimer des vérités qui échappent à toute temporalité : des lois scientifiques, des proverbes, des maximes, des définitions, des constats universels. On parle alors de présent omnitemporel (du latin *omnis*, « tout », et *tempus*, « temps ») ou de présent de vérité générale. > **À retenir** : Le présent omnitemporel exprime des vérités valables pour tous les temps : lois scientifiques, proverbes, définitions, maximes. Il n'est accompagné d'aucun indicateur temporel précis. Exemples : - *L'eau bout à cent degrés Celsius.* - *Qui vivra verra.* - *Le soleil se lève à l'est et se couche à l'ouest.* - *Le Cameroun est un pays d'Afrique centrale.* - *Deux et deux font quatre.* Le présent omnitemporel est le temps de la science, de la sagesse populaire et du discours didactique (qui vise à enseigner). Il confère aux énoncés une valeur de vérité absolue, indépendante du contexte d'énonciation. ### 4. Le présent de narration ou présent historique Le présent peut raconter des événements passés en les rendant présents à l'esprit du lecteur ou de l'auditeur. On parle de présent de narration lorsqu'il est employé dans un récit au passé pour actualiser un événement, ou de présent historique lorsqu'il raconte des faits historiques passés. > **À retenir** : Le présent de narration (ou présent historique) raconte des événements passés en les présentant comme actuels. Il crée un effet de réel et rend le récit plus vivant. Exemples : - *Le 20 mai 1972, le Cameroun devient une République unie.* - *Soudain, le chien se jette sur le voleur et le mord à la jambe.* (dans un récit au passé) - *En 1886, le roi Njoya monte sur le trône du royaume bamoun.* Le présent de narration est fréquent dans les récits historiques, les biographies, les reportages et les narrations littéraires. Il a pour effet de rapprocher l'événement passé du lecteur, de créer une impression d'immédiateté et de dramatiser le récit. Il est souvent employé avec des compléments circonstanciels de temps précis (*en 1972, soudain, à ce moment-là*). ### 5. Le présent d'énonciation Le présent d'énonciation est la valeur première du présent : il situe l'action au moment même où l'on parle. C'est le temps de la parole en train de se faire. Exemples : - *Je vous remercie de votre attention.* - *Il pleut dehors.* - *Je te promets de t'aider.* Cette valeur est fondamentale dans les actes de parole (promettre, remercier, déclarer, affirmer) : l'action exprimée par le verbe s'accomplit dans l'instant même de l'énonciation. --- ## II. L'imparfait de l'indicatif L'imparfait est le temps du passé le plus employé en français. Sa terminaison caractéristique (-ais, -ais, -ait, -ions, -iez, -aient) se greffe sur le radical de la première personne du pluriel du présent (nous chantons → je chantais). L'imparfait exprime une action passée dont la durée est indéterminée, sans début ni fin précis. Il est le temps de la description, du décor, de l'arrière-plan du récit. ### 1. L'imparfait, temps de la description par excellence L'imparfait est avant tout le temps de la description. Il sert à décrire des personnages, des lieux, des états d'âme, des situations, des paysages dans le passé. Il présente des actions ou des états qui durent, qui se prolongent, sans que l'on perçoive leur commencement ni leur fin. > **À retenir** : L'imparfait est le temps de la description : il présente des actions ou des états passés dans leur durée, sans début ni fin précis. Il répond aux questions : *Comment était-ce ? Qu'est-ce qu'on voyait ? Quel était l'état ?* Exemples : - *La cour du lycée était vaste et ombragée. De grands manguiers bordaient l'allée centrale, et leurs branches formaient une voûte protectrice au-dessus des bancs.* - *Il faisait chaud ce jour-là. Le ciel était d'un bleu éclatant, et l'air vibrait de la chaleur de midi.* - *La vieille dame portait un pagne traditionnel aux couleurs éclatantes et racontait des histoires de son enfance avec une voix douce et posée.