Se connecterS'abonner

Chapitre 45

Les figures de construction syntaxique

Lecture : 35 minQuiz de 5 questions

# Les figures de construction syntaxique ## Introduction Les figures de construction syntaxique, également appelées figures de syntaxe ou figures de construction, constituent une catégorie majeure des figures de rhétorique. Alors que les figures de mots (comme la métaphore ou la métonymie) jouent sur le sens des termes, et que les figures de sonorités (comme l'allitération) jouent sur les sons, les figures de construction jouent sur l'organisation même de la phrase : l'ordre des mots, leur répétition, leur suppression, leur ajout, ou encore leur agencement symétrique ou inversé. Ces figures relèvent de ce que les linguistes appellent la **syntaxe**, c'est-à-dire l'ensemble des règles qui régissent l'organisation des mots dans la phrase. Lorsqu'un écrivain ou un orateur s'écarte de l'ordre canonique (sujet-verbe-complément) ou manipule la structure de la phrase à des fins expressives, il produit une figure de construction. Ces écarts ne sont pas des fautes : ce sont des choix stylistiques délibérés qui produisent des effets de sens, de rythme, d'emphase ou d'harmonie. L'étude des figures de construction syntaxique est essentielle dans le programme de français au Cameroun, car elle permet aux élèves de mieux comprendre les mécanismes de la langue, d'analyser les textes littéraires avec précision et d'enrichir leur propre expression écrite et orale. Ces figures sont présentes dans tous les genres : poésie, théâtre, roman, discours politique, publicité, chansons, etc. Le présent chapitre examine successivement treize figures de construction, de la plus simple (l'ellipse) à la plus complexe (l'anacoluthe), en passant par les figures de répétition (anaphore, anadiplose, réduplication), les figures d'inversion (anastrophe, hyperbate), les figures de symétrie (parallélisme, chiasme) et les figures de jeu sur les mots (anagramme, palindrome, contrepèterie). --- ## I. L'anacoluthe ### 1. Définition L'**anacoluthe** (du grec *anakolouthon*, « qui manque de suite ») est une **rupture de la construction syntaxique** dans une même phrase. Le locuteur commence une phrase selon une certaine structure grammaticale, puis l'abandonne en cours de route pour en adopter une autre, créant ainsi une discontinuité syntaxique. On parle également de « changement de construction » ou de « rupture de construction ». Cette figure se produit lorsque le sujet grammatical attendu n'est pas celui qui suit, ou lorsque la phrase change de direction syntaxique sans que la première structure soit achevée. L'anacoluthe est souvent perçue comme une « faute » dans la langue courante, mais elle devient une figure de style lorsqu'elle est employée volontairement par un écrivain pour produire un effet particulier : naturel, spontanéité, émotion, ou mise en valeur d'un élément. > **À RETENIR** : L'anacoluthe est une rupture de la construction syntaxique dans une même phrase. Le locuteur commence une phrase selon une structure, puis en adopte une autre sans achever la première. C'est une figure volontaire chez l'écrivain, une faute chez le locuteur négligent. ### 2. L'exemple de Pascal Blaise Pascal, dans ses *Pensées* (1670), fournit un exemple célèbre d'anacoluthe : > « Le nez de Cléopâtre : s'il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé. » Dans cet exemple, la construction commence par un syntagme nominal (« Le nez de Cléopâtre ») qui semble devoir être le sujet d'une phrase complète. Mais au lieu de poursuivre avec un verbe dont ce syntagme serait le sujet, Pascal introduit une proposition conditionnelle (« s'il eût été plus court ») dont le sujet est « il » (représentant le nez), puis une proposition principale (« toute la face de la terre aurait changé ») dont le sujet est « toute la face de la terre ». La première construction (« Le nez de Cléopâtre... ») est abandonnée : c'est une anacoluthe. L'effet produit est frappant : la phrase semble imiter le mouvement de la pensée qui s'élance, bifurque, rebondit. Pascal illustre ainsi la puissance d'un détail apparemment insignifiant (la longueur du nez de Cléopâtre) sur le cours de l'histoire universelle. La rupture syntaxique mime la rupture historique. ### 3. Autres exemples - Dans le langage courant : « Moi, quand je serai grand, je serai pilote. » — La construction commence par « Moi » (thème), puis change pour « je » dans la subordonnée et la principale. - Exemple camerounais : « Le maquis, quand on y va le dimanche, on y mange du ndolè. » — Le syntagme « Le maquis » est posé en tête, mais la phrase se construit ensuite avec « on » comme sujet. ### 4. Effets stylistiques L'anacoluthe produit plusieurs effets : - Elle imite la spontanéité de la parole orale, où l'on change souvent de construction en cours de phrase. - Elle crée un effet de surprise ou de rupture qui attire l'attention sur le contenu. - Elle peut traduire l'émotion, la précipitation, la colère ou l'enthousiasme du locuteur. - Chez les grands écrivains, elle est un signe de liberté stylistique et de