* Dans ces exemples, l'imparfait installe un décor, dresse un portrait, peint une atmosphère. Il ne fait pas avancer l'action : il la situe, il la prépare. ### 2. L'imparfait, temps de l'arrière-plan narratif Dans un récit, l'imparfait sert de toile de fond aux événements principaux. Il exprime les actions secondaires, les états qui durent, les habitudes, tandis que le passé simple exprime les actions principales, ponctuelles, qui font avancer l'histoire. On dit que l'imparfait est le temps de l'arrière-plan (ou du premier plan secondaire), par opposition au passé simple qui est le temps du premier plan. > **À retenir** : Dans la narration, l'imparfait accompagne le passé simple : il exprime les actions de second plan (décor, habitudes, états durables), tandis que le passé simple exprime les actions principales et ponctuelles. Exemples : - *Il faisait nuit noire quand le voyageur arriva au village. Les chiens aboyaient au loin, et une lumière vacillait à la fenêtre de la case du chef.* - *Pendant que les enfants jouaient dans la cour, la pluie commença à tomber.* - *Elle lisait tranquillement lorsque le téléphone sonna.* Dans ces exemples, l'imparfait (*faisait, aboyaient, vacillait, jouaient, lisait*) installe le contexte, la situation de fond ; le passé simple (*arriva, commença, sonna*) introduit l'événement nouveau qui interrompt ou s'insère dans ce contexte. Cette opposition entre l'imparfait (durée, description, arrière-plan) et le passé simple (ponctualité, action, premier plan) est fondamentale pour comprendre la mécanique du récit au passé. ### 3. L'imparfait d'habitude Comme le présent, l'imparfait peut exprimer une habitude passée, une action qui se répétait régulièrement dans le passé. Exemples : - *Quand j'étais enfant, je passais mes vacances à Foumban chez ma grand-mère.* - *Tous les soirs, il racontait une histoire à ses petits-enfants avant qu'ils ne s'endorment.* - *Les paysans se levaient à l'aube pour aller travailler aux champs.* L'imparfait d'habitude est souvent accompagné des mêmes indicateurs de fréquence que le présent d'habitude, mais transposés au passé : *tous les jours, chaque matin, souvent, d'habitude, autrefois*. ### 4. L'imparfait de politesse ou d'atténuation L'imparfait peut exprimer une demande polie, une suggestion atténuée, un souhait formulé avec précaution. On parle alors d'imparfait de politesse ou d'atténuation. Exemples : - *Je voulais vous demander un conseil.* - *Je venais vous emprunter un livre.* - *Elle souhaitait savoir si vous seriez disponible demain.* Cet emploi de l'imparfait adoucit la demande, la rend moins directe, plus respectueuse. Il est très fréquent dans les relations sociales où la politesse exige une certaine distance. ### 5. L'imparfait dans l'hypothèse Après *si*, l'imparfait peut exprimer une hypothèse irréelle du présent (c'est-à-dire une condition qui n'est pas réalisée au moment où l'on parle). Exemples : - *Si j'avais le temps, je t'aiderais.* - *Si nous gagnions au loto, nous construirions une école dans notre village.* Dans ces constructions, l'imparfait n'exprime pas le passé mais l'irréel du présent : la condition n'est pas réalisée, mais elle est envisagée comme possible. --- ## III. Le passé simple de l'indicatif Le passé simple est le temps du récit écrit, de la narration historique et littéraire. Sa forme est caractérisée par des terminaisons spécifiques selon le groupe du verbe : -a, -as, -a, -âmes, -âtes, -èrent (premier groupe) ; -it, -is, -it, -îmes, -îtes, -irent (deuxième et troisième groupes) ; -ut, -us, -ut, -ûmes, -ûtes, -urent (certains verbes du troisième groupe comme *vouloir, pouvoir, savoir*). Le passé simple est un temps du passé qui exprime des actions ponctuelles, achevées, qui se succèdent dans le récit. ### 1. Le passé simple, temps du récit Le passé simple est le temps de la narration par excellence. Il est employé dans les récits écrits (contes, romans, nouvelles, récits historiques) pour exprimer les actions principales, les événements qui font avancer l'histoire. Il présente les actions comme ponctuelles (c'est-à-dire comme des points dans la chronologie), achevées, sans lien avec le présent. > **À retenir** : Le passé simple est le temps du récit écrit. Il exprime des actions ponctuelles, achevées, qui se succèdent dans la narration. Il est employé principalement à la troisième personne du singulier et du pluriel. Exemples : - *Le chasseur partit à l'aube, traversa la forêt et atteignit la rivière au coucher du soleil.* - *Le roi convoqua ses ministres, les écouta attentivement, puis prit une décision importante.* - *Soudain, le ciel s'obscurcit et la foudre frappa le grand fromager.* Dans ces exemples, chaque passé simple marque une étape de l'action : les événements se succèdent, s'enchaînent, constituent la trame du récit. Le passé simple est donc un temps « narratif » au sens fort : il raconte, il fait avancer l'histoire. ### 2. L'unicité de l'action au passé simple Le passé simple exprime une action unique, ponctuelle, qui a eu lieu une seule fois dans le passé. Contrairement à l'imparfait qui exprime la durée ou la répétition, le passé simple présente l'action comme un événement isolé, sans durée interne perceptible. > **À retenir** : Le passé simple exprime l'unicité de l'action : il présente l'événement comme ponctuel, unique, sans durée interne. Il s'oppose en cela à l'imparfait qui exprime la durée et la répétition. Exemples : - *Il frappa trois fois à la porte.* (action unique, ponctuelle) - *Elle attendit longtemps.* (l'action est bornée : elle a une fin) - *Le 1er janvier 1960, le Cameroun accéda à l'indépendance.* (événement unique et daté) Cette valeur d'unicité explique pourquoi le passé simple est incompatible avec les expressions de durée indéterminée (*pendant des années, longtemps* sans borne) ou de répétition (*tous les jours, souvent*), à moins d'être accompagné d'un complément qui borne l'action (*il attendit pendant trois heures*). ### 3. Le passé simple et l'imparfait : une complémentarité Le passé simple et l'imparfait fonctionnent en binôme dans le récit. L'imparfait fournit le décor, le contexte, les actions secondaires ; le passé simple fournit les événements principaux, les actions qui font avancer l'histoire. Cette complémentarité est essentielle à la maîtrise de la narration. > **À retenir** : Dans le récit, imparfait et passé simple sont complémentaires : l'imparfait décrit et situe (arrière-plan), le passé simple raconte et fait avancer l'action (premier plan). Exemple développé : *La nuit tombait doucement sur le village. Les femmes préparaient le repas du soir, et les enfants jouaient encore dans la poussière de la place centrale. Soudain, un cri déchira le silence. Tout le monde se figea. Le chef sortit de sa case et s'avança vers la foule.* Dans cet extrait, l'imparfait (*tombait, préparaient, jouaient*) installe la scène, décrit l'atmosphère paisible du soir ; le passé simple (*déchira, figea, sortit, s'avança*) introduit les événements qui perturbent cette atmosphère et font avancer le récit. ### 4. Le passé simple dans les écrits historiques Le passé simple est également le temps de l'histoire écrite, des manuels d'histoire, des biographies. Il présente les événements historiques comme des faits accomplis, datés, sans lien avec le présent. Exemples : - *En 1884, l'Allemagne établit un protectorat sur le Cameroun.* - *Le 1er janvier 1960, le Cameroun oriental accéda à l'indépendance.* - *En 1982, Paul Biya succéda à Ahmadou Ahidjo à la présidence de la République.* Dans ces exemples, le passé simple confère aux événements une dimension historique, définitive, close. --- ## IV. Le futur simple de l'indicatif Le futur simple exprime une action qui se situera dans l'avenir par rapport au moment de l'énonciation. Ses terminaisons sont : -ai, -as, -a, -ons, -ez, -ont, ajoutées au radical du verbe (pour les verbes du premier et du deuxième groupe) ou à un radical modifié (pour certains verbes du troisième groupe : *je viendrai, tu iras, il fera, nous serons, vous aurez, ils pourront*). Le futur simple n'exprime pas seulement une réalité future : il peut aussi exprimer des nuances modales (c'est-à-dire des nuances d'attitude du locuteur) comme l'espoir, le rêve ou l'indignation. ### 1. Le futur simple, expression d'une réalité dans l'avenir La valeur fondamentale du futur simple est d'exprimer une action qui se réalisera dans l'avenir, que cet avenir soit proche ou lointain, certain ou incertain. > **À retenir** : Le futur simple exprime une action qui se situera dans l'avenir par rapport au moment de l'énonciation. Il est souvent accompagné d'indicateurs temporels : *demain, la semaine prochaine, l'année prochaine, dans dix ans, bientôt*. Exemples : - *Demain, nous visiterons le musée national de Yaoundé.* - *L'année prochaine, je passerai mon baccalauréat.* - *Dans vingt ans, ces jeunes gens seront les dirigeants de notre pays.* Dans ces exemples, le futur simple annonce, prédit, programme une action à venir. Il peut exprimer une certitude (l'action est programmée) ou une simple probabilité (l'action est envisagée comme possible). ### 2. Le futur simple de l'espoir et du rêve Le futur simple peut exprimer un espoir, un souhait, un rêve, un projet. Dans ce cas, l'action future n'est pas certaine : elle est espérée, souhaitée, imaginée. > **À retenir** : Le futur simple peut exprimer l'espoir, le rêve, le projet : l'action future est alors envisagée comme souhaitable, non comme certaine. Exemples : - *Un jour, je serai médecin et je soignerai les enfants de mon village.