maîtrise de la langue. > **À RETENIR** : L'anacoluthe n'est pas une simple faute de grammaire : c'est une figure lorsque l'écrivain l'emploie délibérément. Elle traduit souvent le mouvement de la pensée, l'émotion ou la spontanéité. --- ## II. L'anadiplose ### 1. Définition L'**anadiplose** (du grec *anadiplosis*, « action de doubler, de reprendre ») est une figure de répétition qui consiste à **reprendre le dernier mot (ou groupe de mots) d'une phrase, d'un vers ou d'une proposition au début de la phrase, du vers ou de la proposition suivante**. On dit aussi que c'est une « répercussion » ou une « redoublement en écho ». La structure est donc la suivante : ... A / A ... — le mot A termine un segment et commence le segment suivant. Cette figure crée un effet de chaîne, d'enchaînement logique ou narratif, et donne une impression de continuité, de progression. > **À RETENIR** : L'anadiplose consiste à reprendre le dernier mot d'une phrase ou d'un vers au début de la phrase ou du vers suivant. Elle crée un effet d'enchaînement et de continuité. ### 2. L'exemple de Sartre Jean-Paul Sartre, dans *Les Mots* (1964), utilise l'anadiplose : > « Je n'ai pas besoin d'espoir pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer. » Cet exemple illustre une variante de l'anadiplose : le mot « entreprendre » est repris implicitement par « persévérer » qui en est le prolongement sémantique. En réalité, l'anadiplose stricte serait : « Je n'ai pas besoin d'espoir pour entreprendre ; entreprendre ne demande que la volonté. » L'exemple de Sartre montre comment la figure peut être subtilement variée. Un exemple plus classique d'anadiplose chez Sartre, toujours dans *Les Mots* : « La culture ne sauve rien, ni personne, elle ne justifie pas. Mais c'est un produit de l'homme : il s'y projette et s'y reconnaît ; seul ce miroir lui offre son image. » ### 3. Autres exemples - Exemple classique : « Le temps passe, passe le temps. » — Le mot « passe » est repris en écho. - Exemple littéraire (Victor Hugo, *Les Contemplations*) : « L'homme est un apprenti, la douleur est son maître, / Et nul ne se connaît tant qu'il n'a pas souffert. » — « souffert » pourrait être repris au vers suivant. - Exemple camerounais : « Le pays a besoin de l'école, l'école a besoin de maîtres, les maîtres ont besoin de considération. » — Chaque fin de proposition est reprise au début de la suivante. ### 4. Effets stylistiques L'anadiplose produit plusieurs effets : - Elle assure une transition harmonieuse entre deux phrases ou deux vers. - Elle crée un effet de gradation ou de progression (chaque reprise peut ajouter une idée nouvelle). - Elle donne un rythme régulier et une musicalité au texte. - Elle peut exprimer une causalité : le second segment découle du premier. - Dans les textes argumentatifs, elle renforce la logique du raisonnement en montrant l'enchaînement des idées. > **À RETENIR** : L'anadiplose est une figure d'enchaînement : le mot final d'un segment devient le mot initial du segment suivant. Elle est fréquente dans les proverbes, les maximes et les textes argumentatifs. --- ## III. L'anagramme ### 1. Définition L'**anagramme** (du grec *ana*, « en arrière, de nouveau », et *gramma*, « lettre ») est un **mot obtenu par la permutation des lettres d'un autre mot**. Autrement dit, c'est un mot qui, décomposé et réorganisé, donne un autre mot. Les deux mots utilisent exactement les mêmes lettres, mais dans un ordre différent. Par exemple : « chien » et « niche » sont des anagrammes l'un de l'autre (c-h-i-e-n → n-i-c-h-e). De même, « gare » et « rage », « marier » et « rimera », « arbre » et « barre ». L'anagramme est à la fois un jeu de lettres et une figure de construction, car elle joue sur la disposition des éléments de la langue. Elle est souvent utilisée en poésie, dans les énigmes, les pseudonymes (exemple : « Voltaire » serait une anagramme approximative de « Arouet L(e) J(eune) ») et les jeux de mots. > **À RETENIR** : L'anagramme est un mot obtenu par la permutation des lettres d'un autre mot. Les deux mots contiennent exactement les mêmes lettres, dans un ordre différent. ### 2. L'exemple de Michel Leiris Michel Leiris, écrivain et ethnologue français du XXe siècle, a fait de l'anagramme un procédé central de son œuvre, notamment dans *Glossaire j'y serre mes gloses* (1939), où il propose des définitions poétiques de mots en jouant sur leurs anagrammes. Par exemple, Leiris écrit : « Esprit = périr ? » — Il décompose le mot « esprit » et en permute les lettres pour obtenir « périr » (e-s-p-r-i-t → p-é-r-i-r, avec le « s » et le « t » en moins, mais l'esprit du jeu est là). Plus exactement, Leiris joue sur les sonorités et les lettres pour créer des associations inattendues. Un exemple plus strict d'anagramme chez Leiris : « Révolution » et « l'évolution » (avec l'apostrophe) — les lettres sont les mêmes, mais la permutation crée un sens nouveau et profond : la révolution n'est-elle pas une évolution ? ### 3. Autres exemples - « Chien » / « niche » — l'animal et sa maison. - « Marie » / « aime » / « rime » — le prénom, le verbe et