* - *Nous construirons une école moderne dans notre quartier.* - *Elle deviendra une grande chanteuse, j'en suis sûr.* Dans ces exemples, le futur simple exprime des aspirations, des ambitions, des rêves. Il est souvent accompagné d'expressions comme *un jour, plus tard, j'espère que, je souhaite que*. ### 3. Le futur simple de l'indignation ou de la menace Le futur simple peut exprimer l'indignation, la réprobation, la menace. Dans ce cas, il prend une valeur modale forte : le locuteur exprime son désaccord, sa colère, son avertissement. > **À retenir** : Le futur simple peut exprimer l'indignation ou la menace : il prend alors une valeur modale, exprimant la réprobation ou l'avertissement du locuteur. Exemples : - *Tu regretteras tes paroles !* (menace) - *Vous répondrez de vos actes devant la justice !* (avertissement) - *Il paiera pour ce qu'il a fait !* (indignation) Dans ces exemples, le futur simple ne se contente pas d'annoncer une action future : il exprime une attitude du locuteur (colère, indignation, détermination). Cette valeur est fréquente dans les discours oratoires, les réprimandes, les avertissements. ### 4. Le futur simple dans les énoncés à valeur générale Comme le présent omnitemporel, le futur simple peut exprimer des vérités générales, des maximes, des proverbes, des lois. Exemples : - *On récoltera ce que l'on aura semé.* - *Qui sème le vent récoltera la tempête.* - *L'erreur sera toujours humaine.* Dans ces énoncés, le futur simple a une valeur gnomique (du grec *gnômê*, « sentence ») : il énonce une vérité générale valable pour tous les temps. --- ## V. Le passé composé de l'indicatif Le passé composé est formé de l'auxiliaire *avoir* ou *être* au présent de l'indicatif suivi du participe passé du verbe conjugué (*j'ai chanté, tu es venu, il a fini*). C'est un temps composé qui exprime une action passée, mais qui a une relation particulière avec le présent : il exprime la conséquence, le résultat, l'effet d'une action passée dans le présent. ### 1. Le passé composé, temps conséquenciel Le passé composé est le temps de la conséquence : il exprime une action passée dont on perçoit encore les effets, les résultats dans le présent. On dit qu'il est un temps « conséquenciel » (du latin *consequentia*, « conséquence ») parce qu'il établit un lien entre un fait passé et sa conséquence présente. > **À retenir** : Le passé composé exprime une action passée qui a une conséquence, un résultat, un effet dans le présent. Il établit un lien entre le passé et le présent. Exemples : - *J'ai perdu mes clés.* (conséquence : je ne peux pas ouvrir la porte maintenant) - *Il a plu toute la nuit.* (conséquence : le sol est mouillé ce matin) - *Elle a terminé ses études.* (conséquence : elle est maintenant disponible pour travailler) - *Le gouvernement a construit de nouvelles salles de classe.* (conséquence : les élèves ont de meilleures conditions d'étude) Dans ces exemples, l'action passée (*ai perdu, a plu, a terminé, a construit*) a des répercussions dans le présent : le passé composé ne se contente pas de situer l'action dans le passé, il la relie au moment de l'énonciation. ### 2. Le passé composé, temps du passé récent Le passé composé exprime souvent une action qui vient de se produire, un passé très proche du présent. Il est alors en concurrence avec le passé récent (*venir de* + infinitif). Exemples : - *Le train est arrivé à l'instant.* - *J'ai vu ton frère tout à l'heure.* - *Nous avons appris la nouvelle ce matin.* Dans ces exemples, l'action passée est si proche du présent qu'elle semble presque actuelle. ### 3. Le passé composé, temps de l'oral À l'oral, le passé composé a supplanté le passé simple : c'est le temps du récit oral, de la conversation, du témoignage. Il exprime des actions passées ponctuelles, mais sans la valeur littéraire du passé simple. > **À retenir** : À l'oral, le passé composé remplace le passé simple pour raconter des actions passées ponctuelles. Il est le temps du récit oral, du témoignage, de la conversation. Exemples : - *Hier, je suis allé au marché et j'ai acheté des légumes.* - *L'année dernière, nous avons visité le parc national de Waza.