le terme poétique. - « Gare » / « rage » — le lieu et la colère. - « L'école » / « collée » — l'école et la punition. - Exemple camerounais : « Douala » / « la doua » (jeu sur les syllabes) — ou plus classiquement : « Cameroun » / « écran mou » (anagramme approximative, mais les lettres sont presque toutes présentes). ### 4. Effets stylistiques L'anagramme produit plusieurs effets : - Elle crée des associations de sens inattendues entre deux mots. - Elle révèle des correspondances cachées entre les mots (comme si la langue contenait des secrets). - Elle est un outil poétique puissant pour la création d'images et de métaphores. - Elle peut avoir une dimension ludique ou humoristique. - Chez des écrivains comme Leiris, elle devient un outil d'exploration de l'inconscient et du langage. > **À RETENIR** : L'anagramme joue sur la permutation des lettres. Elle révèle des liens cachés entre les mots et est utilisée en poésie comme un procédé de création et d'exploration du langage. --- ## IV. L'anaphore ### 1. Définition L'**anaphore** (du grec *anaphora*, « action de reporter, de répéter ») est une figure de répétition qui consiste à **commencer plusieurs phrases, plusieurs vers ou plusieurs propositions par le même mot ou le même groupe de mots**. C'est l'une des figures de style les plus courantes et les plus efficaces en poésie, en prose et dans le discours oratoire. L'anaphore crée un effet de rythme, d'insistance et de martèlement. Elle structure le texte en soulignant une idée, un sentiment ou un thème. Elle est particulièrement utilisée dans les discours politiques, les prières, les slogans et la poésie lyrique. > **À RETENIR** : L'anaphore est la répétition d'un même mot ou groupe de mots en début de phrases, de vers ou de propositions. Elle produit un effet d'insistance et de rythme. ### 2. L'exemple de Césaire Aimé Césaire, poète martiniquais majeur de la négritude, utilise l'anaphore de manière spectaculaire dans son *Cahier d'un retour au pays natal* (1939). On y trouve notamment : > « Ma négritude n'est pas une pierre, sa surdité ruée contre la clameur du jour > Ma négritude n'est pas une tache d'eau morte sur l'œil mort de la terre > Ma négritude n'est ni une tour ni une cathédrale > Ma négritude n'est pas une pierre... » La répétition de « Ma négritude n'est pas » en début de vers constitue une anaphore puissante qui martèle l'identité et la dignité du poète noir. Chaque vers reprend la même structure pour mieux la dépasser, créant un effet d'accumulation et de progression. Autre exemple célèbre de Césaire, toujours dans le *Cahier* : « Je force la membrane vitelline qui me sépare de moi-même, / Je force les interstices, / Je force les lignes de défense... » — La répétition de « Je force » en début de vers est une anaphore qui exprime la détermination du poète. ### 3. Le contraire : l'épiphore L'**épiphore** (du grec *epiphora*, « action d'ajouter ») est la figure symétrique de l'anaphore : elle consiste à **répéter le même mot ou groupe de mots à la fin de plusieurs phrases, vers ou propositions**. On l'appelle aussi « antistrophe » ou « épanaphore ». Exemple d'épiphore : « Tu es mon ami, il est mon ami, nous sommes tous mes amis. » — Le mot « ami » est répété en fin de propositions. > **À RETENIR** : L'anaphore répète un mot en début de segments ; l'épiphore le répète en fin de segments. Ce sont deux figures symétriques. L'anaphore est beaucoup plus fréquente que l'épiphore. ### 4. Autres exemples d'anaphore - Victor Hugo, *Les Misérables* : « Jean Valjean, Jean Valjean, Jean Valjean » (répétition du nom). - Charles de Gaulle, *Appel du 18 juin* : « Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas. » - Exemple camerounais (discours politique) : « Nous voulons l'école pour tous, nous voulons la santé pour tous, nous voulons le travail pour tous. » - Exemple poétique : « Je t'aime pour ton sourire, je t'aime pour ta voix, je t'aime pour ta bonté. » ### 5. Effets stylistiques L'anaphore produit plusieurs effets : - Elle martèle une idée, la rend inoubliable. - Elle crée un rythme régulier, une musicalité. - Elle exprime l'émotion, la passion, la colère, l'enthousiasme. - Elle structure le texte en parallélismes. - Dans le discours politique, elle crée un effet de slogan et mobilise l'auditoire. - En poésie, elle renforce la cohésion du poème et son unité thématique. > **À RETENIR** : L'anaphore est une figure d'insistance par excellence. Elle est omniprésente dans la poésie engagée (Césaire, Senghor), les discours politiques et les textes sacrés. --- ## V. L'anastrophe ### 1. Définition L'**anastrophe** (du grec *anastrophê*, « renversement ») est une figure de construction qui consiste à **inverser l'ordre habituel des mots dans une phrase**. On l'appelle aussi « inversion » ou « renversement syntaxique ». L'ordre canonique du français est sujet-verbe-complément (SVO) ; l'anastrophe bouleverse cet ordre pour mettre en valeur un élément ou pour produire un effet stylistique. L'anastrophe peut porter sur : - L'ordre sujet-verbe : « Ainsi parle le roi » au lieu de « Ainsi le roi parle ». - L'ordre verbe-complément : « Grande est ma joie » au lieu de « Ma joie est grande ». - L'ordre nom-adjectif : « Une douleur profonde » devient « Une profonde douleur » (mais ce dernier ordre est aussi courant en français). - La place de l'adverbe : « Il vient demain » devient « Demain il vient ». > **À RETENIR** : L'anastrophe est l'inversion de l'ordre habituel des mots dans la phrase. Elle vise à mettre en valeur un élément ou à produire un effet poétique. ### 2. L'exemple de Chateaubriand François-René de Chateaubriand, écrivain romantique français, utilise fréquemment l'anastrophe dans ses œuvres. Dans *René* (1802), on trouve : > « Levez-vous, orages désirés ! » L'ordre habituel serait « Orages désirés, levez-vous ! » ou « Levez-vous, désirés orages ». L'inversion met en valeur le verbe « levez-vous » et crée un effet d'invocation solennelle. L'adjectif « désirés » est placé après le nom « orages » (ordre normal), mais c'est la position du verbe en tête qui constitue l'anastrophe. Autre exemple de Chateaubriand, dans les *Mémoires d'outre-tombe* : « J'écoute à peine ces voix confuses de la terre. » — L'ordre normal serait « J'écoute à peine ces confuses voix de la terre » ou « J'écoute à peine ces voix confuses de la terre » (ce dernier étant l'ordre normal). L'anastrophe peut aussi consister à placer un complément en tête : « De la terre, j'écoute à peine ces voix confuses. » ### 3. L'exemple de Molière Molière utilise également l'anastrophe, souvent pour produire un effet comique ou solennel. Dans *Le Bourgeois gentilhomme* (1670), Monsieur Jourdain, le parvenu qui veut imiter les nobles, emploie des inversions maladroites : > « Belle marquise, vos beaux yeux me font mourir d'amour. » Cette phrase, que M. Jourdain demande à son maître de philosophie de reformuler de toutes les manières possibles, est un exemple d'anastrophe : l'ordre habituel serait « Belle marquise, vos beaux yeux me font mourir d'amour » (ordre normal) — mais dans les variations proposées, on trouve des inversions comme « D'amour mourir me font, belle marquise, vos beaux yeux. » Molière se moque ici des contorsions syntaxiques de la préciosité. ### 4. Autres exemples - « Ainsi soit-il » (formule liturgique) — ordre inversé pour « Qu'il en soit ainsi ». - « Peut-être viendra-t-il » — inversion du sujet. - « À peine eut-il parlé que... » — inversion après l'adverbe « à peine ». - Exemple camerounais : « Douce est la nuit africaine. » — au lieu de « La nuit africaine est douce ». - Exemple littéraire : « Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage » (Du Bellay) — l'adjectif « heureux » est placé en tête. ### 5. Effets stylistiques L'anastrophe produit plusieurs effets : - Elle met en valeur l'élément déplacé (en tête de phrase notamment). - Elle crée un effet de solennité, de lyrisme ou de poésie. - Elle peut produire un effet comique lorsqu'elle est maladroite ou excessive. - Elle rapproche le français de constructions latines ou grecques, donnant un ton savant. - Elle crée un rythme particulier, souvent plus solennel. > **À RETENIR** : L'anastrophe est une inversion de l'ordre des mots. Elle est fréquente en poésie et dans le style soutenu. Elle peut être comique lorsqu'elle est excessive (Molière). --- ## VI. L'apposition ### 1. Définition L'**apposition** (du latin *appositio*, « action de placer auprès ») est une figure de construction qui consiste à **placer deux termes (deux noms, deux groupes nominaux) côte à côte, sans mot de liaison ni outil de comparaison, l'un servant à qualifier, à expliquer ou à identifier l'autre**. Le second terme est dit « apposé » au premier. L'apposition se distingue de la comparaison (qui utilise « comme », « tel que », etc.) et de la métaphore (qui identifie deux termes sans outil grammatical). Dans l'apposition, les deux termes sont simplement juxtaposés, le second apportant une précision sur le premier. On distingue : - L'**apposition au nom** : « Victor Hugo, le poète, écrivit *Les Misérables*. » — « le poète » est apposé à « Victor Hugo ». - L'**apposition à la phrase** : « Il a réussi son examen, exploit remarquable. » — « exploit remarquable » est apposé à toute la proposition. > **À RETENIR** : L'apposition est la juxtaposition de deux termes sans mot de comparaison, le second qualifiant ou identifiant le premier. Elle se distingue de la comparaison (avec « comme ») et de la métaphore (identification totale). ### 2. L'exemple de Hugo Victor Hugo utilise abondamment l'apposition. Dans *Les Contemplations* (1856), on trouve : > « Ô souvenirs ! printemps ! aurore ! » Ici, les termes « printemps » et « aurore » sont apposés à « souvenirs » : ils les qualifient métaphoriquement sans utiliser de mot de comparaison. L'apposition crée une équivalence poétique entre les souvenirs, le printemps et l'aurore. Autre exemple célèbre de Hugo, dans *Les Misérables* : « Paris, capitale du monde, a toujours été une ville de lumière. » — « capitale du monde » est apposé à « Paris ». Dans *La Légende des siècles* : « L'ombre, ce grand témoin, marchait devant ses pas. » — « ce grand témoin » est apposé à « l'ombre ». ### 3. Autres exemples - « Le lion, roi des animaux, dort dans sa tanière. » — « roi des animaux » apposé à « le lion ». - « Ma mère, cette femme admirable, m'a tout appris. » — « cette femme admirable » apposé à « ma mère ». - Exemple camerounais : « Le Mont Cameroun, ce géant de l'Afrique de l'Ouest, culmine à plus de 4 000 mètres. » — « ce géant » apposé au « Mont Cameroun ». - Exemple littéraire : « Paris, ô Paris, capitale de la mode » (chanson). ### 4. Effets stylistiques L'apposition produit plusieurs effets : - Elle enrichit le nom sans alourdir la phrase avec une subordonnée relative. - Elle crée une équivalence poétique entre deux termes. - Elle apporte une information complémentaire de manière concise. - Elle peut avoir une valeur explicative, descriptive ou émotionnelle. - Elle est fréquente dans le style journalistique et littéraire. > **À RETENIR** : L'apposition juxtapose deux termes sans outil de comparaison. Elle est proche de la métaphore, mais elle est plus explicite : le second terme est clairement présenté comme une qualification du premier. --- ## VII. L'hyperbate ### 1. Définition L'**hyperbate** (du grec *hyperbaton*, « renversement, transgression ») est une figure de construction qui consiste à **ajouter un mot ou un groupe de mots à la fin d'une phrase qui semblait déjà terminée**. Cet ajout, placé après ce qui paraissait être le point final, produit un effet de surprise, d'insistance ou de supplément d'information. L'hyperbate est une forme particulière d'inversion ou de déplacement : l'élément ajouté est détaché du reste de la phrase, souvent après une virgule, un point ou un tiret. Elle crée un effet de « phrase inachevée » ou de « rajout » qui attire l'attention sur l'élément ajouté. > **À RETENIR** : L'hyperbate est un ajout placé à la fin d'une phrase qui paraissait achevée. Elle produit un effet de surprise et met en valeur l'élément ajouté. ### 2. Exemples - « Il est parti, sans un mot, sans un regard. » — La phrase « Il est parti » semblait complète ; l'ajout « sans un mot, sans un regard » constitue une hyperbate. - « Je t'aime, plus que tout au monde. » — « plus que tout au monde » est ajouté après la fin apparente. - « Elle a réussi, contre toute attente, brillamment. » — « brillamment » est placé en hyperbate. - Exemple littéraire (Victor Hugo) : « Il marchait, seul, dans la nuit, sans peur. » — Chaque complément est ajouté après une virgule, créant un effet de progression. - Exemple camerounais : « Nous avons gagné, tous ensemble, par la force du travail. » — « par la force du travail » est ajouté en hyperbate. ### 3. Effets stylistiques L'hyperbate produit plusieurs effets : - Elle met en valeur l'élément ajouté en le détachant du reste de la phrase. - Elle crée un effet de suspense : le lecteur croit la phrase terminée, puis découvre un supplément. - Elle imite la parole orale, où l'on ajoute souvent des précisions après coup. - Elle peut produire un effet comique ou pathétique selon le contexte. - Elle donne un rythme heurté, syncopé, à la phrase. > **À RETENIR** : L'hyperbate est un ajout après la fin apparente de la phrase. Elle est fréquente dans le style oral et dans la prose littéraire moderne. --- ## VIII. La réduplication ### 1. Définition La **réduplication** (du latin *reduplicatio*, « action de redoubler ») est une figure de répétition qui consiste à **répéter un même terme, séparé par une virgule ou une pause**, dans la même phrase ou dans la même proposition. On l'appelle aussi « répétition immédiate » ou « gemination ». La réduplication se distingue de l'anaphore (répétition en début de segments) et de l'épiphore (répétition en fin de segments) : elle consiste à répéter le même mot immédiatement ou presque, avec une simple virgule ou une pause entre les deux occurrences. Elle exprime l'intensité, l'émotion, l'insistance. > **À RETENIR** : La réduplication est la répétition d'un même terme, séparé par une virgule. Elle exprime l'intensité, l'émotion ou l'insistance. ### 2. Exemples - « Non, non, je ne ferai pas cela. » — répétition de « non ». - « Viens, viens, ne tarde pas. » — répétition de « viens ». - « Il est parti, parti sans se retourner. » — répétition de « parti ». - Exemple littéraire (Racine, *Phèdre*) : « C'est toi qui l'as nommé. — Hé ! puis-je l'avoir nommé ? » — la répétition de « nommé » crée un effet de réduplication. - Exemple camerounais : « Le travail, le travail, voilà la clé du succès. » — répétition de « le travail ». ### 3. Effets stylistiques La réduplication produit plusieurs effets : - Elle exprime l'intensité de l'émotion (colère, joie, peur, supplication). - Elle martèle une idée, la rend inoubliable. - Elle imite la parole émue, hésitante ou pressée. - Elle crée un rythme binaire, une cadence. - Dans le théâtre, elle est souvent utilisée pour exprimer la passion. > **À RETENIR** : La réduplication est une répétition immédiate d'un terme, séparé par une virgule. Elle est fréquente dans le théâtre classique et dans l'expression orale émue. --- ## IX. L'ellipse ### 1. Définition L'**ellipse** (du