* - *Il a plu pendant toute la cérémonie.* Dans ces exemples, le passé composé raconte des événements passés, mais il les présente avec un lien avec le présent (le locuteur en parle encore, les événements ont des conséquences actuelles). ### 4. Le passé composé et l'opposition avec l'imparfait Dans le récit oral, le passé composé joue le rôle que joue le passé simple dans le récit écrit : il exprime les actions principales, ponctuelles, tandis que l'imparfait exprime le décor et les actions secondaires. Exemple : *Hier soir, je regardais la télévision quand soudain l'électricité a coupé. Je suis resté dans le noir pendant une heure.* Ici, l'imparfait (*regardais*) installe le contexte, le passé composé (*a coupé, suis resté*) exprime les événements principaux. --- ## VI. Le passé antérieur de l'indicatif Le passé antérieur est formé de l'auxiliaire *avoir* ou *être* au passé simple suivi du participe passé du verbe conjugué (*j'eus chanté, tu fus venu, il eut fini*). C'est un temps composé qui exprime une action passée antérieure à une autre action passée exprimée au passé simple. Il est employé principalement dans le récit écrit, après certaines conjonctions de temps. ### 1. Le passé antérieur, action antérieure au passé simple Le passé antérieur exprime une action qui s'est déroulée avant une autre action, elle-même exprimée au passé simple. Il marque l'antériorité immédiate ou lointaine d'une action par rapport à une autre. > **À retenir** : Le passé antérieur exprime une action antérieure à une autre action passée exprimée au passé simple. Il marque l'antériorité d'un événement par rapport à un autre. Exemples : - *Dès qu'il eut fini son discours, la foule applaudit.* - *Quand elle eut terminé ses études, elle partit en Europe.* - *Après que le soleil fut couché, les chasseurs allumèrent un feu.* Dans ces exemples, l'action du passé antérieur (*eut fini, eut terminé, fut couché*) est antérieure à l'action du passé simple (*applaudit, partit, allumèrent*). Le passé antérieur exprime donc une action accomplie avant une autre action passée. ### 2. Le passé antérieur avec conséquence Le passé antérieur exprime une action passée dont la conséquence est visible dans l'action suivante, exprimée au passé simple. L'action antérieure a un résultat qui conditionne l'action suivante. > **À retenir** : Le passé antérieur exprime une action antérieure au passé simple avec conséquence : l'action antérieure est la cause, la condition, le préalable de l'action suivante. Exemples : - *Quand il eut fini de manger, il se leva de table.* (la fin du repas est le préalable du lever) - *Dès que le directeur eut signé le document, le secrétaire le transmit au ministère.* (la signature est la condition de la transmission) - *Après qu'ils eurent traversé la rivière, ils reprirent leur marche.* (la traversée est le préalable de la reprise de la marche) Dans ces exemples, le passé antérieur exprime l'action qui doit être accomplie pour que l'action suivante puisse se réaliser. Il y a donc un rapport de conséquence entre les deux actions. ### 3. Les emplois du passé antérieur Le passé antérieur est un temps essentiellement littéraire et écrit. Il est employé : - après les conjonctions de temps : *quand, lorsque, dès que, après que, aussitôt que, une fois que* ; - dans les propositions subordonnées temporelles (c'est-à-dire les propositions qui indiquent le temps) ; - dans le récit historique et littéraire. Exemples : - *Aussitôt qu'il eut prononcé ces mots, un silence total s'installa dans la salle.* - *Quand les invités furent partis, la maîtresse de maison rangea la salle.* - *Une fois que le président eut signé le décret, la mesure entra en vigueur.* Le passé antérieur est rare à l'oral, où il est remplacé par le passé composé ou le plus-que-parfait. --- ## VII. Le futur antérieur de l'indicatif Le futur antérieur est formé de l'auxiliaire *avoir* ou *être* au futur simple suivi du participe passé du verbe conjugué (*j'aurai chanté, tu seras venu, il aura fini*). C'est un temps composé qui exprime une action future antérieure à une autre action future exprimée au futur simple. Il marque l'accomplissement d'une action avant une autre action dans l'avenir. ### 1. Le futur antérieur, action antérieure au futur simple Le futur antérieur exprime une action qui sera accomplie avant une autre action future. Il marque l'antériorité dans l'avenir. > **À retenir** : Le futur antérieur exprime une action future antérieure à une autre action future exprimée au futur simple. Il marque l'accomplissement d'une action avant une autre dans l'avenir. Exemples : - *Quand tu auras fini tes devoirs, tu pourras sortir jouer.