grec *elleipsis*, « manque, omission ») est une figure de construction qui consiste à **supprimer un mot ou un groupe de mots qui serait normalement nécessaire à la construction complète de la phrase**. Le mot supprimé est généralement sous-entendu, car il a déjà été utilisé précédemment ou parce que le contexte permet de le reconstituer. L'ellipse est une figure d'économie : elle rend la phrase plus brève, plus rapide, plus dynamique. Elle est très fréquente dans la langue parlée, dans les proverbes, dans les slogans et dans la poésie. On distingue plusieurs types d'ellipses : - L'ellipse du verbe : « Pierre mange une pomme, Paul une poire. » — le verbe « mange » est sous-entendu dans la seconde proposition. - L'ellipse du sujet : « Il est parti, a pris son sac, est sorti. » — le sujet « il » est répété implicitement. - L'ellipse du nom : « J'ai deux frères : un grand et un petit. » — le nom « frère » est sous-entendu. - L'ellipse de la conjonction : « Je pense, donc je suis » (Descartes) — la conjonction « donc » est parfois omise. > **À RETENIR** : L'ellipse est la suppression d'un mot ou groupe de mots nécessaire à la construction complète, mais que le contexte permet de reconstituer. Elle rend la phrase plus brève et plus dynamique. ### 2. Exemples - Proverbe : « Tel père, tel fils. » — le verbe « est » est sous-entendu. - Slogan : « Un peuple, un but, une foi. » — le verbe « avoir » est sous-entendu. - Exemple littéraire (La Fontaine) : « Le corbeau, honteux et confus, / Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus. » — le verbe « fut » est sous-entendu dans « honteux et confus ». - Exemple camerounais : « À chacun son métier, les vaches seront bien gardées. » — le verbe est sous-entendu. - Exemple dans le langage courant : « Tu viens ? — Oui. » — la réponse complète serait « Oui, je viens ». ### 3. Effets stylistiques L'ellipse produit plusieurs effets : - Elle rend la phrase plus concise, plus percutante. - Elle accélère le rythme du texte. - Elle crée un effet de sous-entendu, d'implicite. - Elle est caractéristique des proverbes, des maximes et des slogans. - En poésie, elle permet de respecter le mètre et les contraintes formelles. > **À RETENIR** : L'ellipse est une figure d'économie. Elle supprime ce qui est sous-entendu, rendant la phrase plus brève et plus frappante. Elle est omniprésente dans les proverbes et les slogans. --- ## X. Le chiasme ### 1. Définition Le **chiasme** (du grec *khiasma*, « croisement », en référence à la lettre grecque khi, X) est une figure de construction qui consiste à **disposer les éléments de deux groupes de mots selon une symétrie inversée**. La structure est la suivante : A B / B A. Autrement dit, le deuxième groupe reprend les éléments du premier, mais dans l'ordre inverse. Le chiasme peut porter sur : - La syntaxe : « Il mangeait peu, beaucoup il travaillait. » — l'ordre verbe-adverbe / adverbe-verbe. - Le sens : « Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie » (Louise Labé) — les contraires s'entrecroisent. - Les sons : « Le jour succède à la nuit, la nuit au jour. » > **À RETENIR** : Le chiasme est une symétrie syntaxique inversée : A B / B A. Il crée un effet d'équilibre, de croisement et souvent d'opposition. ### 2. L'exemple de Molière Molière utilise le chiasme dans plusieurs de ses pièces. Dans *Le Misanthrope* (1666), on trouve : > « Je vais sortir. — Vous avez raison de sortir. » Cet exemple est un chiasme syntaxique : le verbe « sortir » est répété, mais la structure est inversée. Plus précisément, on a : « Je vais sortir » (sujet + verbe + infinitif) et « Vous avez raison de sortir » (sujet + verbe + complément + infinitif). Le chiasme est ici dans la répétition inversée des éléments. Un exemple plus net de chiasme chez Molière, dans *L'Avare* : « Il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger. » — La structure est : A (manger) B (vivre) / B (vivre) A (manger). C'est un chiasme parfait : « manger pour vivre » / « vivre pour manger ». ### 3. Autres exemples - « Il y a des gens qui ont de l'esprit mais pas de cœur, et des gens qui ont du cœur mais pas d'esprit. » — chiasme entre « esprit » et « cœur ». - « La vie est un songe, et le songe est une vie » (proverbe). - Exemple camerounais : « Le pays a besoin de l'école, et l'école a besoin du pays. » — chiasme entre « pays » et « école ». - Exemple littéraire (Victor Hugo) : « Je suis la plaie et le couteau, / Je suis le soufflet et la joue » (*Les Contemplations*) — chiasme entre les victimes et les bourreaux. ### 4. Effets stylistiques Le chiasme produit plusieurs effets : - Il crée un effet d'équilibre et de symétrie. - Il met en valeur l'opposition ou la complémentarité de deux termes. - Il donne une impression de clôture, de perfection formelle. - Il est fréquent dans les maximes, les sentences et les formules mémorables. - Il peut produire un effet comique ou satirique. > **À RETENIR** : Le chiasme est une figure de symétrie inversée (A B / B A). Il est fréquent dans les maximes et les formules célèbres. Il crée un effet d'équilibre et d'opposition. --- ## XI. Le palindrome ### 1. Définition Le **palindrome** (du grec *palin*, « en arrière », et *dromos*, « course ») est un mot, une phrase ou un vers qui peut se **lire identiquement dans les deux sens** : de gauche à droite et de droite à gauche. On dit aussi que c'est un « miroir » ou un « texte en miroir ». Le palindrome peut porter sur : - Les lettres : « radar », « kayak », « été ». - Les mots : « Le chien court, court le chien » (lecture mot à mot). - Les phrases entières : « Engage le jeu que je le gagne » (en ignorant les espaces et les accents). Le palindrome est un jeu de langage qui relève à la fois de la figure de construction (par la disposition particulière des éléments) et du jeu littéraire. > **À RETENIR** : Le palindrome est un mot, une phrase ou un vers qui se lit identiquement dans les deux sens. C'est un jeu de langage qui joue sur la symétrie parfaite. ### 2. Exemples - Mots palindromes : « radar », « rotor », « kayak », « été », « ici », « elle ». - Phrases palindromes : « Engage le jeu que je le gagne » (attribuée à Georges Perec). - « Esope reste ici et se repose » (palindrome célèbre). - « La mariée ira mal » (palindrome approximatif). - Exemple camerounais : « Le maquis, si qu'à ma elle » — difficile en français, mais on peut citer : « Un roc si nu » ou « Noël a trop par rapport à Léon » (palindrome approximatif). ### 3. Effets stylistiques Le palindrome produit plusieurs effets : - Il crée un effet de jeu, de virtuosité linguistique. - Il illustre la symétrie et l'équilibre du langage. - Il peut avoir une dimension ludique ou poétique. - Il est utilisé dans la poésie expérimentale (Oulipo, Perec). - Il attire l'attention sur la matérialité des lettres et des mots. > **À RETENIR** : Le palindrome est un jeu de langage fondé sur la symétrie parfaite. Il est utilisé par les poètes expérimentaux et les amateurs de jeux de lettres. --- ## XII. Le parallélisme ### 1. Définition Le **parallélisme** (du grec *parallelos*, « qui est à côté l'un de l'autre ») est une figure de construction qui consiste à **construire deux phrases, deux propositions ou deux vers selon la même structure syntaxique**. Les deux segments se correspondent terme à terme : même ordre des mots, mêmes catégories grammaticales, même longueur approximative. Le parallélisme est une figure de symétrie (contrairement au chiasme qui est une symétrie inversée). Il crée un effet d'harmonie, d'équilibre et de correspondance. Il est très fréquent dans la poésie, les textes sacrés (les Psaumes), les discours oratoires et les proverbes. > **À RETENIR** : Le parallélisme est la construction de deux phrases ou vers selon la même structure syntaxique. Il crée un effet d'harmonie et de correspondance. Il se distingue du chiasme par la symétrie directe (A B / A B) et non inversée (A B / B A). ### 2. L'exemple de Hugo Victor Hugo utilise le parallélisme dans de nombreux textes. Dans *Les Contemplations* (1856), on trouve : > « Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées, > Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit. » Les deux vers sont construits sur le même modèle : « Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit » — la structure « sans + infinitif + complément » est répétée, créant un parallélisme. Autre exemple célèbre de Hugo, dans *Les Misérables* : « Il y a des hommes qui travaillent, il y a des hommes qui prient. » — les deux propositions sont construites sur le même modèle. Dans *Les Châtiments* : « Et l'on voit de la flamme aux yeux des jeunes filles, / Et l'on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens. » — parallélisme presque parfait. ### 3. Autres exemples - Proverbe : « Qui vivra verra, qui verra comprendra. » — parallélisme entre les deux propositions. - Discours politique : « Nous luttons pour la paix, nous luttons pour la justice, nous luttons pour la liberté. » — parallélisme des trois propositions. - Exemple camerounais : « Le maquis est le lieu de la rencontre, le maquis est le lieu de la discussion. » — parallélisme entre les deux propositions. - Exemple littéraire (La Fontaine) : « La raison du plus fort est toujours la meilleure : / Nous l'allons montrer tout à l'heure. » — parallélisme approximatif. ### 4. Effets stylistiques Le parallélisme produit plusieurs effets : - Il crée un effet d'harmonie, d'équilibre et de symétrie. - Il met en valeur les correspondances entre les éléments. - Il facilite la mémorisation (textes sacrés, proverbes). - Il donne un rythme régulier et une musicalité. - Il peut exprimer l'opposition (antithèse) ou la complémentarité. > **À RETENIR** : Le parallélisme est une figure de symétrie directe. Il est omniprésent dans les textes sacrés, les proverbes, les discours et la poésie. Il crée un effet d'harmonie et de correspondance. --- ## XIII. La contrepèterie ### 1. Définition La **contrepèterie** (du latin *contre* et *peter*, « demander en retour ») est une figure de jeu de mots qui consiste à **inverser des syllabes ou des lettres entre deux mots d'une phrase pour produire un autre sens, souvent humoristique ou grivois**. On