* - *Dès que le professeur aura corrigé les copies, il annoncera les résultats.* - *Après que nous aurons visité le musée, nous irons déjeuner.* Dans ces exemples, l'action du futur antérieur (*auras fini, aura corrigé, aurons visité*) est antérieure à l'action du futur simple (*pourras sortir, annoncera, irons*). Le futur antérieur exprime donc une action qui doit être accomplie avant qu'une autre action future puisse se réaliser. ### 2. Le futur antérieur avec conséquence Comme le passé antérieur, le futur antérieur exprime une action antérieure avec conséquence : l'action accomplie est la condition, le préalable de l'action future suivante. > **À retenir** : Le futur antérieur exprime une action antérieure au futur simple avec conséquence : l'action antérieure est la condition, le préalable de l'action future. Exemples : - *Quand tu auras obtenu ton baccalauréat, tu pourras t'inscrire à l'université.* (l'obtention du bac est la condition de l'inscription) - *Dès que la pluie aura cessé, nous reprendrons le travail.* (la fin de la pluie est la condition de la reprise) - *Une fois que vous aurez signé ce contrat, vous serez officiellement employés.* (la signature est la condition de l'embauche) Dans ces exemples, le futur antérieur exprime l'action qui doit être accomplie pour que l'action future puisse se réaliser. Il y a un rapport de conséquence entre les deux actions. ### 3. Le futur antérieur dans l'hypothèse Le futur antérieur peut également exprimer une hypothèse sur une action passée, une supposition concernant un fait qui a peut-être eu lieu. Exemples : - *Il n'est pas venu ? Il aura oublié notre rendez-vous.* (supposition : il a probablement oublié) - *Elle n'a pas répondu ? Elle aura été occupée.* (supposition : elle a probablement été occupée) Dans ces emplois, le futur antérieur exprime une supposition, une probabilité concernant un fait passé. Il est alors synonyme du passé composé de probabilité. --- ## VIII. Le plus-que-parfait de l'indicatif Le plus-que-parfait est formé de l'auxiliaire *avoir* ou *être* à l'imparfait suivi du participe passé du verbe conjugué (*j'avais chanté, tu étais venu, il avait fini*). C'est un temps composé qui exprime une action passée antérieure à une autre action passée exprimée à l'imparfait. Il marque l'antériorité d'une action par rapport à une autre action dans le passé. ### 1. Le plus-que-parfait, action antérieure à l'imparfait Le plus-que-parfait exprime une action qui s'est déroulée avant une autre action passée, exprimée à l'imparfait. Il marque l'antériorité dans le passé. > **À retenir** : Le plus-que-parfait exprime une action passée antérieure à une autre action passée exprimée à l'imparfait. Il marque l'antériorité d'une action par rapport à une autre dans le passé. Exemples : - *Il avait plu toute la nuit ; le sol était détrempé.* - *Elle avait préparé le repas avant que les invités n'arrivent.* - *Nous avions déjà visité ce village quand nous étions enfants.* Dans ces exemples, l'action du plus-que-parfait (*avait plu, avait préparé, avions visité*) est antérieure à l'action de l'imparfait (*était, arrivent, étions*). Le plus-que-parfait exprime donc une action accomplie avant une autre action passée. ### 2. Le plus-que-parfait avec conséquence Comme le passé antérieur et le futur antérieur, le plus-que-parfait exprime une action antérieure avec conséquence : l'action accomplie a des répercussions sur la situation décrite à l'imparfait. > **À retenir** : Le plus-que-parfait exprime une action antérieure à l'imparfait avec conséquence : l'action antérieure explique, justifie, conditionne la situation décrite à l'imparfait. Exemples : - *Il avait beaucoup travaillé ; il était épuisé.* (le travail est la cause de l'épuisement) - *Elle avait perdu son sac ; elle était désespérée.* (la perte du sac est la cause du désespoir) - *Les élèves avaient bien révisé ; ils étaient confiants pour l'examen.