l'appelle aussi « intervention » ou « permutation ». La contrepèterie joue sur la ressemblance sonore des syllabes et sur la permutation : en inversant deux sons, on obtient une phrase différente, souvent inattendue. Elle est utilisée à des fins humoristiques, mais aussi poétiques. > **À RETENIR** : La contrepèterie est l'inversion humoristique de syllabes ou de lettres entre deux mots. Elle produit un sens nouveau, souvent comique ou grivois. ### 2. L'exemple de Goscinny René Goscinny, le créateur d'Astérix et du Petit Nicolas, utilise la contrepèterie dans ses textes humoristiques. Un exemple célèbre : > « Il faut que je m'en aille, il faut que je m'en aille » — contrepèterie sur « je m'en aille » / « je m'aile » ? Plus précisément, Goscinny utilise des contrepèteries dans les dialogues du *Petit Nicolas* ou d'Astérix. Par exemple, dans *Astérix*, on trouve des jeux de mots proches de la contrepèterie. Un exemple classique de contrepèterie : « Son of the beach » (fils de la plage) → « Son of a bitch » (fils de chienne) — mais c'est un exemple anglais. En français : « Le chasseur est parti dans la forêt » → « Le chasseur est parti dans la forêt » — contrepèterie sur « chasseur » / « forêt » ? Un exemple célèbre : « Il est laid, ce perroquet » → « Il est perroquet, ce laid » — ou plus classiquement : « Femme de bain » → « Bain de femme » (contrepèterie sur les syllabes). ### 3. Autres exemples - « Le général Dourakine » → « Le général Kourakine » (jeu sur les syllabes). - « Il faut que je me couche » → « Il faut que je me couche » — contrepèterie sur « couche » / « couche » ? - Exemple camerounais : « Le maquis est ouvert » → « Le maquis est ouvert » — contrepèterie sur « maquis » / « ouvert » ? - Exemple littéraire (Rabelais) : Rabelais utilise des contrepèteries dans *Pantagruel* et *Gargantua*. ### 4. Effets stylistiques La contrepèterie produit plusieurs effets : - Elle crée un effet comique, souvent grivois. - Elle joue sur la matérialité sonore du langage. - Elle peut avoir une dimension satirique ou critique. - Elle est utilisée dans les jeux de mots, les devinettes et les chansons. - Elle illustre la créativité du langage et la liberté du locuteur. > **À RETENIR** : La contrepèterie est un jeu de mots fondé sur l'inversion de syllabes. Elle est utilisée à des fins humoristiques et illustre la créativité du langage. --- ## Conclusion Les figures de construction syntaxique constituent un ensemble riche et varié de procédés qui jouent sur l'organisation de la phrase. Elles se répartissent en plusieurs familles : - Les **figures de répétition** (anaphore, anadiplose, réduplication) qui martèlent un mot ou une idée. - Les **figures d'inversion** (anastrophe, hyperbate) qui bouleversent l'ordre habituel des mots. - Les **figures de symétrie** (parallélisme, chiasme) qui organisent la phrase selon des structures équilibrées. - Les **figures d'économie** (ellipse) qui suppriment ce qui est sous-entendu. - Les **figures de rupture** (anacoluthe) qui brisent la construction attendue. - Les **figures de juxtaposition** (apposition) qui placent deux termes côte à côte. - Les **jeux de langage** (anagramme, palindrome, contrepèterie) qui jouent sur les lettres et les sons. Ces figures ne sont pas de simples ornements : elles produisent des effets de sens, de rythme et d'émotion. Elles sont essentielles à l'analyse des textes littéraires, mais aussi à la compréhension des discours politiques, publicitaires et médiatiques. Les maîtriser, c'est à la fois mieux lire et mieux écrire. Ce chapitre ouvre la voie à l'étude des figures de pensée (métaphore, métonymie, hyperbole, etc.) qui, avec les figures de construction, forment l'ensemble des figures de rhétorique. La distinction entre ces deux grandes catégories est fondamentale : les figures de construction jouent sur la syntaxe, les figures de pensée jouent sur le sens. Les unes et les autres sont au service de l'expression et de la communication. Au Cameroun, comme dans toute la francophonie, ces figures sont présentes dans la littérature, la chanson, le théâtre et le discours quotidien. Les reconnaître et les utiliser, c'est s'approprier pleinement la langue française et ses ressources expressives.

Quiz du chapitre

5 questions — vérifie chaque réponse pour voir l'explication.

  1. 1. Parmi les propositions suivantes, laquelle est une figure de construction syntaxique qui consiste à répéter un même mot ou groupe de mots en début de phrase ou de proposition ?
  2. 2. Quelle figure de construction syntaxique oppose deux termes ou deux idées dans une même phrase pour créer un effet de contraste ?
  3. 3. La phrase suivante utilise une figure de construction syntaxique : 'Il faut manger pour vivre, et non pas vivre pour manger.' Quelle est cette figure ?
  4. 4. Quelle figure de construction syntaxique consiste à énumérer des termes en les séparant par des virgules ou des conjonctions pour créer un effet d'accumulation ?
  5. 5. Dans la phrase : 'Je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu', quelle figure de construction syntaxique est utilisée ?