* (la révision est la cause de la confiance) Dans ces exemples, le plus-que-parfait exprime l'action qui explique la situation décrite à l'imparfait. Il y a un rapport de causalité et de conséquence entre les deux actions. ### 3. Le plus-que-parfait dans le récit Dans le récit, le plus-que-parfait est employé pour exprimer des actions antérieures au moment principal du récit. Il permet de faire des retours en arrière (analepses, c'est-à-dire des retours sur des événements antérieurs) et d'expliquer la situation présente du récit. Exemples : - *Le vieil homme racontait son enfance. Il avait quitté son village à l'âge de quinze ans pour aller travailler en ville.* - *Elle regardait la photo avec émotion. C'était le portrait de sa mère, qui avait vécu cent ans.* Dans ces exemples, le plus-que-parfait (*avait quitté, avait vécu*) exprime des actions antérieures au moment du récit, exprimé à l'imparfait (*racontait, regardait*). ### 4. Le plus-que-parfait dans l'hypothèse Après *si*, le plus-que-parfait exprime une hypothèse irréelle du passé (c'est-à-dire une condition qui n'a pas été réalisée dans le passé). Exemples : - *Si j'avais su, je ne serais pas venu.* - *Si nous avions pris le taxi, nous n'aurions pas manqué le train.* - *Si elle avait étudié davantage, elle aurait réussi son examen.* Dans ces constructions, le plus-que-parfait exprime une condition non réalisée dans le passé, avec sa conséquence non réalisée (exprimée au conditionnel passé). --- ## Conclusion Le système verbal de l'indicatif constitue un ensemble cohérent et organisé, où chaque temps occupe une place précise et remplit des fonctions spécifiques. On peut schématiser ce système selon deux axes : **L'axe du présent** comprend le présent (avec ses valeurs d'habitude, de futur proche, de vérité générale et de narration), le futur simple (réalité future, espoir, indignation), le futur antérieur (action antérieure au futur simple avec conséquence) et le passé composé (temps conséquenciel, exprimant la conséquence dans le présent). **L'axe du passé** comprend l'imparfait (temps de la description et de l'arrière-plan), le passé simple (temps du récit, de l'action ponctuelle et unique), le plus-que-parfait (action antérieure à l'imparfait avec conséquence) et le passé antérieur (action antérieure au passé simple avec conséquence). Cette organisation révèle une logique profonde : chaque temps composé (passé composé, plus-que-parfait, passé antérieur, futur antérieur) exprime l'antériorité par rapport à un temps simple correspondant (présent, imparfait, passé simple, futur simple). Le système est donc parfaitement symétrique, chaque temps simple ayant son temps composé correspondant pour exprimer l'accompli. La maîtrise de ce système est essentielle pour la production écrite (rédaction de récits, de textes argumentatifs, de dissertations) et pour la lecture des textes littéraires et historiques. Elle permet de comprendre comment la langue organise la temporalité et comment le choix d'un temps plutôt qu'un autre produit des effets de sens spécifiques : le présent de narration rend le passé actuel, l'imparfait installe la durée et la description, le passé simple fait avancer l'action, le passé composé relie le passé au présent, etc. Le chapitre suivant abordera les modes verbaux non indicatifs (subjonctif, conditionnel, impératif, infinitif, participe), qui expriment non plus le réel mais le possible, l'incertain, le souhait, l'ordre ou l'hypothèse. Cette étude complètera la connaissance du système verbal français et permettra de saisir toute la richesse et la complexité de la conjugaison.

Quiz du chapitre

12 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Quelle valeur du présent est illustrée par la phrase : « Chaque matin, il boit du café » ?
  2. 2. Dans la phrase « Il sort dans cinq minutes », le présent a une valeur de :
  3. 3. Quel temps est le temps de la description par excellence ?
  4. 4. Dans le récit, quel temps exprime une action ponctuelle et unique ?
  5. 5. Identifiez la valeur du futur simple dans : « Tu réussiras, j'en suis sûr ! »
  6. 6. Quelle est la valeur principale du passé composé ?
  7. 7. Dans la phrase « Quand il eut fini, il sortit », le temps souligné (eut fini) est :
  8. 8. Quel temps exprime une action antérieure à une action future ?
  9. 9. Dans la phrase « Il avait plu, alors le sol était mouillé », « avait plu » est au :
  10. 10. Quelle est la valeur du présent dans « La Terre tourne autour du Soleil » ?
  11. 11. Dans un récit au passé, quel temps est utilisé pour une action de premier plan ?
  12. 12. Quelle phrase contient un présent de narration ?